Le cerveau est un assemblage de peuples.

   Tous corps quelconques modifient leurs structures ou leurs configurations suivant leurs nouveaux besoins, leurs nouveaux mouvements.

   Il y a cinq mille siècles, peut-être cinq cent mille, un galet fut projeté loin de sa grève par une mer agitée.

   Il croupit quelques milliers d’années parmi des terreaux humides.

   Il se crevassa, il se creusa peu à peu sous la chute de gouttelettes marines égarées.

   En ses parois poreuses, se réfugièrent pendant longtemps des atomes cervicaux échappés de corps morts.

   Des milliards de peuples animalcules y vécurent d’abord en désaccord, puis fusionnèrent dans la suite.

   Au fond de cette sébille, une sorte de marais minuscule, glauque et stagnant, se formait.

   Sous sa surface légèrement durcifiée, une matière gluante se déplaçait lentement, quoique les mouvements des animalcules qui la composaient fussent d’une rapidité inimaginable.

   C’était un cerveau.

   Cet amas ténu de matière malléable vivait déjà, il pensait, il aspirait à se mouvoir, et cette aspiration première provenait d’une forte modification et d’un grand changement d’existence chez les milliards de peuples moléculaires qui le composaient.

   Sous la poussée incessante de ses désirs, provoqués par des fluides ambiants ou de passage, des fibres se formèrent.

   Des anneaux succédèrent ; le cerveau se prolongeait !

   Des muscles succédèrent, le cerveau rampait !!

   Des membres succédèrent, le cerveau marchait !!!

   Ecce homo !

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(G. Vertue, L’Humanité chez Elle… et chez Dieu, s.l., 1902)