PSYCHOLOGIE
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À Camille Lemonnier.
Je suis un médecin qui dissèque les âmes,
Penchant mon front fiévreux sur les corruptions,
Les vices, les péchés et les perversions
De l’instinct primitif en appétits infâmes.
Sur le marbre, le ventre ouvert, hommes et femmes
Étalent salement dans leurs contorsions
Les ulcères cachés des noires passions.
J’ai palpé les secrets douloureux des grands drames.
Puis, les deux bras encor teints d’un sang scrofuleux,
Poète, j’ai noté dans mes vers scrupuleux
Ce que mes yeux aigus ont vu dans ces ténèbres.
Et s’il manque un sujet au couteau disséqueur,
Je m’étends à mon tour sur les dalles funèbres
Et j’enfonce en criant le scalpel dans mon cœur.
VEILLEUR DE NUIT
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À Camille Lemonnier.
Voici la ténébreuse et vicieuse nuit,
Que le pas du filou, le hoquet de l’ivrogne,
La voix de la catin qui se pâme et qui hogne,
Emplissent de terreur, de silence et de bruit.
L’heure tinte au clocher : sur le fumier des âmes,
D’où montent vers le ciel d’âcres exhalaisons,
Éclôt dans l’ombre, en ses putrides floraisons,
Le désir obsédant des voluptés infâmes.
Ô nocturnes péchés, fournisseurs de l’enfer !
Votre douceur se change en acide et perfore
Les cerveaux libertins dépouillés de phosphore.
– Est-ce l’ange sonnant la trompette de fer ?
Beuglant sur la cité sa clameur rauque et morne,
Le veilleur, sur la tour, a soufflé dans sa corne.
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(Iwan Gilkin, La Nuit, Paris : Librairie Fischbacher, 1897)

