L’Amérique nous expédie une histoire bien réussie ; il est vrai que nul pays ne possède à un plus haut point l’esprit de découvertes, surtout en fait de canards :
Ainsi que chacun le sait, le tigre en miniature, vulgairement appelé matou, possède, entre autres, lorsqu’il est frotté à rebrousse-poil dans l’obscurité, la faculté de s’électriser et de dégager des étincelles comme la meilleure machine électrique.
Or, le professeur Maynard, de la ville de Cincinnati, est propriétaire de la plus forte batterie électrique du monde, une batterie de 600 à 3,000 chevaux de force ; en outre, il a un magnifique chat noir qui n’a pas son pareil entre New York et San-Francisco.
Dernièrement, le professeur Maynard prit la résolution, héroïque pour un savant, d’enlever la poussière qui, depuis un grand nombre d’années, s’était amoncelée dans son laboratoire, opération que lui seul pouvait mener à bien. Pour faciliter cet ouvrage, il fallait déplacer la fameuse batterie et la mettre dans le corridor ; par hasard, les extrémités des deux fils conducteurs se trouvaient à environ un pied et demi l’un de l’autre.
Celui qui a quelque peu observé les chats a pu remarquer qu’ils s’aperçoivent immédiatement du déplacement d’un objet et cherchent aussitôt à s’enquérir du motif.
Le matou du professeur Maynard, imitant ses congénères, s’approche sans retard d’une batterie électrique et avance son nez vers l’un des pôles pendant que, malheureusement, sa queue touche l’autre pôle. On peut s’imaginer les suites funestes. À l’instant, le matou est traversé par un courant électrique de la force de six cents à mille chevaux ; son poil se hérisse, et il lance des étincelles comparables à celles d’un morceau de fonte chauffé à blanc et soumis à l’action du pilon. En même temps, il se met à miauler d’une façon navrante.
Le professeur accourt aussitôt au secours de son favori et le dégage.
Mais écoutez l’incroyable de l’histoire : le chat était et resta électrisé ; il dégageait une clarté égale à huit cents bougies et devint un objet d’effroi pour tous ses collègues des toits.
Le professeur Maynard, avec le coup d’œil d’aigle qui le distingue, saisit aussitôt la portée incalculable de cet avènement.
« Pourquoi, se dit-il, n’éclairerions-nous pas nos maisons, nos rues, nos places publiques, avec des chats électriques, au lieu de continuer à attendre la lampe d’Edison, dont en ne voit pas arriver l’achèvement ? »
Chaque salle de bal pourrait, en remplacement du lustre, être illuminée par un chat se balançant gracieusement au centre. Ce serait un jeu d’enfant de placer un chat illuminé dans chaque lanterne ; ceci rendrait le gaz tout à fait superflu ; les frais d’acquisition du matou et d’électrisation seraient peu de chose ; il n’y aurait que la dépense de la nourriture, question insignifiante.
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(Anonyme, in La Petite Presse, journal universel, quinzième année, n° 5367, dimanche 16 janvier 1881 ; sous le titre : « Le Chat… lustre, » in Le Petit Marseillais, journal quotidien, quatorzième année, n° 4634, lundi 17 janvier 1881 ; « Faits divers, » in L’Espérance, quarante-septième année, n° 35, dimanche 23 janvier 1881 ; sous le titre : « Le Chat… lustre ! » in Le Progrès de la Côte-d’Or, treizième année, n° 22, jeudi 27 janvier 1881 ; « Post Scriptum, » in Le Courrier du soir, quatrième année, n° 1052, mardi 1er février 1881 ; « Échos de partout, » in La Liberté, dimanche 13 mars 1881 ; « Échos et informations, » in L’Unité nationale, journal du matin, deuxième année, n° 102, lundi 14 mars 1881 ; sous le titre : « Un Chat lumineux, » « Faits divers, » in Akhbar, journal de l’Algérie, quarante-troisième année, n° 7699, samedi 2 avril 1881 ; sous le titre : « Le Chat lumineux, » « Bulletin scientifique, » in Le Voleur, cinquante-quatrième année, n° 1242, vendredi 22 avril 1881 ; sous le titre : « Le Chat, » « Variétés, » in Le Courrier du soir, quatrième année, n° 1167, lundi 30 mai 1881 ; sous le titre : « Le Chat électrique, » « Faits divers, » in Gazette du Centre, journal quotidien, organe de la défense sociale et des libertés publiques, première année, n° 131, mardi 26 juillet 1881 ; « Nouvelles diverses, » in Messager du Midi, trente-quatrième année, n° 208, samedi 30 juillet 1881)
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(in Journal of the Telegraph [New York], vol. XIV, n° 317, dimanche 16 janvier 1881)







































