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Cette Introduction n’étant autre chose, en quelque sorte, qu’une Table des Matières, l’Auteur a dû forcément se borner, en beaucoup de points, à une simple énonciation de certaines opinions qui, présentées ainsi, sans les développements destinés à les compléter, pourraient paraître, relativement aux faits des traditions sacrées, comme n’étant pas assez explicites, au point de vue chrétien. Aussi croit-il devoir protester à l’avance contre toute interprétation prématurée qui, partant de données évidemment insuffisantes, tendrait à le faire apparaître autre que ce qu’il est, – profondément soumis à toutes les croyances, à tous les enseignements de la sainte Église catholique.
 
 

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INTRODUCTION

 
 

SOMMAIRE. – Exposé de quelques-unes des matières traitées dans ces Aperçus, et du but principal que l’auteur s’est proposé, lequel est d’établir :
 
 

Que les premiers hommes, prenant le tonnerre pour une voix divine, et comparant ses bruits à certains cris d’animaux, prêtèrent à l’ÊTRE-TONNANT, invisible, inconnu, un corps en rapport avec ses accents, notamment le corps du Chien, le plus remarquable des animaux par son instinct, dont les effets prodigieux ont été parfois attribués à des Puissances surnaturelles, et, jadis, par sa force, qui paraît avoir surpassé celle du Lion ; concevant l’Être-Tonnant, Génie du Bien, à l’image du Chien, commensal, ami et Protecteur de l’Homme, et l’Être-Tonnant, Génie du Mal, à l’image du Loup, Chien sauvage, antagoniste du Chien, ennemi de l’Homme ; et donnant à l’un et à l’autre, non pas les formes réelles de ces animaux, mais les formes fantastiques d’un être fabuleux, imaginaire, Chien-Dragon, Loup-Dragon, et plus tard Chien-Homme, Loup-Homme, c’est-à-dire Homme à tête de Chien ou de Loup ;
 

Qu’ils honorèrent, sans les adorer, tous les animaux dont la voix leur parut offrir une analogie avec celle de l’ÊTRE-TONNANT ;
 

Qu’ils analysèrent les différents bruits du Tonnerre avec un respect superstitieux, et les reproduisirent dans leur langage, les appliquant, en premier lieu, à la dénomination de l’Être-Tonnant, dieu et démon, au Soleil et à la Lune envisagés comme Êtres divins, puis aux Êtres puissants et forts, et aux choses représentant force et puissance ou quelque autre idée en rapport avec les idées qui ressortent du bruit et des effets du tonnerre ;
 

Qu’ils procédèrent de la même façon à l’égard des divers accents du Chien, Représentant vénéré de l’Être-Tonnant Roi des Cieux, sous le nom du GRAND-CHIEN ; Roi des Enfers, sous le mythe mystérieux et incompris d’un immense Chien à trois têtes; Roi de la Terre, Bienfaiteur de l’Humanité, Législateur-Civilisateur suprême, sous la figure d’un Homme-Dieu à tête de Chien, THOTH-HERMÈS-ANUBIS OU MERCURE, en qui l’on doit voir une personnification idéale et païenne, avant le temps, de l’Homme-Dieu annoncé dès l’origine du monde, par Dieu lui-même ; Père des dieux et des hommes, Père de la nature entière, sous le nom oriental du dieu Saturne, Kiun, Kyôn, nom grec du Chien, duquel Plutarque tire le grec Kyein, engendrer ;
 

En résumé,
 

Que de la similitude entre les bruits du Tonnerre et les cris de certains animaux est venu le culte des Animaux ;
 

Que les mots les plus importants et les principales racines du langage universel sont une reproduction des bruits du Tonnerre et des accents du Chien, Représentant de l’Être-Tonnant,
 

Et que les preuves de ce grand fait historique, dont l’origine remonte évidemment aux temps primitifs, se retrouvent dans toutes les contrées du globe, nombreuses, patentes, identiques.
 

D’où l’on devra conclure, entre autres choses, qu’il n’y a point de nation qui puisse être dite exclusivement primitive, en raison de sa langue, vu que les langues, tant mortes que vivantes, du Nouveau comme de l’Ancien Continent, présentent toutes un grand nombre de mots primitifs qui ont conservé leur cachet originaire indiquant une incontestable fraternité, soit par la double analogie de la forme et de la signification, soit par une analogie de signification avec des formes dont la différence, si grande qu’elle soit en apparence, permet cependant de remonter à la pensée commune qui leur a donné naissance ;
 

Comme, par exemple, les mots don, doun, et her, er, très dissemblables entre eux, mais ayant l’un et l’autre la signification universelle de Dieu, Seigneur, Chef, Maître, etc., parce qu’ils sont des onomatopées des bruits du Tonnerre (donn-er, en allemand), tonnnn-errrrrre, donnnn-errrrrrre ;
 

Comme encore les mots kir, sir, et ab, aba, abo, abou, abbé, etc., signifiant par toute la terre, Dieu, Seigneur, Chef, Maître, Père, etc., parce que kir, sir est l’une des plus anciennes formes du nom du Chien dans les deux hémisphères, et de l’astre-Chien, Siri-us, et que les mots ab, aba, abo, abou, abbé, etc., sont des onomatopées de l’aboi du Chien, remarquables dans le nom du dieu-Chien des Égyptiens, Anbô, comme dans celui du Chien à Madagascar, Amboua, et dans l’un des noms arabes de l’Étoile du Chien, al-abour, c’est-à-dire le-aboyant ;
 

De façon que les mots don et her, sir et abou, si dissemblables par la forme, sont parfaitement identiques au fond, et sortent évidemment de la même pensée, pensée de respectueuse vénération tant pour les accents de l’ÊTRE-TONNANT que pour ceux du Chien, et pour le Chien lui-même, Représentant, Ministre de l’ÊTRE-TONNANT.
 
 
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(Anonyme [Le Quen d’Entremeuse], Sirius, Aperçus nouveaux sur l’origine de l’idolâtrie, Paris : À la librairie Archéologique de Victor Didron, 1852)