RÉSUMÉ DU CHAPITRE PRÉCÉDENT
Un jeune paysan du Morvan, Jean-Marie Merlou, est amoureux de sa jolie cousine Thérèse. Mais celle-ci est sur le point de se marier. Pour empêcher celle-ci de réaliser son projet, Jean-Marie accomplit certains rites magiques, contenus dans un formulaire mystérieux qu’un colporteur, nommé Biscandard, lui a remis, après lui avoir tiré quelques gouttes de sang. Thérèse, magnétisée à son insu, rejoint son cousin et reçoit de lui l’ordre de rompre ses fiançailles. Mais cette expérience satanique a plongé le malheureux garçon dans un complet affolement. Il ne pense plus, désormais, qu’à se libérer de l’emprise démoniaque qui pèse sur lui.
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« Et la Ménarde ? On la prétend habile en de tels cas ! »
L’idée paraissait décente. La Ménarde était une vieille femme de La Rochemillay, une rebouteuse. Quelques années plus tôt, le Jean-Marie l’avait vue soigner la Bolotte, une sœur cadette de Thérèse ; la petite souffrait d’une purulence à l’œil droit et le docteur n’y comprenait miette ; mais la guérisseuse ayant fait des prières, le mal disparut. La Ménarde passait pour connaître cent secrets – les plus noirs – et, pourtant, chacun s’accordait à la dire une bonne femme, incapable d’une méchanceté ; elle avait un visage ouvert, ses cures étaient toujours obtenues par l’intercession de sainte Claire, de sainte Épine, de sainte Reine, de saint Féréol et de bien d’autres encore. Enfin, elle ne prenait point d’argent.
Jean-Marie pensa que la Ménarde saurait lui dire où il en était et lui donnerait des recettes bénéfiques. Aussitôt cet espoir né, le gars ne tint plus en place ; il voulut se rendre à La Rochemillay.
Ce village est situé fort loin sur l’autre versant du Beuvray. De Saint-Léger, le double voyage entame grandement une journée. Comment expliquer cette absence à la ferme ? Jean-Marie n’expliqua rien : il fila après la soupe du matin, peu soucieux des criailleries qu’il pourrait essuyer à son retour.
À La Rochemillay, des déboires l’attendaient. Il ne savait pas au juste où demeurait la Ménarde, mais comptait se débrouiller aisément. Or, il apprit que la rebouteuse n’habitait pas dans le village même, mais en un hameau assez distant. Le gars, qui ne connaissait point les parages, s’égara à deux reprises ; il revint à La Roche et acheta un quignon de pain, son estomac le pressant. Il dut ensuite s’abriter par suite d’une grosse et longue averse. Un paysan le mit enfin dans la bonne direction, mais en hochant la tête :
« Tu as besoin de la « rengôneuse, » mon fils ? Elle est ben vieille… »
Quand Jean-Marie trouva la maison de la Ménarde, en un creux de forêt, la nuit pointait déjà. Il s’était buté : « Tant pis si l’on s’inquiète à la ferme ! Je n’ai point couru aussi longue route pour rentrer bredouille ! »
Dans la grisaille de l’intérieur, il distingua une misérable égrotante, recroquevillée sur une chaise basse. Une jeune femme, écuelle d’une main et cuiller de l’autre, donnait la becquée à ce débris humain pour qui la seule déglutition était un effort : la soupe refluait hors de la bouche trémulante, s’écoulait par les rigoles creusées autour du menton.
« Que cherchez-vous ? » demanda la jeune femme avec aigreur.
Le gars, un peu déconfit, dit qu’il désirait consulter la Ménarde.
« Hé ! ne vois-tu point qu’elle est en enfance ? » répliqua sans ménagement une voix d’homme.
La vieille ne broncha pas ; elle ouvrait ses babines, quêtant une nouvelle goulée. Cependant, un gaillard s’avançait du fond de la salle vers le Jean-Marie pour le rabrouer : c’était un neveu de la rebouteuse, qui faisait triste réclame.
« Les Morvandiaux seront donc toujours aussi crotteux ? Faut-il de la simplicité pour chercher remède ici ! »
Ce neveu et sa femme étaient venus soigner la Ménarde ; sans doute guignaient-ils la maison et le coin de terrain ; mais ils n’aimaient pas la superstition ; ils avaient servi chez un médecin de Moulins, ce qui leur donnait des lumières.
« Si la pauvre vieille savait guérir, que ne s’est-elle traitée elle-même ! » dit l’homme.
Puis, ayant jugé que le visiteur n’était point mauvais garçon, il s’adoucit, daigna bavarder, alluma une lampe, offrit un verre et finit par connaître en partie ce dont Jean-Marie s’inquiétait.
« Des diableries ? Tu y ajoutes foi ?
– Si je vous disais que j’en ai vu, et de raides ?
– Cré grand fou ! Notre docteur t’aurait prouvé que c’étaient des hallucinations. »
L’hallucination est la tarte à la crème des sceptiques, que l’on ressert en toute occasion. Le gars ne comprenant point ce mot savant, il fallut lui en expliquer le sens. L’autre discourut longuement, précisa que les sorciers étaient d’infortunés malades, victimes des préjugés de l’ancien temps : le seul effet de la suggestion les amenait à se représenter les choses qu’ils désiraient ou redoutaient.
Jean-Marie ne répondit rien, mais ne se rassura pas. Pures fantaisies de sa tête, ces apparitions, ces voix, ces fantômes ? Allons donc ! Il ne pouvait exposer ses raisons à un pareil homme, mais le prêche lui devint insupportable et il partit, désespéré, après un dernier regard à la vieille idiote ; celle-là, certes, en avait su davantage…
Au-dehors, le pauvre pèlerin se trouva dans la nuit noire. Le neveu de la Ménarde s’était mêlé de lui enseigner un sentier de traverse qui, à travers bois, rejoignait le chemin de Saint-Léger. Jean-Marie s’engagea donc en pleine futaie.
Du ciel brouillé ne tombait aucune lumière ; au milieu de ce paysage d’encre, le gars, désorienté, perdit le tracé de la sente et erra, les bras étendus pour éviter les arbres. Il suivit la déclivité du terrain, pensant rencontrer la route au bas de la côte ; mais sa course se prolongea sans qu’il parvienne à sortir du bois. Il marcha pendant une heure, fourbu, inquiet, pénétré par le froid.
Enfin, il aperçut – assez loin – une lueur vive. Une maison ? Non, quelque lanterne : le feu se déplaça, disparut. « Le chemin est de ce côté ! » se dit l’égaré, tout en repartant d’un bon pas.
Il atteignit le bas du val, tomba en terrain découvert. Un brouillard régnait en cet endroit. Toutefois, le point lumineux resurgit, beaucoup plus proche ; Jean-Marie se hâta dans sa direction, mais, de nouveau, le perdit de vue. De toutes ses forces, il cria :
« Ho-ooo, là-bas ! »
Il n’obtint aucune réponse et s’étonna : sa voix avait dû porter, car l’air était immobile, sans un souffle. Soudain, la clarté se faufila entre de hautes herbes, à la distance d’un jet de pierre.
« Ho-ooo ! » reprit le gars.
Aussitôt, la flamme fut cachée. Un braconnier ?… Ces gens-là n’ont point coutume de s’éclairer de la sorte. Impatienté, Jean-Marie s’élança…
Et il fit un grand « plouf, » un plongeon suffocant dans une eau stagnante recouverte de roseaux. Il se sentit aspiré par la succion de la vase ; ses bras éperdus battaient l’onde puante ; par bonheur, sa main rencontra une basse racine de la rive. Jean-Marie put ainsi s’agripper et retrouva bientôt la terre solide. Alors, les yeux encore ruisselants, il vit fuir, à ras du sol, plusieurs languettes de feu.
– Les « queulards » !
Il avait reconnu les terribles follets, effroi des paysans ; c’étaient – disait-on – les âmes des enfants morts sans baptême qui attiraient les voyageurs pour les noyer dans les étangs. Le garçon, claquant des dents sous ses vêtements trempés, pensa : « Je suis enfermé ici ; les queulards ont brouillé la route ; pendant la nuit entière, je vais courir dans des chemins magiques, retomber dans les mares. » Après son émotion, il était devenu incapable de raisonner par lui-même et acceptait la tradition toute brute. Néanmoins, parce qu’il grelottait, il osa reprendre sa marche, adoptant une autre direction, ce qui le conduisit vers une nouvelle nappe sournoise, décelée au tout dernier pas. Avait-il donc cheminé en rond dans ce brouillard opaque ?
Une seconde tentative ne fut pas plus heureuse : le gars perçut vite un clapotis soulevé par ses galoches et il fut trop heureux, rebroussant chemin, de buter contre une boursouflure du sol, haute d’une coudée, sur laquelle il s’accroupit ; puisque l’eau le cernait, il ne voulait plus bouger avant le jour, bien que le froid le fît vraiment trembler comme un chien.
En cette angoisse, il songea à prier et se demanda s’il en avait le droit, après son pacte malin. Puis il s’engourdit et cessa de penser.
La pénombre sale du matin lui rendit conscience. Le sol se dessinait, en dépit de la brume tenace : aucun risque de culbute ! Le gars se leva, rompit ses membres gourds ; en respirant, il éprouvait de vifs élancements dans les côtes.
Il découvrit une route et, l’ayant suivie, parvint à une maison isolée. Une branche sèche, suspendue au-dessus de la porte, indiquait que ce lieu était une auberge ; le jeune homme, épuisé, entra.
Dans la salle se tenait une femme qui préparait la soupe ; à l’approche de ce singulier client, elle eut un sursaut ; Jean-Marie ne payait pas de mine avec ses vêtements maculés de vase, mais il expliqua comment il s’était fourvoyé et jeté à l’eau ; sa voix se voilait, chaque mot lui coûtait un effort ; enfin, il trouva dans sa poche quelque monnaie pour inspirer confiance.
La cabaretière tira une table près du foyer afin que le client pût commodément se chauffer tout en se restaurant. Puis elle emplit deux petits verres d’eau-de-vie et disposa deux assiettes face à face. Le gars jugea qu’elle allait trinquer et déjeuner avec lui ; il dit poliment :
« À votre santé ! »
L’alcool lui apportait un bien-être passager, le faisait respirer plus à l’aise.
Cependant, la bonne femme servait la soupe ; mais elle sortit sans avoir touché à la seconde assiette ni au second verre.
Jean-Marie ne resta pas longtemps sous la vertu de l’eau-de-vie ; sa gorge se serrait ; la grosse nourriture lui donnait la nausée et il rejeta la cuiller avec découragement. Des frissons le parcoururent.
« Ça va-t-il mieux ? » s’enquit l’hôtesse, réapparue avec un faix de bois.
Elle n’obtint d’autre réponse qu’un hochement de tête. Cependant, elle lorgnait assiettes et verres avec une attention de plus en plus vive. Au bout d’un moment, elle ne put contenir sa curiosité :
« Votre frère est parti ?
– Mon frère ? s’exclama le gars.
– Celui qui est entré avec vous !
– Vous avez vu quelqu’un avec moi ?
– En voilà une question ! J’ai même pensé que c’était votre jumeau, tant il vous ressemblait. Et – vrai ! – il avait ben plus que vous l’air d’un noyé avec sa figure si blanche…
– Si blanche ! »
Jean-Marie se comporta comme un fou. Il fit quelques pas sur ses jambes flageolantes, promena dans le vide un regard hébété. Enfin, il retrouva quelque décision, mais ce fut pour ouvrir la porte et décamper, sans un mot d’adieu.
« Bon vent ! » dit l’aubergiste, apeurée.
Maintenant, le gars galopait, la tête en désordre ; il lui fallait bien croire à l’existence d’un être fantomatique attaché à ses pas après l’avoir été à ceux du Biscandard. Et comment se délivrer de cet esprit du mal après s’être ainsi engagé par la pratique du livre ?
« Pour qui en use, c’est peine du dam, du dam… »
Devant le jeune homme aux yeux hagards, l’antique enfer déployait soudain ses décors effervescents. Mais, alors, le sorcier repentant se rappela encore une fois l’exemple de Hans Schmidt, qui fut délivré du démon par les prières et les secours de l’Église. Et Jean-Marie décida qu’il ferait confession.
Les conteurs ne s’entendent point sur l’itinéraire que suivit le gars. Ils s’accordent bien pour dire que Jean-Marie, troublé par une grosse fièvre, ne sut pas retrouver le chemin de Saint-Léger et erra comme un insensé ; mais les uns croient qu’il se rendit à Millay ; d’autres opinent pour Préporché, qui se trouve dans une tout autre direction ; enfin, l’on parle aussi de Villapourçon, le village natal du héros.
Quel que soit le lieu exact, voici ce qui advint : dans une humble église morvandelle, la servante du curé, également préposée à l’entretien du saint lieu, découvrit avec émotion le corps d’un homme étendu devant l’autel de la Vierge : le Jean-Marie venait de s’abattre là ; il s’était tourné d’instinct vers sa patronne, reine des anges ; peut-être craignait-il l’abord de Dieu.
Le gars respirait avec force, mais avait perdu connaissance. La femme courut chercher du secours et le malade fut transporté au presbytère ; on reconnut qu’il souffrait d’une fluxion de poitrine, certainement contractée au cours de la nuit.
Après plusieurs heures de soins dévoués, le Jean-Marie rouvrit les yeux et put parler ; il supplia aussitôt le curé de l’entendre. Le brave confesseur crut tout d’abord ouïr les simples divagations d’un fiévreux ; la vue du cahier vert (que Jean-Marie avait emporté avec lui, sans doute dans l’intention de le montrer à la Ménarde) lui inspira d’autres sentiments, non qu’il admît la diablerie sans contrôle ni réflexion, mais il eût voulu dissiper cette tourmente d’âme, et c’était là une entreprise délicate, requérant tout à la fois autorité et prudence, outre les ménagements nécessités par l’état du malade.
L’histoire infernale courut le jour même de bouche en bouche, parce que le jeune homme, dans une alternative de lucidité et de délire, recommençait sans cesse sa confession à voix haute et à tout venant. De même, avisant les villageoises qui se relayaient à son chevet, il croyait retrouver sa tante ou Thérèse et demandait pardon.
L’une de ces femmes commit malheureusement une lourde imprudence. C’était le lendemain, pendant l’heure de la messe, et elle se trouvait seule avec Jean-Marie ; ce dernier fut saisi par un fureur : il voyait un homme pâle s’approcher de lui pour l’étouffer et battait l’air à coups de poing. Puis, tout haletant, il réclama de l’eau froide d’un ton si menaçant que la femme n’osa refuser. Le malade but avec avidité et cette eau lui fut fatale : la fièvre ayant pris le dessus, Jean-Marie expira après la chute du jour. Jusqu’au dernier souffle, il avait lutté contre l’homme pâle.
L’oncle de Saint-Léger, prévenu bien tard, arriva tout juste pour faire enterrer le gars. Le curé lui remit le cahier vert, mais conseilla de détruire cet écrit : « Il n’est pire poison, dit-il, pour les esprits simples. » Par les soins des commères, le cahier fut livré aux flammes. On raconte que, à l’approche du parchemin, les bûches du foyer éclatèrent brusquement, produisant force étincelles et rejetant l’objet au loin. Ce manège du Peut’ s’étant renouvelé par deux fois, on préféra enterrer profondément le livre. Un massif de houx, enraciné près de la cache, roussit et mourut en moins d’une semaine.
Aujourd’hui encore, de bonnes gens se demandent si l’âme de Jean-Marie fut sauvée. Pourquoi pas ?…
FIN
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(Jean-Louis Bouquet, illustré par Mariner, in Plaisir de lire, première année, n° 15, jeudi 9 juin 1949. Cette nouvelle, rédigée à la fin de l’année 1941, a été reprise en volume sous le titre : « Asmodaï ou le piège aux âmes » dans le recueil Le Visage de feu, Paris : collection « L’Envers du Miroir, » Robert Marin, 1951)
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(Plaisir de lire, première année, n° 10, jeudi 5 mai 1949)
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HISTOIRE DE HANS SCHMIDT
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Quelquefois le diable, après avoir été peint sur un mur, apparaît lui-même. « L’an 1589, nous raconte Jean Schnaben, curé de Heydingsfeldt, un jeune homme de ma paroisse nommé Hans Schmidt, âgé de dix-neuf ans, placé comme ouvrier forgeron chez maître Brosten, à Eichstadt, fut envoyé avec un autre nommé Wolf à Ingolstadt, pour y acheter du fer. Ils s’arrêtèrent pour boire dans un village nommé Buchsenham. Wolf découvrit à son compagnon qu’il avait un talent particulier pour frapper d’estoc et de taille, ajoutant que, s’il le désirait, il lui apprendrait cet art. Hans en fit l’essai sur sa main avec un couteau sans se faire aucun mal. Wolf, tirant alors un petit livre de magie, le lui donna à lire. Hans le lut en marchant, pendant qu’ils faisaient route ensemble. Après qu’il eut lu pendant quelque temps, Wolf lui dit de regarder en l’air. L’ayant fait, il aperçut près d’un mur de pierre une vingtaine de soldats armés qui marchaient contre eux. Hans jeta le livre par terre, ce qui déplut à Wolf, qui le ramassa, et y lut quelques lignes. À l’instant même, toute cette bande armée disparut. Leurs affaires étant terminées, ils revinrent chez leurs maîtres et continuèrent de travailler ensemble. Pendant ce temps, Hans copia le livre magique, et questionna son compagnon sur le sens de plusieurs mots qu’il ne comprenait pas. Mais Wolf refusa de le lui expliquer, à moins qu’il ne lui jurât d’apprendre l’art qu’enseignait ce livre. Hans le promit enfin. Wolf lui dit qu’il devait chaque matin sortir du lit le pied gauche le premier, et au nom du diable, puis lire deux ou trois phrases du petit livre. Hans effrayé ne voulut pas suivre ses prescriptions, et il jeta secrètement son livre dans la cheminée de la forge. Wolf irrité lui donna un coup de marteau, et une autre fois un coup de stylet qui traversa sa veste et sa chemise.
Hans, ne pouvant plus rester chez son maître, se mit en route pour retourner dans son pays. Le démon lui apparut en chemin sous la forme de Wolf, son compagnon, lui défendit d’aller retrouver ses amis et lui offrit de l’argent. Hans l’ayant refusé, le démon lui fit perdre sa route ; de sorte qu’après de longs circuits, il revint trois fois au même endroit. Wolf lui présenta une corde de crin, l’engageant à se pendre. Hans, étant enfin revenu dans son pays, épousa une jeune fille nommée Barbe Rabin, qui tomba bientôt malade et mourut. S’étant mis en route pour aller trouver son beau-père, et lui demander un dédommagement des dépenses que lui avait occasionnées la maladie de sa femme, il fut pris tout à coup lui-même d’une maladie très grave, de sorte qu’il dut recevoir les sacrements et faire son testament. Après cela, il fut attaqué d’un autre mal épouvantable. De temps en temps, le corps lui enflait, et il sentait des coups violents dans la région du cœur et de la poitrine. Puis le démon lui apparaissait sous la forme de Wolf, lui montrait le livre magique, le saisissait à la gorge avec des gestes terribles, et cette lutte durait une demi-heure et quelquefois plus longtemps encore. Une autre fois, le démon saisit une arme qui était suspendue dans sa chambre, et fit signe de vouloir le tuer ; puis il lui fit prendre ses vêtements, lui mit l’arme à la main et le força de descendre l’escalier ; et l’on ne put le remettre au lit qu’avec peine. Le malade commença à voir à côté du démon un bel ange. Celui-ci lui prescrivit un remède que ses amis exécutèrent. On ne sait s’il produisit quelque effet. Mais la possession continua jusqu’à ce qu’on eût employé contre le mal les exorcismes.

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(Görres, traduit de l’allemand par M. Charles Sainte-Foi, La Mystique divine, naturelle et diabolique, tome IV, chapitre X, « Des influences spirituelles dans la possession, » Paris : Mme Vve Poussielgue-Rusand, Libraire, 1854)


