HUTTON (J.-H) – Leopard-men in the Naga Hills. (Les hommes-léopards dans les monts Naga.) Broché. in-4 de 11 p. Extr. de Journal of the Anthrop. Institute of Great Britain, janvier-juin 1920.

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   Voici une curieuse contribution à l’étude de la lycanthropie. On en a déjà signalé d’autres cas dans les pays les plus divers, mais ils n’ont pas toujours la précision de ceux qu’a observés M. H. Pour les tribus Naga de l’Assam, l’homme et le léopard descendent du même ancêtre.

   Il en résulte aussi des cérémonies spéciales expiatoires et prophylactiques quand on a tué un de ces félins. Les Naga sont convaincus que l’âme d’un homme peut passer dans un léopard, qui est reconnaissable à ce qu’il a cinq griffes au lieu de quatre. D’ailleurs, il existe une fontaine dont l’eau est rouge et rend lycanthropes ceux qui la boivent.

   D’une manière générale, on n’acquiert cette qualité que par la fréquentation prolongée d’une lycanthrope, en partageant ses repas et son lit. On peut l’obtenir aussi en invoquant certains esprits auxquels on se soumet entièrement. Cette possession n’est pas désirée par tout le monde, car elle expose à des dangers et à des fatigues très grandes.

   En général, l’âme de l’homme entre dans le léopard pendant la nuit et en sort à l’aurore, mais elle peut y rester plusieurs jours. Pendant ce temps, le lycanthrope est dans un état spécial. Il accomplit les actes ordinaires de la vie, mais inconsciemment, et parle d’une façon inintelligible. Son âme a plus ou moins conscience de ce qu’elle a fait dans le corps du léopard, et rentrée dans son corps, elle peut le raconter.

   Pendant qu’il est léopard, le lycanthrope souffre vivement des genoux, des coudes et du dos : conséquence, dit-on, d’une attitude inaccoutumée et de trop longues marches. Ses membres ont des mouvements convulsifs, et si le léopard est chassé par des hommes, le possédé fait des bonds comme pour échapper à la poursuite.

   C’est à la fin de la pleine lune et au commencement de la nouvelle que les léopards-garous sont le plus susceptibles d’être possédés. Ils sont sujets aux maladies qui attaquent les félins et, quand un léopard est blessé, une blessure correspondante apparaît sur le corps de l’homme ; s’il est tué, l’homme meurt.

   Quand la vieillesse approche, on peut se débarrasser de la possession. Le contact avec la chair de léopard donne le même résultat. On admet généralement que, pendant la possession, le lycanthrope se calme si on lui fait avaler de la crotte de poule.

   L’activité de son corps humain est intimement liée à celle de son corps animal, et si on veut limiter les mouvements du second, il suffit d’immobiliser les membres du premier. Certains léopards-garous très dangereux ont été ainsi détruits. M. H. cite un certain nombre de cas de lycanthropie très intéressants, d’où il résulterait que les léopards-garous et tigres-garous peuvent prendre la forme animale ou humaine à volonté, et que, de plus, ils se connaissent entre eux.

   Comme origine de cette pratique singulière de la lycanthropie, M. H. pense qu’elle a été apportée par les émigrants venus du Népal et du Tibet, où elle est en usage. En Birmanie et dans l’Inde, elle existe mais modifiée : les indigènes croient que l’homme se métamorphose en animal (certains cas cités par M. H. pour l’Assam ne semblent pas exclure cette conception). En Malaisie, l’inverse se produit, quand l’esprit d’un animal s’empare d’un homme.

   En résumé, le travail de M. H., tout en nous apportant des faits nouveaux intéressants, mais de seconde main, nous montre combien il y a encore à chercher dans cette question de la lycanthropie. Étant donné que personne ne fait mystère de cette pratique, il ne paraît pas qu’il y ait là de grandes difficultés d’observation.

F. Z.

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(in L’Anthropologie, tome XXXI, 1921, Paris : Masson & Cie)