Vous rappelez-vous l’atroce fait-divers qui a couru les journaux au commencement de la semaine ? Un garçonnet, une fillette conduits au haut d’une montagne, dans une grotte, par l’ami à qui leurs parents les avaient confiés pour qu’il leur trouvât une place, et mis à mort d un coup de couteau comme deux agneaux qu’on égorge ?
Ceci se passait du côté de chez moi, les victimes et l’assassin étant de la Mothe-du-Caire et le crime ayant été commis près de Saint-Vincent, un des plus jolis villages de cette plaisante vallée où le Jabron, se frayant un chemin à travers les prés, fait cascader sur un lit de galets luisants ses eaux claires aimées de la truite.
Au premier moment, le public fut pris ; on flairait une cause célèbre.
Dame ! l’assassin n’ayant pas eu le vol pour mobile, (Que pouvaient en effet porter sur eux les deux pauvres enfants ?) il était permis d’espérer un de ces beaux cas de sadisme, mêlant le sang à la luxure, dont s’épouvante et se régale notre curiosité malade.
Hélas ! la désillusion arriva bien vite.
Cet étrange assassin qui ne volait pas avait respecté ses victimes. De plus, – comme pour enlever aux amateurs la joie d’un procès de cour d’assises palpitant et riche en horribles incidents, – il poussa la mauvaise grâce jusqu’à se laisser abattre à coups de fusil, procédé sommaire ! par une troupe de paysans qui le traquait dans les bois.
Alors, le silence se fit. Et je suis peut-être le seul à me souvenir de ce drame mystérieux.
C’est que, voilà : j’ai reçu des renseignements qui l’éclairent d’un jour imprévu.
Là-bas, paraît-il, l’opinion publique est fixée. Le berger tueur d’enfants serait simplement un sorcier, comme le sont un peu tous les bergers. On a trouvé dans ses poches un volume du Grand Albert, cette Bible des gens vendus au diable ; et, détail à noter, les deux corps, quand on les découvrit, n’avaient plus, comme si quelque vampire eût passé par là, une goutte de sang dans les veines. Bref, tout le monde est persuadé que cet homme, très estimé d’ailleurs auparavant, se livrait en secret à des pratiques de magie noire, et que probablement il n’en était pas à son coup d’essai.
Un Gille de Retz en sabots au siècle du télégraphe et du téléphone ! Cette subite évocation du moyen âge en l’an de grâce 1886 ! Ce monstrueux sacrifice, accompli tranquillement sous les étoiles, dans une grotte où parfois le vent doit apporter le grondement lointain des trains qui passent ! Voilà, certes, de quoi faire frissonner la Parisienne ingénue et de quoi faire rêver le penseur.
Rien ne s’efface donc de nos cerveaux ?
Malgré l’éducation, les progrès incontestables des sciences, l’apparent adoucissement des mœurs, l’Humanité d’aujourd’hui, si belle en ses dehors et si fière d’elle-même, est donc condamnée à voir surgir, de loin en loin, au sein des générations épouvantées, un monstre, un fou si vous voulez, qui la rappelle à la barbarie de ses origines ou aux dépravations sanglantes de certaines périodes de son passé !
Eh non ! rien ne n’efface. On serait du moins tenté de le croire quand on voit, par exemple, combien la foi aux sorciers est encore répandue.
On les a brûlés, on les raille. N’importe ! la secte persiste, toujours croyante, toujours fidèle, toujours honorant du même culte, dans l’ombre des bois, à l’abri d’un roc solitaire Celui qui fut, pendant de longs siècles, le Dieu ironique, velu, cornu, des désespérés et des révoltés.
Tout petits, nous avions grand’peur, après l’école, quand il fallait passer devant un trou profond et noir d’où sortait chaque nuit, énorme, hérissé, soufflant du feu, le Matagot, le chat du diable. Et pour rien au monde nous n’eussions parlé – à moins d’être séparé d’elle par un filet d’eau si petit qu’il fût – à une vieille brave femme qui passait pour sorcière. Elle tenait son pouvoir de sa mère, disait-on. Car le pouvoir se transmet au lit de mort ; et celui-là, qu’il le veuille ou non, le possède, à qui le sorcier ou la sorcière a donné sa dernière poignée de main. Aussi met-on prudemment un balai dans le lit des sorciers à l’agonie. L’âme du sorcier entre alors dans le balai, lequel s’en va par petits bonds se griller de lui-même à la cheminée.
Ne rions pas trop ; un balai dansant n’a rien de plus ridicule qu’une table tournante.
D’ailleurs, les sorciers n’emploient pas que des moyens grossièrement matériels ; ils opèrent parfois d’une façon très délicatement psychologique.
Ainsi, j’ai connu une femme, simple paysanne, mais des plus intelligentes, qui était certaine, non pas d’avoir vu, mais d’avoir entendu le diable.
D’où l’idée lui était-elle venue de le consulter ? Je l’ignore. Toujours est-il, qu’elle avait eu recours pour cela à un nécromant du voisinage qui, amicalement, pour le plaisir, voulut bien lui ménager la rencontre.
C’était très facile, du reste : elle devait choisir un jour où ses hommes la laisseraient à la ferme. Alors, après avoir soigneusement barricadé fenêtres et portes, une fois bien seule, elle n’aurait qu’à allumer le feu, à mettre une marmite bouillir, et à réciter, assise sur les talons, en regardant la marmite, des paroles qu’il lui apprit. Seulement, à aucun prix et quoi qu’il arrivât, sous peine de mourir, elle ne devait se retourner.
La voilà donc devant le feu, les yeux sur la marmite et récitant son grimoire. Rien d’abord que le frisson de l’eau échauffée par la flamme, et le grand silence traversé de bruits vagues qui enveloppe les maisons des champs à midi.
Puis il lui sembla, oh ! distinctement, que la vaisselle, assiettes et plats, se remuait dans le porte-écuelles et que les bêtes à l’écurie faisaient sonner, comme affolées, leurs chaînes sur le bois des mangeoires.
Mourante de peur, éperdue de curiosité, elle continua néanmoins ; mais ce fut bien pis quand, derrière son dos, dans la chambre, elle sentit quelqu’un marcher. Et comme elle dévidait toujours son grimoire : « Pourquoi, murmura une voix terrifiante et railleuse, pourquoi marmotter du latin que tu ne comprends pas ? Parle-moi patois, imbécile !… » La femme n’a jamais voulu me dire si elle avait parlé patois au diable.
Mais, un de ces jours, je compte demander au professeur Charcot, qui n’est pas moins subtil philosophe que grand médecin, ce qu’il pense de la méthode employée par mon Cagliostro campagnard pour provoquer ce que les savants appellent, je crois, une hallucination de l’ouïe.
Que diantre cette femme a-t-elle bien pu réclamer ?
Ce qui est certain, c’est que nous ne désirerions rien obtenir du diable, le jour ou plutôt la nuit où mon ami Baptistin et moi nous l’invoquâmes.
Hélas ! que peut donner le diable à ceux qui font pacte avec lui ? Pas grand’chose : des trésors, des diablesses plus belles que des reines.
Nous avions douze ans, dix sous par semaine pour faire nos farces, et nous vivions très satisfaits de cette richesse relative. Quant aux reines et aux diablesses, j’avouerai que, même offertes par le diable, un tel cadeau nous eût laissé froids.
Notre ambition était plus haute. Nous voulions faire comparaître devant nous ce détestable personnage uniquement dans le dessein de l’assommer. Le raisonnement était simple : une fois le diable supprimé, la plus parfaite félicité, grâce à Baptistin, grâce à moi, régnait désormais sur la terre. Et, tout en nous étonnant qu’une idée aussi naturelle ne fût encore venue à personne, nous nous mîmes en devoir d’agir.
Quelques difficultés se présentaient. Nous possédions bien un vieux livre trouvé dans un galetas et contenant la formule d’évocation demeurée intacte au milieu des feuillets rongés. Mais cette formule, par malheur, comportait un tas d’accessoires. Il fallait entre autres choses, de la raclure d’os de mort, un œuf de serpent, une baguette de coudrier coupée avec un certain couteau, de certaine façon, pendant certain quartier de la lune, plus une poule noire qu’il s’agissait de sacrifier à minuit, dans un carrefour.
Tout seul, j’eusse peut-être renoncé à l’entreprise. Mais Baptistin, homme de ressources, se fit fort de tout nous procurer, et accepta même la mission de tuer la poule. Tuer une poule nous semblait chose abominable ; mais, après tout, elle était noire, et la grandeur du but excusait la cruauté de l’action.
On était en vacances. Nos parents nous permettaient quelquefois cette fête d’aller coucher au bastidon, dans le foin nouveau si parfumé, sous le toit d’un grenier dont les tuiles absentes laissaient voir le bleu du ciel.
C’est de là que nous partîmes un soir, les astres étant favorables ; et nous voilà aux approches de minuit, assis à la fourche d’un carrefour, en plein bois sauvage. Des bêtes hurlaient, de grands oiseaux passaient qui nous faisaient peur ; mais c’était délicieux, et certes nous aurions voulu avoir peur encore davantage.
L’heure venue, l’incantation prononcée, on sacrifia la poule. Après quoi nous attendîmes, armés chacun d’une forte trique, que le diable daignât se montrer.
Minuit et demi, une heure… Le diable ne se montre point. Deux heures : on grelotte, la rosée commence à tomber ; et nos parents qui nous croient enfoncés dans le foin, en train de faire des songes roses !
À la fin, nous perdîmes patience.
« Le diable aura eu peur, disait Baptistin ; c’est certain, il ne viendra plus… »
Au petit jour, nous repartîmes, emportant la poule décapitée.
Baptistin qui, à sa vocation de nécromant, joignait de rares instincts de cuisinier, la fricotta pour notre déjeuner, avec une garniture d’olives noires qui en doublait la succulence. Le repas fut exquis, mangé devant le bastidon, sur l’herbe. La nuit, d’ailleurs, avait porté conseil. Nous ne parlâmes plus de tuer le diable. Et je crois que cette première déconvenue n’a pas peu contribué à mettre en moi un fond de scepticisme dont, malgré mes efforts, je crains de ne m’être jamais bien débarrassé.
Mais où s’en vont la plume et la rêverie quand on les laisse ainsi trotter ?
Voilà qu’en bavardant j’ai perdu le chemin de ma chronique et que je vous raconte de lointains souvenirs d’enfance, lesquels certainement n’ont guère d’intérêt que pour moi, à propos d’un malheureux – fou probablement – qui a massacré deux pauvres enfants au fond des bois, et qui, étant sorcier, avait le livre du Grand Albert dans la poche.
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(Paul Arène, in Gil Blas, huitième année, n° 2425, vendredi 9 juillet 1886 ; in La Revue des journaux et des livres, tome II, dimanche 25 juillet 1886)
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☞ Ce texte a été repris, largement modifié, dans Le Journal quotidien, littéraire, artistique et politique, cinquième année, n° 1518, lundi 23 novembre 1896.
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CHEZ LES SORCIERS
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Cet enragé vent du Sud-Est qui, depuis six semaines, on peut l’avouer maintenant, ne cessait, par un mouvement lent et continu, de pousser sur notre grelottante Provence les inépuisables réserves de pluie froide et d’épaisse brume que Neptune, roi de l’azur, lorsqu’il est d’humeur de paradoxe, sort parfois de ses magasins, ayant décidément fini de souffler, le ciel étant redevenu bleu, le soleil chaud, et, les idées nettes, j’ai pu accepter l’offre obligeante d’un ami pour une promenade en voiture du côté de la Tour-de-Bevons.
La Tour-de-Bevons, rebaptisée la Tour-de-Valbelle par Louis XV, en l’honneur de je ne sais plus quel favori désireux d’un marquisat à désinence euphonique, porte assez mal ce nouveau nom ; car la courbe perdue, au fond de laquelle se groupent ses trois hameaux, est d’un pittoresque plutôt rude, et n’a que de lointains rapports avec les Gardons florianesques.
Village original, un peu arabe, dirait-on, dont les filles sont presque toutes belles et se reconnaissent, dans les foires, au bistre de leur profil, à leurs cheveux noirs, à leurs yeux bleus sombres et à je ne sais quoi d’élégamment oriental dans l’attitude et dans l’allure.
Et quelle auberge ! à l’endroit même où, sous un vieux pont qui s’écroule, la Source, minuscule Vaucluse, jaillissant argentine et vive d’une fente dans le roc nu, égaie par la féerie soudaine de ses chantantes cascatelles l’aridité du paysage et transforme en verte rivière le lit du torrent desséché.
C’est la source de Biaïsse, la Source !
Les bons déjeuners que je fis là, de truites pêchées sous mes yeux, de chevreaux rôtis, de fromageons mûris dans la neige et fleurant les mille parfums de la montagne, le tout arrosé d’un excellent vin de coteau, vin qu’il faut déguster sur place, car les habitants de la Tour qui n’en récoltent pas assez pour essayer de s’enrichir à le vendre, préfèrent le boire sagement.
Très philosophes, d’ailleurs, les habitants de la Tour. Pauvres comme Job, mais philosophes !
Ils ont du vin, ils ont du blé, en somme, à peu près de quoi vivre. Puis, l’immense forêt de Lure qui, en hiver, leur envoie ses loups, se charge, par une juste compensation, de les fournir d’argent de poche.
Dès que le besoin se fait sentir d’un peu d’innocente distraction, par des chemins connus d’eux seuls et qu’une chèvre n’aborderait pas, ils vont dans la montagne séculairement inexploitée, ils tortillent une douzaine de fagots, abattent et débitent, pour en faire des formes de cordonnier, un hêtre, un tilleul centenaire, et de ce butin rapporté sur le dos, ils tirent le samedi, au marché de la ville, quelques menues piécettes blanches où la femme n’a rien à voir.
À leurs moments perdus, ils exercent l’état de sorcier ; mais ce sont des sorciers facétieux et psychologues.
Ainsi, précisément à la Tour-de-Bevons, j’ai connu une femme, simple paysanne, mais des plus intelligentes, qui était certaine, non pas d’avoir vu, mais d’avoir entendu le diable.
Elle s’était adressée pour cela à un nécromant du voisinage qui, amicalement, histoire de lui faire plaisir, voulut bien ménager la rencontre.
« Tu voudrais causer un brin avec le diable ? Rien de plus facile. Le temps de la moisson approche. Choisis un jour de soleil et de grande chaleur où « les hommes » te laisseront seule à la ferme.
Alors, après avoir renfermé les animaux, depuis le pourceau jusqu’au chat, et soigneusement barricadé portes, fenêtres, sans oublier la plus petite ouverture, il ne te restera plus qu’à allumer le feu, à mettre la marmite bouillir, et à réciter, assise sur les talons, en regardant la cheminée, les paroles contenues dans ce parchemin mystérieux.
Seulement, à aucun prix et quoi qu’il arrive, tu ne devras te retourner. »
La voilà donc, au jour propice, tout autour d’elle solitaire et clos, assise devant le feu, en train d’ânonner son grimoire.
Rien d’abord que le frisson de l’eau animée par la flamme, et le silence traversé de bruits vagues qui enveloppe les maisons des champs à midi.
Puis, il lui sembla, oh ! distinctement, que la vaisselle, assiettes et plats, se remuait dans le porte-écuelles et que les bêtes à l’écurie faisaient sonner, comme affolées, leurs chaînes sur le bois des mangeoires.
Mourante de peur, éperdue de curiosité, sans oser remuer la tête, elle persistait néanmoins à dévider « abraxas, abracadabra, » les sataniques litanies.
Mais le plus terrible, ce fut quand, tout près de s’évanouir, derrière son dos, dans la chambre, elle sentit quelqu’un marcher, quelqu’un qui, d’une voix railleuse, lui murmurait presque à l’oreille :
« Pourquoi marmotter depuis une heure du latin que tu ne comprends pas ? Le diable sait toutes langues. Parle-moi patois, bonne femme ! »
Et la femme parla patois au diable, et le diable lui répondit…
Auriez-vous pu supposer, soit dit entre parenthèse, que nos Cagliostro montagnards pratiquassent avec cette maîtrise l’art de provoquer par l’autosuggestion ce que la science moderne appelle hallucination de l’ouïe ? Mais rien n’est nouveau sous le soleil !
La femme a toujours quelque chose à demander au diable.
Un fait certain, c’est que nous ne désirions rien obtenir de lui le jour ou plutôt la nuit où, thaumaturges de douze ans, mon ami Baptiste et moi, nous essayâmes de l’évoquer !
Signer un pacte, obtenir des trésors en échange, la belle affaire !
Notre ambition était plus haute, et plus simple notre raisonnement.
Nous voulions faire comparaître devant nous ce détestable personnage, uniquement dans le dessein de l’assommer.
Une fois le diable supprimé, la plus parfaite félicité, grâce à Baptiste, grâce à moi, régnerait désormais sur la terre. Et, tout en nous étonnant qu’une idée aussi naturelle ne fût encore venue à personne, nous nous mîmes en devoir d’agir.
Quelques difficultés se présentaient. Nous possédions bien un vieux livre trouvé dans un galetas et contenant la formule d’évocation demeurée intacte au milieu des feuillets rongés. Mais cette formule, par malheur, comportait un tas d’accessoires. Il fallait, entre autres choses, de la raclure d’os de mort, un œuf de serpent, une baguette de coudrier coupée avec un certain couteau, de certaine façon, pendant certain quartier de la lune, plus une poule noire qu’il s’agissait de sacrifier à minuit, dans un carrefour.
Tout seul, j’eusse peut-être renoncé à l’entreprise.
Mais Baptiste, homme de ressources, se fit fort de tout nous procurer, et accepta même la mission de tuer la poule.
Tuer une poule nous semblait chose abominable ; mais, après tout, cette poule était noire, et la grandeur du but excluait la cruauté de l’action.
On était en vacances.
Nos parents nous permettaient quelquefois cette fête d’aller coucher au bastidon, dans le foin nouveau si parfumé, sous le toit d’un grenier dont les tuiles absentes laissaient entrevoir le bleu du ciel.
C’est de là que nous partîmes un soir, les astres étant favorables ; et nous voilà aux approches de minuit, assis à la fourche d’un carrefour, en plein bois sauvage.
Des bêtes hurlaient, de grands oiseaux passaient dont le vol silencieux nous faisait peur ; cette peur était délicieuse, et certes nous aurions voulu avoir peur encore davantage.
L’heure venue, l’incantation prononcée, Baptiste sacrifia la poule.
Après quoi, nous attendîmes, armés chacun d’une forte trique, que le diable daignât se montrer.
Minuit et demi, une heure… Le diable ne se montre point. Deux heures : on grelotte, la rosée commence à tomber ; et nos parents qui nous croient enfoncés dans le foin, en train de faire des songes roses !
« Le diable aura eu peur, disait Baptiste ; c’est certain, il ne viendra plus… »
Au petit jour, nous repartîmes, emportant la poule décapitée.
Le diable l’avait échappée belle !
C’est ce même Baptiste qui, pendant que j’achève ces lignes, s’impatiente en bas dans la rue, fait cabrer son cheval, et m’objurgue et m’appelle, plus pressé encore que moi de retourner au village des sorciers et de voir les truites glisser, soudain éclairées d’un rayon, sous le cristal des eaux de Biaïsse.
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(Paul Arène, in Le Journal quotidien, littéraire, artistique et politique, cinquième année, n° 1518, lundi 23 novembre 1896. « Description de l’assemblée des sorciers qu’on appelle sabbat, » gravures d’après le tableau de Bartholomeus Spranger, reproduites notamment dans l’Histoire des imaginations de M. Oufle de l’abbé Bordelon, 1710, et le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy, 1863)





























