AVERTISSEMENT

 
 

L’épisode ici narré se place à la veille des grands combats interstellaires opposant les Terriens et les Martiens avant la confusion gigantesque de la voie lactée et la création des Nouveaux Cieux et de la Nouvelle Terre.

En explicitant ainsi un de mes cauchemars, je tiens à souligner non seulement ma conviction d’un implacable déterminisme cosmique, mais celle de l’infériorité du Cosmos, – non seulement mon sentiment du mystère débordant et opprimant la puissance de l’homme, mais encore la vocation primordiale de ce dernier, – non seulement mon attention lucide à l’omniprésence de la guerre, génitrice de toute vie, mais mon mépris pour cette absurde Hideuse et ma certitude que, par les voies les plus inattendues, tard mais brusquement, le sang du Christ vaudra à l’humanité la création socialiste, juridique et scientifique de la paix terrestre. Toutefois, je suis loin de penser que cette paix coïncidera alors avec le bonheur qu’elle nous serait présentement (1) et je doute souvent que beaucoup de temps sépare cette conquête de la fin de notre race humaine. Espérance fragile, dira-t-on, et infirme dans son contenu même. Hélas ! Si seulement elle ne cheminait pas comme elle fait – qu’on la nomme apollinienne ou chrétienne – à travers mille embûches ! Si seulement le mal et le bien se groupaient chacun d’un côté d’une quelconque frontière humaine : pays, classe race, religion ! Si seulement la béatitude optimiste de nos espoirs, l’idyllisme complaisant de nos rêves se réalisaient plus souvent que la triste rechute du couvercle de plomb, du cercueil absolu de notre solitude !…

Mais il faut nous résigner à l’irrésistible jeu de la chance et de la race, car Satan, hélas ! est un monsieur très bien et Dieu n’a pas voulu que les choses soient simples.

Alors, Frères humains, nous reste la Prière.
 

Abel Clarté.

 
 

 

YOMBO

anticipation historique — conte fantastique

par Abel CLARTÉ

 

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Lathan vivait des heures troubles. Depuis bientôt deux cent cinquante ans, la primauté de la métropole nègre n’était plus contestée. Ses trente millions d’habitants avaient réalisé le plus parfait équilibre qu’eût jamais vu l’histoire du monde. Ni Babylone ni Rome ni Londres, Paris ni Tokyo n’avaient jamais, au temps de leur plus noble splendeur, connu une plus royale domination. Des provinces les plus lointaines de la Fédération des États-Unis d’Afrique : le Sud d’où il fallait une petite heure pour gagner Lathan en empruntant les lignes d’ondes (2), l’Égypte dont les habitants de Lathan avaient fait leur grande banlieue ; des Dominions : l’orgueilleuse Nippon qui avait été si dure à réduire, la France qui avait été comme l’institutrice des États-Unis d’Afrique ; de Mourmansk, de Californie et du Canada, les denrées les plus rares, les femmes les plus étranges avec leur parfum d’exotisme (blanches comme du lait d’ânesse ou jaunes comme du sable aurifère) venaient s’accumuler à Lathan pour la séduction de la capitale. Et l’immense population de Lathaniens vivait dans le confort des discussions, les drames de l’amour et la multiplication des plaisirs. La ville était dominée par huit cents tourelles qu’occupaient à tour de rôle les magistrats tirés au sort parmi les scribes, sorte de caste ouverte et comprenant les savants les plus remarquables, capables des meilleures performances sportives. Sélectionnée par une eugénique savante, cette élite était traditionnellement chargée de diriger l’Univers pacifié et de mener la lutte contre l’Australie et l’Amérique du Sud toujours indépendants. À part les tours célèbres des scribes, nul édifice ne s’élevait à plus de soixante mètres, mais tous étaient garnis intérieurement de plans inclinés d’ascension invisible et lente aboutissant à des terrasses où chacun pouvait se composer son atmosphère de prédilection, en température, en parfum, et son cadre d’arbres ou de statues. D’ailleurs, ce n’était partout qu’immenses avenues où la circulation était exclusivement faite en voiturettes électriques, les grands déplacements étant souterrains et aériens. Ce n’était que piscines gratuites (on en comptait un million, ce qui était la plus forte densité de toute la Fédération), que théâtres de verdure, maisons de jeux et d’amour, stades et ces superbes Académies de discussion qui s’étaient étrangement développés depuis 455 de Sarna (2407 de Jésus-Christ). On conçoit donc que venir habiter Lathan était la récompense suprême décernée pour une génération aux meilleurs fédérés après des services notables. Tout Lathan vivait en paix de l’activité du reste de l’univers encore assujetti à faire 4 heures de travail par jour ouvrable entre 28 ans (époque à laquelle les fédérés passaient le degré élémentaire des Universités et possédaient alors un bagage suffisant pour élire les élites provinciales) et 40 ans (où les meilleurs accédaient au droit de cité entier). Mais, depuis quelques années, cette organisation dont les Lathanistes étaient si fiers et qui avait fait l’admiration de leurs historiens, était remise en question et sapée par la propagande de Zogod. Cet agitateur prétendait rénover le Sarnisme ou doctrine de Sarna, le Grand Libérateur nègre dont la doctrine avait peu à peu conquis l’Univers (à l’exception précisément de l’Australie et de l’Amérique) et rendu la paix à l’Europe et l’Asie épuisées par de longues guerres des Temps Préafricains.
 

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En ce temps-là en effet (XXe et XXIe siècle chrétiens), le vieux continent eurasiatique, responsable du baptême de l’Univers civilisé, avait été en proie à des luttes chaotiques. Une guerre de doctrines opposait, dit-on, deux grandes factions : ceux qui expliquaient toute concurrence par les luttes de classes et ceux qui ne croyaient qu’aux heurts de races. Mais, tandis que les guerres semblables antérieures avaient affecté presque exclusivement l’Occident ou le Centre de l’Europe (catholiques contre protestants, guelfes contre gibelins), celle-ci embrassait l’Orient et l’Extrême-Orient autant que la Méditerranée. Elle était compliquée par des rivalités secondaires, et c’est ce qui rend l’étude de cette fin du monde préafricain si difficile. Quoi qu’il en soit, l’Afrique avait été promptement préservée de la contagion par son asservissement même et par le soin que les belligérants avaient pris de couper les métropoles des possessions équatoriales. C’est alors que les peuplades des rives de l’Oubanghi s’étaient organisées en Groupes Révolutionnaires à l’instigation de Sarna, instruit de la civilisation d’alors, et avaient commencé cette épopée glorieuse qui aboutit en quelques dizaines d’années, ainsi qu’on le sait, à une Afrique libre de l’Atlantique à l’Océan Indien et du Kalahari au Sahara. La conquête de l’Europe, et surtout la réduction de l’Asie jaune, remplit tout le XXIIe siècle. Un peu partout, les troupes noires avaient été précédées par les missionnaires de Sarna et cela avait facilité beaucoup la conquête. Selon les principes sarnistes, les accouplements humains devaient être soumis à l’autorisation des Docteurs (devenus depuis les Scribes) qui ne la délivraient qu’après analyse des glandes endocrines. Cette sélection humaine avait fortement scandalisé les Anciens, habitués à se choisir entre hommes et femmes par passion ou selon des considérations très bizarres. Mais, en dépit des déviations schismatiques, toutes sporadiques d’ailleurs, le sarnisme avait réussi à résoudre et à dépasser tous les problèmes de répartition des richesses qui hantaient les Anciens et c’est à lui que l’on devait la relative unité du Monde auprès de laquelle les plus prestigieuses réussites de l’Antiquité (Égypte des Pharaons, Empire Romain ou Empire Britannique) étaient vraiment insignifiantes. Le succès avait récompensé l’effort et, depuis deux siècles et plus, les vieux fléaux qui avaient affligé la terre : tuberculose, peste, lèpre, taudis, avaient disparu des rives de la Fédération. Désormais, on ne comptait plus que sur l’exemple de cette longue paix lathanique pour convertir au Sarnisme et faire entrer dans la Fédération, l’Australie et l’Amérique du Sud obstinés dans des civilisations hétéroclites rappelant celles de l’anarchie préafricaine. Aussi les Sarnistes fidèles étaient-ils scandalisés devant les impatiences qui renaissaient ; les fédérés provinciaux blancs et jaunes se plaignaient en effet de n’être pas admis tous au droit de cité et de mariage sarniste, mais cette revendication politique n’était que l’ombre portée d’une insatisfaction sexuelle terrible. Sans qu’ils osassent tous l’avouer aux Scribes respectés, hommes et femmes voulaient se lancer à nouveau dans l’aventure des accouplements inconsidérés. Alors était intervenu Zogod qui n’avait eu qu’à catalyser en doctrine ces aspirations confuses. En vain lui opposait-on la menace de voir renaître les concurrences de peuples ou même se reconstituer les classes sociales d’avant l’Eugénique Sarniste. Zogod voyait croître de jour en jour le nombre de ses partisans et ne visait à rien moins que rendre aux individus contrôlés dans leurs générations la liberté des croisements. Les plus avisés des Scribes voyaient là un signe et un danger de décadence, tandis que les partisans de Zogod appelaient cette effrayante liberté, triste comportement de l’antiquité présarnienne, une renaissance. On eût arrêté Zogod, mais il était précisément un descendant des compagnons du Grand Libérateur. Ainsi, pour la première fois depuis deux siècles et demi, on se prenait à craindre une guerre civile entre Zogodistes et Sarnistes traditionnels, guerre qui fit subir à Lathan le sort jadis réservé à la Rome et au Paris antiques. Cette inquiétude provoquait dans les Universités une véritable fièvre d’études sur le moyen âge blanc, spécialement sur l’époque des guerres présarniennes. Et que l’on revint s’appesantir sur des temps si troubles était bien signe d’un grand désordre.
 

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De toutes parts, d’ailleurs, bouillonnait l’esprit des hommes. Si les conquérants nègres avaient, au XXIe siècle, cru liquider toutes les religions, si les plus hauts dignitaires du Bouddhisme, du Christianisme, de l’Islam avaient payé de leur vie et de leurs charges la condamnation hâtivement portée par eux contre les Africains, si le XXIIe siècle avait été si profondément matérialiste qu’on avait cru le phénomène décisif, la vague d’immense neurasthénie consécutive avait provoqué un fourmillement d’investigations philosophiques. Tous ceux et celles qui s’apercevaient que jamais le bonheur ne leur serait donné sur terre, que l’équité s’éloignait toujours des régions conquises apparemment, que la guerre même risquait encore de renaître avec des moyens si terribles que l’on se prenait à envier le moyen âge blanc, que les doctrines sociales vieillissaient toutes et que, pour beaucoup, s’éloignait sans retour l’espérance, tous ceux-là se retournaient vers le mystère et une formidable renaissance religieuse se dessinait. Les Universités et les Scribes d’abord, le Peuple et les fédérés ensuite, s’étaient réconciliés avec les croyances et les recherches saintes et, de nouveau, des prières s’élevaient, non plus dans le silence tremblant des âmes, mais dans les architectures enchanteresses des temples. Confucius, le Bouddha et les Mosquées de Mahomet remplissaient de nouveau de leur vieille sagesse les cœurs altérés, mais c’est surtout le Christianisme qui allumait le feu dans les esprits embroussaillés et versait l’eau sur les terres desséchées. Le Pape, successeur de celui que les disciples de Sarna avaient supplicié pour le punir de les avoir excommuniés et maudits, était installé dans l’île d’Hawaï, au contact des deux univers, à un heure d’Australie et deux de Lathan. Et c’est des missionnaires envoyés par lui que Kras, en Éthiopie, avait reçu le nouvel et ancien message de Jérusalem.
 

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Habitant de Kras, Yombo était, dans les monts abyssins, un pieux berger chrétien, paissant les trois mille bœufs qu’il guidait d’une baguette habile à propager les ondes dont les hommes étaient devenus maîtres. Il passait là trois jours sur sept, puis partait à Lathan s’instruire et s’amuser dans les Universités et les Piscines. Ondulé plus que crépu, olivâtre de teint, il avait une force peu commune et une grande harmonie de lignes. Le topagne (3) fauve et cendré qu’il portait en tous temps moulait son torse large et ses jambes nerveuses comme celles des Égyptiens de l’antiquité préromaine. Quoique orphelin, il vivait seul dans une de ces confortables « maisons totales » qu’avait inventées le XXIe siècle et où chacun trouvait, à prix modiques, nourriture, jeux, livres, compagnie, solitude, et de là il se rendait en autogyre à sa bergerie les jours de travail. Maintes femmes de Kras le désiraient. Lui, l’âme pleine de sentiments mystiques, avide de performances physiques, natation entre autres, et de débats académiques, semblait ne pas les voir. Peu occupaient son attention et toujours peu de temps. À aucune il n’avait jamais parlé un vrai langage de tendresse. Par contre, l’opposition du zogodisme et de la tradition le hantait et c’est à cela qu’il rêvait le plus souvent sous les palmiers et les orchidées des hauts plateaux de la Déga.
 

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Or, le douzième jour du mois des moissons de 2467 du Christ, Yombo avait quitté comme de coutume Kras pour Lathan. Il s’était rendu au Palatium, la plus récente et la plus belle piscine de la capitale. Les spectateurs des galeries et les nageurs des piscines semblaient particulièrement agités. De toutes parts se formaient des groupes qui dissertaient avec animation. Arrivant de ses montagnes, Yombo était surpris, non de la dispute, mais de sa violence. « Nous voulons, clamaient les uns, évidemment zogodistes, épouser librement les femmes de toute espèce et même, s’il nous plaît, porter comme les anciens Grecs notre tendresse aux adolescents enchanteurs. Nous subissons la pire tyrannie de tous les temps et sommes plus malheureux que les esclaves et les soldats d’avant Sarna. » Mais d’autres répondaient, avec encore plus de violence, car les traditionalistes étaient encore plus excités et se donnaient des allures de novateurs : « Allez-vous, pour un chimérique bonheur, supprimer le principe même de vos plaisirs et consacrer la ruine de l’Empire ? Il faut en finir avec tout ce débordement et dépasser le stade de la neurasthénie collective, en remaniant certes la vieille eugénique, mais sans supprimer le contrôle, base même de notre prospérité. Zogod n’est qu’un démagogue. Si cela nous regardait, nous le mettrions au fer et avec lui tous les soi-disant mécontents de votre espèce. Il y a trop à faire encore pour venir à bout des non-fédérés. Vous ne souffrez que de la liberté que l’on vous laisse. Il faudrait une dictature pour vous faire entendre raison et remettre Lathan en ordre et en paix. » Tout à coup, un partisan de Zogod, habile gymnaste, se hissa à la haute barre mobile qui servait de plongeon acrobatique et, de cette position pittoresque, harangua le Palatium. Ce fut alors un beau tumulte. Bientôt, l’édifice retentit de clameurs ; des coups commençaient à s’échanger et, comme une poche d’eau longtemps prisonnière s’échappant en siphon du sein de la montagne, une colère sans mesure secoua tout à coup les défenseurs du Sarnisme, outrés devant les propos réformistes comme ils l’eussent été devant un sacrilège. Sur un coup de sifflet, un groupe de jeunes particulièrement ardents se ruèrent contre leurs adversaires. Ce fut une affreuse bagarre. La police alertée tardait à venir. Quand la brigade des gaz actionna enfin les vaporisateurs léthargiques, le sang avait coulé. Yombo fut évacué parmi les autres. Au-dehors, sur la place de Rome-et-Paris, dans les allées de Babylone et jusqu’au carrefour du Vieux Continent, une foule émue ou nerveuse semblait encore prête à se heurter. Des huit cents tourelles tombaient les appels au calme des Scribes. La province s’émouvait. Alexandrie d’Égypte, Kalahar, capitale du Jardin de Kalahari (l’ancien désert), Valence d’Espagne, Riga exigèrent qu’on transmît aux provinces par radio la vision et l’audition de la capitale et celle du Palatium. Mais c’est Mourmansk qui réagit le plus vigoureusement. Presque entièrement acquise au zogodisme, la garnison se révolta et parla même de bombarder Lathan avec les torpilles guidées par des émissions souterraines, les redoutables engins de guerre dont on attendait d’atroces ravages. Certes, Lathan se pouvait défendre. Mais les Scribes préférèrent parlementer. Ce fut, de loin et par téléprésence, une entrevue dramatique entre les rebelles et les Scribes. Les antizogodistes, de leur côté, menaçaient d’entrer en guerre civile si les Scribes châtiaient les jeunes gens qui avaient chargé les révolutionnaires. Enfin, l’ampleur même du danger apaisa les passions ; une amnistie intervint ; on surveilla soigneusement les Piscines et le Palatium fut transformé en Musée fédéral de Concorde, tandis que les funérailles de ses victimes donnaient lieu à une grandiose manifestation de deuil public.
 

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L’alerte toutefois avait été chaude. Il semblait que la propagande zogodiste tirait profit de cette première bataille et que l’équation des forces empêchât seule le déchaînement d’une guerre civile dont l’issue était incertaine, mais dont le caractère atroce risquait de remettre en question la domination de Lathan elle-même, le lien fédéral et peut-être la civilisation tout court. Yombo était revenu, atterré, à Kras et ne quittait plus l’Éthiopie. Il ne cessait de prier et de méditer, tout en gardant ses troupeaux, sur les moyens de rétablir la paix parmi ses compatriotes… C’est dans cet été tragique que, un matin, dormant encore, Yombo fut éveillé par un signal d’alerte de sa bergerie. Ainsi que nous le savons, à cette époque, la garde des bêtes dans les montagnes se faisait par le moyen d’un jeu d’ondes qu’un appareil compliqué dirigeait. Ainsi, tout se comportait comme si une frontière était tracée, dont le passage par un troupeau de vaches déclenchât une sonnerie. Aussitôt, Yombo se rendit dans son autogyre, montant au lieu désigné sur le graphique alerté et, par le moyen de sa baguette manieuse d’ondes, contraignit le troupeau égaré à rejoindre son domaine. C’était là aventure banale. Mais, tout à coup, Yombo vit les génisses, qui couraient en tête, renversées violemment à terre. Les autres, terrifiées, résistèrent aux ondes de leur maître et, sorties du cercle qui les enveloppait, s’enfuirent à nouveau vers la haute montagne. Yombo les abandonna. Il pressentit qu’un court-circuit avait dû se produire et que son chemin d’ondes avait été troublé par une autre émission. Muni de sa tunique isolante, il ne craignait guère. Il descendit de son autogyre et s’approcha. Alors, un spectacle prodigieuse l’émut. Tout à côté des pauvres bêtes foudroyées par l’étincelle, courait un étrange animal. On eût dit une abeille, mais elle avait la taille d’un petit chien. Non loin d’elle, un véritable essaim d’autres abeilles de dimension ordinaire voletait autour des cadavres des génisses. Yombo eut un pressentiment semblable à une illumination. Il manœuvra sa baguette d’ondes de manière à localiser autour des cadavres le maximum de puissance. Tout à coup, une vibration s’empara de lui. Il ne chercha pas longtemps son origine : c’était l’induction d’une émission très forte. Yombo pensa qu’il s’agissait de ces ondes souterraines dont on parlait tant, dites « ondes de guerre, » au moyen desquelles on guidait les torpilles stratosphériques, comme on eût fait d’un aimant déplacé pour mouvoir un métal sensible. Mais il n’eut pas le temps de s’arrêter à cette surprise déjà si émouvante. Voici que l’étincelle produite par l’incidence de son rayon de baguette et du puissant train d’ondes souterrain, loin de déterminer la mort des abeilles, les faisait grandir. Oui, Yombo n’en pouvait douter. Ce n’était pas une magie. Les bestioles semblaient prises de convulsion, comme fascinées par un miroir invisible, et leurs têtes, leurs ailes, leurs pattes grandissaient. Elles éprouvaient, eût-on dit, la force de ces dernières en se dressant sur deux d’entre elles, comme font les hommes. Yombo était terrifié. Il se confia intimement au bon Dieu. C’était un instant magnifique de la montagne. Les pics étincelaient comme des cierges aux flammes vibrantes. Le tapis des alpages frissonnait. Les verts dégradés et les eaux torrentielles buvaient la lumière de midi. Ranimé par cette splendeur, Yombo se ressaisit assez pour se rendre maître d’un insecte devenu gros comme un chat. Le soir même, il le livrait à un laboratoire de Kras.
 

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Yombo comptait au laboratoire maints amis. Un, entre autres, une plutôt, la doctoresse Darsie, s’empressa toute une nuit autour de ces monstres subitement engendrés, mais, chose étonnante, ni Darsie ni Yombo ne parvenaient à tuer l’animal. Comme si elle traversait un fluide, l’aiguille parcourait le corps de l’insecte sans le meurtrir. Vaguement agacé seulement, il se déplaçait. Les plus fortes chaleurs semblaient aussi lui être indifférentes. Les gaz asphyxiants paraissaient constituer un milieu neutre auquel il s’accoutumait aussitôt. Le prodige était fabuleux. On essaya le froid. Depuis l’invention du podium, les abîmes que les Anciens ne pouvaient mesurer entre cent degrés centigrades et le froid absolu avaient été explorés et divisés, comme l’on sait, en degrés podiques. Il ne fallut pas moins de 700 degrés podiques pour faire passer à trépas sans l’endommager le monstre, aussitôt baptisé « abeille de Yombo. » Une nuit palpitante, parmi les cornues et les microscopes perfectionnés, une nuit où les étoiles hurlaient de fièvre au-dessus des vastes bâtiments du laboratoire, une nuit ardente permit aux amis de Yombo de déceler le « comment » du phénomène. Les étincelles dues au croisement des ondes ordinaires et des « rayons souterrains » de guerre avaient déterminé une suractivité des glandes endocrines de l’insecte, suractivité ayant pour conséquence un gigantisme soudain. Spectateur privilégié, Yombo avait assisté à une véritable variation brusque d’espèce animale, une variation instantanée, comme il semble que l’univers n’en avait jamais connu d’autres avant lui. Après avoir minutieusement disséqué l’animal témoin, on essaya le processus sur de petits insectes. Il se vérifia presque toujours efficace. Non seulement les abeilles, mais la plupart des espèces dont on put en si peu de temps se procurer les échantillons, subirent une même évolution. « Voilà, se disaient Darsie, Yombo et leurs amis, voilà qui va changer bien des données des sciences naturelles. » Déjà, ils complotaient de saisir du phénomène l’Institut Fédéral de Lathan. L’aube naissait. Rose à l’accoutumée, la messagère du jour luisait à travers les verrières. Une immense allégresse emplissait déjà le cœur de Yombo. Sa ferveur scientifique et sa foi religieuse s’exaltaient à l’envi devant sa providentielle découverte…
 

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Hélas ! Hélas ! Le temps même de l’annoncer au monde ne leur fut pas donné. Depuis deux heures, Lathan était en guerre. La torpille dont la trajectoire avait eu les prodigieuses conséquences que nous avons vues s’était abattue sur les îles flottantes des garnisons de l’Atlantique. Mourmansk s’était à nouveau révoltée, aussitôt suivie du Labrador. L’Austro-Amérique avait saisi l’occasion d’attaquer la Fédération. Ce n’était déjà qu’universel conflit, guerre civile et guerre extérieure. Un de ces « conflits-surprises » dont le moyen âge blanc n’avait aucune idée. Jamais l’humanité n’avait connu pareille guerre. Non, ni l’antiquité assyrienne aux troupeaux de vaincus réduits en esclavage, ni les siècles post-romains avec leurs invasions et leurs croisades, ni l’histoire ancienne de Paris, Berlin et l’Empire Britannique si fiers de leurs « grandes guerres, » ni les colonisations, ni les guerres de religion, ni les grands démagogues Sylla, César ou Mussolini, ni aucun des conquérants, Alexandre ou Napoléon, qui avaient troublé la paix des hommes, ni même les guerres des Racistes et des Marxistes de l’antiquité n’avaient, en tant de siècles, vu couler ou répandu le sang qui déborda alors en quelques jours. Le ciel était sillonné de fusées ; les mers bouillonnaient ou soudain se prenaient comme des banquises, car on se battait avec le froid et le chaud ; partout surgissaient projecteurs ou ténèbres. Des profondeurs du sol sortaient merveilleusement des armées entières, venues par d’interminables tunnels creusés en quelques instants au moyen de perforatrices silencieuses et géantes. Les villes s’écroulaient et les nuées tonnaient. Les épidémies se répandaient, les vaccins s’annulaient. Tout était tremblement, confusion et détresse. Dominant tout, la haine et l’horreur étouffaient les âmes des hommes. Yombo fut mobilisé sur place. Les guerres ne se faisaient plus depuis longtemps grâce à des levées de tous les mâles, comme les avaient affectionnées les temps écoulés entre la Révolution de France (dans l’ancienne Europe, à la fin du XVIIIe siècle du Christ) et le XXIIe siècle de la même ère, mais chaque province donnait au contraire un tout petit nombre de combattants des deux sexes fabuleusement équipés et le reste était l’objet d’une totale réquisition. Yombo devait assurer la garde de Kras en tant que « maîtriseur d’ondes. » C’est ainsi qu’on désignait les guerriers chargés de détourner par un jeu d’émissions les ondes délétères de l’ennemi. Activité de tous les instants d’ailleurs, harassante en dépit du loisir qu’elle laissait. L’humanité, depuis le début de la planète, n’a rien fait de grand sans créer pour cela un esclavage, de quelque nom que les siècles aient appelé ce phénomène : servage, traite, service militaire ou réquisition. Yombo était au mieux avec le chef élu des services de maîtrise d’ondes, ce que l’antiquité européenne eût appelé un « général. » L’État-Major du Maître d’ondes était situé au sein d’une haute montagne géodésiquement choisie pour sa densité si variée que presque toutes les émissions ennemies étaient impuissantes à parvenir au centre isolé. C’est à des kilomètres de là qu’étaient les postes de surveillance reliés à la Maîtrise d’ondes. À l’étonnement général, les deux guerres duraient. La civile avait tendance à se localiser, tandis que la lutte entre la Fédération et l’Austro-Amérique s’intensifiait sans décision. Mais le 24e jour des vendanges, une fabuleuse décharge ébranla tout à coup l’air, la mer et les terres. Dans un épouvantable fracas qui impressionna tous les postes à six mille kilomètres à la ronde, Lathan fut détruite. Oui, cette ville unique, ce prestigieux succès de la civilisation humaine fut en un instant anéantie. Une série de torpilles souterraines et de rayons aériens avaient établi, au-dessus et au-dessous de la métropole géante, un réseau d’ondes de potentiel opposé, et soudain une surtension calculée avait déclenché, de deux kilomètres sous terre jusqu’aux confins stratosphériques, la plus monstrueuse décharge de forces qu’actionnèrent jamais les mains des hommes. Dans une vision d’apocalypse, la terre sembla bouillir, les roches se dissocièrent, les métaux furent réduits en fusion, l’atmosphère fut décomposée et, en moins d’une nuit, ce qui avait été plus que New-York, Rome et Babylone, Nankin et les villes aztèques réunies, ne fut plus qu’une sorte d’immense plaie visqueuse où la terre pleurait la folie des hommes…
 

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L’événement avait été prévu et ne surprit pas. Il existait un plan pour la continuation de la guerre après la fin de Lathan. Chacune des provinces et des armées survivantes savait à quel centre demander des ordres et offrir des services. Mais nul n’avait prévu ce qui suivit la fin de Lathan. Yombo, ce soir où se produisit le cataclysme, était dans un spacieux jardin souterrain. Étendus sur une nappe de matières isolantes, le Maître d’ondes et lui observaient une sorte de plaque d’eau. C’est là qu’aboutissaient, par le moyen d’instruments perfectionnés, des observations variées s’étendant sur une vaste fraction de l’univers. Au-dessus de Lathan, les deux fédéralistes terrifiés perçurent la signalisation et la vision du phénomène suivant : des corpuscules menus et innombrables s’élevèrent en grand nombre, comme attirés vers les étoiles. Ils s’accumulèrent à des altitudes énormes, tourbillonnèrent, puis, soudain, à une vitesse d’ouragan, furent projetés en direction du Tibet, là même d’où étaient parties les torpilles et, après à peine deux heures, s’abattirent en pluies de boues épaisses de vingt mètres sur deux cents kilomètres carrés. Ensuite, le ciel s’illumina ; il devint clair comme il avait dû l’être à l’origine du monde, quand l’esprit de Dieu flottait sur les eaux, et, dans une étrange lumière glauque, un arc-en-ciel se dessina. Le silence suivit. Toute la terre suivait le phénomène, de partout perceptible, par téléobservation. Les cœurs des hommes, tout à coup, se serrèrent. Sur toute la trajectoire immense qui reliait Lathan au Tibet, par le Tchad, les confins saharo-syrénaïques, la Mer Rouge, la Mésopotamie et l’Iran, sur tout ce parcours où ne vivait plus aucun homme, entraient dans une sorte de transe tous les insectes de la création, mais non plus les petits insectes, mais des sortes de grands géants comme 20 fois des hommes. Bien mieux, comme si leur regard ou quelque sens particulier transperçait les roches, les insectes géants, insensibles aux ondes et aux décharges, s’emparaient des hommes les plus cachés, et, quoique tout petits par rapport aux montagnes, décapant le sommet de celles-ci comme on soulève des couvercles de marmites, ils faisaient sortir de leur tanière les guerriers les plus en sûreté. Bien plus ; il se passa des choses ignobles qui saisirent d’effroi tous les spectateurs les plus endurcis du monde. Livides de folie et comme mécanisées, les mères tendaient leurs propres nourrissons aux bêtes horribles. Bientôt, cette attitude étrange fut expliquée par une rescapée. « Aussitôt, avouait-elle, qu’un insecte fixait un être humain, celui-ci était comme envoûté et toutes ses pensées étaient connues de l’insecte. Sa volonté même lui était assujettie. » Ainsi, tels des oiseaux que les serpents fascinent, les hommes obéissaient à leurs maîtres nouveaux. Et une seule nuit avait libéré toute cette horreur.
 

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Alors, c’en fut fini de la haine entre hommes. Fédéraux, Zogodistes et Austraméricains entrèrent en négociations. La paix fut conclue en quelques instants.

En Yombo, ce fut une illumination soudaine. Il se souvint que, pour obtenir la mort de l’abeille, il lui avait fallu, dans le laboratoire de Kras, user d’un froid inouï. Il en fit part au Maîtriseur d’ondes. Celui-ci communiqua à tous les hommes éloignés de la zone infernale la découverte de Yombo, qui devint en un instant le plus aimé des hommes. Yombo fut alors supplié de diriger la lutte et chargé de tous pouvoirs par tout l’Univers. D’abord, en Éthiopie, il fit exterminer, par le moyen de frigidaires géants, tout le monde inférieur afin qu’il ne pût grandir. Puis, profitant de ce que les insectes n’avaient pour se mouvoir que leurs jambes, les hommes avancèrent de tous côtés en utilisant les nappes de froid. Hélas ! les malheureux dont le regard croisait, même à des kilomètres, les regards et les rayons des insectes étaient aussitôt poussés par le pouvoir des monstres à se battre contre leurs propres camarades. Yombo, attentif à tous les fronts, veillait sur toute la race humaine. De tous côtés de l’Univers, son nom retentissait, chargé de la reconnaissance des hommes : « Yombo ! Yombo ! disaient en pleurant les mères affolées, délivrez-nous des insectes ! » Et sur les îles flottantes, dans les cités sous-marines, au sommet des montagnes, dans l’ombre et au soleil, du pôle à l’équateur, tandis que les nappes de froid réduisaient le secteur occupé par les bêtes ignobles, s’élevait au ciel un seul nom béni : « Yombo ! Yombo ! »
 

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La lutte épuisante, l’épopée prodigieuse dura sept jours, les plus graves qu’eût jamais vécus la triste race humaine. Par bonheur, le XXVe siècle possédait la connaissance des substances qui abolissent faim et sommeil. Et, au bout du cinquième jour, Yombo, ayant longtemps médité, observé et prié, apprit de la doctoresse Darsie la recette pour venir tout à fait à bout des insectes. Par un jeu de miroirs, des interférences solaires réduisirent l’activité des glandes internes des insectes et ce redevint un jeu de les détruire. Il fallait voir la joie des hommes quand ils purent à nouveau écraser sous leurs pieds les insectes ennemis !
 

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À quelque temps de là, Kras en Ethiopie, devenue la nouvelle Lathan, fut le théâtre d’une grande fête. Le monde était neuf comme une aube lavée et frais comme une chambre nuptiale qui attend la fiancée. Les millions d’hommes accourus de tous pays communiaient dans la ferveur du nom magique de leur sauveur. Les avenues qui se traçaient à toute vitesse, les Églises édifiées à vue d’œil, les innombrables caravanes débarquées des trains d’ondes, les races emmêlées, chaque peuple pittoresquement vêtu à la mode antique, des Blancs qu’on eût dit échappés du XXe siècle, et des Romains en toge et des Hittites et des Péruviens, célébraient la nouvelle Paix des hommes. Habitants d’Australie, amis de Zogod, fidèles de Sarna, tous à l’envie criaient : « Yombo ! Yombo ! » Pour le bénir, le Pape était venu d’Hawaï. Yombo, du haut d’une énorme tour, parla longtemps à ses contemporains. Il leur donna des lois justes, des institutions fortes et simples qu’il n’est pas dans mon dessein d’énumérer, et tous jurèrent de les respecter, eux et leurs enfants.

Ayant enfin gagné son repos, Yombo se retira dans la montagne d’Himalaya et, volontairement, sans communications humaines, il pria qu’on ne le dérangeât pas. Là, il resta des mois à louer Dieu dans la majesté première des sommets où tout est plus pur que dans les vallées.
 

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Quand, pris de nostalgie, il revint à la nouvelle Lathan, usé d’avoir si intensément vécu, l’ancien habitant de Kras n’était plus qu’un vieillard prématuré. Les citoyens de l’Univers unifié, interprétant différemment ses lois, semblaient à nouveau prêts d’en venir aux mains. Yombo en fut fort endolori et chercha en vain à les réconcilier. La ferveur de la libération était éteinte. Tout à fait las, Yombo voulut repartir dans l’Everest. Hélas, il ne devait pas revoir la montagne. La veille de son départ, comme il cheminait auprès d’une cascade, il croisa une fillette. Depuis le début des temps, nulle n’avait été si belle. Ses yeux verts jetaient des éclats phosphorescents et sa chair vibrait comme un bois précieux. Yombo fut saisi d’un ravissement intense. Comme fou, il s’approcha d’elle. « Je suis Yombo, lui dit-il haletant, et je vous aime. » Ces vieux termes usés rendaient, dans sa bouche, une musique neuve. Les acajous fantastiques, les sagoutiers, les bambous et les tecks élevaient au-dessus d’eux une voûte plus belle que la voûte céleste. L’eau chantait le thème central d’une symphonie qu’accompagnaient toutes les bêtes, du curieux toucan aux singes hurleurs. Tout invitait subitement Yombo à son destin amoureux d’homme. La jeune fille cependant frissonna sans mot dire. « Qui êtes-vous ? reprit Yombo. – Je suis Sylvia, » fit-elle en tremblant. Puis, soudain saisie d’une peur panique, elle s’enfuit dans la forêt.

Yombo demeura atterré. Il se contempla dans l’eau sombre et se trouva très laid. Il n’avait plus la force de se lever. Abandonné de toute énergie, il resta des jours et des nuits prostré et méditatif. Yombo, attentif à l’orchestre de cette forêt luxuriante, croyait percevoir un bouillonnement alarmant dans l’univers des bêtes et des plantes dont il était devenu familier. Il lui semblait que le monde inférieur était à nouveau inquiet d’un grand tourment et que la race humaine allait subir de nouveaux assauts. Comme Scipion pleurant sur Rome devant Carthage anéantie, le vainqueur des insectes craignait pour ses frères humains une déchéance tragique de la royauté sur les espèces vivantes. Et, cependant, ce n’est pas cette angoisse qui le rongeait le plus. Lancinant comme un remords, le regret du bonheur et de l’amour sensuel et sensoriel mordait sa chair, lui déchirait les seins et faisait palpiter son cœur exténué. Il transpirait d’une sueur que le ressentiment de sa vie sèche et seule renouvelait à chaque instant comme la source d’un poison. Et, quelques jours plus tard, les hyènes vinrent manger la dépouille de l’homme qui avait été, à l’heure la plus grave de l’histoire humaine, l’instrument salutaire de Dieu.
 

ABEL CLARTÉ

 

Écrit en 1936.
 
 

 

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(1) Les inventions pour le mal que font les gens de bien m’effraient davantage que ne me consolent les bonnes œuvres involontairement créées par les méchants. Si Adolf Hitler avait été un libertin au lieu d’un ascète, l’harmonie morale de l’humanité serait meilleure.

La Démocratie a fait lever le racisme et la guerre par le principe des nationalités et la conscription. L’Inquisition a brûlé plus d’âmes que de corps en ridiculisant la primauté du spirituel. Et je songe à l’atroce puissance des tyrans le jour où, pour interroger les criminels, un bon juge aura trouvé le moyen de lire dans le repli des consciences. Alors, notre temps lui-même paraîtra à nos neveux un âge d’or.
 

(2) Trains aériens mus et guidés par des décharges obtenues de la désintégration de la latérite, la plus grande invention du 21e siècle.
 

(3) Vêtement ample taillé à la manière des tuniques anciennes dans une étoffe de poils de chameaux et de laine mêlés de soie en un mélange ignifuge, isolant, imperméable et aéré, vêtement de travail du 5e siècle sarniste (25e siècle chrétien).