St Brendan performs Easter ritual on a whale-1

L’ADALANTADO DES SEPT-VILLES

LÉGENDE DE SAINT-BRANDAN (1)

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« Il y a sous le ciel et dans la terre plus de choses que n’en a rêvé notre philosophie, » comme dit Hamlet : au nombre de ces choses inconnues peut être placée l’île de Saint-Brandan, la merveille et le mystère des mers. Il n’y a pas un écolier qui ne puisse énumérer et appeler par son nom chacune des Canaries, les îles fortunées des anciens, lesquelles, à en croire certains esprits subtils et spéculatifs, ne sont que des fragments, des débris de cette île immense de l’Atlantide engloutie par l’Océan, au dire de Platon. Quiconque a lu l’histoire de ces îles se rappellera les récits merveilleux d’une autre île plus belle encore, que l’on aperçoit de temps en temps de leurs rivages, avec de longs promontoires brumeux et des pics énormes dorés par les feux du soleil. Combien de navigateurs sont partis des côtes des Canaries à la découverte de cette île ? mais ils virent toujours montagnes et promontoire s’évanouir peu à peu, jusqu’à ce que rien ne vînt plus frapper leurs regards, si ce n’est le ciel d’azur au-dessus de leur tête, et le bleu sombre des flots sous leurs pieds ; aussi les anciens géographes l’ont-ils appelée Aprositus, ou l’Inaccessible ; les modernes, au contraire, ont révoqué en doute l’existence de cette île, et tantôt l’ont traitée de pure illusion d’optique, comme les fata morgana du détroit de Messine, tantôt l’ont placée au nombre de ces régions impalpables connues des marins, comme le Cap fugitif et la Terre des Nuages.

Mais ne cédons pas à la mondaine sagesse des sceptiques modernes ces royaumes brillants qu’enfantait jadis une heureuse crédulité : crois bien, ô lecteur de foi robuste ! toi pour qui j’aime à écrire, crois bien que cette île existe réellement, et que de temps en temps des mortels favorisés l’ont vue de leurs yeux, et que leurs pieds en ont foulé le sol ; oui, que les historiens et les philosophes en doutent, son existence a été pleinement attestée par les poètes, qui, appartenant à une race inspirée et douée d’une espèce de seconde vue, peuvent percer les mystères de la nature impénétrables aux yeux ordinaires. Pour cette race privilégiée, cette île fut toujours un pays fantastique, riche en toutes sortes de merveilles : c’est là que fleurissait jadis et que fleurit encore aujourd’hui, peut-être, le jardin des Hespérides, avec ses fruits d’or ; c’est là aussi qu’était le jardin enchanté d’Armide, où cette magicienne retint le paladin chrétien Renaud dans une douce mais indigne captivité. C’était aussi sur cette île que régnait la sorcière Sycorax, lorsque le bon Prospero et la jeune Miranda y furent jetés : alors

 

Il flottait dans les airs une douce harmonie 

Qui sans enivrement charmait l’âme ravie.

 

Qui n’a lu la page magique où Shakespeare a placé ce récit ?

En effet, cette île paraît avoir eu différents maîtres à différentes époques, les génies de la terre, de l’air et de l’océan, qui en firent leur ombreuse retraite ; ou plutôt elle sert de refuge aux vieilles divinités, dynasties usées qui gouvernèrent jadis le monde poétique. C’est là que Neptune et Amphitrite tiennent leur cour déchue. Leur char marin repose, sens dessus dessous, dans une caverne de l’île, semblable à un débris de naufrage, tandis que leurs tritons ventrus et leurs néréides difformes se baignent, insoucieux, autour des rochers comme des phoques. Quelquefois les deux époux reprennent une ombre de leur ancienne splendeur, et se promènent en pompe sur la mer transparente, dont ils effleurent à peine la surface, et l’équipage de quelque vaisseau immobile, avec ses voiles battantes, écoute, étonné, les suaves accords de la conque des tritons, tandis que glisse le cortège invisible. De temps en temps, l’ex-monarque de l’Océan peut se manifester aux yeux des mortels, en visitant les vaisseaux qui franchissent la ligne, pour lever un tribut sur les nouveaux venus. C’est là tout ce qui reste de son ancienne domination ; et dans quel misérable appareil, hélas ! sa majesté détrônée fait observer ce droit !

On voit, sur les rives de cette île féerique, l’énorme Kraken soulever la masse de son corps, et couvrir, en se vautrant, un espace immense ; là aussi est couché le serpent marin, replié sur lui-même dans l’intervalle de ses apparitions si souvent contestées aux yeux des vrais croyants ; c’est là aussi, dit-on, que le pilote bleu trouve un port, jette son ancre, déroule sa voile vaporeuse, et se repose un instant de sa course éternelle.

Là, sont soigneusement conservés tous les trésors perdus dans les abîmes de la mer. Dans les cavernes des rivages sont amoncelés des lingots d’or, des caisses de perles, de riches ballots d’étoffes orientales ; dans ces ténébreuses retraites, on voit scintiller le diamant et briller les feux de l’escarboucle ; là mouillent dans des baies et des ports profonds bien des vaisseaux enchaînés par un charme, et depuis longtemps oubliés de leurs propriétaires ruinés ; là aussi les équipages que l’on croit depuis longtemps ensevelis dans les flots dorment depuis des siècles, couchés dans des grottes tapissées de mousse, ou parcourent ces rives et leurs bosquets enchantés dans un doux oubli de toutes choses. Telles sont les merveilles que l’on raconte de cette île ; elles peuvent contribuer à répandre quelque lumière sur la légende suivante, dont l’authenticité est incontestable, et à laquelle je prie le lecteur d’accorder une croyance complète.

Au commencement du quinzième siècle, lorsque le prince Henri de Portugal, de digne mémoire, poursuivait le cours de ses découvertes le long de la côte occidentale d’Afrique, le monde entier retentissait des récits de continents tout couverts d’or, et d’îles récemment découvertes : il arriva à Lisbonne un vieux pilote tout égaré, que des tempêtes avaient poussé il ne savait en quel lieu, et qui, après avoir côtoyé une île fort éloignée dans la mer, l’avait trouvée habitée par des chrétiens et couronnée de nobles villes.

Les habitants , qui n’avaient jamais reçu la visite d’un vaisseau, s’étaient, disait-il, rassemblés autour de lui, l’examinant avec surprise, et ils lui avaient dit être les descendants de quelques chrétiens qui s’étaient enfuis d’Espagne à l’époque de la conquête de ce pays par les Maures. Ils avaient désiré savoir la situation de leur patrie, et s’étaient affligés en apprenant que les Musulmans avaient encore en leur possession le royaume de Grenade. Ils avaient voulu mener le vieux marin à leur église, pour le bien convaincre de leur orthodoxie ; mais, soit faute de dévotion, soit faute de confiance en leurs assertions, il n’avait point accepté leur invitation, préférant retourner à bord de son vaisseau… Il en avait été bien puni : une tempête furieuse s’était élevée, l’avait fait chasser sur son ancre, l’avait jeté au large, et il n’avait plus vu l’île inconnue.

Cet étrange récit causa un grand étonnement, tant à Lisbonne que partout ailleurs. Ceux qui étaient versés dans l’histoire se rappelaient avoir lu, dans une ancienne chronique, qu’à l’époque de la conquête de l’Espagne au huitième siècle, au moment où la croix sainte fut renversée pour élever le croissant à sa place, et où les églises chrétiennes étaient transformées en mosquées musulmanes, sept évêques, chacun à la tête d’une troupe de pieux exilés, s’étant enfuis de la Péninsule, allèrent s’embarquer à la recherche de quelque île de l’Océan, ou de quelque autre terre éloignée où ils pourraient fonder sept villes chrétiennes.

Le sort de ces saints aventuriers était jusque alors resté un mystère ; cependant, le récit du vieux loup de mer ressuscita ce thème depuis longtemps oublié. Les dévots et les enthousiastes conclurent que l’île, ainsi découverte par hasard, était justement la retraite où les évêques errants avaient été conduits par la protection de la Providence, et où ils avaient établi leur fidèle troupeau.

Il y a toujours dans ce monde si mobile quelque but séduisant d’entreprises chimériques. L’île des Sept-Villes excita alors autant d’intérêt et d’impatience parmi les chrétiens zélés que la fameuse ville de Tombouctou parmi les voyageurs aventuriers, ou le passage du nord-est parmi les hardis voyageurs : les dévots demandèrent souvent dans leurs prières que ces fragments disséminés et perdus de la famille chrétienne fussent découverts et réunis au grand corps de la chrétienté.

Nul cependant ne prit autant la chose à cœur que Don Fernando de Ulmo, jeune cavalier haut placé à la cour de Portugal, et d’un esprit ardent et romanesque : il était venu depuis peu s’établir dans sa terre, et avait parcouru le cercle de tous les plaisirs et de toutes les émotions. L’île des Sept-Villes devint dès lors l’objet continuel de ses pensées pendant le jour et de ses rêves pendant la nuit ; elle balançait même sa passion pour une belle héritière de Lisbonne à qui il était fiancé. Son imagination finit par s’enflammer tellement qu’il résolut de faire une expédition à ses frais, et de se mettre à la recherche de cette île sainte. Ce ne pouvait pas être une croisière très importante, puisque, d’après les calculs du pilote, l’île en question devait être située dans les parages des Canaries, qui, à cette époque où le Nouveau-Monde n’avait pas encore été découvert, formaient la limite des navigations sur l’Océan. Don Fernando invoqua l’aide et la protection royale. Comme il était fort bien en cour, il obtint facilement cette grâce ; en d’autres termes, il reçut du roi Don Joam II une commission l’instituant adalantado, ou gouverneur militaire de tous les pays qu’il pourrait découvrir, à la seule condition que toutes les dépenses de la découverte seraient à sa charge, et qu’il abandonnerait à la couronne un dixième de ses bénéfices.

Don Fernando se mit dès lors à l’œuvre en véritable homme à projets. Il vendit ses terres arpent par arpent, et en convertit le produit en navires, canons, munitions et vivres. Il hypothéqua, sans aucun scrupule, son vieux manoir ; car il se voyait déjà possesseur d’un palais dans une des sept villes, dont il devait être l’adalantado. C’était alors le siècle des chimères maritimes : aussi le dessein de Don Fernando ne manqua-t-il pas d’attirer des aventuriers de toute sorte. Le marchand se promettait de riches places de commerce, et le soldat espérait d’emporter d’assaut et piller quelqu’une des sept villes.

Un seul homme manifestait pour ce projet un souverain mépris. C’était Don Ramiro Alvarez, le père de la belle Serafina, la fiancée de Don Fernando : c’était un de ces vieillards positifs, toujours prêts à combattre tout ce qui sent la spéculation et le romanesque. Il ne croyait nullement à l’île des Sept-Villes. La croisade projetée lui parut une fantaisie de cerveau fêlé ; il voyait avec une fureur concentrée la conduite de son gendre futur vendant de bonnes terres pour des châteaux en l’air, et il l’avait baptisé du sobriquet d’adalantedo du pays des niais. À vrai dire, les larmes et les instances seules de sa fille lui avaient arraché son consentement à l’alliance projetée. Il est vrai aussi que rien n’aurait pu justifier son refus ; car Don Fernando était la fleur de la chevalerie portugaise. Il n’avait pas son pareil pour le jeu de bagues ; nul n’était plus hardi et plus adroit dans le combat du taureau ; nul ne tournait plus galamment un madrigal à la louange de sa dame ; nul ne savait mieux s’accompagner de la guitare, nul ne savait jouer des castagnettes et danser le boléro avec une grâce aussi ravissante. Cependant, toutes ces perfections, bien qu’elles eussent suffi pour conquérir le cœur de Serafina, n’étaient rien aux yeux de son père.

L’engagement que Don Fernando avait contracté avec Serafina le jeta, pendant quelque temps, dans un extrême embarras. Il était passionnément attaché à la jeune dame ; mais il était aussi passionnément épris de sa romanesque entreprise. Comment concilier ces deux passions ? Une simple et facile combinaison se présenta enfin : épouser Serafina, savourer une partie de la lune de miel, et en remettre le reste à son retour de la découverte des Sept-Villes !

Il s’empressa de faire part de cet excellent arrangement à Don Ramiro ; mais le vieux cavalier laissa éclater alors la tempête de sa colère si longtemps contenue. Il lui reprocha sa sotte crédulité, qui le précipitait dans la plus chimérique des expéditions. Don Fernando était trop entêté et trop jeune pour écouter paisiblement un semblable langage. Une querelle s’ensuivit ; Don Ramiro le déclara un fou, et lui interdit toute relation avec sa fille jusqu’à ce qu’il pût prouver son retour à la raison. Don Fernando sortit de la maison plus entiché que jamais de son rêve.

À peine fut-il sorti que Don Ramiro courut à la chambre de Séraphine. Il lui peignit sous les plus noires couleurs le caractère opiniâtre de son amant. Il la pressa sur son cœur avec une affection paternelle, sécha avec un baiser une larme qui glissait sur sa joue ; et puis, en quittant la chambre, il donna tout doucement un tour de clef à la porte ; car, quelque tendre père qu’il fût et convaincu de la docilité de sa fille, il avait encore une plus haute opinion des vertus préservatrices d’une clef et d’une serrure. Les sages représentations de Don Ramiro avaient-elles ébranlé la foi de la jeune fille dans les projets de son amant et dans l’existence des Sept-Villes ? la tradition le nie ; mais ce qui est certain, c’est que, malgré la défense de don Ramiro et ses précautions, les deux amans ne cessèrent pas de se voir en secret. Don Fernando, occupé tout le jour à accélérer son entreprise maritime, volait, dès que la nuit était venue, sous le balcon grillé de sa maîtresse.

Les apprêts de l’expédition se terminèrent enfin. Deux élégantes caravelles étaient à l’ancre dans le Tage, prêtes à mettre à la voile dès l’aurore ; tard dans la nuit, à la faible clarté de la pâle lune, Don Fernando se dirigea vers la demeure d’Alvarez, pour dire un dernier adieu à Séraphine. Au signal ordinaire, quelques notes bien faibles de la guitare, elle parut au balcon. Elle avait l’âme pleine de sombres pressentiments ; mais son amant s’efforça de lui communiquer la chaleur de ses espérances. « Quelques mois, dit-il, et je reviens triomphant. Ton père rougira alors de son incrédulité, et m’appellera le bienvenu dans sa maison lorsque je franchirai le seuil de sa porte, riche prétendu et adalantado des Sept-Villes. »

La belle Serafina hocha la tête. Ce n’était pas là ce qui causait ses doutes ou son chagrin : elle croyait fermement à l’île des Sept-Villes, et attendait dévotement le succès de l’entreprise ; mais elle avait entendu parler de l’inconstance des mers et de ceux qui les parcourent. Or, pour dire la vérité, si Don Fernando avait un défaut au monde, c’était celui d’être un peu trop sujet à prendre feu à l’étincelle échappée de deux beaux yeux ; il avait été un peu pirate parmi le beau sexe sur la terre ferme ; que serait-ce en mer ? Ne pourrait-il pas voir dans l’une des Sept-Villes quelque incomparable beauté capable d’effacer de la pensée l’image de Serafina ? À la fin, elle se décida à lui avouer ses craintes. Mais Fernando repoussa vivement cette idée. Que son cœur fût infidèle à Serafina ! qu’une autre pût lui paraître séduisante ! jamais ! jamais ! À plusieurs reprises, il se jeta à genoux, se frappa la poitrine, et prit la blanche lune à témoin de sa sincérité. Mais Serafina elle-même ne pourrait-elle pas oublier sa foi promise ? Tandis que lui-même serait ballotté par les flots, quelque rival plus riche ne pourrait-il pas se présenter, et, secondé par son père, conquérir le trésor de sa main ?

Hélas ! combien peu il connaissait le cœur de Serafina ! Quand même il s’écoulerait des années avant le retour de Fernando, il la retrouverait fidèle à ses promesses ; quand même les flots amers l’engloutiraient (et à cette seule pensée, des larmes amères s’échappèrent de ses yeux), jamais elle n’appartiendrait à un autre ! jamais ! jamais ! Elle éleva ses beaux bras blancs entre les barreaux de fer du balcon et invoqua la lune en témoignage de sa foi.

Au lever de l’aurore, les caravelles descendirent le Tage et gagnèrent la mer. Elles gouvernèrent vers les Canaries. À peine avaient-elles atteint ces parages qu’il s’éleva une violente tempête. Don Fernando perdit bientôt de vue les autres caravelles. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits bien longs, il fut le jouet des éléments. Enfin, un jour, vers le soir, la tempête se calma, les nuages se dissipèrent comme si un rideau placé devant le ciel s’était écarté tout à coup, et le soleil couchant brilla magnifiquement sur une belle île montagneuse. Les matelots se frottaient les yeux, et contemplaient presque avec incrédulité cette terre si soudainement sortie des ténèbres profondes ; cependant elle était là, avec ses ravissants points de vue, animés par des villages, des tours et des flèches, tandis que la mer, naguère orageuse, roulait des flots paisibles jusque sur le rivage. À environ une lieue de la mer, sur les bords d’une rivière, s’élevait une superbe ville, avec des tours et des murailles très hautes et un fort qui la protégeait. Fernando jeta l’ancre à l’embouchure de la rivière, qui paraissait former un port spacieux. Bientôt on vit une embarcation s’avancer. C’était évidemment une embarcation d’apparat ; car elle était ornée de sculptures et de dorures fort riches, quoique bizarres, tandis qu’une bannière portant l’emblème sacré de la croix flottait au vent. Cette nef était montée par seize rameurs qui marquaient avec leurs avirons la cadence régulière d’un vieux chant espagnol. Sous la banne était assis un cavalier vêtu d’un pourpoint fort riche, quoique d’une forme ancienne, et coiffé d’un énorme sombrero surmonté d’une plume.

Lorsque le canot eut abordé la caravelle, le cavalier monta à bord. Il était grand et mince ; il avait une longue figure espagnole et un air de gravité fière. Ses moustaches étaient frisées et relevées jusqu’aux oreilles ; sa barbe était partagée en deux et très régulière ; il portait des gantelets qui lui montaient jusqu’aux coudes, et laissait traîner fièrement derrière lui une lame de Tolède avec une énorme poignée en corbeille. Il salua Don Fernando par son nom et lui souhaita sa bienvenue avec toute l’antique courtoisie castillane. Don Fernando fut fort étonné de s’entendre appeler par son nom dans un pays étranger par un homme qui lui était complètement inconnu. Dès qu’il fut revenu de sa surprise, il demanda en quel pays il était arrivé.

« Dans l’île des Sept-Villes ! »

Serait-ce vrai ? La tempête l’aurait-elle ainsi poussé vers la terre même qu’il cherchait ? Rien de plus vrai. L’autre caravelle, dont la tempête l’avait séparé, était entrée dans un port voisin, et avait annoncé l’expédition qui venait pour réunir ce pays à la grande communauté de la chrétienté. L’île entière, lui dit-on, célébrait cet heureux événement par des réjouissances ; on n’attendait que son arrivée pour jurer fidélité à la couronne de Portugal et le saluer adalantado des Sept-Villes. Un grand festin devait avoir lieu le soir même au palais de l’alcade ou gouverneur de la ville, qui, en voyant arriver si à propos la caravelle, avait envoyé son grand chambellan, dans sa chaloupe de parade, pour conduire le futur adalantado à la cérémonie.

Don Fernando crut faire un rêve. Il fixa un œil scrutateur sur le grand chambellan, qui, une fois son message accompli, resta debout avec une dignité empesée, frisant ses favoris, caressant sa barbe et tenant abaissé sur Fernando un regard plein de fierté et de respect en même temps. Impossible de douter des paroles d’un aussi grave et cérémonieux hidalgo.

Don Fernando revêtit ses plus beaux habits. Il aurait préféré mettre son canot à la mer et débarquer avec ses hommes ; mais on lui dit que la chaloupe avait été disposée tout exprès pour lui, et qu’après la fête on le ramènerait à bord de son vaisseau, afin que, le jour suivant, il pût faire, dans tout l’appareil convenable, son entrée au port. Il descendit donc dans l’embarcation. Le grand chambellan s’assit sur un coussin en face de lui. Les rameurs se penchèrent sur leurs avirons, et recommencèrent leur monotone chanson.

La nuit vint avant qu’ils entrassent dans la rivière. Ils doublèrent le rocher et le promontoire défendus par une tour, et au moment où ils passèrent, les sentinelles, placées à ces deux postes, leur crièrent :

« Qui va là ?

– L’adalantado des Sept-Villes.

– Il est le bienvenu. Passez. »

En entrant dans le port, ils ramèrent le long d’une galère armée, d’un modèle fort ancien. Des soldats portant des arbalètes étaient en faction sur le port.

« Qui va là ? demanda-t-on de nouveau.

– L’adalantado des Sept-Villes !

– Il est le bienvenu. Passez. »

Ils abordèrent à un large escalier de pierre conduisant, entre deux tours très massives, à la porte marine de la ville, où ils frappèrent pour être introduits. Une sentinelle portant un ancien casque d’acier regarda par-dessus la muraille :

« Qui est là ?

– L’adalantado des Sept-Villes. »

La porte tourna lentement en criant sur ses gonds rouillés.

Ils entrèrent entre deux rangs de guerriers vêtus d’une armure de fer battu, avec des arbalètes, des haches d’armes, d’anciennes masses et des visages aussi surannés que leurs armes. Lorsque Fernando passa entre leurs rangs, ils lui firent le salut militaire, mais dans le plus profond silence. La ville était illuminée, mais de manière à rendre encore plus sombre et plus solennel l’effet de son architecture. Il y avait dans les rues principales des feux de joie autour desquels on distinguait des groupes dont les costumes rappelaient ceux d’un carnaval. Même les dames, pompeusement parées, que l’on voyait aux balcons où étaient tendues d’anciennes tapisseries, ressemblaient plutôt à des images ajustées pour une cérémonie bizarre qu’à des dames en toilette. Tout enfin portait l’empreinte des anciens temps, comme si le monde eût soudainement rétrogradé de plusieurs siècles. Il n’y avait là rien de surprenant : l’île des Sept-Villes n’était-elle pas restée pendant plusieurs centaines d’années sans aucune communication avec le reste du monde ? N’était-il pas naturel que les habitants eussent conservé ses modes et ses coutumes importées par leurs ancêtres ?

Une chose que certainement ils avaient conservée, c’était la vieille pompe et la vieille gravité castillane. Quoiqu’on célébrât des réjouissances publiques et que Fernando fût l’objet de leurs félicitations, l’étiquette la plus solennelle présidait aux moindres détails, et partout où il se montrait, au lieu d’acclamations, ce n’étaient que l’accueil le plus silencieux, révérences officielles, sombreros gravement agités dans les airs.

En arrivant au palais de l’alcade, on répéta la formalité ordinaire. Le chambellan frappa pour être introduit.

« Qui est là ? demanda le portier.

– L’adalantado des Sept-Villes.

– Il est le bienvenu. Passez. »

Le grand portail s’ouvrit. Le chambellan, franchissant le premier un immense et massif escalier de marbre, traversa une interminable enfilade d’appartements, décorés avec une magnificence inouïe. À chaque porte, des domestiques répétaient le titre de Don Fernando, et partout on lui faisait les saluts les plus courtois. On arriva enfin dans un salon magnifique et splendidement illuminé aux flambeaux. L’alcade et les principaux dignitaires de la ville y attendaient leur hôte illustre : le grand chambellan présenta Don Fernando avec toutes les formalités voulues ; puis il se mêla aux autres officiers du palais.

L’alcade et les autres dignitaires reçurent Don Fernando avec l’étiquette officielle qu’il avait remarquée partout.

On annonça alors le banquet qui avait été différé jusqu’à l’arrivée de Don Fernando. Quel festin ! quels mets inconnus ! quelles friandises extraordinaires ! Un paon, cet oiseau de parade, fut servi dans son plumage sur un plat d’or au haut bout de la table ; et lorsque Don Fernando jeta les yeux sur la brillante assemblée, quelles singulières têtes, quelles singulières coiffures de graves dignitaires barbus, de grandes dames soutenant l’édifice immense de leur chevelure, surmonté de plumes énormes.

La fille de l’alcade était assise à côté de Don Fernando ; sa parure, il est vrai, avait peut-être été de mode avant le déluge ; mais elle avait de ces doux yeux noirs andalous auxquels rien ne résiste. Sa voix, ses manières, ses gestes, tout en elle avait un parfum d’Andalousie, et prouvait comment les charmes féminins peuvent se transmettre de siècle en siècle, se transporter de climat en climat, sans jamais rien perdre de leur puissance et sans passer de mode. Ceux qui connaissent toute la magie du sexe dans cette amoureuse contrée de la vieille Espagne peuvent juger à quelle fascination était exposé Don Fernando, assis auprès d’une des plus séduisantes filles de cet heureux pays. Il était, comme nous l’avons déjà dit, très inflammable ; et puis, fatigué des salutations et des discours d’étiquette, quoi de plus naturel qu’il tournât délicieusement toute son attention vers la fille de l’alcade, dont le sourire dessinait une si gracieuse fossette, dont la voix avait tant de douceur ? De plus, car je cherche à l’excuser autant que possible, la nouveauté du spectacle qu’il avait sous les yeux l’avait singulièrement disposé à l’enthousiasme : la brusque et complète réalisation de ses espérances et de ses rêves lui avait presque tourné la tête ; il avait plusieurs fois vidé la coupe que des pages attentifs lui présentaient à chaque instant. En un mot, avouons-le, on n’était pas arrivé à la moitié du banquet, que Don Fernando avait déclaré son amour à la fille de l’alcade. C’était une vieille habitude, qu’il avait contractée longtemps avant son engagement avec Serafina. La jeune fille pencha modestement la tête ; son œil s’arrêta sur un cœur en rubis étincelant à une bague passée au doigt de Fernando, gage d’amour que Serafina lui avait donné à son départ. Elle rougit et lança un coup d’œil méfiant sur la bague, puis sur Fernando. Celui-ci devina sa pensée, et, dans son égarement, il arracha de sa main le gage de sa fiancée et le mit au doigt de la fille de l’alcade.

En ce moment, le repas était terminé. Le chambellan vint se placer devant l’adalantado et lui annonça que le canot l’attendait pour le reconduire à ma caravelle. Don Fernando prit congé de l’alcade et des autres dignitaires dans toutes les règles du cérémonial, et dit un tendre adieu à la fille de l’alcade, avec la promesse de venir se jeter à ses pieds le lendemain. Il fut reconduit à son vaisseau avec la même lenteur, la même étiquette et à la cadence du même vieux chant si monotone. Quand il fut dans sa chambre, tout ce qu’il avait vu lui donnait une sorte de vertige, et, de temps en temps, son cœur se serrait au souvenir de son infidélité à la belle Serafina. Il se jeta sur son lit, et tomba bientôt dans un sommeil fiévreux. Ses rêves étaient vagues et sans suite. Combien avait duré ce sommeil, il ne le savait pas ; mais à son réveil il se trouva dans une cabine inconnue, entouré de personnes qu’il n’avait jamais vues. Dormait-il encore ? Il se frotta les yeux. En réponse à ses questions, on lui apprit qu’il était sur un navire portugais faisant voile pour Lisbonne, et qu’il avait été recueilli sans connaissance sur un débris de navire flottant à la merci des vagues au milieu de l’Océan.

Don Fernando fut fort étonné. Il se rappelait clairement tout ce qui lui était arrivé dans l’île des Sept-Villes jusqu’au moment où il s’était retiré à bord de la caravelle. Son bâtiment avait-il chassé sur son ancre et avait-il fait naufrage pendant son sommeil ? Nul de ceux qui l’entouraient ne put le lui dire. Il leur parla de l’île des Sept-Villes et de ce qu’il y avait vu. ils prirent ses discours pour les divagations du délire, et, dans leur louable sollicitude, ils lui administrèrent des remèdes si violents qu’il fut obligé de garder un sage silence.

On entra enfin dans le Tage, et on jeta l’ancre devant la fameuse ville de Lisbonne. Don Fernando s’élança joyeusement sur le rivage et courut au manoir de ses ancêtres. À sa grande surprise, il le trouva habité par des étrangers, et lorsqu’il demanda des nouvelles de sa famille, personne ne put lui en donner.

Il se dirigea alors vers la demeure de Don Ramiro ; car la flamme passagère qu’avaient fait naître les beaux yeux de la fille de l’alcade s’était depuis longtemps éteinte, et son ancienne passion pour Serafina s’était ranimée avec toute son ardeur. Il s’approcha du balcon sous lequel il lui avait donné tant de sérénades. Ses yeux le trompaient-ils ? Non ! Serafina elle-même était au balcon. Il poussa un cri de ravissement en tendant les bras vers elle. Elle lui lança un regard d’indignation, se retira précipitamment, et ferma la fenêtre. Aurait-elle été informée de son caprice pour la fille de l’alcade ? La porte était ouverte. II franchit rapidement l’escalier, et, en entrant dans la chambre, il se jeta à ses pieds. Elle recula avec effroi et se réfugia dans les bras d’un jeune cavalier.

« M’expliquerez-vous, monsieur, ce que je vois ? demanda ce dernier.

– De quel droit, demanda à son tour don Fernando, me faites-vous cette question ?

– Du droit d’un fiancé ! »

Fernando tressaillit et pâlit.

« Ô Serafina, Serafina ! s’écria-t-il avec l’accent du désespoir, est-ce là la foi que tu m’avais promise ?

– Serafina ! Que voulez-vous dire ? Si vous parlez de cette jeune dame, son nom est Maria.

– N’est-ce pas Serafina Alvarez, et n’est-ce pas là son portrait ? s’écria don Fernando en montrant celui de sa maîtresse.

– Sainte Vierge, s’écria la jeune fille, il parle de ma bisaïeule ! »

Le malheureux Fernando se trouvait dans un embarras plus grand encore. S’il s’en rapportait au témoignage de ses yeux, il voyait devant lui sa bien-aimée Serafina ; s’il en croyait ses oreilles, ce n’étaient que ses traits héréditaires, perpétués en la personne de sa petite-fille.

Sa cervelle commença à se brouiller. II alla aux bureaux du ministre de la marine, et fit un rapport sur son expédition et sur l’île des Sept-Villes, qu’il avait si heureusement découverte. Personne n’avait entendu parler d’une expédition ni d’une île semblable. II déclara qu’il avait formé cette entreprise après avoir passé avec la couronne un contrat en bonne forme, et qu’il avait reçu une commission officielle le constituant adalantado. Ce devait être matière d’archives, et il insista vivement pour que l’on consultât les registres du ministère. Cette longue discussion attira enfin l’attention d’un vieux employé à cheveux gris qui était perché sur un grand tabouret, devant un pupitre fort élevé, avec des lunettes garnies en fer sur son nez maigre et pincé, copiant des actes dans un énorme in-folio. Il avait tant passé d’hivers et d’étés au ministère, qu’il faisait presque partie du pupitre devant lequel il était assis ; sa mémoire n’était qu’un catalogue de faits officiels et de documents. Après avoir regardé quelque temps du haut de son perchoir et s’être informé de l’objet de ce débat, il se mit la plume derrière l’oreille et descendit. Il se souvenait d’avoir entendu son prédécesseur parler d’une expédition semblable à celle dont il était en ce moment question. Mais elle était partie sous le règne de don Joam II, mort depuis plus de cent ans. Cependant, pour bien éclaircir la chose, on fit d’actives recherches dans les archives de Torvo do Tombo. Dans ce sépulcre des vieux documents portugais, on trouva l’indication d’un contrat entre la couronne et un certain Fernando de Ulmo pour la découverte de l’île des Sept-Villes, ainsi que d’une commission qui lui avait été donnée comme adalantado du pays qu’il pourrait découvrir.

« Eh bien ! s’écria Fernando triomphant, vous avez sous les yeux la preuve de ce que j’ai dit. Je suis Fernando de Ulmo nommé dans cette pièce. C’est moi qui ai découvert l’île des Sept-Villes, et j’ai droit à en être adalantado d’après les termes du contrat. »

Le récit de don Fernando avait ce qu’on regarde comme la meilleure autorité historique, le témoignage des documents ; mais qu’y avait-il d’étonnant qu’un homme, qui, à la fleur de la jeunesse, parlait d’événements à la date de plus d’un siècle comme lui étant arrivés, passât pour un fou ?

Le vieux commis leva les épaules, se passa la main sur le menton, remonta sur son énorme tabouret, retira sa plume de derrière son oreille, et se remit à copier des actes dans le cinquantième volume d’une collection de gigantesques in-folios. Les autres commis échangèrent un coup d’œil malin et regagnèrent leurs différentes places. Le pauvre Fernando, ainsi abandonné à lui-même, s’élança hors du bureau la tête presque égarée par ces continuelles perplexités.

Dans le trouble de son esprit, il se dirigea instinctivement vers la demeure d’Alvarez ; mais elle lui fut fermée. Pour dissiper l’illusion qui semblait se jouer de lui, et pour le convaincre que Serafina, l’objet de sa folie, était réellement morte, on le conduisit à sa tombe. Là il vit une noble matrone sculptée en albâtre ; à côté d’elle son époux, fier cavalier couvert de son armure, et, agenouillées de chaque côté, les images d’une nombreuse progéniture. Le monument lui-même portait l’empreinte du temps ; car les mains du cavalier, qui étaient jointes comme s’il priait, avaient perdu leurs doigts, et la figure de Serafina, jadis si belle, n’avait plus de nez.

Don Fernando éprouva un mouvement passager d’indignation à la vue de cette preuve monumentale de l’inconstance de sa maîtresse ; mais comment espérer qu’une maîtresse sera fidèle pendant tout un siècle ? et quel droit avait-il de se plaindre de Serafina après ce qui s’était passé entre lui et la fille de l’alcade ? L’infortuné cavalier fit un acte de tendre dévotion ; il fit réparer par un habile statuaire le nez de Serafina, et dit adieu à ce monument.

Il ne pouvait plus désormais douter que, d’une manière ou d’une autre, il eût franchi un siècle pendant la nuit qu’il avait passée dans l’île des Sept-Villes ; et il se trouvait alors aussi complètement étranger au milieu de sa ville natale que s’il n’y eût jamais été. Mille fois il souhaita de se retrouver dans cette île merveilleuse et dans ces vieilles salles où il avait reçu un accueil si courtois ; et maintenant que Serafina, autrefois si jeune et si belle, n’était qu’une bisaïeule en marbre avec des générations de petits-neveux, il se rappela plus d’une fois les doux yeux noirs de la fille de l’alcade , qui sans doute était encore comme lui dans toute la fraîcheur de la jeunesse et nourrissait en secret le désir de le revoir.

Il aurait bien voulu entreprendre une autre expédition à ses frais pour croiser à la recherche de l’île sainte ; mais il avait épuisé toutes ses ressources. Hélas ! personne ne voulut ajouter foi à ses récits : on les regardait comme les rêves d’un naufragé. Il n’en persista pas moins dans ses efforts, tellement qu’il devint la risée de tous les esprits forts, et les enfants mêmes le poursuivaient en l’appelant l’adalantado des Sept-Villes.

Voyant que tous ses efforts n’aboutissaient à rien dans sa ville natale, il s’embarqua pour les Canaries, parce qu’elles étaient dans la latitude de son ancienne croisière, et que les habitants aimaient beaucoup à courir les aventures maritimes. Là il trouva de dociles auditeurs de ses récits ; car les vieux pilotes et les vieux marins de ce pays étaient de francs chercheurs d’îles, et croyaient dévotement à toutes les merveilles des mers. Tous regardèrent ce qui lui était arrivé comme une circonstance ordinaire, et se dirent en branlant la tête en signe d’intelligence : « Il a été à l’île de Saint-Brandan. »

Ils lui parlèrent alors de cette grande merveille, de cette énigme de l’Océan, de ses apparitions fréquentes aux yeux des habitants de leurs îles, et des nombreuses mais inutiles expéditions parties à sa recherche. Puis ils le menèrent à un promontoire d’où l’on avait le plus souvent aperçu cette île mystérieuse.

Don Fernando écoutait avec ravissement. Il ne doutait plus que ce ne fût là le port où une influence surnaturelle avait agi sur lui pour resserrer dans l’espace d’une nuit l’événement d’un siècle.

Il s’efforça, mais en vain, d’exciter les insulaires à faire une nouvelle tentative de découverte : ils avaient renoncé à l’île fantastique comme décidément inaccessible. Fernando cependant ne se laissa pas décourager. Il se rendait chaque matin au promontoire de Palma, et y restait assis d’éternelles journées, espérant toujours voir poindre à l’horizon les magiques montagnes de Saint-Brandan ; chaque soir, il revenait chez lui désappointé, mais prêt à retourner à son poste le lendemain matin.

Son assiduité fut vaine. Ses cheveux blanchirent dans cette stérile attente, et on le trouva enfin mort à son poste. On montre encore son tombeau dans l’île de Palma ; on a élevé une croix à l’endroit où il avait coutume d’aller s’asseoir et contempler la mer, dans l’espérance de voir reparaître l’île enchantée.

 

(Bentley’s Miscellany.)

 

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(1) Cette légende est de l’auteur américain Washington Irving, auteur du Sketch-book, etc.

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(Washington Irving, in Revue britannique, tome XXIII, 4° série, Paris : Aux Bureau de la revue, octobre 1839)