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LA ROUGE BAT LA NOIRE

 

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L’Indienne Fleur de Couteau a scalpé la Négresse Trou Bonbon. Telle est la nouvelle, que la télégraphie sans fil nous apporta hier, vers minuit.

Et voici, sur cet événement sensationnel, les dépêches que notre confrère The Nox a reçues de son envoyé spécial à Calme-Prairie.

Auparavant, à l’intention des lecteurs surmenés ou distraits, nous résumerons brièvement la situation actuelle de l’Amérique. D’après les plus récentes statistiques, la population des États se compose de :
 

Nègres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 800 millions

Peaux-Rouges. . . . . . . . . . . . . . . 50 millions
 

Les Blancs, refoulés dans les réserves du Nord, disparaissent de plus en plus, abrutis par l’alcool et par les vices les plus abjects.

Le goût des sports n’a fait que grandir dans toutes les classes de la population. La recherche de l’inédit a fait peu à peu tomber en désuétude les courses de taureaux, les combats de fauve, les jeux du cirque où brillaient les gladiateurs, les rencontres en automobile et les luttes en dirigeables. Aujourd’hui, la faveur va tout entière et sans conteste au combat du scalp que la race dominante a daigné emprunter aux Indiens. L’objet du tournoi est simple. Il consiste à scalper le cuir chevelu de l’adversaire, sans que mort s’ensuive. La mort prématurée du vaincu disqualifierait à jamais le maladroit vainqueur.

Récemment, les succès foudroyants d’une Indienne ont porté la renommée de celle-ci par-delà les lacs, les montagnes et les mers. À ce point que les Nègres s’en émurent : si cette renommée grandissait encore, l’insolence bien connue des Indiens ne connaîtrait plus de limites.

Les Nègres ont donc dénombré leurs champions, et le mois dernier, la Nègresse Trou Bonbon fut choisie pour descendre dans l’arène et se mesurer avec l’Indienne Fleur de Couteau. Depuis lors, c’est une effervescence inouïe dans le pays. Chaque jour, les journaux ont publié plusieurs éditions spéciales à ce sujet. De coûteux radiogrammes ont été lancés chaque soir aux quatre coins de l’univers. La Lune et la planète Mars en ont eu leur part.

Le goût sportif passe par une crise tellement aiguë que le préjugé de race subit une éclipse momentanée et que l’on se montre également avide de détails sur les adversaires.
 

Calme-Prairie, 15 août. – Les deux adversaires ont déjeuné de bon appétit. Fleur de Couteau a pris un concentré de biche, une cuillerée de peptone et, pour boisson frappée, de l’eau du Mississipi. Trou Bonbon, du consommé blanc d’esclave, une pastille du Sénégal (1) et de l’eau de coco.

On dit que Fleur de Couteau est dans d’excellentes dispositions. Elle était même, ce matin, de si bonne humeur qu’elle s’est amusée à jouer le rôle de la prêtresse fétichiste (2) dans un divorce pour rire, composé de ses amis des deux sexes.

Trou Bonbon, par contre, se montrait violemment irritée contre son adversaire. – ? – Elle a eu la précaution de faire graisser à l’huile de palme ses mamelles volumineuses, pour que l’arme de son adversaire ne les entaillât point.

Voici leur signalement respectif.
 
 
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Deux millions de Peaux-Rouges sont arrivés en aéroplanes, en ballons, en autos, en cerfs-volants, et par trains spéciaux, de la Vieille Montagne, de la Rivière plate, du Massachussets, de l’Oklahoma. Ils font des paris très importants sur Fleur de Couteau.

10 h. du matin. – Bien que le match ne soit annoncé que pour 2 h. de l’après-midi, la foule se dirige déjà vers l’arène. C’est un cirque montagneux admirablement choisi, et qui peut contenir plusieurs millions de spectateurs. Le prix des places varie de 500 à 5.000 francs. Le prix des loges, de 20.000 à 50.000 francs. Les multi-milliardaires ont choisi les bouquets d’arbres pour faire établir à leur ombre des loges d’un grand luxe. Dans ces loges, chaque place est munie d’une longue-vue et d’un microphone pour permettre de voir le sang couler et d’entendre le halètement des adversaires.

Ce matin, les dernières places libres ont atteint le prix de 10.000 francs, et quelques-unes ne sont pas fameuses ; mais l’imagination des retardataires, surexcitée par une réclame intense, n’y regarde pas de si près.

10 h. 3/4. – On me communique ce résumé suggestif :
 
 
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En outre, sur la proposition de Fleur de Couteau, les deux adversaires ont convenu de partager leur part sur les entrées dans la proportion de 60 % pour le vainqueur et de 35 % pour le vaincu. Les 5 % restants, aux esclaves blanches scalpées à l’Institut d’entraînement au cours des deux dernières années.

Midi. – La plupart des spectateurs sont à leur place. Comme le soleil tombe d’aplomb, ils ont presque tous adopté le costume des ancêtres, selon la recommandation du célèbre docteur hygiéniste Harry B. Démosthène. C’est-à-dire qu’ils sont nus. Et le spectacle est piquant, de voir le bronze mat des Nègres mêlé aux corps vivement coloriés des Indiens.

Le service des buffets étant assuré par des Chinois, on ne voit d’esclaves blancs presque nulle part. Et cette élimination, systématique ou non, sauvegarde tout au moins l’amour-propre des délégués de la presse européenne.

Des forces considérables de police armée sont concentrées dans l’arène et disséminées sur l’amphithéâtre. Ce corps d’élite se compose de Cafres guerriers, colosses réputés pour leur discipline et leur férocité.

Chaque arrivant est fouillé minutieusement. Toute espèce d’arme est prohibée. Les bouteilles elles-mêmes sont interdites, comme pouvant servir de projectiles. Il y en a qui auront soif.

Midi et demie. – Parmi les trilliardaires déjà en place, on admire beaucoup la vieille reine de la Fraternité, dans une loge à ses couleurs, bleu d’azur, constellée de diamants.

Le roi de la Corruption Politique et l’impératrice de la Traite des Blanches, arrivés l’un en monoplan Lina Pomaré VII, l’autre en biplan Soulouque, sont installés non loin l’un de l’autre avec leur famille et échangent des saluts.

1 h. 10. – La chaleur augmente. Mrs J.-K. Blacklake, Gouvernante de l’État de la Nouvelle-Jérusalem, arrive, précédée de 1.500 musiciens et suivie d’une foule de personnages. Le cortège traverse l’arène au milieu des acclamations et s’installe dans la loge présidentielle qu’ombragent des cocotiers centenaires apportés tout exprès du Congo. Des guirlandes d’émeraudes en cabochon courent d’un panache à l’autre. C’est l’une des loges les plus belles, tant par ses dimensions que par la sobriété de sa décoration. Une toile d’or préserve les occupants des ardeurs du soleil. Mais ceux-ci, pour ne pas heurter le sentiment public, se dévêtissent bientôt.

1 h. 25. – On me fait remarquer, ici et là, la présence des célèbres lutteuses Negroblood, Gléglé, Oiseau noir, Fumée jaune, Dent de Renard, Marjorie Brownskin, Chèvrefeuille, Jambe de Cerf, et celle encore du vétéran Tommy A. Johnson, le seul survivant du temps des luttes masculines, auquel on fait une discrète ovation.

1 h. 35. – L’impatience grandit. La cote est maintenant de 10 contre 6 sur Trou Bonbon.

1 h. 40. – Trou Bonbon arrive au vestiaire pour se mettre en tenue de combat.

1 h. 45. – Le docteur Kanoka Konakrys, l’un des médecins chargé de l’examen des deux scalpeuses, déclare que l’Indienne Fleur de Couteau est dans un état de grande nervosité.

1 h. 50. – Fleur de Couteau pénètre dans le ring. Un groupe de Sioux aux cuisses vertes, à la poitrine ensoleillée, entonne l’hymne indien bientôt chanté debout par toute l’assistance. Instants inattendus autant qu’inoubliables de concorde et d’émotion. Après quoi, on chante l’hymne du président Catapulte (air national nègre : He is a strong and smart fellow !…).

1 h. 55. – Trou Bonbon pénètre, à son tour dans le ring.

Des deux scalpeuses, c’est Trou Bonbon qui a l’air le moins ému. On remarque, en effet, sur la figure de Fleur de Couteau, un rictus qu’on n’avait jamais vu pendant sa période d’entraînement. C’est que la chevelure crépue des négresses ménage des surprises.

1 h. 59. – L’arbitre donne le signal du combat en lançant le mot conventionnel : Katséna. (Partez !) Trou Bonbon a le meilleur côté du ring avec le soleil dans le dos.

Voici les détails du match.
 
 

1er ROUND

 

L’oreille de Fleur de Couteau. Les sourcils de Trou Bonbon

 

Les deux adversaires échangent des feintes.

Trou Bonbon se précipite en avant et, d’un seul cherokis (3), décolle l’oreille droite de son adversaire. Corps à corps. Les deux lutteuses se montrent très prudentes. Trou Bonbon balafre le front de Fleur de Couteau exactement à la naissance des cheveux. Belle passe qui soulève d’unanimes approbations. Nouveau corps à corps. Trou Bonbon y laisse ses sourcils. Le sang coule peu.
 
 

2e ROUND

 

Trou Bonbon perd une partie de ses avantages

 

Trou Bonbon adopte sa terrible garde basse. Elle est presque accroupie. Ses mamelles touchent terre. Elle tente un coup de nuque, mais le manque. Prompte comme la biche, Fleur de Couteau riposte et soulage Trou Bonbon d’une de ses mamelles qui s’affaisse sur le sol comme une outre. Corps à corps. Fleur de Couteau fait pencher la tête de Trou Bonbon, d’un scalp du droit sans profondeur. L’arme a dévié dans les cheveux crépus. Fleur de Couteau paraît soucieuse.
 
 

3e ET 4e ROUNDS

 

Des swings, des hooks, des kataskumas (4), des cherokis, des uppercuts, des knoks, des malaglaouïs (5), entremêlés de corps à corps, sont échangés sans grand résultat. On ne saurait dire encore laquelle des deux adversaires l’emportera. Leur science à toutes deux est grande.

Avant la fin du 4e round, l’attention des spectateurs se laisse distraire par l’arrivée de plusieurs trains de cerfs-volants. Il faut convenir que c’est superbe. Les nacelles aériennes reluisent d’or et de rubis. D’or et de gueule, tout le monde connaît l’empereur des Pains d’épices et les couleurs de son blason. Il s’est réservé, tout en haut de l’amphithéâtre, cinq loges tendues de pourpre sur des piliers d’or. On s’était inquiété déjà de son retard. C’est qu’il tenait à faire une arrivée sensationnelle.

Aidés d’une foule de laquais en livrée cramoisie, Lui et ses invités mettent successivement pied à terre. On murmure d’aise chaque fois qu’on reconnaît un personnage. Ce sont tous et exclusivement des souverains.

Voici le roi de la Vision extra-lucide, la gracieuse reine des Harengs-saurs et le prince époux, le roi du Sérum de la longévité, le prince Horace LXVIII des Rayons ultra-violets, puis l’impératrice douairière de la Paix armée et la reine régente des Mitrailleuses qu’on s’étonne de voir ensemble, tant sont connus leur haine et leurs procès retentissants. Voici encore le roi des Hameçons, la reine du Jour artificiel, le grand-duc régnant de la Culture microbienne, le prince héréditaire des Engrais chimiques… Mais le 5e round ayant commencé, l’attention admirative se lasse et se détourne des derniers arrivants.
 
 

5e ROUND

 

L’œil de Trou Bonbon

 

Fleur de Couteau place une pointe du droit et deux uppercuts dans un corps à corps. Trou Bonbon place un coup au corps. Tout en parant, Fleur de Couteau tente quatre directs du gauche et en place un. La peau se décolle sur la nuque. Trou Bonbon se défend bien, mais, dans un corps à corps, Fleur de Couteau lui place encore un kataskuma et, d’un final, lui cure l’orbite gauche dont l’œil vole à plusieurs mètres. Trou Bonbon n’a point sourcillé. D’ailleurs, elle a perdu ses sourcils.

Pendant l’intervalle, Trou Bonbon va ramasser, dans le sable, l’œil qui brille au soleil avec une fixité terrible. Elle l’essuie et le remet dans l’orbite.

Rumeurs d’admiration, cris délirants parmi les Nègres, jets de fleurs, de sacs de dollars. Même, des indiens lancent dans l’arène les plumes de leurs coiffures enrichies de pierres précieuses.

Le bruit se répand bientôt que ce n’est heureusement pour Trou Bonbon que son œil de verre.
 
 

6e ROUND

 

Leur nez et leur bouche saignent

 

Trou Bonbon reprend sa garde accroupie. Corps à corps. Fleur de Couteau place encore deux uppercuts, un du gauche, un du droit, coup sur coup. Trou Bonbon répond par un cherokis de la lèvre qui découvre toutes les dents de Fleur de Couteau. Un rire sanglant et perpétuel caractérisera désormais l’expression de l’Indienne. C’est d’une belle et captivante horreur. Fleur de Couteau répond par une section des narines. Trou Bonbon place trois points de repère dans la tête, mais sans grande vigueur. Toutes deux saignent abondamment de la bouche et du nez.
 
 

7e ROUND

 

Fleur de Couteau prend l’avantage

 

Fleur de Couteau place deux pointes du droit sur le front. Et, coup sur coup, elle place un uppercut, puis un malaglaouï, puis un swing, qui rouvre une ancienne blessure à la joue de Trou Bonbon, puis encore une pointe qui passe comme au lardoir l’oreille de la Négresse. À ce moment, Trou Bonbon tente un swing au corps, mais Fleur de Couteau y répond par un terrible cross qui fait reculer Trou Bonbon jusqu’aux cordes du ring.
 
 

8e ROUND

 

La poursuite. Fleur de Couteau rit

 

Comme un fauve, Fleur de Couteau suit Trou Bonbon tout autour du ring, et réussit un bon direct au front, ainsi qu’un coup du gauche sur la tempe. Elle se met en pleine action. Son sourire forcé et sanguinaire révèle ses dents pointues. Trou Bonbon, par contre, paraît harassée. Fleur de Couteau lui place encore une belle section directe du droit. Corps à corps. Trou Bonbon place un coup du gauche sur la joue de Fleur de Couteau qui résonne comme un tambour. Quatre dents couleur d’amande s’éparpillent dans l’arène. Fleur de Couteau ne fait qu’en rire et assène trois formidables hooks du gauche sur la nuque de Trou Bonbon qui chancelle. Ce round est de beaucoup à l’avantage de Fleur de Couteau.
 
 

9e ROUND

 

Le mari de Trou Bonbon intervient

 

Après un corps à corps où Fleur de Couteau est sévèrement maltraitée, celle-ci prend sa revanche et place une série de cherokis dans la figure de Trou Bonbon. Tous les coups que porte Fleur de Couteau sont d’une étonnante précision. Elle amuse son adversaire pour la fatiguer. La figure de Trou Bonbon est maintenant dans un piteux état, comme passée au hachoir. L’œil droit tuméfié se ferme de plus en plus. Et ce n’est pas de son œil de verre qu’elle y verra. Un direct sur le nez, deux uppercuts, enfin un hook du gauche en plein visage ont raison de Trou Bonbon qui s’affaisse lourdement. Fleur de Couteau pousse un cri de triomphe et s’apprête au scalp, quand un colosse surgit dans l’arène, et, avant qu’on ait songé à l’arrêter, se précipite sur Trou Bonbon, la secoue énergiquement et hurle : « Vas-tu te relever, espèce de brute ! »

Cette grave infraction au règlement soulève d’unanimes clameurs. Debout, les spectateurs indignés s’agitent, menacent de tout saccager.

C’est le mari de Trou Bonbon qui a voulu ranimer le courage de sa femme. Il y est parvenu. Trou Bonbon se relève, et, pendant que la cloche sonne la fin du round, elle reprend ses sens.

À connaître cette intervention conjugale, la jovialité l’emporte sur l’indignation ; des rires inextinguibles secouent l’assemblée, déferlent sur tous les gradins, submergent les rois eux-mêmes qui ne peuvent résister. Les policiers, accourus pour s’emparer de l’homme qui, dans sa nudité totale, est beau comme un bronze africain, se laissent gagner par l’hilarité générale, prennent ce bon mari dans leurs bras vigoureux et le portent en triomphe jusqu’à sa place. Sûre de la victoire, Fleur de Couteau renonce à toute réclamation.
 
 

10e ROUND

 

Les Vautours

 

Fleur de Couteau touche au nez, et le sang coule à nouveau. Elle se montre meilleur tacticien que son adversaire et place encore un kataskuma du droit sur la figure, dans un corps à corps. Trou Bonbon agite la tête d’une façon continue pour esquiver les nombreuses pointes que l’indienne lui porte avec rapidité tout autour de la nuque. Trou Bonbon résiste bien, fait assez bon usage de son droit, et, à la volée, détache trois doigts à la main de Fleur de Couteau.

Des vautours, gypaètes (6) et condors, attirés par le sang, commencent à décrire des cercles lents et de plus en plus bas au-dessus de l’arène. L’un d’eux, même, d’un vol hideux, pique dans le sable et dévore goulument l’oreille de Fleur de Couteau. Chassé par Dupont, il recule en rechignant et s’envole en claquant lourdement de l’aile.
 
 

11e ROUND

 

Trou Bonbon à terre et scalpée

 

C’est rapide. Après un corps à corps, qui suit une tentative de Trou Bonbon pour toucher Fleur de Couteau à la figure, celle-ci accélère l’allure du combat, et, de trois coups formidables du gauche, à la mâchoire, envoie Trou Bonbon à terre. Trou Bonbon ne bouge plus, face au sol. Avec une dextérité qui révèle un art consommé, Fleur de Couteau l’a scalpée, et maintenant elle brandit, des deux doigts qui lui restent à la main gauche, le trophée crépu et sanglant.

Par l’effet de cette douleur nouvelle et plus vive, Trou Bonbon s’est relevée. Elle serre la main de son heureux adversaire. Son crâne rouge prend au soleil des marbrures extraordinaires.

Les Indiens exultent, trépignent de joie. C’est une ovation interminable à l’adresse de Fleur de Couteau qui triomphe sans jactance.

Elle dit à ses familiers, qui se pressent autour d’elle, qu’elle ne douta jamais de la victoire, mais qu’elle eut à faire à forte partie et qu’elle dut être continuellement sur ses gardes.

Elle morigène la police, à cause du vautour qui a mangé son oreille.

Sur les gradins, d’où la foule ne s’écoule qu’à regret, c’est un saccage méthodique. Chacun veut emporter un souvenir de cette journée mémorable. Les rois ayant amené leur garde du corps, les loges sont bien gardées et ne souffrent aucun dommage. Mais pour le reste de l’amphithéâtre, c’est bientôt plus dévasté qu’après le passage d’un cyclone…
 
 

Après le combat

 

Calme-Prairie, 15 août. – En somme, ce fut, depuis le début, un combat inégal et, dès les premiers rounds, la cote des paris revint à égalité.

Presque toujours, les coups de Trou Bonbon ont manqué de longueur d’atteinte, et, pas un instant, elle n’a été sur le pied d’égalité avec son terrible adversaire.

Maintenant que Trou Bonbon est battue, la foule dont elle était l’idole lui reproche amèrement sa défaite.

« Quand on n’est pas de taille à se défendre convenablement, entend-on dire de tous côtés, on ne se mêle pas d’entrer dans le ring.

– Par sa folle présomption, entend-on encore à Calme-Prairie, Trou Bonbon a humilié la race nègre tout entière. Les conséquences en peuvent être incalculables. »

Je cours en ville pour assister aux tueries qui ne manqueront pas de se produire, tant la surexcitation est grande. Je vous tiendrai au courant.

Un dernier mot hâtif. – Les oiseaux mécaniques qui s’élèvent de toutes parts dans le ciel de ce beau soir d’été… (suivent quelques mots illisibles.)
 

(The Nox.)

 
 
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(1) Se trouve dans toutes les pharmacies.
 

(2) Comme on le sait, il n’y a presque plus de chrétiens dans les États. (N. D. L. R.)
 

(3) Mot sioux qui signifie entaille (Plus exactement  : mot haut-sioux archaïque).
 

(4) Mot apache qui signifie balafre.
 

(5) Mot congolais qui signifie une autre sorte de balafre.
 

(6) Nous ignorions l’existence de cette variété en Amérique. (N. D. L. R.)
 

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(R.-H. de Vandelbourg, in Pan, revue libre paraissant tous les mois, quatrième année, n° 4, avril-mai 1911)