RÉSUMÉ DES CHAPITRES PRÉCÉDENTS
Le narrateur s’est lancé dans l’exploration de la mystérieuse maison aux 30 portes où demeure un certain professeur Gaultier qui a réussi à entrer en contact avec des univers inconnus co-existant dans l’espace. Les héros de l’histoire ont ouvert la 6e porte et ont pénétré dans une forêt à la végétation inconnue. Là, une étrange population d’hommes de verre était terrorisée par le professeur Gaultier. Celui-ci est capturé par les héros de l’histoire, mais il parvient à leur échapper. Il est tué, et les héros de l’histoire restent prisonniers au pays de la 4e dimension. Ils se lancent dans l’exploration du pays des hommes de verre. Ils finissent par découvrir les ruines d’un étrange chemin de fer électro-magnétique qui semblent les vestiges d’une civilisation disparue.
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« Les ouvriers de chair étaient définitivement bannis.
J’étais au bâtiment de la Mécanique ondulatoire quand le drame a commencé. Prenant le thé en compagnie du physicien Naïl Okra, l’un des responsables de la création du premier robot, nous étions au salon. Okra emploie comme domesticité et mécaniciens une quarantaine de robots qui logent habituellement, quatre par quatre, dans des espèces de cellules réparties de part et d’autre du corridor central. Okra est – était, devrais-je dire – un vieil original vivant seul, comme un ours, sans même un aide humain. Derrière les portes de plomb de son laboratoire, dans la caverne du cyclotron, nul, pas même, je le crois, le président des Études physiques, ne sait ce qui se passe. J’ai aujourd’hui une théorie. Je la donne pour ce qu’elle vaut : je pense que les émissions intenses de neutrons et de rayons gamma qui parcoururent son antre pendant les expériences ont été assez puissantes pour influencer les robots, en dépit du contrôle central qui assurait leur marche régulière. Toujours est-il que…
Ses quarante robots étaient sortis, sauf un ou deux peut-être, employés à des courses diverses. Soudain, un bruit de marche cadencée nous fit prêter l’oreille.
« Les voilà qui rentrent, » sourit Okra.
Une seconde après, il devint livide :
« Ils chantent !
– Eh bien ? dis-je.
– Vous ne comprenez pas ? S’ils chantent… ce n’est pas prévu au réglage ! S’ils chantent, c’est qu’ils pensent par eux-mêmes, et s’ils pensent par eux-mêmes… »
Le chant, en effet, martelé et sec, sans beaucoup de mélodie, était maintenant distinct. Les quarante robots, en colonne par trois, pénétrèrent dans le couloir.
Ils pénétrèrent dans leurs cellules ; le chant avait cessé dès l’entrée. C’est alors que Okra connut une folie fatale.
Chaque cellule pouvait se fermer par des grilles, commandées, comme toutes les issues du bâtiment, du tableau de contrôle placé près de la grande porte.
Okra se dirigea vers ce tableau et, avant que j’aie pu l’en dissuader, abaissa un contact.
Les dix grilles, glissant dans leurs rainures, se refermèrent avec un claquement sec. La réaction ne se fit pas attendre. Un ordre partit.
Comme un seul, les quarante robots se tournèrent vers les grilles, les saisirent et les arrachèrent sans aucun effort.
Okra me serra le bras à me faire hurler.
« Au laboratoire ! vite ! » jeta-t-il.
Déjà, il avait bondi sur son poste de radio et communiquait au Central de la ville les affolantes nouvelles. Ce qui prouve que seuls ses robots s’étaient révoltés, c’est que ceux du Central transmirent fidèlement notre message aux autorités. Un moment après, nous étions en communication avec les quatre autres directeurs rapidement réunis. L’affolement fut général. Voyez-vous, rien de semblable n’avait été prévu ; nous étions complètement désarmés… Enfin, le directeur de la Chimie appela son service des Oxydes et lui communiqua le problème. Les Oxydes répondirent qu’une arme existait contre les robots sous la forme d’un acide extrêmement violent, qui avait été préparé avec le but tout différent d’assurer la conservation parfaite des cadavres, mais qui rongeait, en fait, toute pièce métallique atteinte jusqu’à pratiquement la désintégrer. Ordre leur fut donné de préparer des bouteilles d’acide et de venir nous délivrer.
Mais les choses allaient trop vite. Les robots révoltés n’avaient pas perdu de temps et, s’étant emparés des outils nécessaires, s’occupaient à percer les portes de plomb qui nous défendaient.
« Il nous reste un moyen de fuir ! » dit Okra. »
(À suivre)
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(H. Bourdens, in Le Petit Marocain, trente-septième année, n° 10172, jeudi 24 mars 1949 ; ce très curieux roman « fantastique, » sur le thème des autres dimensions, n’a jamais été publié en volume ; il est précédemment paru dans L’Avant-Garde, organe central de la Fédération des jeunesses communistes de France, à partir de septembre 1946)
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(in Ce Soir, grand quotidien d’information indépendant, dixième année, n° 1549, vendredi 6 septembre 1946)


