Nous avons déjà eu l’occasion, dans La Porte ouverte, de publier un certain nombre d’anecdotes concernant Gérard de Nerval, plus rarement quelques textes comme « Les Noces du Sire de Gaven, » « La Centauresse, » ou encore « L’Alouette de Rossberg, » dont le poète aurait été, sinon le narrateur, du moins le principal protagoniste. Si les légendes nervaliennes sont légion, il est moins courant de croiser des poèmes qui lui soient attribués ; c’est pourtant le cas d’un curieux sonnet, intitulé « Nox, » qui est paru dans les colonnes du journal satirique La Lune en novembre 1865, une dizaine d’années après la mort de Nerval.

L’emploi de vers hexasyllabiques est peu fréquent chez Nerval et le sonnet peut paraître un peu faible ; quoi qu’il en soit, – véritable inédit, ou simple pastiche et mystification posthume, – il nous a semblé assez intéressant pour le reproduire ici.
 
 
NOX NERVAL1
 

Ce poème n’a d’ailleurs pas manqué de retenir l’attention d’un autre poète et fin lettré, François Fertiault. En bibliophile avisé, il l’a inclus dans le troisième article des « Sonnets inattendus, » paru dans La Revue générale littéraire, politique et artistique, huitième année, n° 163, 15 août 1890, avant de le reprendre en volume dans son recueil Drames et cancans du livre : nouvelles et anecdotes, Paris : Alphonse Lemerre, 1900.
 

« Un autre poète, esprit charmant mais chagrin, et dont la fin lugubre a impressionné tout le monde des lettres, a laissé, dans notre monde favori, une plainte qui ne figure point parmi ses poésies complètes.

La « Lune, » dans son numéro de novembre 1862 (sic), l’imprime en la faisant précéder de ces lignes :
 

C’est un sonnet !

Oui, mais un bon sonnet inédit, sonnet inconnu de ce fou mélancolique que nous aimions tous, Gérard de Nerval.

Nous vous l’offrons, prêts à vous en montrer l’autographe bien et dûment signé, si, malgré le cachet dont il est empreint, vous doutiez de son authenticité.

Voici la bonne fortune :
 
 

NOX

 
 

À la vieille paroisse

Minuit vient de sonner ;

J’entends l’air frissonner

Dans les feuilles qu’il froisse.
 

Il semble qu’aujourd’hui

Le ciel double son voile :

Aucune blonde étoile

N’a, ce soir, encore lui.
 

Quel temps ! pas une lame

N’éparpille, ce soir,

Son aigrette de flamme…
 

Mais si l’on pouvait voir

Tout au fond de mon âme,

Il y fait bien plus noir !
 

                                                               GÉRARD DE NERVAL.
 
 

Le sonnet est irrégulier ; mais glissons sur la disparité des rimes dans les deux quatrains, et tenons-nous-en seulement à la tristesse exprimée. N’y a-t-il pas là comme un pressentiment du sombre drame qui devait se terminer (1855) aux froids barreaux de la rue de la Lanterne ? »
 
 
 
NERVAL NOX TITRE