CELESTE
 
 

Prenez un Chinois sain et vigoureux ; enfermez-le dans un cachot spacieux et convenablement aéré ; et, pendant cinq ou six mois, ne lui donnez, pour toute nourriture, que du riz naturel (en quantité suffisante). Votre Chinois ne fera que croître et embellir. Après cela, recommencez l’expérience avec un second Chinois aussi solide que le premier, mais en ayant soin, cette fois, de remplacer le riz naturel par du riz « décortiqué. » Au bout de cinq à six semaines, et même avant, vous constaterez que les choses se gâtent et que, peu à peu, l’état du Céleste empire. Votre prisonnier sera bientôt inerte, flasque, mou, blafard et trémébond. Si vous insistez, il expirera en murmurant : « Saleté d’Européen ! »

Qu’est-ce que cela prouve ? Cela prouve qu’il y a dans la cuticule du riz un principe vital dont notre organisme ne peut pas se passer. On a toujours été très méprisant pour les pelures. Mais leur jour viendra. Qui sait si nous ne commettons pas une grave erreur en pelant nos pommes de terre ? La bonne mine des cochons que nos pelures engraissent devrait nous faire réfléchir.
 
 

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(Balthasar [Henri Roorda], « Les vitamines, » in Le Roseau pensotant, humour de tous les jours, Lausanne : Éditions Spes, 1923)