Amsterdam, 26 mai.
Un des médecins les plus estimés d’Amsterdam, le Dr S…, vient d’être le héros d’une aventure extraordinairement troublante dont le mystère demeure inexpliqué en plus d’un point.
Dans une maison isolée
La semaine dernière, le Dr S… fut éveillé pendant la nuit par un visiteur qui insista pour que le médecin se rendît d’urgence dans une maison isolée où « une jeune femme était au plus mal. »
Tandis que le docteur faisait ses préparatifs, sa femme lui conseilla de ne pas allez seul chez cette malade. Depuis de longues années, la, maison indiquée par le visiteur était inhabitée et il y avait tout lieu de craindre qu’il s’agît d’un guet-apens.
Le médecin haussa les épaules et partit.
Quelques instants plus tard, il sonnait à la porte de l’immeuble signalé. L’homme qui était venu éveiller le docteur vint ouvrir lui-même. On monta au premier étage. Dans une pièce faiblement éclairée, sur un lit de repos, une jeune femme était étendue, très pâle. Il s’agissait manifestement d’une phtisique.
Le Dr S…, après avoir ausculté la malade, dit au mari de préparer un peu de thé, puis il prit dans son portefeuille une feuille à en-tête et rédigea une ordonnance.
« Vous la ferez exécuter demain matin par le pharmacien, dit-il ; je reviendrai dans l’après-midi. »
Et il se retira, laissant l’ordonnance sur la cheminée.
Le lendemain
Or, le lendemain, le Dr. S… s’est rendu, comme il avait promis, à la maison isolée où il était allé pendant la nuit. Il a sonné longtemps. Personne n’a répondu.
Comme il insistait, un jardinier, occupé à sarcler près de là, lui cria que la maison était abandonnée depuis deux ans déjà.
Le Dr. S… n’en voulut rien croire.
Pour le convaincre, le jardinier prit les clefs de la maison et vint ouvrir. L’immeuble était vide. Aucune tenture, aucun meuble. Partout, une poussière épaisse. Le médecin voulut monter au premier étage. Là, dans la pièce, où il s’attendait à trouver la jeune malade, il ne vit pas le moindre lit de repos, pas la moindre chaise…
Mais, à la stupéfaction des deux hommes, sur la cheminée, se trouvait encore l’ordonnance écrite pendant la nuit par le docteur.
Un cas unique de somnambulisme
Une enquête très serrée a été faite par le Dr S… lui-même. Elle a abouti à cette conclusion qu’il s’agit d’un cas unique de somnambulisme.
Surmené par le travail des jours précédents, le Dr S… se trouvait tout particulièrement exposé à des troubles nerveux. Sous l’influence de certaines obsessions concordantes, il se leva en état de somnambulisme et, malgré les objurgations de sa femme, qui, mal éveillée, ne se rendait pas compte de l’état de son mari, sortit et alla jusqu’à la maison isolée où, son imagination surexcitée lui fournissant le complément de la réalité, il donna une consultation dont la seule trace est l’ordonnance retrouvée.
Plusieurs points restent obscurs, cependant ; c’est ainsi que l’on ne voit pas, la porte de la maison étant fermée, comment le Dr S… a pu pénétrer à l’intérieur de l’immeuble. Il est probable que l’examen des diverses circonstances dans lesquelles s’est produite l’étrange consultation, permettra d’expliquer jusqu’aux moindres détails, mais il n’en demeure pas moins que cette extraordinaire aventure aura été voisine du merveilleux et du surnaturel et que, à une autre époque, elle eût assurément provoqué des interprétations d’ordre religieux ou mystique.
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(Anonyme, in Paris-Midi, dix-huitième année, nouvelle série, n° 644, jeudi 26 mai 1927 ; « Dernière heure, » in L’Union républicaine, journal de la démocratie de Saône-et-Loire, cinquante-et-unième année, n° 154, vendredi 3 juin 1927)























































