NEF

O vous qui flagornez les cuistres chauvineux,

O journaleux bâtards aux écrits vénéneux,

Vous êtes les roquets, les truands, les charognes,

Les scribes racolés pour d’immondes besognes !

J. H.

 

 

Ohé ! les sycophantes, les lépreux, les escarpes en rupture d’estrapades ; ohé ! les avortons, les empapaoutés, les venimeux, ohé ! ohé !

Bas le masque, nabots surgis du cloaque, famulus des bonzes frelatés, thaumaturges prévicateurs, argousins emberlificotant les ratés de l’action ; bas le masque, acrobates aplatis devant les greluchons d’une messaline au bonnet phrygien, insulaires de Tohu-Bohu ergotant pontificalement, cagoulards meuglant sur le cadavre de Marianne la sentimentale !

Épée de Damoclès, la colichemarde de César-Ramollot s’agite sanguinolente, évocatrice des surinades interlopes, tandis que le goupillon des inquisiteurs asperge les fleurs d’angoisse hululant contre les épris de Justice et de Liberté.

– Ainsi, à l’aube de l’instauration naturelle, les jocrisses tentent de rétablir le prestige d’une institution malfaisante. Toutefois, l’heure n’est plus où les pompeuses déclamations de ces temporisateurs de la cour des miracles chloroformaient leurs grabataires. En face de leur société en décomposition, ils bavent le catéchisme de la Réaction dont se recommande la majorité servile et lâche. Mais que peut cette majorité contre la Minorité-Supérieure qui a soif de lumière, et qui veut, enfin, dans un merveilleux décor œuvré par les artistes aux sublimes conceptions, les individus assis au banquet de la vie, avec, au dessert, les chantres de la Beauté entonnant des hymnes à l’Harmonie ?

En dépit de vos convulsions dernières, en dépit des ténèbres que vous projetez dans nos ciels, ô machiavéliques représentants des époques infâmes, là-haut l’étoile brille. Si vous avez encore la force brutale des pouacres gouvernementaux et populaciers, nous avons la science régénératrice des races, la science qui divinise notre lutte pour le Vrai ; nous avons le feu sacré que nulle politiquaille ne saurait éteindre !

Les pilotis sur lesquels repose votre édifice social sont pourris. Croule donc, édifice de mensonge et de servitude ; croule, entraînant dans ta chute les atroces requins qui furent tes satellites ! Allons, place aux constructeurs du Phare de Lumière et de Vérité. Les temps sont révolus. De plus, un Homme est venu rompre notre force d’inertie et tenter de secouer le joug qui nous oppressait.

Aux portes de la Négation ou non, il n’appartient plus à l’individu d’être l’inconscient instrument de la dictature. Tonitruez vos lois de répression, ô paltoquets, tonitruez dans le vacarme épouvantable que vos actes et vos attributs ont fomenté : notre voix dominera le tumulte, couvrira les hurles de vos aboyeurs que subjuguent vos rocamboles, et les paroles que nous vous aurons jetées vous courberont vers la liberté intégrale. Nous saurons vous purifier du mensonge atavique, nous saurons vous extirper à votre milieu corrompu, ô stupides victimes d’une éducation contraire à la morale philosophique. N’escomptez donc plus de malencontreuses défaillances, et si vous nous croyez des pygmées, prenez garde que ces pygmées ne soient des géants !

Prenez garde, ce ne sera point la révolution de 89 déchéant l’aristocratie du nom pour imposer celle de l’argent ; ce ne seront point ces perturbations ridicules qui tournent en eau de boudin : ce sera la révolution.

Alors, sans haine ni colère, nous vous verrons disparaître, emportés par le torrent des vomissures universelles, et même, nous vous tendrons la perche…

Et toi, l’histrion d’outre-Manche, rengaine ton sabre de carton tandis que tes bouffons, ici, dansent le menuet de la décrépitude.

 

*

 

Réduisant encore un épitomé propre à meubler un in-octavo, je liquiderai les mômeries des polyglottes vipérins, des arrivistes éhontés et des veaux tournés vers la mecque dont le nom correspond à celui d’une gazette crépusculaire (1).

Or, avant que, monoclé de dégoût, je lise au chapitre de la maritorne Thalie, malgré d’antérieures diatribes contre certains israélites, je n’insulterai pas à la déchéance sinon au martyre de l’un d’eux. Oublieux des querelles secondaires, au nom de la Vérité, je proteste contre de ténébreuses machinations. La justice des hommes est trop souvent encline à la partialité. Sans parti pris, qu’on nous prouve la scélératesse d’un émasculé du vieux monde et nous nous inclinerons. Mais le temps n’est plus où les muselières imposaient le respect des périssables verdicts.

Quant à l’opinion publique – fille de joie que convoite St-Lago – elle est chose variable. Empoisonnée par les émanations des scatographies officieuses, elle s’érige en cour suprême et pousse l’outrecuidance jusqu’à vouloir critiquer les actes de quiconque moralement lui est supérieur. Pour ce qui est de la jeunesse des écoles, je parle de cette jeunesse hongrée qui évolue autour des ploutocrates visqueux, ses dires ne sont que de cocasses vociférations. Fils de bourgeois, apprentis fonctionnaires, ah ! comme vous laissez loin ces nobles jeunes gens pour qui la route du Savoir est le chemin de croix qu’ils gravissent courageusement ! Et toi, presse immonde, asservie, lupanar où des alphonses se contorsionnent devant le veau d’or, temple de la débauche où les bacchantes de la plume font appel au portefeuille secret, ah ! presse atroce, comme nous t’exécrons…

Cependant, en adressant un sympathique hommage aux journaux d’avant-garde qui flagellent les mercenaires officiels et tiennent tête aux alcooliques, je constate avec mélancolie le mutisme des cocos qui paradèrent au seuil du théâtre social.

 

(1) La Patrie.

 

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(Jules Heyne, La Revue rouge de Littérature et d’Art, Paris : avril 1898)