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(Bertall, in L’Illustration, journal universel, vingt-quatrième année, tome XLVII, n° 1193, samedi 6 janvier 1866. Pour une meilleure lisibilité, n’hésitez pas à cliquer sur les images pour les agrandir)
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(Bertall, in L’Illustration, journal universel, vingt-quatrième année, tome XLVII, n° 1193, samedi 6 janvier 1866. Pour une meilleure lisibilité, n’hésitez pas à cliquer sur les images pour les agrandir)
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Cette histoire vraie eut pour héros le célèbre peintre Soutine.
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L’année 1946 fut longue à passer. On était en avril, mais un vent glacé balayait les rues, et le ciel charriait des nuages de neige.
Le vieil homme, qui se nommait Drioli, traînait douloureusement ses pieds le long du trottoir de cette avenue de Paris. Il avait froid, il était misérable, et pelotonné comme un hérisson dans un manteau noir crasseux, dont seuls ses yeux et le sommet de son crâne dépassaient le col relevé.
Il allait son chemin, regardant distraitement les vitrines. Devant une galerie de tableaux, il s’arrêta soudain, fasciné. Il ressentait un brusque malaise, une inquiétude de la mémoire, le souvenir distant de quelque chose de déjà vu, quelque part. Le tableau représentait un paysage. Un bouquet d’arbres penchés d’un côté, comme écrasés par un vent terrible, et le ciel qui tournait et se tordait tout autour. Au bas du cadre, une petite plaque gravée : Chaïm Soutine (1894-1943).
Drioli contempla le tableau, se demandant vaguement ce qui lui semblait familier.
« Peinture dingue, pensa-t-il. Étrange et folle, mais j’aime ça. Chaïm Soutine… Soutine… Mais c’est mon petit Kalmouk ! s’écria-t-il. Mon petit Kalmouk avec un tableau dans la plus belle galerie de Paris ! Rendez-vous compte ! »
Le vieil homme rapprocha son visage de la vitrine. Il se rappelait le gosse, très clairement. Il y avait si longtemps ! C’était l’année d’avant la guerre, la première. En 1913. Ce Soutine, un gosse morose et lugubre qu’il aimait bien – presque de l’amour – sans aucune raison apparente, sinon sa peinture…
Et quelle peinture ! Tout lui revenait maintenant, la rue, la rangée de poubelles tout du long… La cité Falguière.
« Bizarre, pensait Drioli, comme tout surgissait facilement, maintenant. »
Cette idiotie du tatouage, par exemple. Ça, c’était une folie ! Il était devenu riche un jour, et il avait acheté plusieurs litres de vin. Il se revoyait entrant dans le studio avec les bouteilles sous le bras. Le gosse était assis devant son chevalet, et la propre femme de Drioli, debout au milieu de la pièce, posait pour son portrait.
« Ce soir, c’est fête ! dit-il. On fait une petite fête, tous les trois.
– Qu’est-ce qu’on arrose ? demanda le garçon sans lever les yeux. As-tu enfin décidé de divorcer, que ta femme puisse m’épouser ?
– Non, dit Drioli. C’est fête parce qu’aujourd’hui j’ai gagné une grosse somme d’argent en travaillant.
– Et moi, j’ai rien gagné. On peut arroser ça aussi.
– Si tu veux. »
Drioli s’assit sur la chaise. Le garçon prit place sur le divan avec la femme de Drioli. Entre eux, sur le plancher, ils disposèrent les bouteilles et se mirent à boire.
Au bout d’un moment, Drioli commença à errer dans la pièce, regardant, furtif, les toiles empilées contre les murs. Puis, il s’approcha du divan et s’arrêta, oscillant légèrement.
« Écoute, mon petit Kalmouk, dit-il.
– Quoi ?
– J’ai une idée formidable. Tu es mon ami, et pour moi, tu es un tel artiste que j’aimerais avoir un tableau, un joli tableau.
– Prends-les tous, mais ne m’interromps pas quand je parle à ta femme.
– Non, non ! Écoute… Je veux dire un tableau que je puisse avoir avec moi, tout le temps… Toujours… Où que j’aille, quoi qu’il arrive. »
Il se pencha, empoigna le genou du garçon.
« Je veux que tu peignes un tableau sur ma peau, sur mon dos. Ensuite, tu tatoueras ce que tu auras peint, et comme ça, ça restera toujours là.
– Tu as des idées de fou.
– Je t’apprendrai à te servir de l’appareil. C’est facile. Un enfant le ferait. On pourrait prendre Josie comme modèle. Une étude de Josie sur mon dos. Est-ce que j’ai pas le droit d’avoir le portrait de ma femme sur le dos ? »
Drioli savait qu’il suffisait de parler de sa femme pour que les épaisses lèvres brunes du gosse s’entrouvrent et se mettent à trembler.
« Une étude de nu, dit le gosse, c’est une idée agréable.
– Pas nue, dit la femme.
– C’est une idée énorme, dit Drioli.
– C’est une idée de cinglé, dit la femme.
– En tout cas, c’est une idée, dit le garçon. Et une idée qui s’arrose. »
Ils vidèrent une autre bouteille, puis Drioli s’écria :
« J’y vais, et je ramène mes instruments. Les aiguilles et les encres. J’ai des encres d’un tas de couleurs, autant de couleurs que tu as de tubes, et bien plus belles. »
Drioli revint au bout d’un moment. Il plaça une mallette sur la table, l’ouvrit, en tira les aiguilles électriques et les petites bouteilles d’encres de couleur. Il brancha l’appareil. L’aiguille de 6 millimètres, qui dépassait à l’extrémité, se mit à monter et à descendre très vite. Il jeta sa veste, releva la manche gauche de sa chemise.
« Regarde-moi et je vais te montrer comme c’est facile. Je vais faire un dessin sur mon bras, ici. »
Le gosse était intrigué.
« Laisse-moi essayer un peu… »
Avec l’aiguille bourdonnante, il commença à tracer des lignes bleues sur le bras de Drioli.
« C’est simple, dit-il. On commence tout de suite ! D’abord, je vais faire une peinture ordinaire. Et puis, si elle me plaît, je tatouerai par-dessus… »
Avec une grosse brosse, Soutine commença à peindre sur le dos nu de Drioli. Il travaillait vite, ne faisant qu’un lavis de peinture bleue, de façon à ne pas gêner le travail de tatouage ultérieur. En moins d’une demi-heure, il eut terminé.
« Ça va, » dit-il à la fille, qui retourna sur le divan, s’y étendit et s’endormit.
Drioli vit le garçon prendre l’aiguille et la tremper dans l’encre. Puis il sentit la piqûre aiguë lorsqu’elle toucha la peau de son dos.
Drioli se souvint que lorsque l’artiste s’était enfin reculé, aux premières heures du matin, disant : « C’est fini, » il faisait jour dehors, et qu’on entendait les gens qui marchaient dans la rue.
« Je veux la voir ! » dit Drioli.
Le gosse prit une glace, la leva, et Drioli se tordit le cou.
« Grand Dieu ! » s’écria-t-il.
C’était un spectacle stupéfiant. Du haut en bas, des épaules à la base de l’épine dorsale, son dos flambait de couleurs, or, vert et bleu, noir et écarlate. Le tatouage était si serré qu’on eût dit une pleine pâte. C’était merveille de voir l’utilisation que le gosse avait faite de la saillie des vertèbres et des omoplates pour l’incorporer à sa composition.
Le portrait avait cette qualité tordue, torturée, si caractéristique de Soutine.
« C’est formidable ! »
Le gosse reculait, examinait son œuvre d’un œil critique.
« Tu sais, dit-il, je crois que c’est assez bon pour que je signe. »
Et, reprenant l’aiguille, il inscrivit son nom à l’encre rouge, du côté droit. Juste au-dessus du rein de Drioli.

Et maintenant, le vieillard nommé Drioli, dans une sorte d’extase, regardait un tableau dans la vitrine d’une galerie de peinture, C’était si loin, tout ça ! Presque comme dans une autre vie. Josie était morte. Et le gosse ? Qu’était- il devenu ?
Comme inconscient, Drioli ouvrit la porte de la galerie et entra. C’était une longue salle avec un épais tapis lie-de-vin. Et comme c’était beau ! Tous les gens flânaient devant les toiles, des gens bien, des gens lavés, et chacun tenait à la main un catalogue. Drioli restait à l’entrée, regardant autour de lui, se demandant s’il oserait avancer et se mêler à cette foule. Mais avant qu’il ait eu le temps de rassembler son courage, il entendit une voix, à côté de lui : « Qu’est-ce que vous voulez ? »
L’homme portait un manteau noir. Il était gras et court, avec une figure très blanche. Il s’approcha encore de Drioli et répéta : « Qu’est-ce que vous voulez ? »
Drioli restait immobile.
« S’il vous plaît, dit l’homme, veuillez sortir de ma galerie.
– Je n’ai pas le droit de regarder les tableaux ?
– Je vous ai demandé de vous en aller. »
Drioli resta ferme. Tout d’un coup, il se sentit implacablement outragé.
« Ne faites pas d’histoires, continuait l’homme. Venez par là. »
Il posa une patte blanche sur l’épaule de Drioli et commença à le pousser fermement vers la porte.
« Ôtez vos sales pattes de mon dos ! » cria Drioli.
Sa voix résonna dans la longue galerie et toutes les têtes se tournèrent, d’un coup.
« Moi aussi, criait Drioli, moi aussi, j’ai un tableau de ce peintre ! C’était mon ami, et j’ai un tableau qu’il m’a donné. »
D’une contorsion, Drioli se dégagea soudain, et avant qu’on ait pu le retenir, il galopait dans la galerie, criant : « Je vais vous montrer ! Je vais vous montrer ! »
Il enleva son manteau, sa veste et sa chemise, et se retourna, présentant aux gens son dos nu.
« Là ! s’écria-t-il. Vous voyez ? Le voilà ! »
Il y eut dans la pièce un silence total. Chacun s’immobilisait, confus, curieusement gêné. Chacun regardait le tatouage. Il était toujours là, ses couleurs plus vives que jamais. Mais le dos du vieil homme était amaigri, les omoplates saillaient un peu plus, et cela donnait au tableau une apparence étrange, ridée, écrasée.
Quelqu’un dit :
« Mon Dieu, mais c’est vrai ! »
Les gens se pressaient maintenant pour entourer le vieil homme.
« On ne peut s’y tromper !
– Sa première manière…
– C’est fantastique ! Fantastique !
– Regardez ! C’est signé !
– Penchez-vous un peu, mon ami, que le tableau soit bien tendu…
– Dites, bonhomme, quand cela a-t-il été fait ?
– En 1913, dit Drioli, sans se retourner. À l’automne 1913.
– Qui a appris le tatouage à Soutine ?
– Moi.
– Et la femme ?
Le propriétaire de la galerie écarta les gens et s’approcha de Drioli. Il était calme, mortellement sérieux.
« Monsieur, dit-il avec un sourire forcé, je suis acheteur. Je vous en donne deux cent mille francs. »
Les yeux du marchand étaient petits et noirs ; les ailes de son nez commençaient à frémir.
Drioli dit lentement :
« Mais comment voulez-vous que je le vende ? »
Il y avait dans sa voix toute la tristesse du monde.
« Oui, dit quelqu’un dans la foule, comment pourrait-il le vendre ? Ça fait partie de lui !
– Écoutez, dit le marchand. Je vous y aiderai. Je vous rendrai riche. On va faire un arrangement pour ce tableau, tous les deux, hein ? »
Drioli le regarda, plein d’appréhension.
« Mais comment voulez-vous l’acheter, monsieur ? Et qu’est-ce que vous en ferez quand vous l’aurez acheté ? Où le garderez- vous ? Où le garderez-vous cette nuit ? Et demain ?
– Ah oui… Où vais-je le garder ?… C’est vrai… Où vais-je le garder ?… Voyons… Voyons… »
Le marchand se passa un doigt sur le nez. « Il semble, dit-il, que si je prends le tableau, je doive vous prendre aussi. C’est un inconvénient. »
Il s’interrompit.
« Le tableau lui-même n’a pas de valeur avant votre mort, reprit-il. Quel âge avez-vous, mon ami ?
– Soixante-et-un ans.
– Mais vous n’êtes peut-être pas très robuste, hein ? »
Il examina Drioli du haut en bas, comme un fermier apprécie un vieux cheval.
« Je n’aime pas ça, dit Drioli en se reculant. En toute honnêteté, monsieur, je n’aime pas ça. »
Il aboutit entre les bras d’un grand monsieur qui tendit les mains et le saisit doucement par les épaules. Drioli s’excusa. Le monsieur lui sourit et, d’une main gantée de jaune canari, tapota, rassurant, une des épaules nues du vieil homme.
« Écoutez, mon ami, dit l’étranger, toujours souriant. Aimez-vous nager et prendre des bains de soleil ? »
Drioli le regarda, plutôt surpris.
« Aimez-vous les bons plats et le vin rouge des meilleurs crus de Bordeaux ? »
L’homme souriait toujours, montrant de fortes dents blanches éclairées d’or.
Il parlait de façon douce et insistante, sa main gantée toujours sur l’épaule de Drioli.
« Vous aimez ces choses-là ?
– Euh… oui ! répondit Drioli, toujours perplexe. Naturellement.
– Et la compagnie des jolies femmes ?
– Pourquoi pas ?
– Et un placard rempli de complets et de chemises faits sur mesure pour vous ? Il me semble que votre garde-robe est un peu négligée. »
Drioli guettait cet homme suave, et attendait le reste.
« Et un domestique qui viendrait vous raser et vous couper les cheveux le matin ? »
Drioli restait là, bouche bée.
« Et une jolie fille bien ronde qui vous ferait les ongles ? »
Quelqu’un, dans la foule, ricana.
« Et une sonnette à côté de votre lit pour appeler la femme de chambre qui vous apporterait le petit déjeuner du matin ? Vous aimeriez tout ça, mon ami ? Ça vous tente ? »
Drioli, immobile, le contemplait.
« Voyez-vous, je suis propriétaire de l’hôtel Bristol, à Cannes. Je vous invite à venir là-bas et à être mon hôte le reste de votre vie, dans le luxe et le confort. »
L’homme s’interrompit, laissant son auditeur savourer cette agréable perspective.
« Votre seul devoir – dois-je dire votre plaisir ? – sera de passer le temps sur ma plage en caleçon de bain. Vous vous promènerez parmi mes clients, vous prendrez des bains de soleil, vous nagerez, vous boirez des cocktails. Ça vous plaît ? »
Drioli leva le nez vers le grand type aux gants jaune canari.
« C’est une idée comique, dit-il lentement. Mais vous parlez sérieusement ?
– Bien sûr.
– Attendez, interrompit le marchand. Écoutez un peu, bonhomme. Voilà une solution à notre problème. J’achète le tableau et je m’arrange avec un chirurgien pour qu’il l’enlève de votre dos. Vous irez de votre côté et vous pourrez profiter de la grosse somme d’argent que je vous donnerai pour ça.
– Sans peau sur mon dos ?
– Mais non. Le chirurgien vous remettra une autre peau à la place. Ce n’est rien du tout !
– Impossible ! dit l’homme aux gants canari. Il est trop vieux pour une greffe de cette importance. Ça le tuerait. Ça vous tuerait, mon ami.
– Ça me tuerait ?
– Bien sûr. Vous n’y survivriez pas. Seul le tableau s’en tirerait.
– Au nom du ciel ! » cria Drioli. Il regarda, épouvanté, les visages qui l’observaient.
La main gantée de canari tapota de nouveau l’épaule de Drioli.
« Venez, dit l’homme, avec son large sourire blanc. Nous allons faire un bon dîner et reparler un peu de tout ça. Vous avez faim ? »
Les yeux de Drioli se tournèrent vers le plafond, ses lèvres s’entrouvrirent et se mouillèrent. Littéralement, on voyait l’eau venir à la bouche du pauvre diable.
« Comment aimez-vous le canard ? continua l’homme. Bien rôti et craquant ? Ou le préférez- vous…
– Je viens, » dit très vite Drioli.
Déjà, il avait ramassé sa chemise et la passait frénétiquement.
« Attendez-moi, monsieur ; je viens. »
Une minute après, il avait quitté la galerie avec son nouveau maître.
Quelques semaines plus tard, une toile de Soutine – une tête de femme, peinte d’une façon assez étrange, bien encadrée et lourdement vernie – fut mise en vente à Buenos Aires.
De ceci, et du fait qu’il n’y a pas d’hôtel Bristol à Cannes, il résulte que l’on s’étonne un peu et que l’on prie pour la santé du vieil homme. Et l’on espère ardemment, où qu’il soit en ce moment, qu’il s’y trouve en compagnie d’une jolie fille bien ronde pour lui faire les ongles et d’une femme de chambre pour lui apporter le petit déjeuner au lit, le matin.
Copyright : 1953 Roald Dahl
et Agence Bradley.
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(Roald Dahl, adaptation anonyme de « Skin » [in The New Yorker, 17 mai 1952, avant d’être repris dans le recueil Someone Like You, New York: Alfred A. Knopf, 1953], illustrée par Jean Joyet, in Constellation, le monde vu en français, volume XIV, n° 83, mars 1955. Le film de Denys de La Patellière, Le Tatoué (1968), traite un sujet similaire : un ancien légionnaire, joué par Jean Gabin, porte un authentique Modigliani tatoué sur le dos, réalisé en 1919)
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(Chaïm Soutine, « L’Idiot » et « Jeune Femme en rouge, » huiles sur toile, c. 1920 et 1928)
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(Amedeo Modigliani, « Portrait de Chaïm Soutine, » huile sur toile, 1916)
Dès le premier jour de son arrivée à l’atelier, Jean Colza, envoyé par son département, parut une brute. Sa tête épaisse était enfermée de toutes parts dans un poil divergent. Ses yeux attentifs demeuraient immobiles sous un front obstiné. Son premier dessin fut désastreux. Le maître illustre qui corrigeait, s’assit sur le tabouret d’où l’élève venait de glisser avec une hâte respectueuse, regarda le modèle, regarda le papier, se mit à rire silencieusement et, sans mot dire, passa au voisin. Aucun sentiment ne passa sur la face obscure de Jean Colza. Il dessina ainsi deux ans, sans faire aucun progrès ; sur quoi on l’engagea à peindre.
Un matin, il apporta à l’atelier une nature morte qui étonna tout le monde. C’étaient des pommes rouges de gelée, à six sous la livre. Elles sortaient à demi d’un cornet de papier gris, d’où quelques-unes avaient roulé sur la table en bois blanc. Il y avait là-dessous vingt séances obstinées. Jean Colza reçut des compliments. Il apporta successivement une mandarine près d’un verre de vin rouge, un artichaut près d’une terrine de grès jaune, et un hareng saur pendu avec le masque de Beethoven. Il exposa. Il vendit. Il avait trouvé sa voie.
Il avait pour atelier un hangar de la rue Vercingétorix, chauffé par un poêle de corps de garde ; les murs gris étaient écaillés de taches blanches où le plâtre paraissait ; le sol était de terre battue. Il y avait là des chevalets en bois blanc, à demi disloqués, des tabourets crevés, une table chargée de chiffons à couleur, de pipes, de tubes, de fioles ; et, d’un paquet éventré de tabac, les pinceaux s’élevaient pressés du col d’un pot de grès. Jean Colza peignait des laitues, des oignons, des fruits communs et des nourritures pauvres. Il n’était pas de ces romantiques qui recherchent les ciboires, les verres de Venise et les colliers de perles. Non qu’il les méprisât ; il n’y avait jamais pensé : avec un rouget, un morceau de fromage et le pli d’un torchon, il composait des tableaux qui ne l’intimidaient pas. La renommée s’établit de la conscience de son travail, et du sérieux de son œuvre. On loua la qualité de ses camemberts ; unique à grumeler le zeste d’un citron, on raconta que quand il faisait tourner le vert sombre d’un demi-setier, sa toile paraissait en verre, et le verre en carton. Un critique salua avec éloquence cet art né du peuple, fait de la vie populaire, cette véritable peinture d’une démocratie consciente. Jean Colza devint un symbole, une idée littéraire ; on donna un banquet en son honneur, et il fut invité à l’Élysée.
Et alors l’ambition lui vint. Il rêva les honneurs. Il eut honte du fromage et du demi-setier. Il voulut, comme les autres, faire ce qu’il n’avait pas fait. Il envia ceux qui déploient sur de glorieux nuages des figures allégoriques ; et il décida d’exposer un nu grandeur nature, sur un fond fait avec du blanc et du noir.
Il ruminait ce projet, un matin, en faisant sa palette, quand on frappa à la porte. « Pas besoin de modèle ? » dit une grande fille mince. Elle était, elle aussi, noire et blanche, avec des yeux bleus, un ruban dans les cheveux, un chapeau fécond en plumes et en agréments divers, un boa roulé autour du cou, une jaquette bleue et une petite jupe à carreaux. « Montrez-vous ! » dit Jean Colza. La fille émergea nue d’un tas compliqué de linges et de vêtements, et elle vint, en se balançant, jusque devant le poêle. Là, elle hancha, et mit une main derrière la nuque. « Tournez ! » dit Jean Colza. Elle pivota, de façon à soumettre à l’œil cligné du peintre le revers de son anatomie. Elle resta un instant cambrée, puis changea d’aplomb, et de son corps décrivait ainsi des figures diverses. « Pouvez-vous tenir cette pose ? dit Jean Colza. Nous allons travailler. »
Il prit une toile de quarante, et, sans parler, il commença à peindre. Il traça légèrement l’arabesque du corps. Du double talon rose jaillissaient la cheville étroite et le mollet courbé. L’un des jarrets tendu était rond et brillant, l’autre enfermait un creux d’ombre entre deux tendons. Le dos, vigoureux, se modelait dans la nacre ; une omoplate dessinait son rudiment d’aile ; la nuque dorée fuyait sous les cheveux ; et un bras levé achevait, par des laques roses, ces couleurs enchantées.
« Repos, » dit le peintre. Le modèle, d’un pas souple, dégingandé et muet, vint se chauffer. Puis elle s’approcha de la toile ; elle vit en mouchetures légères s’esquisser le geste de sa forme ; et, par places, ces mouchetures accumulées se pressaient déjà en noyaux lumineux.
La seconde reprise marcha mal. « Bon Dieu, disait Jean Colza, que c’est difficile de dessiner une figure quand on en a perdu l’habitude ! » Il se souvint confusément que Michel-Ange commençait par dessiner le bassin. Il se mit donc à préciser les hanches, les reins luisants et lisses, et les masses de muscles jeunes et roses qui y étaient suspendues. Tout en peignant, il faisait des réflexions de peintre, et méprisait le bourgeois : « On croit, disait-il, que tout ça sert à s’asseoir. Pas du tout ; ça sert à se tenir debout. C’est le ressort et le contrepoids. » Et il se rappelait cette phrase d’un cours d’anatomie : « Tout ce qu’on dit sur la sublimité de l’attitude de l’homme, seul être qui regarde naturellement les astres, revient à dire que c’est un singe qui a des fesses. » Il peignait cependant dans le sens de la forme, arrondissait, reprenait un accent, balançait des contours, comparait des volumes. Les jambes lui parurent mal attachées ; un coup de torchon les effaça ; un autre enleva l’esquisse du dos et de la tête, et quand, au repos de onze heures, le modèle vint voir « où ça en était, » il ne restait plus, au centre de la toile, que le centre même, bien modelé, de sa personne.
On eût dit un fruit étrange et merveilleux, et Jean Colza se souvenait de tant d’autres fruits qu’il avait peints ; les murs en étaient garnis ; sa palette même, chargée de cadmium et de laque, les rappelait. Il recommença à peindre, mais les difficultés renaissaient à chaque instant ; il n’avait plus l’habitude des lignes flexibles et mêlées par quoi s’enchevêtrent les muscles. Il évoquait les courbes fermes et simples que la nature a données aux produits de la terre ; et l’habitude de ces courbes l’empêchait d’assouplir la forme vivante. Il barbotait en grognassant. Il maudissait sa main trop habile à peindre les citrouilles. Les veines bleues qu’il apercevait lui rappelaient le réseau gris blanchâtre qui se forme sur leur surface. Il dorait trop la peau. Il n’avait plus l’usage de gris si roses et si délicats. Il s’impatientait. Cependant, le modèle, qui lui tournait le dos, faisait de temps à autre une réflexion : « Pas, disait-elle, que j’ai les jambes longues ? – Oui, oui, » faisait-il sans l’écouter. Il s’était mis soudain à peindre avec fureur ; et maintenant sa main glissait, volait. Il fouettait sans hésiter de sa brosse le cadmium orangé, le rouge de saturne, le vert émeraude. Il allait, il allait… Midi sonna et la cloche d’une usine prochaine retentit. « C’est tout, » fit-il. Mais quand le modèle, sa chemise à la main, vint de nouveau regarder où en était le tableau, aucune trace de sa forme ne subsistait plus sur la toile ; elle vit, avec une stupeur indignée, que Jean Colza, emporté par l’habitude, avait peint un potiron.
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(Henry Bidou, « Contes du Petit Parisien, » in Le Petit Parisien, trente-quatrième année, n° 11770, mardi 19 janvier 1909 ; in Le Progrès, journal républicain quotidien, cinquantième année, n° 18012, lundi 23 août 1909. Pieter Willem Romenij, « Nature morte à la citrouille, » huile sur panneau, sd)
On causait de l’intelligence des bêtes et de leurs états d’âme possibles.
Chacun y était allé de sa petite histoire.
Moi, j’avais conté l’habituelle mienne qui me sert depuis tant d’ans, avec un succès jamais démenti, à savoir : le chien dont on oublie la pâtée, qui va dans le jardin et rentre avec, dans sa gueule, une touffe de myosotis, symbole de souvenance.
D’autres en avaient conté d’autres.
« Et vous, miss Kara, fit quelqu’un, vous ne dites rien ? »
Miss Kara Bynn, effectivement, durant tout cet entretien, n’avait pas desserré les dents, de fort jolies dents, d’ailleurs.
(Miss Kara Bynn est une extraordinaire tireuse australienne auprès de laquelle
L’étonnant Ira Paine (1)
tire à peine.)
Alors, miss Bynn daigna desserrer ses jolies dents, et voici ce qu’elle dit :
« Ah ! oui, les bêtes ? »
Un silence.
« Oui, les bêtes, insistâmes-nous.
– Et aussi les poissons ?
– Pourquoi pas ?
– Alors, écoutez mes paroles. »
Et tous, nous nous suspendîmes aux rouges lèvres de Kara Bynn.
« C’était l’année dernière, quand je partis de Sydney à bord du steamer Green Pig. Un requin accompagnait notre bateau, un seul requin, mais toujours un requin. Quelquefois, on le pêchait, et tout de suite il était remplacé par un autre. À croire, Mesdames et Messieurs, qu’il existe, dans les Océans, un Officiel très vigilant annonçant chaque matin : « Le requin Un Tel est promu, en remplacement du requin Tel Autre (décédé). » Bref, nous avions toujours, évoluant dans notre parage, un brave requin. »
Après avoir humecté sa copieuse gorge d’un bon petit whisky, miss Kara Bynn continua :
« Par un beau matin, je vis s’approcher de moi un jeune matelot du bord, un beau gars, comme vous dites, vous autres Français, un superbe gars, même. Il tenait à la main une petite bourse en toile à voile qu’il s’était amusé à me confectionner de ses propres mains. Mes initiales, K. B., y étaient brodées en fil goudronné. Ce n’était peut-être pas un article bien parisien, mais, venant tout droit du cœur de ce bel et brave garçon, la simple offrande alla tout droit au cœur de la belle et brave fille que je suis. Car, n’en doutez pas, je suis une belle et brave fille. »
L’assentiment se peignit sur nos faces unanimes.
Miss Kara reprit :
« Tout de suite, je transbordai dans ma nouvelle bourse l’argent que j’avais dans mon préalable porte-monnaie, et, pour bien prouver à mon beau donateur le prix que j’attachais à son présent, je jetai à la mer le porte-monnaie vide… Alors, il se passa une étrange chose. Le requin se précipita sur l’objet de toute sa vorace et terriblement armée gueule. Il allait avaler le porte-monnaie, quand, d’un vigoureux coup de nageoire, il recula de deux ou trois brasses. Puis, il revint sur la petite épave, la flaira, en contourna fébrilement les alentours, et… peut-être allez-vous douter ?
– Oh ! que non pas ! déniâmes-nous.
– De grosses larmes s’échappèrent des yeux du monstre. Et puis, nous le vîmes virer lof pour lof et s’enfoncer dans l’horizon, en proie à une indéniable et poignante tristesse. Un vieux matelot du bord nous donna la clef de l’énigme. Dans la substance qui constituait la partie extérieure du porte-monnaie, notre requin avait reconnu LA PEAU DE SA MÈRE. »
Je fus, pour ma part, si ému de ce récit que je bus, dans mon trouble, un énorme verre de gin, croyant avoir affaire à de l’onde pure.
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(1) Vous êtes trop jeune pour vous rappeler ça, mais Ira Paine était un prodigieux tireur qui fit, voilà tantôt quinze ans, courir tout Paris aux Folies-Bergères, comme aujourd’hui Cody, au Casino de Paris.
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(Alphonse Allais, « La Vie drôle, » in Le Journal quotidien, littéraire, artistique et politique, deuxième année, n° 377, lundi 9 octobre 1893 ; in La Petite Gironde, journal républicain quotidien, vingt-septième année, n° 9028, mercredi 10 mars 1897 ; in La Charente, organe républicain quotidien, vingt-septième année, n° 11895, jeudi 14 avril 1898 ; in Le Journal pour tous, onzième année, n° 5, jeudi 14 février 1901 ; « Variétés, » in Le Tourangeau, orage des intérêts sociaux et économiques de la région, douzième année, n° 839, jeudi 2 mai 1901 ; plagié sous la signature de « Matricaria, » in Hazweiss, Organ des P. V. E. L., treizième année, n° 162, septembre 1906 ; in Le Progrès, journal républicain quotidien, quarante-huitième année, n° 17296, samedi 7 septembre 1907 ; repris en volume dans le recueil Rose et Vert-Pomme (Œuvres anthumes), Paris : Paul Ollendorff, 1894. « Le Tigre des mers, » gravure extraite du Journal des Voyages et des Aventures de Terre et de Mer, n° 72, dimanche 24 novembre 1878)
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CHRONIQUE GÉNÉRALE
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J’ai reçu, avec une bienveillance un peu narquoise, les doléances d’un pharmacien. Cet apothicaire infortuné venait se plaindre à moi de ce que je maltraitais outre mesure les drogues, et il disait amèrement : « Vous voulez donc nous arracher le pain de la bouche ! »
Non, non, pauvre potard, je ne veux point la mort du pécheur.
D’autant que, parmi ses plaintes, ce pharmacope émet une idée assez juste. Les pharmaciens, après des études plus ou moins approfondies, acquièrent un grade que leur confère la Faculté. Il semble, dès lors, qu’ils aient entre les mains une sorte de monopole, qui, dans l’espèce, consiste à vendre des poisons, dosés suivant des formules tirées du Codex. Ainsi le docteur signe une ordonnance, d’après laquelle il faut délivrer au porteur un centigramme d’acide sulfurique, par exemple, ou d’acide nitrique, ou d’aconitine, ou de tel autre toxique. Le pharmacien exécute l’ordonnance, en pesant au compte-goutte lesdites substances. Et, ce faisant, il obéit à la loi.
Or, si vous, pour brûler la figure d’une femme trop aimée ou d’un rival abhorré, vous avez besoin d’acide sulfurique, vous n’irez certes pas chez le docteur de votre quartier demander une ordonnance pour ce projet homicide. Non. Alors, vous vous rendez tranquillement dans une droguerie en gros, et, sous prétexte que vous êtes marchand de couleurs, ou graveur, ou n’importe quoi d’analogue, vous pouvez acheter une bonbonne d’acide, avec quoi vous aurez le loisir d’exterminer vos ennemis dans le plus bref délai.
Ainsi, par une anomalie bizarre, on peut avoir au litre, très aisément, des poisons infernaux qu’un brave pharmacope ne peut délivrer que contre ordonnance et à dose infinitésimale.
Là, mon apothicaire a raison de se plaindre. Et, de fait, du moment que l’État monopolise le tabac, ce poison, et les cartes, ce toxique, il pourrait entraver un peu la vente libre de l’acide sulfurique et de ses similaires.
D’ailleurs, il y a beau temps que ces choses ont été dites, mais inutilement. Il me souvient qu’avec son humeur paradoxale le poète Charles Cros, qui était en même temps un grand savant, imagina de donner une leçon aux pouvoirs publics. Et voilà comment il s’y prit.
Il ouvrit dans le journal Gil Blas une série de chroniques sous ce titre suggestif : « Conseils aux voleurs et aux assassins. »
Je me souviens du premier conseil. Il s’agit de démolir un coffre-fort. En ce cas, généralement, les cambrioleurs se servent d’une hache d’abordage, ou de tel autre instrument redoutable et bruyant. Charles Cros, lui, offrait, avec un sérieux imperturbable, le meilleur procédé au cambrioleur. « Quand vous partez, disait-il, pour la conquête d’un coffre-fort, il est utile que vous vous munissiez d’une boîte à lait, dans laquelle, mélangée à un peu d’eau, flottera de la terre glaise, telle que l’emploient les sculpteurs. Puis vous aurez la précaution de vous munir d’un demi-litre d’acide sulfurique ou nitrique, au choix. Dès que vous êtes en présence du coffre-fort, vous façonnez avec la terre glaise de petites écuelles que vous fixez à divers endroits du coffre-fort, aux places où s’aperçoivent des vis par exemple, ou des traces de soudure quelconques. Tout en fumant une cigarette, vous attendez que ces écuelles sèchent, et, alors, vous versez délicatement votre acide dans ces récipients, et, allumant une autre cigarette, vous laisser agir l’âme redoutable de l’acide qui troue et perfore l’acier, si bien qu’à un moment donné la plus légère poussée ou pesée fait sortir la porte du coffre hors de ses gonds, et qu’il n’y a qu’à cueillir silencieusement le magot. »
À la suite de ce conseil, Charles Cros écrivait : « Pour se procurer l’acide sulfurique ou nitrique nécessaire, il ne faut pas s’adresser au pharmacien qui n’en délivre que sur ordonnance et en petite quantité, mais il faut aller chez le droguiste en gros, qui en vend sans difficulté à quiconque le paie. »
Je me souviens d’un deuxième conseil, où il s’agissait de faire disparaître un cadavre encombrant. On lui faisait prendre un excellent bain d’acide sulfurique. Et toujours la même note suivait : « Ne point s’adresser au pharmacien qui, etc., mais, au droguiste lequel, etc. »
Je dois dire, tout d’abord, que cette série fut interrompue au troisième numéro ; car on redouta que, mis ainsi au courant des progrès de la science, les criminels ne devinssent véritablement trop forts.
Il n’en existe pas moins le fait anormal que, à Paris, chacun peut se procurer chez le droguiste les poisons dont il peut avoir besoin, tandis que l’infortuné pharmacope doit passer sous l’ordonnance du docteur.
Quelque peu suspect que je sois de tendresse pour tant d’apothicaires, vendeurs de drogues nuisibles et infatués, je devais constater que, dans ce cas, ils ont raison de se plaindre d’une concurrence déloyale. Ils ont acquis, de par la Faculté, le droit de vendre du poison, et il se trouve des gens qui, sans diplôme, offrent à tout venant les toxiques les plus énergiques. Et souvent, lesdits toxiques n’ont d’autre destinée que d’aller du fond d’un bol vers les yeux ou le nez ou la bouche d’une personne qui se passerait fort bien d’un tel cadeau.
Quel que soit le respect que l’on doit au vieux principe de la liberté, il y aura là pour les pouvoirs publics une occasion de manifester un souci prévoyant envers la santé publique.
Nous, vitalistes, convaincus que toute drogue est un poison, et que l’espèce humaine doit rejeter loin d’elle ces forces inférieures que la magie appelle des élémentaux, pour recourir plutôt aux généreuses forces de la nature mère et clémente, aux anges magnifiques du soleil, chaleur et lumière, nous, vitalistes, n’avons pas à prendre parti dans ce débat entre droguistes et pharmacopes ; et, cependant, si nous détestons l’emploi des poisons que fait la pharmacie, à plus forte raison devons-nous honnir le commerce en grand des toxiques que pratiquent librement et sans contrôle d’audacieux industriels.
Pourquoi l’État, qui a toujours besoin d’argent, ne monopoliserait-il pas à son profit le maniement des drogues et poisons ?… Mais que dis-je là ? On voit déjà que, pour son argent, l’État protège le tabac, les cartes à jouer, le mastroquet-électeur, et certaines maisons closes…
Il ne lui manquerait plus que de vendre des poisons. Ciel ! protège-nous contre une telle éventualité !
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(É. de Salerne [pseudonyme d’Édouard Moron], in La Médecine nouvelle, dynamodermie, vitalisme, magnétovia, seizième année, n° 52, samedi 30 décembre 1899 ; lithographie de Roland Topor, extraite de l’album Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon, Monaco : Éditions André Sauret, 1975. En dépit de nos recherches, nous n’avons trouvé aucune trace des chroniques de Charles Cros mentionnées dans cet article. Il semble établi en tout cas qu’elles ne sont jamais parues dans les colonnes du Gil Blas. Malgré les citations et les précisions troublantes apportées par l’auteur, nous nous voyons donc contraint de rattacher pour l’instant ces « Conseils aux voleurs et aux assassins » à la légende de Charles Cros)
Ce matin-là, je retrouvai Sherlock Holmes dans sa petite salle à manger de Baker-Street. Il était assis dans un fauteuil de cuir de Russie et se chauffait confortablement les jambes devant un joli feu clair qui pétillait allègrement.
« Beau temps, docteur Watson, fit-il en m’apercevant. Avez-vous noté quelque chose d’intéressant dans les journaux, ce matin ?
– Vous voulez sans doute parler de l’affaire du pendu de l’urinoir ?
– Oui, c’est une affaire bien mystérieuse, ne vous semble-t-il pas, Watson ? »
La police avait découvert dans un urinoir de Nottingham-Street un homme pendu à la lanterne de l’édicule au moyen d’un fil de fer. Cette découverte, qui aurait été des plus banales, prenait une tournure assez mystérieuse du fait de certaines particularités : on avait trouvé dans les poches du pendu des pierres portant chacune un numéro. D’autres pierres, également numérotées, étaient déposées devant lui sur un rebord de tôle. Par ailleurs, aucun papier d’identité et seulement un ticket de bascule provenant d’une pharmacie du voisinage.
Le pharmacien avait fort bien reconnu le pendu qui était venu se faire peser chez lui une heure auparavant, mais, chose curieuse, il affirmait de la façon la plus formelle l’avoir vu vêtu d’un pantalon à carreaux, alors que le cadavre portait un pantalon à raies.
« Le pantalon, fit Holmes, est une chose banale.
– Il est certain, répondis-je, que l’homme a pu en changer. »
Holmes fit non de la tête.
« Ou bien, le pharmacien a pu se tromper…
– Le pharmacien ne s’est pas trompé, Watson, et l’homme n’a pas changé de pantalon, mais cette question, vous dis-je, est des plus banales. J’ai demandé simplement à la police de me faire remettre le ticket de bascule, le fil de fer avec lequel l’homme était pendu et les pierres numérotées. Il me semble que ces différents objets sont suffisants pour découvrir l’identité du pendu et les causes du drame.
– Je ne vois pas…
– Comment, reprit Holmes, vous ne voyez pas ! Voilà un homme que l’on trouve pendu par un fil de fer, avec des pierres numérotées dans ses poches et des pierres semblables à portée de sa main… Et pendu dans un urinoir ! Ce sont pourtant des données d’une précision…
– Il me semble que le fait de se pendre, ou d’être pendu, dans un urinoir est une chose des plus banales.
– Fort intéressante, au contraire. Un urinoir est fait pour uriner et, pour qu’un homme s’y pende, il lui faut des raisons sérieuses. Notez en outre que cet homme a choisi le troisième urinoir à gauche dans Nottingham-Street ; le troisième, et non pas le premier ou le second. Voici un choix d’une importance capitale. »
Je ne me crois pas plus bête qu’un autre, et cependant je me sens toujours écrasé par le sentiment de mon infériorité lorsque je suis en présence de Sherlock Holmes. Pour ma part, j’étais persuadé que seul le pantalon était capable de fournir un point de départ raisonnable à notre enquête. Mais je ne pus refuser à mon ami de l’accompagner jusqu’à l’urinoir lorsqu’il en manifesta le désir, et pourtant, je considérais cet examen comme une chose absolument superflue.
Il faisait un petit froid vif avec un brouillard tellement opaque que l’on distinguait à peine le fourneau de la courte pipe de terre de bruyère qu’Holmes venait d’allumer.
Dans la rue, nous hélâmes un hansom qui nous conduisit au trot sec d’un petit cheval mâtiné hongre et mulet jusqu’à l’urinoir de Nottingham-Street.
L’édicule n’avait rien qui pût le distinguer des autres. C’était un urinoir circulaire, en tôle ajourée et surmonté d’une lanterne à gaz qui avait joué hier soir le rôle de potence.
Sherlock Holmes en fit le tour à plusieurs reprises en fredonnant des chansons à la mode, et cette gaieté dans un endroit banal, mais sinistre en somme, me surprit fort. Il semblait extrêmement satisfait et lorsqu’il me croisa, alors que je tournais moi-même en sens inverse, il chantait à pleine voix la romance célèbre :
C’est là que je voudrais vivre !
Aimer, aimer et mourir !
En toute autre circonstance, j’aurais trouvé la chose plaisante, mais, à ce moment-là, les manières de mon ami me parurent bizarres et je me demandais même s’il n’était pas subitement devenu fou lorsqu’il me pria de chanter à mon tour. Son insistance était telle que je dus finir par m’incliner et, prenant ma bible, je l’ouvris au hasard et psalmodiai d’une voix forte le verset suivant :
Si tu veux faire mon bonheur,
Seigneur, Seigneur !
Si tu veux faire mon bonheur,
Seigneur donne-moi ton cœur !
« Quelle jolie voix vous avez, Watson, me dit Holmes lorsque nous nous rencontrâmes à nouveau en tournant tous deux en sens inverse dans l’urinoir. En somme, je suis très satisfait de m’être rendu compte par moi-même de la disposition des lieux. Remarquez, s’il vous plaît, le courant d’air qui traverse cet urinoir. C’est encore une chose fort importante et je crois avoir maintenant en mains tous les renseignements nécessaires pour mener à bien cette mystérieuse affaire. Je vais y travailler un peu ce soir, et demain matin j’espère pouvoir vous en exposer tous les détails. »
Pour ma part, j’employai mon après-midi à interroger le pharmacien Primypar qui avait pesé le malheureux une heure avant sa mort et qui se montra très affirmatif sur la question du pantalon à carreaux.
D’autre part, le policeman qui avait découvert le pendu et l’avait conduit à Charing-Cross-Hospital était non moins certain d’avoir vu son client vêtu d’un pantalon à raies.
Le mystère restait donc entier et je résolus d’employer une autre méthode, c’est-à-dire de rechercher l’identité du pendu au moyen du fournisseur du pantalon. La chose était relativement simple : on sait qu’à Londres la vente des pantalons à carreaux ne se fait pas selon la taille ou la qualité, mais d’après le nombre de carreaux. On établit, une fois pour toutes, le prix de revient d’un carreau d’étoffe et on en déduit ainsi, sans difficulté, le prix du pantalon entier. C’est une pratique d’une grande simplicité qui devrait bien se généraliser pour tous les vêtements.
En conséquence j’établis avec toute la précision nécessaire la surface du pantalon, ce qui me demanda un certain temps, mais ensuite il me suffisait d’un simple calcul à la portée de tous les enfants des écoles pour trouver le nombre des carreaux. Ce travail m’occupa pendant la fin de l’après-midi, mais je connaissais maintenant, d’une façon aussi exacte que possible, le nombre de carreaux du pantalon et il ne me restait plus qu’à rechercher le tailleur qui avait vendu le pantalon, ce qui devenait relativement simple et ferait avancer mon enquête de notable façon.
Holmes m’attendait, le lendemain matin, dans sa petite salle à manger de Baker-Street. Il fumait à bouffées rapides sa courte pipe de terre de bruyère et son air joyeux m’apprit qu’il avait trouvé quelque chose de nouveau.
« J’ai installé, me dit-il, une reconstitution exacte de la pendaison de Nottingham-Street et cela m’a permis bien des déductions intéressantes. Voulez-vous, Watson, que nous examinions cela ensemble ? »
Dans la salle voisine, Sherlock Holmes avait pendu un panier à salade au crochet de la suspension.
« J’ai employé, m’expliqua-t-il, le fil de fer même qui a servi au pendu. Voulez-vous répéter avec moi les expériences que j’ai faites cette nuit ?
– Volontiers, fis-je.
– Fort bien ; placez donc dans ce panier à salade le poids de 156 livres que vous voyez-là sur la table. C’est, vous vous souvenez, le poids exact du pendu tel qu’il fut noté par la pharmacie Primypar ; voyez, le ticket de bascule en fait foi. Maintenant, Watson, voulez-vous pincer le fil de fer ? »
Je pinçai le fil qui rendit un son assez grave.
« Il faudrait, me dit Holmes, pincer le fil suivant une cadence particulière : deux coups assez espacés, puis deux coups plus rapprochés. »
Assez intrigué, je pinçai le fil en suivant les indications de Sherlock Holmes.
« C’est très bien ; prenez maintenant, Watson, une des pierres qui sont sur cette table, celle qui porte le n° 1, s’il vous plaît, et placez-la également dans le panier à salade. »
Le fil rendit, cette fois, un son un peu plus aigu.
On sait en effet que le son produit par une corde vibrante est d’autant plus aigu que celle-ci est plus tendue.
« Ha ! ha ! reprit Holmes en se frottant les mains ; cela ne vous indique rien, Watson ?
– J’avoue que…
– Alors, nous allons continuer l’expérience. »
Holmes me fit alors placer toutes les pierres, une à une, dans le panier à salade, puis il me pria de les enlever, soit séparément, soit plusieurs à la fois, en pinçant la corde chaque fois.
Et, soudain, je me rendis compte que les différents sons rendus par le fil de fer étaient des notes de musique et que je jouais ainsi la Marche Funèbre de Chopin.
Sherlock Holmes recommença la même manœuvre, maniant les pierres avec une rare virtuosité et détailla la marche célèbre avec une puissance et une velouté dignes des plus grands artistes.
« Douterez-vous maintenant, Watson, de la perfection qu’un musicien de métier peut réaliser avec un tel instrument ? D’autant que vous n’avez pas été sans remarquer, comme moi, la sonorité remarquable du troisième urinoir de Nottingham-Street. J’ai emporté, hier soir, dans ma poche le poids de 156 livres et les pierres, et j’ai fait cette expérience dans l’urinoir, en pleine nuit. C’était absolument merveilleux. C’est pourquoi vous admettrez, comme moi, que le pendu ne peut être qu’un musicien.
– C’est possible, répondis-je, mais les musiciens sont nombreux à Londres, et je ne vois pas en quoi cette hypothèse avancerait notre enquête.
– Ha ! ha ! fit encore Holmes, avec à mon égard un petit rire fort blessant. C’est bien pourquoi j’ai l’intention de continuer cette démonstration. Voulez-vous, docteur Watson, prendre ce soufflet maintenant.
– Le soufflet du foyer ?
– C’est cela même, et soufflez s’il vous plaît sur le panier à salade. Cela ne vaut pas, évidemment, le courant d’air de l’urinoir, mais avec un peu de patience nous arriverons quand même à un résultat. »
Je soufflai et le panier à salade se mit à se balancer lentement.
« Fort bien ; comptez maintenant le nombre d’oscillations à la minute. Vous allez en trouver quarante exactement. Cela correspond au Largo du métronome, c’est-à-dire à la cadence exacte de la Marche Funèbre.
– C’est exact, répondis-je, mais ce ne sont là toujours que des expériences, fort intéressantes sans doute, mais qui n’ont guère de rapport avec l’affaire du pendu de l’urinoir.
– Permettez, fit Holmes ; cherchez donc maintenant dans les journaux de ce matin, à la rubrique : Demandes d’emploi ; vous allez y découvrir que la Broadcasting de Manchester demande, pour son orchestre, un joueur de métronome-solo. Vous connaissez la réputation de l’orchestre de Manchester et vous vous doutez comme moi qu’ils ne doivent employer que des musiciens hors ligne. S’ils sont obligés de s’adresser à la presse pour demander d’urgence un instrumentiste de l’importance du métronome-solo, c’est que le titulaire du pupitre a abandonné son poste brusquement. Voilà pourquoi je déduis que le pendu de l’urinoir ne peut être que le joueur de métronome du Manchester que l’on cherche à remplacer en hâte ce matin.
Cet artiste a voulu mourir en beauté ; il a calculé minutieusement la longueur du fil de fer, il a choisi l’urinoir le plus sonore de Londres, il a pesé avec soin et numéroté les pierres qui devaient lui servir de clavier. Il a vérifié son poids au dernier moment et a choisi enfin le jour où le vent, soufflant en courant d’air dans l’urinoir, le faisait se balancer à la cadence exacte du morceau. Je crois même qu’il avait prévu dans son agonie des petits coups de reins pour donner les trémolos indispensables à la parfaite exécution du morceau. N’est-il pas admirable, ce musicien qui se suicide, procédant lui-même à ses funérailles ?
– Tout cela est fort bien, repris-je, mais le pantalon ?
– C’est exact, Watson ; je vous ai dit qu’il s’agissait là d’un phénomène fort simple. L’homme était effectivement vêtu d’un pantalon à carreaux en entrant dans l’urinoir et d’un pantalon à raies lorsqu’on l’en a retiré. Cela est dû uniquement à une différence de teinture entre les raies longitudinales et les raies transversales des pantalons à carreaux. Ces dernières se décolorent sous l’action de certains gaz méphitiques que l’on trouve tout particulièrement dans les urinoirs. C’est une chose, Watson que vous auriez dû remarquer en examinant le fond du pantalon des personnes qui ont des gaz : il y a là, au milieu du quadrillé, une zone rayée en forme d’étoile qui est parfois du plus joli effet… »
P. C. C.
SACHA GRÉTRY.
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(Sacha Grétry, in La Bohème, organe de l’association des étudiants de Nantes, n° 49, samedi 1er novembre 1924 ; illustration de Sidney Paget)
La semaine agricole
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Conseils aux Agriculteurs des Fortifs
Par la diversité de l’exposition et du climat, les terrains de l’enceinte de Paris se prêtent à toutes sortes de cultures, et même, pour les gens qui préfèrent s’y transporter pour rêver mollement étendus sur l’herbe ou lire le journal, à la culture intellectuelle.
Le bon agriculteur aura soin de semer sur les terrains de la porte Maillot et d’Aubervilliers les plantes vivaces à feuillage persistant. Pour les terrains situés au sud de Paris, il préférera la vigne, le blé de Turquie ou maïs, le topinambour, et généralement tous les légumes en espalier.
Le tesson de bouteille pousse à l’état sauvage et sans culture. Mais il est difficile de l’acclimater et de le rendre nutritif. C’est plutôt une plante d’agrément.
Il faudra tenir compte des saisons. Pour l’été, on plantera les fèves et pois hâtifs, qui donnent beaucoup d’ombrage. À l’automne, on greffe le radis noir et l’on fait les premiers semis d’escargots.
En hiver, on doit procéder à la taille des arbres de plein vent, tels que concombres et artichauts, qui demandent un terrain sec. Le vernissage des artichauts ne doit pas se faire avant février, ou mars au plus tôt.
Malgré toutes les plaisanteries faciles auxquelles a donné lieu la culture du macaroni, elle est très rémunératrice. En outre, ses racines vigoureuses s’enfoncent profondément dans le sol et le consolident. Son extension sur les talus des fortifications offre donc, en dehors de l’utilité productrice, un intérêt patriotique.
L’asperge demande beaucoup d’eau. Il faut la laisser monter en graine, et se contenter d’émonder, de temps en temps, l’extrémité des branches.
La groseille à maquereaux doit être semée au mois d’avril, et préservée sous des cloches jusqu’aux grands froids. À ce moment-là, on l’expose brusquement à l’air glacé. On a ainsi de la gelée de groseille, très économiquement.
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La grande difficulté pour l’agriculteur des fortifs, c’est de se procurer de l’eau. Il n’y a pas de rivière importante dans ces parages. D’autre part, on ne doit pas songer à creuser des puits, car il faudrait, au préalable, traverser toute l’épaisseur du talus avant d’arriver au niveau du sol, où tout serait à recommencer. Il faut donc recueillir soigneusement l’eau de la pluie et se garder de la boire.
Eu outre, la disposition du terrain présente les plus grandes difficultés pour la conservation de l’eau. Elle a une tendance à suivre la pente et à descendre dans le fossé où elle n’est plus d’aucune utilité, sinon pour les maraîchers installés sur la zone militaire et dont nous ne nous occuperons pas ici. Le meilleur procédé consiste donc à mettre cette eau dans des bouteilles soigneusement cachetées et à les enfouir dans le sol. L’humidité suintant à travers les parois de la bouteille assurera l’état hygrométrique du terrain, et les mêmes bouteilles, d’autre part, une fois emplies et cachetées, pourront servir presque indéfiniment.
L’agronome citadin tiendra compte de la lune et du soleil. Les étoiles sont sans importance. Il mettra un grand chapeau quand il devra se livrer à ses pénibles travaux en plein midi. Il sèmera sous la lune les plantes timides, comme la violette, qui redoutent le grand jour.
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Quelques conseils pour la culture des champignons. Cette culture est des plus hasardeuses, parce que l’on ignore encore à l’heure actuelle si le champignon est un légume ou une céréale, et que l’on ne sait, par conséquent, quel traitement lui appliquer. On peut, cependant, avec le champignon, obtenir des résultats fort avantageux.
Il suffit de fumer le terrain avec de vieilles baleines et de vieux manches de parapluie. On obtient ainsi une variété de champignons de taille gigantesque, et dont la charpente est consolidée par l’armature des vieux parapluies. Cette espèce particulière n’a pas de graines. Elles sont remplacées par des pépins.
Comme la pluie active de façon extraordinaire la poussée des champignons, on a ce grand avantage que le champignon-parapluie sort de terre juste au moment où ou en a le plus besoin.
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(Laturec [pseudonyme de Gabriel de Lautrec], in Le Journal amusant, soixante-treizième année, n° 82, samedi 4 décembre 1920 ; Victor Brauner, « Le Surréaliste, » huile sur toile, janvier 1947)
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(Benoni, in La Jeunesse moderne, quatrième année, n° 23, samedi 8 juin 1907)
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(A. Nadal, in Le Jeudi de la jeunesse, publication hebdomadaire, sixième année, n° 277, jeudi 12 août 1909)
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(Maurice Cuvillier, in Guignol, cinéma de la jeunesse, nouvelle série, n° 96, 6 mai 1928)