Poèmes inédits

sur des coquilles d’œufs

 

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I

 

Ce galant gynécologue,

j’ai rêvé

qu’on le pendait

avec un cordon ombilical.
 

II

 

Lune,

le petit jour te défarde !
 

III

 

On m’a parlé d’un pays où

des mouches géantes

mettent les hommes

dans des cages à mouches.
 

IV

 

Werther : petit poulet affolé

pris dans le clair de lune

comme dans un phare d’automobile…
 

V

(traduit du grec)

 

Sur un autre que moi cours apaiser ta fièvre,

Ô chevrier ! tu sens mauvais comme une chèvre.

Je me soucie autant de ton joli minois

Qu’un vieil homme édenté se soucierait de noix.
 

VI

 

Tu veux faire le général qui interroge ses troupes :

Mais je t’ai vu venir avec ton costume de général.
 
 

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(Gilbert Lély, « Le Coin des poètes, » in La Griffe financière, politique, théâtrale & littéraire, septième année, jeudi 1er juillet 1926)

 
 

 

Poème écrit

sur une coquille d’œuf

 

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Demoiselles des Bains, sourires

hygiéniques, divinités

de ces immobiles navires

et de ces fleuves fragmentés…
 

Là, le vendeur de cachemire,

attendant le bain souhaité

s’étonne soi-même et s’admire

en sa future propreté.
 

Debout en l’eau de sa baignoire

une vieille fort méritoire

mire ses seins désespérants,
 

songe en sa nudité perverse

à d’antiques attouchements

et rit à son image inverse.
 
 

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(Gilbert Lély, « Le Coin des poètes, » in La Griffe financière, politique, théâtrale & littéraire, septième année, jeudi 15 juillet 1926 ; repris anonymement sous le titre : « Les Bains de la rue Amélie » dans « Les Tablettes d’Hippocrate, » in Hippocrate, revue d’humanisme médical, première année, n° 3, juillet 1933, précédé de la notice suivante : « Un sonnet hygiénique. – Nous devons le sonnet ci-après à la verve d’un de nos confrères qui, pour achever ses études, a rempli jadis les fonctions de garçon pendant plusieurs années dans un établissement de bains parisien. » ; « La Faculté s’amuse, » in Pourquoi pas ? gazette hebdomadaire, vingt-troisième année, n° 1000, vendredi 29 septembre 1933)

 
 

 

☞  À notre connaissance, ces poèmes n’ont pas été repris dans l’édition des Poésies complètes de Gilbert Lely établie par Jean-Louis Gabin au Mercure de France.