Pour les collectionneurs de cartes postales.

Dommage que celle-ci ne soit pas dans le commerce, elle aurait un joli succès.

C’est celle qu’a fait imprimer M. Pierre Loti.

M. Pierre Loti, nul ne l’ignore, a des idées très personnelles sur beaucoup de choses. C’est ainsi qu’il a longuement médité sur les arcanes et les mystères de la réincarnation. Et le fruit de ses méditations a été la conviction qu’il est, lui, Pierre Loti, la réincarnation de Sésostris.

C’est pourquoi, au cours de l’un de ses voyages en Égypte, il fit photographier de profil la momie de ce monarque, puis, à côté de ce profil, il fit reproduire le sien. De fait, tous ceux qui ont vu cette carte postale originale avouent que la ressemblance est frappante. La ligne fuyante du front est la même, le nez busqué de la momie se retrouve chez l’écrivain, et maintenant qu’il a fait raser sa barbe, son menton rappelle tout à fait celui de l’ancien roi d’Égypte.

Au surplus, pour que les rares amis auxquels Loti a remis cette photographie comparative ne s’y trompent pas, il y a fait imprimer cette double mention :
 

Sésostris, désincarné en 1250.

Pierre Loti, non encore désincarné en 1910. [sic]
 

Mais, encore une fois, c’est là un document très rare. M. Pierre Loti n’envoie pas cette carte au premier venu.
 
 

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(« Échos, » in Le Petit Caporal, organe quotidien de l’appel au peuple, trente-cinquième année, n° 324, vendredi 18 novembre 1910)

 
 

 

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(« Échos, » in Gil Blas, trente-deuxième année, n° 12334, dimanche 20 novembre 1910)

 
 

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Il convient de noter que cet entrefilet a été repris dans la presse à l’occasion d’un voyage de Pierre Loti aux États-Unis, avec la mention de 1912 pour date de « non-désincarnation » : « Glanes du matin, » dans La Gazette de France, deux cent quatre-vingt-unième année, lundi 18 novembre 1912, et « M. Pierre Loti chez les Yankees, » dans L’Indépendant rémois, journal républicain quotidien, quarante-quatrième année, n° 15016, vendredi 22 novembre 1912. Si la date n’a pas été rectifiée pour les besoins de l’article, il semblerait donc que la carte photographique originale de 1909 ait bénéficié de deux retirages ultérieurs, en 1910 et en 1912.
 

MONSIEUR N