À Maurice Gascheau.
Par Allah, par Zeus, par Vichnou,
Par le Zend et la Bible unique,
Par Sybaris et Rome itou,
Je vous jure, en ce viatique,
Que je ne veux, ne peu, ne prou,
À Gaga chercher un seul pou !
J’ai trop le culte du saint homme
Que J. Simon catalogua ;
Ne suis d’Aquin, n’ai fait la Somme,
pour outrer ma voix de rogomme :
Ga, ga, ga, ga,
De l’alpha jusqu’à l’oméga,
Monsieur Gaga
N’est plus qu’un immense dégât !
Philistin, mets-toi-z’à genou :
Gaga, c’est la chose publique,
Et son verbe ne fût si flou,
Eût eu l’âme aristotélique !
Il n’est quaker ni grigou,
Mais s’il prône le couscoussou,
C’est faute à son lare économe…
Son premier cri le fatigua :
Lors, Pangloss est Christ, Caïn, gnome,
Thiers, un preux, et Paris, Sodome !…
Ga, ga, ga, ga,
De l’alpha jusqu’à l’oméga,
Monsieur Gaga
Ne sera jamais renégat…
Anxieux, tel qu’un kangourou,
Il est haineux du famélique
Autant qu’il craint le gabelou
Dont l’œil engendre la colique.
Acéphale come un hibou,
Inconsistant comme du mou,
Tout Jean-foutre est un Chrysostome
Devant ce fol désagrégat
Dont ne pourrait nul idiome
Rendre la hideur de fantôme !
Ga, ga, ga, ga,
De l’alpha jusqu’à l’oméga,
Monsieur Gaga
Sévit de l’Hudson au Volga !
RENVOI :
Bourgeois, ton grand Tout sent le brôme,
– Ce n’est pas le syringa !
De toi goutte un pus polychrome…
Ton Néant est un axiome !
Ga, ga, ga, ga,
De l’alpha jusqu’à l’oméga,
Monsieur Gaga…
C’est sale… On dirait du caca !
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(André Veidaux, Véhémentement, Paris : Bibliothèque artistique et littéraire, 1896)

