Après tant de réalisations spectaculaires, la science soviétique commencerait-elle à se sentir un peu trop étroitement corsetée dans la gravité, pour ne pas dire la solennité académique, et chercherait-elle un peu de relaxation dans un certain sensationnalisme plutôt, disons… romantique ? On peut se le demander devant les informations et théories audacieuses que divers savants russes, et non des moindres, n’ont pas hésité à avancer depuis ces dernières années.

Après les salamandres revenues à la vie au bout de 5000 ans de congélation dans la Taïga glacée de Sibérie, le bloc de glace tombé de l’espace et qui ne fond pas, le semi-conducteur qui débite plus d’énergie qu’on ne lui en fournit, nous avons eu tout dernièrement la tentative de communication, par faisceau-laser, des habitants de l’étoile 61 du Cygne qui aurait causé de sérieux dégâts dans la Toungousska, en 1908…

Les visites d’extraterrestres semblent particulièrement chatouiller leur veine scientifictionnelle : après le calendrier vénusien de Tia Huanaco, les aires d’atterrissage de vaisseaux de l’espace à Baalbeck, c’est le distingué M. Alexandre Kazantzev qui déclare que les Martiens ont débarqué au Sahara au temps où le désert était un éden verdoyant…

Il s’appuie pour cela sur les pétroglyphes découverts en 1933 au Tassili des Adjers. Rappelons que le lieutenant Brenans des méharistes, étant en mission de police dans cette région de collines de grès rocheux, eut la surprise de remarquer toute une succession d’extraordinaires frises gravées sur des pans de roc verticaux. Des dessins d’éléphants, rhinocéros, hippopotames, girafes, buffles, antilopes, et autres herbivores, au beau milieu du désert de la soif ! Et en compagnie d’étranges figures humaines. Il en fit quelques croquis qu’il envoya à Paris…

Lorsque le professeur Henri Lhote eut connaissance de l’existence de ces dessins, il décida de se rendre sur place pour les étudier. Il poursuivit ses investigations, suspendues à plusieurs reprises par suite de la difficulté des communications ou de l’urgence d’autres travaux ; jusqu’à ce qu’elles dussent être complètement interrompues pendant la guerre de 1939-45. Ce ne fut ensuite qu’en 1954 que le professeur Lhote rencontra à nouveau le lieutenant méhariste, devenu entre-temps le colonel Brenans. Tous les arrangements auraient été pris pour organiser une nouvelle expédition lorsque le colonel Brenans mourut subitement d’une crise cardiaque. L’expédition ne put finalement partir pour le Tassili qu’en 1956, et devait en ramener la révélation de toute une prodigieuse documentation iconographique qui n’a pas cessé de faire l’objet des interprétations les plus passionnantes et quelquefois les plus inattendues.

Notamment les énigmatiques figures humaines comme le « grand dieu martien » de Jabarran – parmi une série de figures dont la « Tête » ronde ressemble au casque d’un scaphandre – ou le « Grand dieu » accompagné de femmes « martiennes » à Sefar, ainsi que des figures bizarres de « Martiens » portant des sortes d’« antennes paraboliques » au-dessus de leurs casques, ont suscité pas mal de controverses.

« Quelle fantaisie d’un artiste antique a pu produire une figure telle que celle du grand dieu Martien de Jabarran, un mot qui signifie « la vallée des géants » ? souligne Alexandre Kazantzev. J’ai montré cette image à Youri Gagarine qui a convenu qu’elle ressemblait à un scaphandre spatial… »

Et le professeur russe estime que ces figures représentent des astronautes extraterrestres, revêtus de leurs scaphandres spatiaux. On peut admettre, en effet, que ces dessins offrent une ressemblance troublante avec la représentation populaire des astronautes actuels – ou ceux de la science-fiction.

Un examen plus approfondi du dessin révèle des caractéristiques remarquables. Les fixations du casque indiqueraient que la pression intérieure et la pression extérieure sont différentes. Au-dessous de celles-ci, se trouvent deux ouvertures, évidemment des « trous d’yeux, » et l’artiste a soigneusement tenté de rendre l’épaisseur du casque en perspective. Plus bas, on voit les plis horizontaux du col hermétique du casque en perspective. Plus bas, on voit les plis horizontaux de la combinaison ample, et évidemment étanche.

Kazantzev n’essaie pas d’estimer la date de ce débarquement de Martiens au Sahara. Nous n’avons d’ailleurs actuellement aucun moyen de « dater » les pétroglyphes. Le fait qu’une figure soit superposée à une autre indique simplement leur succession, mais n’apporte pas d’indication de temps. Le professeur Lhote supposait que leur ancienneté pouvait remonter « raisonnablement » au huitième millénaire avant notre ère.

Toutefois, l’hypothèse de Kazantzev n’est guère soutenue par les spécialistes. Ils font particulièrement remarquer qu’il est très étonnant qu’on ne semble pas avoir retrouvé, en Afrique du nord, de légendes qui auraient pu être considérées comme l’écho lointain, le « souvenir racial » de ce débarquement d’il y a dix mille ans.

Un autre Russe, Youri G. Reshtov, propose même une explication plus « banale, » le « casque martien » ne serait en réalité qu’une coiffure faite d’une citrouille comme on en porterait encore actuellement dans de nombreuses cérémonies africaines. De même, on y rencontrerait également des ornements en forme d’« antennes paraboliques »…

Le professeur Henri Lhote ne voyait, pour sa part, dans ces figures fantastiques, que des déformations – des extravagances – marquant la décadence d’un art extraordinaire encore inexpliqué.

La controverse reste ouverte.
 
 

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(Georges H. Gallet, « Affirmation d’un savant russe : des Martiens au Sahara !… » in Feuille d’Avis du Valais et journal de Sion, quotidien indépendant, soixante-deuxième année, n° 92, mercredi 22 avril 1964)

 
 
 

Quelques fresques et pétroglyphes du Tassili

 

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