À la fin du XVIII° siècle, quelques années avant le Révolution française, la découverte du ballon aérostatique rencontra un vif succès auprès du public et suscita un engouement assez extraordinaire. À en croire l’auteur de l’Histoire du ballon de Lyon (1), l’aéromanie faisait alors fureur. « Les orfèvres font des globes pour les oreilles et le cou des belles ; les directeurs des spectacles forains ont commandé des parades sur le globe, les chansonniers le chantent, les journaux en vivent, les amateurs lancent chez eux des globes petits, moyens ou grands, suivant leurs facultés et les marchands en vendent de toutes les mesures. »

Un grand nombre de produits dérivés témoignent d’ailleurs de cet attrait pour l’avènement des premiers aérostats : on fabrique des médailles, des boîtes, des tabatières, des pendules, des bougeoirs, voire des lustres et des meubles au motif du ballon volant, auxquels s’ajoutent bientôt des accessoires de mode et de toilette : bijoux, éventails, robes, coiffures et chapeaux à la Montgolfier ; sans parler d’une abondante production artistique et littéraire : almanachs, gravures, chansons et estampes satiriques, poèmes de circonstance, pièces de théâtre aux titres évocateurs, comme Le naufrage d’Arlequin pilote du vaisseau volant, Le Ballon ou la Physicomanie, ou encore Guillot, physicien, ou la chute du globe volant.

Parmi les innombrables articles relatant les premières expériences aérostatiques, une annonce parue dans les colonnes du Journal de Paris, le 3 octobre 1783, devait connaître un franc succès et faire les beaux jours des marchands d’estampe :
 
 
 

VARIÉTÉ.

 

Aux Auteurs du Journal.

 

MESSIEURS,
 

Permettez que je me serve de la voie de votre journal, pour demander à l’univers des nouvelles de mon pauvre oncle le physicien, que nous avons eu le malheur de perdre avant-hier sur les neuf heures du matin. Occupé, comme tous les gens de ce métier-là, de cette maudite invention de ballon aérostatique, dont Dieu veuille confondre les auteurs, sa gouvernante et moi étions sans cesse à lui dire : « À quoi cela sert-il ? laissez là toutes ces inventions nouvelles, il y longtemps que tout est dit… Les novateurs et les nouveautés sont toujours dangereuses… Tous ces gens qui vont fouiller où ils n’ont que faire, font toujours une mauvaise fin ; » enfin tout ce que les personnes sensées disent comme nous, tout ça n’a servi de rien ; après nous avoir répété cent fois que «  nous ne voyions pas plus loin que le bout de notre nez, que tout ce que nous admirions avait eu un commencement, que les portraits à la silhouette avaient mené aux tableaux de Raphaël, les pierres d’aimant en Amérique, un arbre creusé à un vaisseau de 110 canons ; » il finissait toujours par nous fermer la bouche, à Jeanneton et à moi ; car dans le fond mon oncle avait des travers, mais n’était pas tout à fait un fou. Enfin, ce que nous lui avions prédit est arrivé à l’heure que nous y pensions le moins. Vendredi matin, jour que j’ai toujours remarqué, de père en fils, être malheureux, mon oncle se leva plus tôt que de coutume, afin, disait-il, de faire de l’air inflammable pour un ballon de sa composition ; nous avons conjecturé ensuite que, pour l’emplir avec plus d’aisance, il avait imaginé d’injecter son air avec les deux seringues que nous avons toujours eu à la maison ; malheureusement, après les avoir remplies, un de ses amis, physicien comme lui, arrive pour déjeuner. Ils prirent ensemble du café au lait, parce que mon oncle l’aimait beaucoup ; voilà-t-il pas que ce maudit homme se prend tout d’un coup de querelle avec mon oncle ; les gros mots vont leur train, si bien que si nous ne l’eussions mis à la porte, Jeanneton et moi, je ne sais ce qui serait arrivé ; mais le mal était fait ; la colère avait fait fermenter le café dans l’estomac de mon pauvre oncle ; le lait s’aigrit et se tourne ; mon oncle se plaint du ventre, et éprouve une colique violente, suivie d’une syncope qui le fait tomber sans connaissance. Jeanneton et moi, tout hors de nous-mêmes, le portons sur son lit, lui chauffons des serviettes, lui frottons les tempes d’eau de Cologne ; et, trouvant sous notre main les deux malheureuses seringues remplies, nous nous hâtons de le mettre en posture de recevoir les remèdes usités pour les coliques, et lui administrons les deux seringues l’une après l’autre. Déjà la première avait assez bien réussi ; et nous espérions un plein succès de la seconde, lorsqu’à notre épouvantable surprise, à peine était-elle à moitié vide que mon oncle, dont le ventre enflait à vue d’œil, nous échappe tout à coup des mains, s’élève au plancher, fait deux ou trois tours en l’air, et enfilant la fenêtre que nous avions imprudemment laissée ouverte, s’envole comme un oiseau, jusqu’à ce que nous le perdîmes de vue, et laisse Jeanneton évanouie et moi tombé à la renverse, un de ses souliers à la main, qui m’était resté en voulant le rattraper par le pied ; je fis sur-le-champ revenir Jeanneton, et de concert nous courûmes à toutes jambes sur le chemin qu’il avait pris : hélas ! après avoir galopé toute la journée, nous avons eu la douleur de ne rapporter que son bonnet de nuit que nous ramassâmes sur la route de Normandie. Un chasse-marée de notre connaissance dit qu’on a trouvé sa perruque à Rouen. Jugez, Messieurs, de l’inquiétude et de la situation d’un neveu qui a des entrailles, dont l’oncle est peut-être occupé actuellement à caracoler dans le firmament, la culotte sur les talons. Daignez entrer dans mes peines et rendre ma lettre publique, pour que, si mon oncle tombait sous la main de quelqu’un, on voulût bien nous le renvoyer tel qu’il sera par la première occasion. Voici son signalement : il est petit, le corps maigre, la tête grosse, le front large, la bouche grande, le nez épaté, les épaules rondes et les emboîtures fortes. Il avait, le jour de son malheureux accident, une robe de chambre d’ancien damas couleur de rose sèche, une culotte de velours cannelle et des bas gris ; il n’a qu’un soulier, attaché d’une petite boucle de jarretières d’argent, l’autre m’étant resté dans la main, comme je vous l’ai dit. Mon adresse est à M. Borné, rue Neuve St. Marceau.

J’ai l’honneur d’être, &c.

 

Ce dimanche 28 septembre.

 

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(in Journal de Paris, n° 276, vendredi 3 octobre 1783, de la lune le 8)

 
HAEROB
 

Cette facétie « aéro-scatologique » fut reprise dans plusieurs journaux (2), occasionnant parfois des réponses tout aussi burlesques, ainsi qu’on pourra s’en convaincre à la lecture des Annonces et affiches de la province du Poitou.
 
HAEROC

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Lettre à l’Auteur des Affiches.

 
 

Poitiers, 29 octobre.

 

La peine où me paraît être M. Borné, pour avoir des nouvelles de son cher oncle le physicien, ainsi que vous l’annoncez dans votre feuille 16 du mois dernier, n° 42, m’engage, M., à vous faire passer la lettre que m’a écrite le syndic de Viviers, près cette ville ; cette lettre est des plus authentiques, puisqu’il a eu l’attention de la faire signer par quatre personnes témoins du fait singulier qu’il m’annonce.

Je ne changerai rien au style de sa lettre ; je vous l’envoie in puris naturalibus, et espère que vous voudrez bien l’insérer dans votre plus prochaine feuille.
 

Vous, M., qui savez expliquer tout pour le moins, vous serez peut-être surpris de la chose que j’ai à vous annoncer, et je vous avoue que moi qui l’ai vue, je n’y entends rien, pas plus que dans le grec ; mais enfin, voilà ce que c’est. J’étais dans une plaine fort élevée au-dessus d’un vallon, avec les quatre hommes ci-dessous ; nous nous promenions tranquillement la parole à la bouche ; tout à coup nous vîmes en l’air quelque chose qui disputait ou qui paraissait disputer contre le vent ; après deux ou trois minutes de combat, il s’abaissa lentement vers nous comme s’il eût nagé ; on aurait dit que c’était une grosse plume qui tombait ; une secousse d’air l’éloigna de dessus nos têtes et le porta au-dessus de deux dames qui étaient à deux cents pas de nous. Il y en eut une qui s’écria en disant : « Maman, c’est une comète ; » ce quelque chose baissait toujours continuellement et semblait ne le vouloir pas ; nous étions curieux de savoir ce que c’était, et en conséquence nous allâmes vers les deux dames ci-dessus. En approchant d’elles, nous distinguâmes tous très distinctement un être fait comme nous, mais qui n’était pas habillé de même ; je fus le premier qui le touchai ; les deux dames dont j’ai parlé avant tout à l’heure furent scandalisées de la manière dont il portait ses culottes ; il les avait en effet sur ses talons, et son derrière, parlant par respect, était tout à découvert : nos dames s’éloignèrent par décence, et nous autres hommes nous restâmes par courage. Je saisis les culottes de ce personnage ; mes camarades se joignirent à moi, et nous fîmes si bien que lesdites culottes nous restèrent dans les mains ; mais l’homme nous échappa en faisant le plus terrible pet que j’aie jamais entendu de ma vie, et dans ce moment-là il me tomba quelque chose sur le nez que je reconnus être une canule de seringue. Pour revenir à notre homme, il s’éleva dans les airs avec la rapidité d’une fusée. En volant au-dessus de la Vienne, il a laissé tomber un soulier, et je crois qu’il ne pouvait en perdre qu’un, car il n’en avait pas deux : il avait une espèce de robe de femme de couleur de bois, des bas gris ; quant à ses culottes, elles sont de velours de marron. Je trouvai dans ses goussets un billet sur lequel il y avait : Quand la tête devrait m’en tourner, je veux trouver le secret de voyager dans l’air comme dans un grand chemin. Voilà, M., la singularité dont j’ai été témoin, et pour n’être pas regardé comme un visionnaire, je fais signer ces lignes par les quatre hommes qui ont vu avec moi.

J’ai l’honneur d’être, &c.

J. LEBON, syndic de Viviers, P. COTTON, C. BRISETOUT, L. PATER, M. SEMPER. À Viviers, le 23 oct.1783.

Je crois, M., que c’est là l’oncle de M. Borné ; il faut qu’il se donne la peine de voir s’il manque une canule à ses seringues. Je désire de tout mon cœur que cette épitre soulage son inquiétude.

J’ai l’honneur d’être, &c.
 

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(in Annonces, affiches, nouvelles et avis divers de la province du Poitou ; apanage de Monseigneur, Comte d’Artois, n° 45, jeudi 6 novembre 1783)

 
HAEROE

HAEROF
 

En réalité, la lettre fantaisiste du Journal de Paris était vraisemblablement une annonce pour une comédie théâtrale, intitulée Les Dangers de la physique ou l’oncle envolé, parade en un acte, en prose, dont la première représentation fut donnée au théâtre de l’Ambigu-comique dès le 15 octobre 1783 (annonce du Journal de Paris, n° 288).

L’auteur n’en était pas Audinot, comme on le verra annoncé à tort dans l’une des estampes ci-dessous, mais un certain N. Dorvigny, homme de lettres à Paris, « acteur et auteur comique des plus féconds, né vers 1733, [qui] passait pour être un des nombreux enfants naturels que Louis XV avait procréés dans le Parc-aux Cerfs. » (3)

La pièce remporta un vif succès, puisque ses représentations se prolongèrent jusqu’au mercredi 17 mars 1784 (Journal de Paris, n° 77), et qu’elle eut même les honneurs d’une traduction en allemand.

Elle succédait, sur la scène de l’Ambigu, à une autre comédie dans « l’air du temps » : Gilles et Crispin mécaniciens ou l’Aérostatimanie, parade en un acte, qui n’avait pas connu la même réussite, puisqu’elle n’était restée à l’affiche que deux jours, le 30 septembre et le 1er octobre 1783.

Quoi qu’il en soit, le succès de L’Oncle envolé trouva rapidement un écho auprès des chansonniers avec la « Romance du neveu Borné sur son oncle envolé » ; il fit surtout le bonheur des marchands d’estampes, avec plusieurs séries de gravures satiriques mettant en scène soit l’envol de l’Oncle physicien, soit son retour burlesque ou triomphal. Il donna même lieu, l’année suivante, à un pamplet de Jacques-Antoine Dulaure, Le Retour de mon pauvre oncle ou relation de son voyage dans la lune écrite par lui-même et mise au jour par son cher neveu, que nous signalons à l’attention des amateurs d’utopie ancienne.

Ce sont ces documents que nous vous présentons aujourd’hui, avec quelques-unes des légendes qui les accompagnent. Les esprits curieux pourront se rendre sur le site de Gallica pour prendre des nouvelles de « l’homme volant, » et même y consulter avec profit le catalogue de la collection Tissandier, décrite dans le tome III du Bulletin des beaux-arts de 1886, référence indispensable pour qui s’intéresse aux gravures aérostatiques.
 

MONSIEUR N

 
 
 

LE DÉPART DE MON ONCLE

 

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Un physicien, ayant construit un ballon, employa pour le remplir d’air inflammable deux seringues ordinaires. Surpris d’une colique à la suite d’une dispute qu’il avait eue avec un de ses amis aussi physicien, on lui fit prendre pour le guérir de l’eau de Cologne qui ne fit pas l’effet qu’on en devait attendre. Son neveu et la gouvernante résolurent de lui donner des lavements, et se servirent des seringues qui lui injectèrent l’air inflammable dont elles étaient remplies. Son ventre aussitôt s’enfla. Il fit plusieurs sauts dans sa chambre et finit par enfiler la fenêtre, la culotte sur les talons. On le perdit bientôt de vue ; son bonnet a été trouvé à quelques lieues de Paris, et des chasse-marée ont rapporté que sa perruque était tombée à Rouen. On peut croire qu’il est à présent à caracoler vers le firmament sans qu’on puisse avoir nouvelle de lui. Ce fait a été annoncé dans le Journal de Paris du 3 octobre 1783, afin que si on le rencontre à l’endroit de sa chute, on le renvoie par la première occasion à M. Borné son neveu, rue Neuve Saint-Marceau. Sa taille est petite, il est maigre, la tête et les épaules larges, les emboîtures fortes ; son habillement est une robe de chambre d’ancien damas couleur de rose sèche, culotte de velours cannelle, des bas gris ; il n’a qu’un soulier attaché d’une petite boucle d’argent à jarretière.
 
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Extrait de la lettre de M. Borné, qui se trouve dans le Journal de Paris, du vendredi 3 octobre 1783.

 
 

MESSIEURS,
 

Permettez que je me serve de votre journal pour demander à l’univers des nouvelles de mon pauvre oncle le physicien, que nous avons perdu avant-hier au matin, occupé, comme tant d’autres de ces maudits ballons, dont Dieu veuille confondre l’invention. Jeanneton, sa gouvernante et moi ne cessions de lui dire : « Gare à vous ! les novateurs et les nouveautés sont toujours dangereuses. Après tout, à quoi cela sert-il ? &c, &c… » mais il nous fermait toujours la bouche en disant : « Cela sert à faire des découvertes, les portraits à la silhouette ou même aux tableaux des Raphaël, des Rubens, et un arbre creusé à un vaisseau de 110 canons ; » enfin ce que nous lui avions prédit arriva vendredi, jour que j’ai remarqué avoir été toujours funeste à notre famille. Il imagina qu’il emplirait plus aisément son ballon en mettant dans des seringues son air inflammable. Il le fit ; or il avait prié un de ses amis à venir voir son expérience. Ils déjeunèrent ensemble, prirent du café au lait, mais à force de s’échauffer en disputant sur la physique, le lait tourna dans l’estomac de mon oncle, ce qui lui occasionna une colique violente. Pour la calmer, j’eus recours à l’eau de Cologne ; comme elle ne fit point d’effet, nous lui donnâmes des lavements avec les seringues remplies d’air inflammable ; mais à peine les eut-il reçus qu’il s’est envolé par la fenêtre qu’imprudemment nous avions laissée ouverte. Comme j’ignore ce qu’il est devenu, je vous prie, Messieurs, de rendre ma lettre publique, afin que ceux qui le trouveront puissent me le ramener par la première occasion. C’est un petit homme, dont la tête est grosse, l’œil petit, la bouche grande, &c, &c. Mon adresse : Monsieur Borné, faubourg St. Marceau.
 

Ce dimanche 28 septembre.
 
 

Réponse à la lettre précédente.

 
 

C’est par le plus grand hasard, M. Borné, que je sais que j’ai chez moi M. votre oncle. Notre maître d’école, Monsieur Spirituel, m’étant venu voir, je l’invitai à déjeuner. Je dis à notre ménagère d’aller nous chercher un petit morceau de fromage chez l’épicier ; quand elle fut revenue et qu’elle l’eut mis sur la table, M. Spirituel, qui aime la lecture, se mit à lire le papier qui le renfermait ; or c’était le Journal de Paris, où se trouve votre lettre. J’en entendis la lecture avec plaisir et, comme je lui demandais ce qu’il en pensait, il me dit qu’il y avait beaucoup à redire quant aux seringues. Je ne veux pas mettre mon nez là, mais il ne put s’empêcher de rire et de dire que la tournure de cette lettre était plaisante et que si elle avait pu amuser le public, M. Borné devait s’estimer très heureux. Revenant à la chute de votre oncle, il est tombé sur notre âne qui portait du plâtre. Personne ne fut plus surpris que moi. Je l’interrogeai mais, le voyage l’ayant rendu muet, il ne faisait plus que braire. Quant à votre signalement, vous avez oublié ce où l’on pouvait mieux le reconnaître, qui sont ses oreilles longues. L’humanité toutefois m’a engagé à l’emmener chez moi. Vous pouvez le venir chercher quand bon vous semblera.

Mon adresse : M. Martin Ducrone, plâtrier, à Montmartre.
 

28 octobre 1783.
 
 

L’ÉVENTAIL DE MON ONCLE

 

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MON ONCLE À MONTMARTRE

 

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M. Borné l’oncle a été transporté par la vertu de l’air inflammable jusqu’à Montmartre, où il fut trouvé accroché par sa robe de chambre à une aile de moulin, par deux honnêtes meuniers, qui le rapportèrent dans un sac dont il est débarrassé par l’un d’eux ; tandis que son camarade, aidé par le sieur Borné le neveu, en le rappelant à la vie, en présence du commissaire chez lequel un vénérable savetier, bon voisin, avait été déclarer que l’on avait jeté un homme par la fenêtre du sieur Borné du deuxième étage. Le sieur Pilon, apothicaire, qui le matin s’était querellé sur la physique avec l’oncle, et le même chez qui on avait pris les deux seringues fatales, &c., rit de bon cœur de l’événement, ce qui est selon lui une preuve réelle de l’efficacité de sa physique. La servante, Jeanneton, accourt avec le bonnet de nuit de son maître qu’elle a ramassé sur le chemin. Cet événement comique est arrivé le 3 octobre 1783, entre 9 et 10 heures du matin.
 
HAERO11
 

Après quelques heures de voyage vers le firmament, le bon oncle tomba sur l’aile d’un moulin de Montmartre. Deux meuniers le rapportèrent dans un sac à son neveu qui était déjà inquiété par la déposition d’un savetier du voisinage qui avait été chercher le commissaire. Mais enfin M. Pilon, apothicaire, l’instruisit du fait en lui disant que ce n’était qu’une simple expérience de physique, de même qu’on le voit représenté chez Audinot, dans la pièce intitulée Mon Oncle envolé.
 

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MON ONCLE EN AMÉRIQUE

 

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HAERO12
 

Mon heureuse destinée m’ayant fait retomber à Boston, la facilité avec laquelle j’avais navigué dans les airs m’enhardit et m’affermit dans ma première entreprise. Je communiquai mon projet à différentes personnes, qui me fournirent tous les moyens utiles à l’exécuter. Je fis des essais qui me réussirent si bien qu’en peu de temps je me vis possesseur d’un grand nombre de nègres, de marchandises, et enfin une infinité de richesses. Je profitai de cette bonne fortune pour revenir en France retrouver mon cher neveu.
 

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MON ONCLE DANS LA LUNE

 

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LA DILIGENCE DE MON ONCLE
 

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HAERO15
 

On avertit le public que le bureau des diligences aériennes a commencé ses opérations le mardi 13 de janvier avec le plus grand succès. 40 voyageurs de tout âge et condition sont partis pour différentes destinations, les uns pour la Chine et d’autres pour le Pérou, pour la Turquie et l’Égypte. Ceux qui voudront profiter de cette surprenante invention pourront s’adresser au Bureau général établi sur la butte de Montmartre.
 
 

LIBELLE EN GUISE DE CONCLUSION

 

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Du Globe et du paraglobe

 
 

« Vous qui vivez loin de tout ce tracas, gardez qu’il ne trouble votre repos, et si quelque globe tombe dans votre jardin, servez-vous-en à doubler votre habit ou à tapisser une chambre ; s’il est par hasard accompagné d’un mouton, d’un coq et d’un canard, tuez le mouton, donnez le coq à vos poules, et soupez du canard. (4) S’il se contente de passer au-dessus de votre tête, dites en le voyant : Expertus vacuum Dædalus aera.
 
Côte à côte du tonnerre,
Qu’il se promène à son gré.
Où je suis je resterai :
Le bonheur est sur la terre ;
Si je puis je l’atteindrai.
On a bien assez à faire
Avant qu’on l’ait rencontré,
Sans parcourir l’atmosphère.
 »
 
 

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(1) Anonyme, Histoire du ballon de Lyon, suivie d’une autre pièce non moins piquante [Du Globe et du paraglobe], sl, se,1784.
 

(2) Elle fut reprise notamment dans les Annonces et affiches de la province du Poitou, n° 42, du jeudi 16 octobre 1783 ; dans L’Esprit des journaux françois et étrangers, douzième année, tome XI, novembre 1783 ; dans le Journal historique et littéraire, 1er décembre 1783 ; et, quelques années plus tard, dans le Tableau mouvant de Paris, ou Variétés amusantes, ouvrage enrichi de notes historiques et critiques, et mis au jour par M. Nougaret, tome I, Londres/Paris : Thomas Hookham/Veuve Duchesne, 1787.
 

(3) Voir l’intéressante notice que lui consacrent Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte-Preuve, dans la Biographie universelle et portative des contemporains, Paris : F. G. Levrault, tome II, p. 1407-1408.
 

(4) Référence au premier vol habité, réalisé par les frères Montgolfier le 19 septembre 1783, en présence de Louis XVI. Les passagers étaient un coq, un canard et un mouton. Le premier vol en ballon captif avec des passagers humains, – en l’occurence, Pilâtre de Roziers et Giroud de Villette, – eut lieu un mois plus tard à la Folie Titon.