–––––

 
 

 

II

 
 

Le lendemain, de très bonne heure, je partais, suivi d’un gamin que m’avait déniché Siora Cattina et qui m’aidait à transporter tout ce qui m’était nécessaire pour une bonne matinée de travail.

J’avais une vague idée de retrouver ma belle insolente aux yeux clairs, mais une exquise maisonnette, à demi cachée sous un fouillis de clématites et de roses trémières, voisine d’un tout petit ruisseau où se miraient des saules, où barbotaient des amours de canards, – cette maisonnette m’arrêta en route… Nous étions à une demi-heure d’Aquilée environ. Je m’installai, je dis à mon gamin de revenir me chercher vers les deux heures, et je me mis à travailler sérieusement, car je me sentais en train, et bientôt j’avais devant moi une esquisse fort convenable et dont j’étais déjà fier.

Au retour du garçonnet, je pensai qu’il valait mieux pousser davantage mes explorations, et, le chargeant de mon bagage, je le renvoyai à l’auberge. Dans un gros bourg tout proche, je fis un frugal repas, arrosé de l’épais vin noir du pays, et puis je me remis en route allègrement, flânant de-ci, de-là, faisant halte parfois pour admirer des effets de lumière, ou de beaux enfants aux yeux sombres, qui jouaient sur le seuil des portes.

Pour ne pas perdre mon chemin, il me suffisait de grimper sur un talus, ou sur le premier arbre venu : je voyais toujours le clocher de la basilique se dresser gigantesque dans la plaine. Après avoir décrit de la sorte un large demi-cercle, je vis que la contrée changeait un peu de caractère. Elle devenait plus pierreuse, la verdure moins vivace, les champs moins touffus, et le terrain montait légèrement. Je constatai aussi que je m’éloignais de mon point de repère ; mais, comme je n’éprouvais aucune fatigue, et que d’ailleurs il n’était pas tard, je continuai ma promenade. Un groupe de cyprès, autour d’un petit temple rond, évidemment moderne, attira bientôt mon attention… J’ai su depuis que c’était la sépulture d’un mahométan mort dans le pays… J’ouvris mon album et j’en fis un croquis sommaire.

Cependant, la chaleur augmentait. Il y avait dans l’air une bonne odeur de foin coupé ; les cigales chantaient ; – je m’étendis sur le gazon, à l’ombre du petit temple, et je m’endormis.

Quand je me réveillai, le soleil rasait déjà l’horizon, à ma droite. J’avais sommeillé deux bonnes heures et il fallait songer au retour. Mais, pour m’orienter exactement, je devais revoir le fameux clocher ; à mon grand désappointement, impossible de le découvrir nulle part… Cependant, je croyais savoir à peu près la direction à suivre : je quittai donc la route et je pris à travers champs pour rentrer plus vite.

Ayant marché une demi-heure au moins, longeant toujours des pièces d’avoine et de maïs, j’aperçus tout à coup un mur assez dégradé, que dépassait une frange épaisse d’arbres sombres.

On aurait dit un parc seigneurial, et, maintenant que j’étais parvenu au pied du mur, je le voyais s’étendre à une grande distance vers la droite, tandis qu’à gauche, après une cinquantaine de pas, il semblait tourner brusquement… Je m’arrêtai, perplexe. Le soleil se couchait, justement, et de gros nuages noirs se levaient à l’est.

D’après mes calculs, le parc me barrait le chemin et j’aurais dû le traverser en biais, vers la droite, pour arriver directement à Aquilée. Mais je ne distinguais de porte nulle part ; – peut-être y en avait-il une sur la gauche. J’allai donc jusqu’au tournant ; mais je ne trouvai rien, là non plus ; au reste, une végétation folle m’enveloppait et m’empêchait de voir au loin… Que faire ? Je n’avais aucune envie d’errer encore, des heures, dans cette région déserte (car depuis très longtemps je n’avais rencontré âme qui vive), surtout alors que la nuit venait, et peut-être un orage ; avec cela, mon estomac me tiraillait ferme et je commençais à avoir un peu froid. Je pensai aux fièvres qui préoccupaient tant le bon professeur et je me décidai à grimper par-dessus le mur, ce qui n’était pas difficile, vu son état pitoyable.

En un clin d’œil, j’étais sur la crête et je découvrais une mer mouvante de verdure sombre, de grands arbres serrés les uns contre les autres, très compacts, pas très hauts, mais assez pour masquer l’horizon, et me cacher toute vue de la tour qui devait être là-bas en face de moi, un peu sur la droite. Je me laissai glisser au pied du mur et me trouvai sous un dôme de chênes verts, d’ilex, arbres bizarres et tristes, – aux troncs noirs, aux feuilles dures, pointues, d’un vert profond, presque noirâtre. – Le vent léger du soir remuait leurs couronnes opaques ; et un long gémissement passait au-dessus de ma tête.

L’odeur de la terre humide montait à mes narines ; tout était morne et silencieux. Déjà le crépuscule était obscur sous les arbres.

Le moyen de s’orienter dans ce fouillis ?… Pourtant, il fallait aller de l’avant, puisque j’avais fait les premiers pas : toute ma vie, j’ai détesté l’humiliation de retourner en arrière.

Je me mis donc à marcher bravement, écartant à grand’peine les branches qui me frappaient au visage, évitant les racines qui se tordaient comme des serpents sous mes pieds. Je trébuchais sur les pierres cachées dans les hautes herbes, et, de temps en temps, je m’arrêtais, essoufflé. Bientôt, je constatai que je n’avais plus aucune idée de la direction ; mais je me dis que, si je ne voulais pas coucher cette nuit sous les ilex, il fallait absolument continuer : je finirais bien par trouver un sentier, que diable !

Un long soupir passa de nouveau dans les branches…

Quel absurde phénomène, cette forêt dense et comme sauvage, au milieu de ce pays riant et cultivé !..

Si, du moins, l’obscurité n’allait pas croissant !… Sous cette voûte, impossible d’apercevoir les étoiles pour m’orienter un peu…

Une légère lueur vers la droite… Enfin, les arbres s’éclaircissent… Voici une route qui traverse le bois : Dieu soit loué ! Elle doit mener quelque part.

Mais de quel côté me tourner ? Si je ne me suis pas trompé de direction jusqu’à présent, je devrais la traverser seulement, cette route, et, au-delà, me replonger sous les chênes. Ah ! non, merci ! j’en ai assez : mes habits sont déchirés, mes pieds meurtris par les pierres et les ronces ; je suivrai la route à tout hasard et nous verrons où elle me mènera…

Les nuages agrandis couvraient le firmament, et la nuit était venue tout à fait ; mais le vent semblait s’être calmé. Il n’y avait plus un souffle, plus aucun bruit dans les ilex. Je marchais lentement, fatigué par ces derniers efforts, et, du reste, à peine si je distinguais mon chemin, – un sillon blanchâtre entre deux parois massives. – Je n’entendais que le frôlement amorti de mes pas ; quand je m’arrêtais, le silence était si lourd que j’en étais comme suffoqué… Je me remettais vite en marche, travaillé d’un malaise indéfinissable, l’oreille tendue, le cœur battant.

Soudain, je débouchai dans ce qui me sembla un vaste carrefour noyé d’ombre. Une brume légère et humide revêtait les grands arbres d’un suaire ; ils se dressaient tout autour de la clairière, vaguement perceptibles : – une rangée de fantômes immobiles.

Je m’arrêtai de nouveau, frissonnant malgré moi…

En ce moment, la lune se dégagea, versa un flot de lumière livide devant moi ; à une hauteur de trois mètres environ, – je ne pouvais pas juger exactement de la distance, – une face blanche apparut, qui ricanait… et qui aussitôt rentra dans l’ombre…

J’avoue que je frissonnai violemment, et que d’abord je pus à peine respirer… Puis je me frottai les yeux : ces maudits nuages avaient de nouveau caché la lune ; comme il faisait noir autour de moi !…

Et maintenant, était-ce encore la brise qui gémissait doucement dans les ilex ?…

À force d’écarquiller les yeux tour à tour et de les cligner, je discernai une masse sombre au centre du carrefour : on aurait dit un monument ou une statue… Franchement, j’étais trop bête ! Sans me donner le temps d’hésiter davantage, j’avançai rapidement.

Je ne m’étais pas trompé : un piédestal en ruine sur deux marches disjointes… et, sur le piédestal, une statue de pierre ou de marbre que je ne pouvais pas voir, étant juste sous elle. Voilà tout !… Je ne pus m’empêcher de rire en songeant à mon émoi de tout à l’heure, et je m’assis un instant sur les marches pour me reposer.

Quelle singulière aventure, et que je me sentais isolé aux pieds de cette statue invisible !… N’y avait-il donc pas d’oiseaux dans cette forêt, ni d’êtres vivants d’aucune sorte ?… Et comme les feuillages bruissaient de nouveau, plaintivement !… Pourtant, aucun souffle de vent ne m’effleurait le visage ni les mains.

Une odeur étrange de moisissure me prit à la gorge ; le brouillard semblait s’épaissir et me pénétrer jusqu’aux mœlles. Je me relevai pour partir, et, comme je promenais mes regards indécis devant moi, une subite éclaircie permit à la lune de me montrer ce que je cherchais : vis-à-vis de moi, une route s’enfonçait sous les arbres. Je n’hésitai pas, et vite, tant que la lumière durait, je courus vers cette route ; elle débouchait auprès de celle par où j’étais venu, mais s’allongeait dans une autre direction, plus à droite. Avant de m’y engager, je me retournai tout à coup, avec l’idée confuse que quelqu’un ou quelque chose m’avait appelé du fond de la clairière, et je m’arrêtai, saisi…

La lune éclairait en plein la statue gigantesque d’un Satyre qui s’élevait sur son piédestal solitaire au milieu du carrefour ; ses deux bras étaient cassés, mais il semblait danser sur ses pieds de bouc…

Fasciné par la vitalité extraordinaire de ce corps élancé, souple et vibrant, je fis quelques pas vers lui pour mieux distinguer son visage. La tête un peu renversée en arrière, le Satyre riait, – et la lune mettait des étincelles blanches entre ses lèvres ouvertes, tandis que les orbites profondes des yeux morts restaient noires comme la nuit. – Ah ! l’horrible rire sans regard dans cette face diabolique, et comme elle vivait d’une vie occulte et mauvaise qui s’éveillait au sein des ténèbres !.. Oui, j’aurais juré que ce corps, demi-bête, demi-dieu, se remuait en cadence… Était-ce le jeu de la lumière et des ombres qui lui donnait cette apparence de mouvement bizarre ?… Oh ! mais… est-ce qu’il n’avait pas baissé la tête ?… Est-ce qu’il ne m’avait pas regardé avec ses orbites vides, dans lesquelles une lueur sinistre s’était allumée ?…

Un long gémissement douloureux passa dans les ilex, et soudain tout était rentré dans la nuit profonde et le profond silence.

Je me détournai brusquement, les nerfs tendus à crier, et je me mis à marcher vite, plus vite que je n’aime à l’avouer, laissant bien loin derrière moi le monstre, le spectre, qui dansait dans les rayons de lune…

Tout s’apaisait maintenant ; les nuages se dissipant, je pouvais me rendre compte du chemin que je parcourais d’un pas égal ; aussi, à mon grand soulagement, arrivai-je bientôt au fond du parc abandonné. Un portail, dans lequel était pratiquée une seconde porte, plus petite, s’érigeait devant moi, couronné par des armoiries en pierre un peu effritées. Vite, je tirai la petite porte, simplement appuyée à son cadre, et je me trouvai dans la rase campagne.

Un sentier étroit me conduisit à la grande route bordée d’aubépines que je connaissais déjà. Au bout de quelques instants, une carriole me recueillit, et enfin j’arrivai à l’auberge du Buon Pastore, où Siora Cattina m’accueillit avec force gestes et force éclats de voix : elle avait été inquiète de mon retard, et même elle avait envoyé quelqu’un à ma rencontre. Elle m’informa que Don Trifonio et le professeur m’avaient demandé ; ils étaient repartis fort désappointés de ne pas me rencontrer à la maison. Mais j’étais harassé ; je me fis servir mon souper dans ma chambre, et peu après j’étais dans mon lit bien chaud, oubliant les émotions de la soirée, voguant au pays des rêves.

J’avoue que je fus paresseux, le matin suivant : j’avais dormi très tard, et, comme un petit mot du professeur m’avertissait qu’il viendrait avec Don Trifonio, sur le coup de midi, déjeuner au Buon Pastore, je n’avais plus guère le temps de travailler. Je flânai dans la petite bourgade, puis au bord du canal qui mène par des marécages déserts jusqu’à l’Adriatique et à la petite ville de Grado, – un îlot où l’on a établi des bains de mer assez fréquentés.

Je ne songeais plus à mon aventure… Quand je revins à l’auberge, ayant levé les yeux vers mon logis, je fus frappé par une apparition si gracieuse que je m’arrêtai au milieu de la placette, en plein soleil aveuglant de midi : à l’une des fenêtres du premier étage, entre les beaux œillets rouges que j’avais remarqués la veille, se détachait une tête de toute jeune fille, surmontée d’un véritable casque de cheveux roux. Elle ne me regardait pas. Ses grands yeux brillants, d’un bleu vert d’aigue-marine, étaient fixés attentivement du côté de la terre ferme. Elle me sembla extrêmement fine et jolie, mais fort pâle. Un corsage rose, très soigné, faisait ressortir la blancheur du petit visage pensif.

Tout à coup, on dut l’appeler de l’intérieur de la chambre : elle tressaillit et se retourna, disparut aussitôt.

Fort agréablement surpris, et ne doutant pas que ce ne fût là mademoiselle Amorosa (ah ! le joli nom et qu’il était bien porté !) je rentrai tout de suite. Dans la salle basse, le professeur et Don Trifonio m’attendaient déjà. Grande joie de nous revoir ! Ces braves gens, qui devaient se trouver un peu abandonnés dans ce pays perdu, étaient heureux d’avoir quelqu’un avec qui l’on pût causer. Nous nous assîmes gaiement autour de la grande table recouverte d’une nappe très propre, et sur laquelle fumait déjà un appétissant risotto.

Je dois dire que, pendant les premières vingt minutes, nous fûmes entièrement à l’importante besogne de la nourriture prise en commun. Au risotto succédèrent des sardines fraîches, fort délicates, puis une fricassée de poulet, fort succulente, avec laquelle on nous servit des tranches de polenta frite.

« En vérité, Siora Cattina est une cuisinière incomparable ! s’écria Don Trifonio, en s’essuyant la bouche ; et ce petit vin blanc n’est-il pas merveilleux, hé ? monsieur Claude ?

– Oui, par Bacchus ! fit le professeur, c’est un vin généreux, ce vin du pays, et peut-être le même que buvait toujours l’impératrice Livie, à quoi elle attribuait sa longévité extraordinaire.

– Et ce poulet, continua Don Trifonio, est-il assez tendre et cuit à point ?… Ah ! Siora Cattina, Siora Cattina ! combien de péchés de gourmandise vous me faites commettre, hélas !

– Pour moi, répondit Siora Cattina, qui, rouge et affairée, apportait un plat de belles asperges, pour moi, puisque le Bon Dieu a créé toutes ces bonnes choses, c’est qu’il voulait bien qu’on en profite. Il n’y a pas de mal à cela, Reverendo, j’en suis bien sûre.

– Vous avez raison, Siora Cattina, vous avez raison ! clama le professeur, en brandissant sa fourchette ; les anciens se l’étaient bien dit, eux aussi, avec leur simple bon sens… Et leurs divinités, douces et joyeuses, présidaient avec bienveillance à tous les plaisirs de la vie.

– Hum ! hum ! fit Don Trifonio, vous allez trop loin, Sior Paolo !… Laissez, pour une fois, vos anciens et leurs idoles en repos, je vous en supplie !… Il n’est pas dit que nous ne devions pas profiter des bonnes choses que le Seigneur a créées, mais modérément, Sior Paolo, modérément : c’est là ce qu’il ne faut jamais oublier. »

Le professeur considérait avec une moue comique le bon curé qui s’offrait pour la troisième fois des asperges, et Siora Cattina, riant à la dérobée, murmura le dicton populaire :

« Que Dieu lui conserve la vue, car l’appétit ne lui manque pas !… »

Le repas terminé, j’avais allumé une cigarette et mes deux convives de longs cigares, des « virginias, » – exécrables pour mon goût, – mais qu’ils savouraient avec béatitude ; – le professeur, les yeux en l’air, un de ses petits bras courts replié sous sa tête, qu’il appuyait à la muraille derrière lui, – le curé, les deux mains croisées sur son ample ceinture.

« À propos, demanda tout à coup Sior Paolo, où étiez-vous donc hier, toute la journée, monsieur Claude ?… Avez-vous bien travaillé en plein air ?… Et qu’avez-vous vu d’intéressant ?

– C’est vrai, répondis-je, j’avais oublié de vous en parler. J’ai passé la matinée à peindre un petit motif ravissant, dont je veux faire un tableau plus tard… Mais, ensuite, je me suis promené dans la campagne ; j’ai marché toute l’après-midi, et figurez-vous que j’ai perdu mon chemin !

– Cela ne m’étonne pas, dit le curé. Toutes les routes se ressemblent dans les Basse : il m’arrive à moi-même de me tromper de direction, quand je lis mon bréviaire et que je suis distrait.

– Oui ! mais j’ai trouvé un drôle de site, et je voulais vous demander des renseignements : une vraie forêt, une forêt noire, absolument ; des ilex très vieux, très beaux, dans une enceinte à moitié ruinée… Comme j’avais pris à travers champs, j’ai grimpé par-dessus le mur… et ce qu’il faisait sombre sous ces arbres !… J’ai erré là dedans, une éternité. À qui donc cette forêt appartient-elle ? Et comment laisse-t-on ce mur se dégrader ainsi ? Tous les vagabonds peuvent entrer… »

Le curé, pendant que je parlais, avait posé son virginia sur la table ; il avait tiré de sa poche une tabatière de corne et se bourrait le nez de tabac. Au lieu de répondre, il se mouchait dans un large mouchoir à carreaux bleus et rouges.

Le professeur se taisait, les yeux fixés au plafond.

« Eh bien dis-je encore, ce bois d’ilex, à qui est-il donc ?

– Le bois d’ilex ? » répéta le professeur, comme réveillé en sursaut.

Il s’arrêta un instant, puis continua, moins haut que d’habitude :

« Mais il appartient aux comtes de Robbiano, une vieille famille frioulane… Ils ont une jolie propriété à quelques milles d’ici, au-delà de l’Isonzo, mais ils n’y viennent jamais, excepté le fils… parfois… Le fils, ajouta-t-il encore plus bas, qui est le plus beau garçon et le plus mauvais sujet de l’Istrie !… »

Le curé inclina la tête, à plusieurs reprises, avec un gros soupir.

« Et il paraît qu’on l’attend, ces jours-ci, à la villa ! » conclut-il à mi-voix.

Le professeur frémit et garda le silence, un bon moment.

« Je leur en veux beaucoup, dit-il enfin, d’un ton plus naturel, car ils ont laissé gâter tout à fait une mosaïque admirable, qui représentait l’enlèvement d’Europe… Heureusement que nous en avons gardé un dessin exact ; l’original est irrémédiablement perdu.

– Il paraît qu’elle n’a pas la bosse de la conservation, votre vieille famille frioulane ! dis-je en allumant une seconde cigarette. Pourtant, ce bois d’ilex doit être une des curiosités du pays… J’ai rarement vu de plus beaux arbres… Seulement, ils sont horriblement tristes ; ne trouvez-vous pas ? Et puis quelle extraordinaire statue que ce Satyre, au carrefour !…

– Vous… vous avez vu le Satyre ? » murmura le curé.

Il était singulièrement oppressé ; ses petits yeux gris se fixaient avec inquiétude sur mon visage et il restait immobile, le grand mouchoir rouge et bleu à demi déplié dans ses mains noueuses.

Le professeur se redressa et toussa bruyamment.

« Oui, dit-il (mais lui aussi continuait à parler d’une voix qui ne ressemblait guère à son organe claironnant, et ses gros yeux roulaient, un peu anxieux, vers la porte entrebâillée de la cuisine). – Oui, le Satyre. Oh ! je le connais bien ! C’est un antique, un très bel ouvrage que je croirais grec… dans tous les cas, pour le moins une reproduction d’une œuvre grecque… Oui, c’est bien dommage que je ne l’aie pas dans mon Musée… »

Le curé repliait soigneusement son mouchoir.

« Il ne manquerait plus que cela ! marmonnait-il entre ses dents.

– Voyez-vous, continua le professeur, nous n’avons pas de lois pour la conservation des objets d’art, en Autriche. Tout propriétaire peut agir comme bon lui semble avec ce qu’il découvre dans son domaine. Ah ! quand je pense à tout ce qu’on a gâché, pillé, emporté !…

– Mais alors, ce Satyre ?…

– Il doit avoir été trouvé sur la propriété des Robbiano… Mais il y a très longtemps de cela, car les plus vieilles gens se souviennent de l’avoir toujours vu à son poste, au centre des ilex… – Vraiment, ajouta-t-il comme s’il voulait rompre les chiens, on ne sait pas apprécier les services que rend notre Musée, en haut lieu. Si j’avais un peu plus d’argent, j’aurais acheté la ferme du vieil Antonio Forni, sur l’emplacement même que devait occuper jadis le palais des Césars : on a trouvé des monnaies d’or splendides dans son champ… Mais il en demande un prix fou… Siora Cattina, Siora Cattina, avez-vous vu Antonio Forni, ces derniers jours, et m’apportera-t-il la médaille de l’impératrice Faustine dont il vous a parlé ? »

Siora Cattina parut sur la porte de la cuisine ; entre elle et Sior Paolo s’engagea une longue conversation d’intérêt local, peu captivante pour moi. Je m’esquivai donc et m’en fus au Musée, sous la galerie, copier quelques bas-reliefs très fins, que j’avais notés à ma première visite. Le professeur devait se rendre à Grado : je fus libre ainsi de travailler en parfaite solitude. Ayant achevé mon ouvrage, je sortis du jardin et je rencontrai Don Trifonio, qui s’acheminait vers la cathédrale. Je lui demandai la permission de l’accompagner, car je désirais revoir l’édifice et je me réjouissais de me reposer dans sa fraîcheur.

« Venez, venez, seigneur Claude, répondit Don Trifonio ; venez dans notre église !… Cela ne vous fera pas de mal, après tant d’heures passées là-bas ! »

Il indiquait de la tête le Musée des Antiques, tout blanc parmi la verdure de son petit enclos.

« Voyez-vous, reprit-il, voyez-vous, seigneur Claude, le professeur est un brave homme, oh ! cela, il n’y a pas à en douter, un brave homme ; et il est très savant. Mais il finira par perdre la tête, avec toutes ces statues et toutes ces inscriptions… Et ce Musée… moi, je dis que c’est la maison du diable !.. Non, croyez-moi, ce n’est pas salutaire pour un bon chrétien de vivre ainsi, entouré de ces choses païennes, de ces idoles… que l’on aurait dû détruire une fois pour toutes… Cela me fait de la peine pour Sior Paolo… Il est toujours là, ne pensant, ne rêvant qu’à ces pierres maudites… Oh ! je sais bien, il se moque de moi !… je suis un ignorant, un vieil âne, je ne comprends rien… Pourtant, je sais ce que je sais… »

Il s’arrêta, secouant la tête.

« Car, enfin, ces idoles, c’était Satan que l’on adorait sous leur forme !… Il y a au Musée… on me l’a dit, du moins… car, moi, je n’y vais jamais, excepté dans le bureau de Sior Paolo… je n’entre pas dans les salles, bien entendu… Il y a au Musée une statue sans tête et sans bras, qui est une chose honteuse… Une Vénus, dit le professeur ; une diablesse, selon moi, faite pour la perdition des âmes… On aurait dû la jeter à la mer… Et croiriez-vous qu’il vient du monde tout exprès pour la voir ?

– Que voulez-vous, Don Trifonio ! répondis-je en souriant un peu, il serait pourtant dommage de détruire ces œuvres d’art… Et vous savez qu’il y en a de semblables au Vatican même, dans le palais des papes ?

– On le dit, seigneur Claude, on le dit… Moi, je n’ai jamais été à Rome. Et il ne me convient pas, à moi, pauvre prêtre, de juger Notre Saint Père le pape… vous comprenez bien… Mais j’ai le devoir de veiller sur mes ouailles, voyez-vous, et l’on ne m’ôtera pas de la tête que ces statues païennes soient dangereuses… Nous en avons trop dans le pays… Elles ensorcellent nos garçons et nos filles… Quant à Sior Paolo, elles le rendront fou, tout à fait. Et ce sera grand dommage !.. Mais entrez, seigneur Claude, passez… je suis ici chez moi  »

Ô l’atmosphère de paix suprême, dans la spacieuse église romane, où, avec la fraîcheur subite, on respirait encore un vague parfum de fleurs et d’encens ! Sur les blanches murailles se détachait l’alignement sévère et solennel des colonnes de granit, et, vues d’en bas, les fresques de l’abside prenaient des teintes d’une délicatesse infinie. C’étaient des tons de roses pâlies, de lilas mourants, de vert d’eau fluide, qui se mariaient merveilleusement avec les gris et les blancs. Et lorsqu’on approchait, les hautes figures hiératiques se dessinaient peu à peu dans leurs poses tranquilles, sous les plis raides de leurs vêtements somptueux, les bras étendus pour bénir, les mains jointes pour prier, les grands yeux fixes perdus en un rêve paisible, éternel…

Don Trifonio se taisait : il sentait mon admiration pour sa chère cathédrale ; il en jouissait naïvement, comme d’une revanche qui lui était due, et sa joie redoubla quand je sollicitai la faveur de faire, au premier jour, une petite esquisse de cet imposant et clair intérieur.

Cependant, je m’étais approché de la chapelle dite « des Torriani, » et le curé en avait machinalement ouvert la lourde grille. Je regardais le sarcophage en marbre rouge, très beau dans sa simplicité hautaine, qui renferme la dépouille mortelle du Patriarche Raymond.

« Comme les temps ont changé ! soupira Don Trifonio, après m’avoir fait remarquer la tour et les lys, les armoiries de ce prince de l’Église. Quand on lit chez les vieux chroniqueurs l’entrée du Patriarche Raymond dans Aquilée, quelle splendeur !… Il venait de Milan, où régnait son frère, Napoléon de la Tour, qui était alors à l’apogée de sa puissance ; il arrivait ici avec un faste inimaginable. Soixante pages et quatre-vingts chevaliers milanais le suivaient… Du reste, sa vie se passa toute à guerroyer, et, sous son règne, nos frontières s’étendirent plus loin que jamais avant et plus loin que jamais depuis… Ils étaient tous guerriers, nos anciens Patriarches, continua le bon curé avec un certain orgueil ; figurez-vous que l’un d’eux, Bertrand, ayant vaincu les troupes du comte de Goritz et ne voulant pas tarder à donner l’assaut à la ville, célébra la messe de minuit dans son camp, armé de pied en cap, le casque sur la tête, l’épée au flanc. C’était la Noël de l’année 1340… Aussi l’usage se conserva fort longtemps à Udine, où, plus tard, hélas ! fut transporté le siège patriarcal, qu’à la messe de minuit le prêtre donnât au peuple la bénédiction avec la croix de l’épée… Mais, pardon, je vois quelqu’un là qui me cherche, sans doute… Vous permettez, seigneur Claude ?… »

En effet, un jeune paysan de taille moyenne et trapu, au visage assez ordinaire, mais dont la physionomie était douce et un peu mélancolique, s’approchait de la chapelle à son tour ; Don Trifonio en sortit, faisant quelques pas à sa rencontre.

Moi, je contemplais la pierre tombale de la pieuse matrone qui avait porté le doux nom d’Amorosa, mais toutes mes pensées retournaient à la jolie apparition du Buon Pastore… Et ce m’était une impression pénible de voir ce nom-là, sur une tombe…

« Voyons, disait le curé (il avait commencé à parler bas mais, oubliant peut-être ma présence, il élevait peu à peu la voix), tu dois te faire une raison, mon pauvre Zuane. (4) Si elle ne veut pas, elle ne veut pas… On ne peut pas la forcer.

– Mais pourquoi est-ce qu’elle ne veut pas, Reverendo ? insistait le jeune homme, pleurant presque ; elle m’aimait bien pourtant, quand nous étions petits !… Et Siora Cattina, vous savez qu’elle désirait cela depuis notre enfance…

– Personne ne le sait mieux que moi, répondait le curé ; mais est-ce qu’on peut raisonner avec les filles ?

– Est-ce que vous lui avez parlé, Reverendo ?

– Mais oui, seccatore ! (5) Je lui ai parlé, je lui ai dit tout ce que je t’avais promis de lui dire… Siora Cattina lui a parlé, elle aussi ; elle a même pleuré… L’autre jour, j’ai conseillé à la petite d’aller à Barbana et de prier la Madone qu’elle l’éclaire… Elle est allée à Barbana, elle en est revenue… et nous en sommes au même point !… Siora Cattina est inquiète… Elle est toujours si pâle, si taciturne ! si différente de l’Amorosetta de jadis !…

– Ah ! oui, Seigneur Dieu ! répliqua le pauvre garçon, d’une voix que l’émotion faisait trembler. Ce serait à ne pas la reconnaître, si ce n’était cet amour de petit visage !… »

Il cessa brusquement, se passa la main sur les yeux, puis, se détournant, il partit à grands pas, oubliant de saluer Don Trifonio qui demeurait là, planté à la même place, l’air extrêmement soucieux.

Sans le vouloir, j’avais surpris une conversation qui, évidemment, concernait la jolie Amorosa. Du reste, à part moi, je l’approuvais fort de repousser ce rustre, bonasse peut-être, mais trop au-dessous d’elle… Cependant, il se faisait tard ; le curé, devenu subitement silencieux, m’accompagna jusqu’à la porte de l’église, et, de là, je retournai lentement à l’auberge, espérant voir les grands yeux d’aigue-marine, entre les œillets épanouis du second étage.

Mon attente fut déçue. Mais on me remit un paquet de lettres arriérées, qui avaient couru depuis deux semaines après moi ; la soirée passa vite, à lire et à écrire, jusque fort avant dans la nuit.

Le lendemain, de bonne heure, je descendis dans la salle basse et, précisément, j’y trouvai la belle aux cheveux d’or. Quand elle me vit, elle eut tout d’abord l’air un peu contrarié ; puis elle me salua gentiment, quoiqu’avec une grâce un peu hautaine. Ma tasse de café noir était déjà préparée ; je m’assis donc pour l’avaler, pendant que la jeune fille allait et venait dans la pièce. Je la suivais du coin de l’œil, observant la finesse de ses traits, la souplesse de ses mouvements et sa taille élégante. Sa robe claire, simple, mais bien coupée, lui seyait à ravir, et quant aux merveilleux cheveux roux crespelés, ils étaient disposés d’une manière compliquée et charmante : – j’appris depuis que les belles coiffures sont le grand luxe de ce pays, où les jeunes filles ont pour la plupart des chevelures magnifiques et ne portent presque jamais de chapeaux. – Mais l’enfant était pâle, et, sous les grands yeux rêveurs et distraits, il y avait une inquiétante ombre d’azur.

Dans tous les cas, elle avait joliment raison de refuser le gros dadais entrevu la veille. Pauvre garçon ! il semblait bien malheureux ; mais, franchement, c’eût été le mariage d’une rose et d’un chou… À quoi pensait donc Siora Cattina ?…

Cette bonne dame entrait, justement ; après quelques phrases polies et banales, j’étais sur le point de m’éloigner, quand je me rappelai mes projets pour la journée, et que je voulais demander le chemin le plus court d’ici à la forêt. Je comptais, ce jour-là, commencer une esquisse du Satyre. Cette vieille statue bizarre, se détachant sur le fond obscur des grands arbres, me semblait un motif excellent, digne de Böcklin, – que j’admire tout particulièrement. Je me retournai donc sur le seuil :

« Siora Cattina, dites-moi, je vous prie… Quelle route faut-il prendre pour arriver le plus vite possible au bois des ilex ?… vous savez bien ? celui qui appartient aux comtes de Robbiano… où il y a une statue antique au milieu d’un carrefour… »

Siora Cattina s’était arrêtée, ma tasse vide à la main. Il me parut que son visage brun nuancé de rose avait pâli un peu. Après un moment d’hésitation, elle répondit, la voix changée :

« Je ne sais pas ce que voulez dire, monsieur Claude… Je ne connais pas cette forêt-là.

– Comment ! insistai-je, étonné, ce n’est pas loin d’ici, pourtant !… Je l’ai traversée avant-hier… »

La bonne femme secouait la tête.

« Je ne sais pas ; je ne connais pas cet endroit, » répéta-t-elle, avec une mine obstinée, mécontente.

Et elle sortit aussitôt de la pièce. Amorosa, pendant ce temps, accoudée à la fenêtre, ne me laissait voir que sa petite nuque blanche, où luisaient des frisons d’or.

Je sortis moi-même. Évidemment, Siora Cattina n’avait pas voulu me répondre et il y avait là-dedans un mystère qui se rapportait à ce polisson de Satyre…

En effet, je me rappelais le visage de Don Trifonio, quand je lui en avais parlé : oui, même le professeur avait paru embarrassé. Raison de plus pour me rendre au plus vite dans cette forêt enchantée et découvrir ce que prétendaient me cacher ces réticences !… Je me mis en route sans plus tarder, mais, comme il faisait chaud et que j’étais pressé, je hélai un char à foin qui allait dans la même direction que moi, et, montrant à l’homme une pièce blanche, je lui demandai de me conduire un bout de chemin. Il accepta volontiers et je m’étendis sur les gerbes odorantes.

La forêt des ilex était encore plus près que je ne l’avais imaginé ; bientôt, je vis surgir à ma gauche sa verdure noirâtre. Et je priai l’homme de prendre le sentier de traverse que je croyais reconnaître.

Le bonhomme me regarda d’un air effrayé.

« Comment, monsieur ! dit-il à demi-voix, dans son patois que j’avais peine à comprendre, vous voulez aller là-bas, dans la forêt ?

– Mais oui, mon ami ! répliquai-je en dressant l’oreille. Pourquoi n’irais-je pas ? C’est une forêt superbe. »

Le paysan secoua la tête, à son tour.

« Si vous m’en croyez, monsieur, vous n’irez pas dans la forêt. Personne n’y va jamais… personne !

– Pourquoi donc ? » m’écriai-je, espérant obtenir enfin le mot de l’énigme.

Le paysan se tut un instant, puis il me jeta un coup d’œil méfiant et reprit :

« Mais… voyez-vous… il y en a qui disent qu’il vaut mieux ne pas y aller.

– Mais quelle raison est-ce que l’on donne pour cela ? Voyons, il faut bien qu’il y ait une raison ! »

Le bonhomme ne parlait plus.

« Tout le monde paraît avoir peur de cette forêt, continuai-je, impatienté de son silence. Et la statue ?… est-ce que vous en avez peur aussi, de la statue qui est au milieu des arbres ? »

Cette fois, le paysan se signa rapidement, avec un furtif regard du côté des ilex.

« Voulez-vous descendre, monsieur ? dit-il ensuite ; car, pour moi, il faut que je continue mon chemin. »

Je vis bien que je n’en tirerais plus rien et je dégringolai de la charrette, pour enfiler le sentier qui me mena, en effet, tout droit au portail. Cette fois, je déchiffrais plus clairement le blason de pierre : il représentait une main gantée de fer et tenant une rose.

La petite porte était de nouveau entrouverte ; j’entrai sans autre forme de procès. Par-dessus la route étroite, envahie d’herbe et de mousse, les grands arbres se rejoignaient et formaient une voûte, fort agréable par cette chaleur de juin. Les feuilles avaient en dessous un éclat presque métallique ; les branches bizarrement tordues se détachaient toutes noires sur le réseau grisâtre à travers lequel brillait un azur sans nuages.

Du malaise qui m’avait gêné durant ma visite nocturne, je n’éprouvais plus rien. Certes, le silence était profond, mais quoi de plus naturel ? Et bientôt je vis paraître, en sombre silhouette sur le ciel bleu, la statue mutilée du Satyre.

Il s’élevait au milieu d’un vaste carrefour, où de nombreuses routes convergeaient. Celle que je venais de suivre en devait être la principale ; les autres étaient si encombrées de broussailles et de fougères qu’on les distinguait à peine, rayonnant de tous côtés. Du reste, mon attention s’était concentrée sur le Satyre. À cette heure matinale, sous la lumière joyeuse, il n’était plus si terrible ni tellement énigmatique. Le professeur disait bien : c’était un bel ouvrage, assurément une reproduction d’un original grec. Seulement, la pluie, le vent, le soleil l’avaient ravagé. Même, les deux bras manquaient : ils avaient dû se lever en l’air, au-dessus de la tête qui se renversait, le cou gonflé, la bouche ouverte par un rire qui, dans le jour, n’avait rien de trop satanique… Et il dansait, sur ses pieds fins de chèvre, avec un tel élan de vie et de joie que j’en fus émerveillé.

Le visage… oui, le visage était désagréable voir : les orbites si ténébreuses, et le petit nez camus à demi rongé par la mousse et la moisissure… et cette grande bouche qui se tordait dans un rictus moqueur !…

Comme je le contemplais attentivement, une tache de couleur éclatante, aux pieds du Satyre, attira soudain mes yeux. Je m’approchai : un magnifique œillet rouge gisait sur les marches de pierre. Je le relevai, tout pensif. Involontairement, je me rappelais les œillets rouges qui fleurissaient la fenêtre d’Amorosa.
 
 

 

(À suivre)

 
 

–––––

 

(4) Pour Giovanni, Jean.
 

(5) « Ennuyeux personnage ! »
 

–––––

 
 

(Princesse Alexandre de la Tour et Taxis, in La Revue de Paris, sixième volume, 15 novembre 1903 ; cette nouvelle a été reprise dans le recueil Grisailles, Paris : Librairie Henri Leclerc, 1907. Les illustrations sont extraites de la publication en volume.)

 
 

–––––