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“Astronautique”

 

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« Un temps viendra où des escadres iront de planète en planète. »

Ainsi parle M. J.-H. Rosny aîné dans son dernier roman : Les Navigateurs de l’Infini.

De grands savants, comme M. Jean Perrin, prix Nobel de physique ; le général Ferrié, de l’Institut ; M. Fichot, président de la Société Astronomique de France, et l’un des précurseurs de l’aviation, l’inventeur Robert Esnault-Pelterie, sont bien près de la considérer comme prophétique.

Ils viennent de créer, à la Société Astronomique de France, un prix de 5.000 francs qui sera décerné, tous les ans, au mois de juin, au technicien dont les travaux auront contribué au développement de l’Astronautique.

L’Astronautique, c’est la science de la navigation interplanétaire, et même intersidérale.

M. J.-H. Rosny aîné, qui a trouvé son nom à cette nouvelle science, a foi dans sa filleule.

« La traversée Paris-Mars ? nous dit-il. Hélas ! nous ne verrons pas ça. Mais nos arrière-petits-enfants, pourquoi pas ?

L’exploit mythologique d’Icare, qui, il y a cent ans, eût pensé qu’il pût être un jour réalisé ?

Et la Radiophonie ? Et toutes les autres découvertes qui ont bouleversé ceux qui les ont vu éclore et dont les écoliers considèrent, maintenant, les applications comme toutes naturelles ?

– Avant d’envoyer des explorateurs dans un astre voisin, je crois qu’on cherchera à construire un appareil enregistreur capable d’explorer les limites de la couche atmosphérique.

– Oui. J’ai lu – sans l’avoir vérifié – qu’on avait déjà trouvé le moyen de diriger, du sol, un avion qui circule dans les airs.

On peut imaginer un appareil qu’on promènerait ainsi dans le ciel.

Ah ! poursuit le président de l’Académie Goncourt, cette curiosité des mondes qui nous entourent, comme je la comprends.

– Vous la partagez. Je me souviens de ces êtres que vos Navigateurs rencontrent sur Mars : ces lanières vivantes que sont vos Zoomorphes ; les Éthéraux, colonnes mouvantes, âmes lumineuses, et les Tripèdes, plus près de nous, malgré leurs trois jambes et leurs six yeux.

– Hélas, pures créatures d’imagination. Les écrivains sont encore seuls capables de décrire ces êtres possibles et inconnus. Mais n’est-ce pas beaucoup que les scientifiques s’intéressent à nos rêves ? »

Le puissant romancier s’est tu. Sous les sourcils noirs et touffus, son regard semble suivre « un vaisseau aérien voguant dans la nuit éternelle, à travers l’étendue morte, où les astres ne sont que de monotones points de feu… »
 
 

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(Jean Saint-Guy, in L’Intransigeant, quarante-neuvième année, n° 17643, mercredi 28 février 1928. Illustration extraite de Yambo, Gli esploratori dell’infinito. Racconto fantastico, Roma : Scotti, 1906)