CHAT
 
 
Il existe un être hideux,
Infâme, cruel, ridicule,
Teigneux, pouilleux, galeux, miteux,
Qu’aucune honte ne macule.
Ce gueux exerce sans scrupule
L’art de fabriquer des castrats
Et gueule avec sa mandibule :
– Tonds les chiens et coupe les chats !
 
 
Son inventeur libidineux,
Monsieur Prud’homme qui copule,
Évitant d’être populeux,
Trouve le chat trop noctambule ;
Pour que sa race ne pullule
Et mettre un frein à ses ébats,
Il le livre à ce barbacule :
– Tonds les chiens et coupe les chats !
 
 
L’homme au schako jaune merdeux,
Cloaque où fleurit la pustule,
Ivrogne suinteux et bulbeux,
S’empare de l’animalcule
Et, sans lui dorer la pilule,
Ce plus lâche des scélérats
Le prend, le trousse et l’émascule :
– Tonds les chiens et coupe les chats !
 
 

ENVOI
 
 
Matou, la moindre particule
Vaut mieux que tous les célibats ;
Détale au cri de la crapule :
– Tonds les chiens et coupe les chats !
 
 

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(Raoul Gineste, Chattes et Chats, poésies, Paris : Ernest Flammarion, 1892)