Je trouvai Cyrano dans sa librairie, entouré d’instruments astronomiques et de cartes du ciel.

« Voilà, lui dis-je, un appareil qu’il ne faudrait point montrer à vos voisins ; vous seriez immédiatement taxé avec enthousiasme, au siècle où nous sommes, de sorcellerie. Je ne sais si vous l’avez remarqué, en effet, nous vivons au temps de l’Ersatz, comme disent les Germains, et tout l’intérêt se porte sur les imitations plutôt que sur le vrai lui-même. La beauté et la force masculines ne sont admirées qu’au music-hall lorsqu’elles sont figurées par des apaches. On peut se moquer des grands peintres, mais on ne saurait sans discrédit railler les barbouilleurs. Il est convenu, dans la vie courante, que le travail manuel, la pauvreté et les vêtements sordides doivent être glorifiés, mais on ne voit au théâtre que princesses, gens titrés et milliardaires ; essayez de vous railler de l’Église et du clergé, tout le monde vous blâmera, mais personne ne saurait s’émouvoir si vous niez la divinité, c’est comme une fausse pudeur qui s’est emparée de tous les esprits et la contrefaçon seule du beau et du bien, si ridicule qu’elle soit, est en honneur dans les esprits. Faites de l’astronomie, vous êtes pitoyables ; faites de l’astrologie, chacun vous admire. »
 

*

 

« Je ne voudrais point vous chagriner davantage, me dit M. de Bergerac, mais je ne saurais vous cacher que ces façons nouvelles n’iront, dans l’avenir, qu’en s’accentuant. J’en ai justement la preuve par un curieux manuscrit que j’étais en train de déchiffrer lorsque vous êtes entré et qui retrace des événements futurs dont je cherchais à fixer la date par la très simple recherche de la position du zodiaque, au moment qu’il fut écrit.

Ce manuscrit m’a été laissé par les deux vieillards lunariens de Jérôme Cardan, qui viennent souvent me visiter, comme vous le savez, et qui m’instruisent de l’avenir dans lequel ils voyagent en toute facilité. »

J’avançai la main pour prendre connaissance de ce précieux document, mais Cyrano m’arrêta.

« Vous oubliez, me dit-il, qu’il est écrit en lunarien, c’est-à-dire en notes de musique, et je ne pense point que vous puissiez en comprendre un traître mot. Mais, puisque vous êtes là, je me ferai un plaisir de vous en faire la lecture en le déchiffrant du mieux que je pourrai. »

Cyrano se plongea dans un vaste fauteuil, déroula le manuscrit et commença en ces termes la traduction du précieux document  :

– « Au moment précis où venait de vibrer la sept millième pulsation magnétique de la troisième période scientifique intercalaire, le Conseil des Jeunes, composé de centenaires récemment promus à l’immortalité, ordonna au Grand Laboratoire Central, par un radio-décret, d’entreprendre sans délai la découverte de Dieu : »
 

*

 

« À cette époque ultra-scientifique, l’absence de solution positive ou négative concernant le grand problème de la divinité devenait, en effet, tout simplement ridicule. Chose curieuse : au fur et à mesure que la science poursuivait triomphalement ses conquêtes, les plus basses superstitions faisaient des progrès effrayants. Utilisant les découvertes psychiques impressionnantes des années précédentes, les habitants de la terre se livraient quotidiennement à des expériences de matérialisation dont le caractère devenait chaque jour plus équivoque. Depuis que l’on était parvenu à capter les sources de la vie, à créer de la matière organisée en série, on avait pu réaliser, certes, d’utiles progrès concernant l’alimentation et les services publics. Les succédanés de bifteck, fabriqués en matière organique artificielle, se débitaient au mètre courant, le poulet artificiel se vendait enroulé comme du ruban. Les vieilles méthodes d’élevage n’étaient plus qu’un souvenir et les animaux avaient tous disparu dans le nouveau monde chimique. Dans les services de la voirie, dans tous les emplois de manœuvres, les homuncules artificiels avaient, d’autre part, remplacé la main-d’œuvre ancienne.

La science, malheureusement, ne s’était point bornée à fabriquer de la chair vivante ; elle s’était emparée des fluides psychiques que chacun pouvait jadis gouverner et diriger à son choix. Il en était résulté des troubles étranges dans la vie quotidienne. Certaines pendules, au lieu de marquer l’heure, se mettaient à parler, des tables étaient prises d’accès de rage inexplicables, et l’on avait eu à déplorer des drames de la jalousie entre objets domestiques, complètement dévoyés par les expériences auxquelles on les avait soumis.

De toute évidence, ces folles recherches de l’humanité démontraient que la Science n’avait point résolu tous les problèmes et qu’un vieux levain de spiritualisme fermentait toujours dans le subconscient. On avait pu supprimer toutes les religions anciennes, tous les dieux d’autrefois, l’idée de Dieu n’en restait pas moins au fond de tous les hommes comme un besoin nécessaire, comme un angoissant problème dont les plus grands savants n’avaient pu proposer une solution satisfaisante. Il était inadmissible de penser que, la nature entière étant soumise désormais aux investigations de la science, un impondérable pût échapper à son pouvoir et troubler l’organisation sociale d’une inquiétante façon.

On ne manqua donc point d’approuver la décision prise par le Conseil des Jeunes : il fallait en finir une bonne fois avec le problème divin, le résoudre coûte que coûte et le réintégrer définitivement dans la Science.

Après de longues délibérations, on décida de se rapprocher de Dieu au moyen d’un surhomme spécialement chargé de cette exploration.

Déjà, depuis plusieurs siècles, on avait prolongé la vie humaine dans d’incroyables proportions. En renouvelant savamment les glandes internes et les cellules du corps humain, on pouvait le rajeunir indéfiniment et l’on faisait profiter de ce rajeunissement les sujets les plus remarquables dans l’intérêt de la race. Trois, quatre, cinq cents ans étaient la durée normale de l’existence humaine. On décida, parmi les sujets sélectionnés, d’en choisir un dont on prolongerait l’instruction et dont on développerait encore toutes les facultés à l’extrême.

Le Conseil des Anciens prétendait, en effet, que la divinité était un but, et non pas une cause, et qu’elle devait être placée, non au début, mais à la fin de la création. Dieu, en réalité, n’existait point avant les êtres. C’était en eux qu’il se développait ; c’était à l’homme qu’il appartenait de devenir le Dieu qu’il souhaitait obscurément.

On choisit donc un des plus vieux savants du Laboratoire Central, un ingénieur dont le cerveau contenait toute la science humaine et on décida de surexciter ses facultés mathématiques et créatrices aux limites du possible. Le résultat fut pitoyable. Le grand savant élu, après plusieurs années d’un travail prodigieux, produisit un long rapport dont les conclusions étaient infiniment décevantes : selon lui, le monde avait été créé par un esprit, distingué certes, mais dont les capacités étaient relativement limitées à un empirisme assez grossier. La permanence des lois physiques, leur obstination à se reproduire sans changement au cours des siècles, témoignaient d’un manque d’imagination véritablement regrettable et ce n’était que par la quantité, par la masse, plutôt que par la qualité, que la création en imposait aux hommes. Les méthodes de reproduction des végétaux et des animaux étaient d’un rendement lamentable ; la construction des êtres vivants présentait des malfaçons évidentes et grossières. L’Ingénieur, chargé du rapport, déclarait, sans modestie, qu’il était capable de mieux faire en toute matière et qu’il fallait, en conséquence, le considérer désormais comme étant le seul dieu vivant possible, pourvu par ailleurs de méthodes mathématiques perfectionnées et de machines à calcul dont son prédécesseur ne disposait pas lors de la création.

La déception fut immense dans le monde et, après bien des hésitations, on se décida à confier la recherche de Dieu à un artiste, un rêveur, mieux fait, semblait-il, pour des recherches psychiques purement qualitatives et qui échappaient aux simples quantités.

Ce mage fort respecté, dont la sagesse faisait l’admiration du monde entier, n’ignorait aucun ressort de l’âme. Ses écrits, pendant cent années, avaient passionné d’innombrables lectrices, voire même quelques lecteurs. Il respirait la bonté, l’intelligence et l’amour. Un tel homme, concentrant sa volonté intérieure sur la recherche de la divinité, ne manquerait point d’accomplir le miracle qu’on attendait de lui.

La déception, cette fois, fut tragique. Connaissant son pouvoir psychique, plein de mépris intérieurement pour cette humanité qu’il maniait à son gré, le philosophe finit par se permettre les pires fantaisies et les plus criminels égarements. Ses conclusions furent effrayantes. Dieu, selon lui, n’était qu’un mirage à alouettes, un masque trompeur, et son nom véritable était Satan. En instituant l’épreuve paradisiaque de l’arbre de la science du bien et du mal, le Dieu satanique s’était uniquement proposé de savoir si l’homme serait suffisamment intelligent pour le retrouver malgré sa défense. Le ciel n’était composé que de timides, d’incapables, de gens timorés et sans intérêt. L’enfer seul était peuplé d’hommes intelligents, volontaires, de criminels ayant compris la mission secrète de l’homme sur la terre, et qui s’étaient rapprochés en réalité du véritable Dieu, de Satan, qui les avait créés à son image. Le but de toute esthétique, de toute morale et de toute philosophie, était le règne de la force morale, de la cruauté, de l’indifférence aux souffrances des vaincus ; la vie tout entière n’était que meurtre et carnage. Dieu était dans le mal.

Le rapport était à peine terminé, pour la plus grande stupéfaction de tous, que le saint se trouva compromis dans une affaire répugnante de mœurs, compliquée d’assassinat, qui souleva un scandale inouï dans le monde.

On commença seulement à comprendre, à ce moment, avec quelle prudence la vie humaine était bornée jadis à quelques années ; trop de réflexion, trop de science, trop de connaissance, en un mot de l’humanité, ne donnant à la longue que des esthètes au cœur desséché par l’expérience et capables d’accomplir, de sang-froid et par pur divertissement, les pires férocités. »
 

*

 

Arrivé à ce point de sa lecture, Cyrano s’arrêta, chercha quelques accords sur son clavecin, puis il eut un geste de découragement.

« Il faudrait, me dit-il, que je puisse déchiffrer à loisir ce qui va suivre. Je vous en ferai la lecture à notre prochaine entrevue. »
 
 

 

LA FIN DU MANUSCRIT DES LUNARIENS

 

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J’avais hâte de connaître la suite du curieux manuscrit que les deux Lunariens avaient confié à Cyrano, concernant la découverte de Dieu dans les temps futurs.

Dès la première heure, je fus donc chez M. de Bergerac, qui m’accueillit en souriant. Je vis par là qu’il avait complètement déchiffré les dernières notes musicales de l’écriture lunarienne. Il s’assit donc, tandis que je frémissais d’impatience, et poursuivit sans difficulté sa traduction laborieuse :

« Nous avons vu précédemment quelles furent les premières et décevantes expériences du Grand Laboratoire Central lorsqu’il entreprit la découverte de Dieu. Les savants absolus ne se tinrent pas cependant pour battus et décidèrent sagement de poursuivre la recherche de Dieu par des méthodes rationnelles de psychophysiologie expérimentale, méthodes éprouvées et qui avaient déjà donné des résultats remarquables.

On avait compris, en effet, que ce qu’on appelait jadis « la quatrième dimension, » c’est-à-dire l’union de tous les phénomènes dans une même substance dégagée des préjugés de temps et d’espace, trouvait son expression la plus fidèle dans l’existence de la mémoire. On avait remarqué d’abord que les hommes, par l’entremise du simple germe qui leur donna naissance, reproduisaient les moindres gestes, les tics, les maladies, les façons de faire de leurs ancêtres. On avait remarqué également que la mémoire ne se bornait point aux événements survenus pendant la vie du sujet, mais qu’elle pouvait remonter à des événements antérieurs survenus à ses ascendants et que cette mémoire ancestrale se transmettait, comme tout le reste, au moment de la naissance. De là, l’explication des instincts, des ruses, des expériences qui se transmettent chez les animaux ; de là, l’explication de souvenirs inattendus chez certaines personnes qui reconnaissent brusquement une ville où elles arrivent pour la première fois, mais où leurs grands-parents sont venus.

En réveillant, par un traitement spécial, les couches profondes de la mémoire, on avait pu reconstituer les faits principaux de l’histoire de France et même ceux de l’Antiquité, en faisant appel, par des méthodes de surexcitation psychique, à la simple mémoire des êtres vivants.

On décida donc d’intensifier ces méthodes, d’interroger les couches encore plus anciennes de la mémoire, de remonter ainsi jusqu’à la préhistoire et, de là, peut-être, jusqu’à la création, on n’osait encore dire, jusqu’à Dieu.

Si Dieu, cependant, avait créé l’homme à son image, il se trouvait être, en quelque manière, son véritable ancêtre. Grâce à un effort prodigieux de mémoire, l’homme pourrait peut-être arriver un jour à se souvenir, à ce qu’il pensait lorsqu’il était encore Dieu.

Cet effort insensé de retour en arrière n’était pas improbable lorsque l’on connaissait les résultats déjà donnés par des investigations analogues faites dans l’histoire.

On soumit donc un sujet, particulièrement désigné par ses voyages antérieurs, dans le passé, et les résultats obtenus dépassèrent bientôt toute espérance. Sous l’empire d’une suggestion formidable, qui abolissait successivement les premiers plans de la mémoire pour faire surgir les couches profondes, on put constater que le sujet se souvenait assez clairement d’avoir été Caïn. Puis ses visions du paradis terrestre commencèrent à se faire plus claires et l’émotion, dans le monde scientifique, fut immense. Jour et nuit, on l’observa attentivement ; ses gestes n’étaient plus déjà ceux d’un homme, ils avaient quelque chose de désordonné, de vif, d’inquiétant. Était-ce l’intelligence qui, non encore formée, laissait toute la place à l’instinct créateur ? Allait-on toucher à la divinité ? Les gestes bientôt se précisèrent : l’homme se grattait sans nul doute, puis il portait ses doigts à sa bouche comme s’il avait pris une puce. Les savants, consternés, se regardèrent en silence : l’homme, de toute évidence, déraillait et remontait au singe. On crut bon de cacher cet échec à la foule et, sans se décourager, on interrogea le voyant en exigeant de lui un dernier effort de mémoire.

Certes, on le sentait proche de la divinité, mais il écartait quelqu’un de la main, se plaignait, souffrait d’une gêne visible. On comprit bientôt qu’une présence actuelle s’interposait entre lui et Dieu, une interférence inattendue qui faussait l’expérience et l’empêchait d’aboutir. Péniblement, bribe par bribe, grâce à l’outillage scientifique merveilleux que l’on possédait alors, on parvint à déterminer l’emplacement exact, la latitude et la longitude d’où émanait ce fluide gênant et l’on partit de suite à la recherche de l’être mystérieux qui faisait écran et qui, par conséquent, était encore plus proche de Dieu que le voyant mémorial.

Les héliplanes des savants du Grand Laboratoire eurent vite fait d’atterrir en quelques minutes dans un coin écarté de la Lorraine que l’on avait cru inutile de soumettre jusqu’alors aux réformes bienfaisantes du régime scientifique. Là s’étendait, en effet, sous le nom de Parc international, une région entourée de hautes murailles où l’on conservait des forêts, des villages et des animaux à la mode d’autrefois, un peu comme on conserve des bêtes curieuses dans un muséum, pour puiser dans leur observation d’utiles enseignements sur la vie d’autrefois et les mœurs primitives.

À l’endroit indiqué par de savantes triangulations, on découvrit une petite fille aux yeux bleus qui gardait des moutons et semblait fort peu se soucier des graves problèmes qui s’agitaient alors dans le monde scientifique.

Tandis qu’on l’observait à la dérobée, on la vit qui, pieds nus, allait chercher un peu d’eau, dans la coupe de ses mains, à la fontaine, et portait cette eau à une petite plante sauvage qui se desséchait au creux d’un roc élevé ; la petite regarda un instant avec tendresse l’herbe minuscule qui renaissait grâce à ses soins, puis retourna à ses moutons.

Elle montra un grand effroi lorsqu’elle se vit brusquement saisie par les savants du Grand Laboratoire Central, qui emportèrent également, avec eux, la petite plante sauvage.

Pendant trois mois, la jeune fille et la plante furent soumises à de rigoureuses expériences. La plante, de toute évidence, ne pouvait représenter la divinité ; c’était une herbe vulgaire sans propriétés pharmaceutiques ni tinctoriales ; c’était une petite plante des champs sans utilité, ni vertu, un fétiche ou un totem, tout au plus.

Quant à la jeune fille, on l’interrogea longuement. Elle répondait de bonne grâce et avec résignation aux questions qu’on lui posait, mais elle semblait s’éteindre et se faner chaque jour, comme une fleur des champs, dans l’atmosphère de serre chaude du Grand Laboratoire Central. Souvent, elle paraissait en extase ; ses paroles étaient claires, mais sa voix, de plus en plus lointaine, se voilait parfois comme une flamme qui vacille et va s’éteindre.

Ses réponses, du reste, par leur simplicité même, ne firent qu’accroître l’embarras des savants du Grand Laboratoire Central. Pour l’enfant, tout était amour dans la vie : amour de la nature, amour des êtres et des choses ; le but de la vie était de s’oublier soi-même, de ne penser qu’aux autres, de s’absorber peu à peu dans le monde extérieur et de perdre toute personnalité, pour n’être plus qu’un sourire ou une pensée de l’Univers.

Quand on lui demanda qui était Dieu, où il était, où elle le voyait, elle répondit que Dieu n’existait pas par lui-même, d’une façon distincte, mais qu’il existait dans toutes ses créatures puisqu’il était tout amour. Elle dit encore :

« Je suis un des visages de Dieu. »

On lui demanda ce qu’était le mal. Elle dit que le mal était ce qui restait de la personnalité de Dieu, qui n’avait pu se réaliser encore dans toutes ses créatures.

Exaspérés par ces réponses déroutantes, les savants du Grand Laboratoire parlèrent à l’enfant de sa mort prochaine si elle ne se soumettait pas aux volontés de la Science toute-puissante.

Elle s’en réjouit et affirma simplement que, tant que l’on existe, on ne peut se réaliser en étant complètement amour.

Elle ajouta :

« Ce qui est réalité, c’est ce qui n’existe plus. »

De guerre lasse, on soumit l’enfant à la vivisection psychique. On essaya de découvrir son secret en la martyrisant de mille manières ; on vit seulement que son regard se faisait plus tendre pour ses bourreaux, qu’elle les remerciait visiblement de la délivrance d’un corps matériel qui la gênait pour rejoindre Celui qu’elle aimait et en qui devait se fondre bienheureusement son humble personnalité.

On cacha, une fois de plus, au public, l’horrible expérience. On se borna à quelques communiqués par radio, affirmant aux foules que Dieu n’était autre que le gouvernement scientifique du Grand Laboratoire Central et qu’on en avait eu la preuve mathématique à la suite d’une méticuleuse triangulation.

La foule, encouragée du reste dans cette voie par le Laboratoire Central, reprit donc le cours de ses obscures recherches spirites. La pratique des plus basses superstitions pouvait seule maintenir en effet le pouvoir absolu du gouvernement scientifique, en masquant aux hommes l’irrémédiable désespoir d’une vie sans rêve et d’une mort sans lendemain.
 
 

 

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(Gaston de Pawlowski, « Conversations avec Cyrano, » in Cyrano, satirique hebdomadaire, cinquième année, n° 217, dimanche 12 août 1928, et n° 218, dimanche 19 août 1928)