« L’éléphant est un animal qui mange avec sa queue. »

MARK TWAIN

 
 

Il n’est pas douteux que l’éléphant ne soit le plus volumineux de tous les animaux domestiques ; – et c’est de là que lui est venu son nom.

On sait, en effet, que cet animal se développe sur les bords des fleuves chauds, et que les nègres dégénérés lui rendent les honneurs divins. – L’éléphant a une vive sympathie pour les soldats, les bonnes d’enfants et autres objets comestibles.

C’est pour cela que l’on place auprès de son habitation quelques palmiers ou autres arbres qui lui rappellent son pays natal.

On a vu plusieurs d’entre eux, transportés au loin, frappés subitement d’une paralysie des cheveux amenée par nostalgie. Le meilleur traitement, dans ce cas, consiste à prendre la peau de l’animal pour en faire de menus objets, porte-monnaie, porte-carte en peau de crocodile.

On rencontre peu d’éléphants dans les rues de Paris. Également en voit-on très peu, à la suite d’un violent désespoir d’amour, se précipiter dans la Seine, du haut du pont des Arts, par une brumeuse nuit de novembre, pour fournir un fait-divers aux journaux d’information.

Il est en outre fort rare de voir un de ces respectables animaux, au moment de mourir, recommander à son meilleur ami de répondre aux quelques tailleurs porteurs de notes posthumes, – qu’il est mort depuis onze jours, sans laisser de parents responsables.

L’éléphant est un animal capable de grands dévouements. Personne n’a oublié la tentative, infructueuse du reste, qui fut faite, pendant le siège de Paris, de l’emploi des éléphants du Jardin d’Acclimatation pour la direction des ballons.

L’éléphant ne se reproduit pas en captivité. On a vu de ces animaux observer le célibat le plus rigoureux pendant plusieurs générations.

L’éléphant est un animal de mœurs paisibles et douces. – La preuve, c’est qu’on dit toujours « paisible et doux – comme un éléphant. » – Or, « l’éléphant » est précisément un animal de mœurs paisibles et douces.
 
 

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(Gabriel de Lautrec, « Curiosités scientifiques, » in Le Diable au corps, n° 28, dimanche 23 juillet 1893 ; repris dans Fin de siècle, grand journal littéraire & illustré, n° 324, dimanche 8 avril 1894 ; Le Supplément, grand journal littéraire illustré, quatorzième année, n° 1306, 28 décembre 1897 ; Cocorico, deuxième année, n° 17, 5 septembre 1899 ; « Les Choses en riant : La Science pour tous, » anonyme, dans L’Humanité, journal socialiste, dixième année, n° 3388, dimanche 27 juillet 1913)