Le curé est venu voir ma mère et il lui a dit que j’étais fou.
Alors, ma mère m’a attaché à ma chaise. Le curé m’a fait un trou dans la nuque avec un bistouri et il m’a extrait la pierre de la folie. Puis ils m’ont porté, pieds et poings liés, jusqu’à la nef des fous.
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Derrière, il y a une nonne et une grande poêle sur le feu. Je crois qu’elle fait une omelette car je vois près d’elle deux gigantesques œufs. Je m’approche ; elle me regarde fixement et j’aperçois sous sa robe deux cuisses de grenouilles à la place des jambes.
Dans la poêle, il y a un homme qui a l’air indifférent. De temps en temps, il sort un pied – peut-être a-t-il chaud – mais la nonne l’en empêche. Maintenant, l’homme ne bouge plus et une sorte de bouillon qui sent le consommé le recouvre complètement. La soupe devient très épaisse ; je ne le vois plus.
La nonne me dit de venir dans un coin. Je l’accompagne. Elle se met à me parler et à me débiter des obscénités. Pour mieux la comprendre, je m’approche d’elle. Je sens qu’elle caresse mon sexe mais je n’ose pas protester. Quelqu’un rit derrière nous. Je regarde les mains de la nonne et je découvre deux pattes de grenouille.
Je suis nu : j’ai peur qu’on me voie dans cet état. Elle me dit de me placer dans la grande poêle pour que personne ne me surprenne. Je m’y place. Le bouillon devient de plus en plus brûlant : j’essaie de sortir un pied de la poêle mais la nonne m’en empêche. Soudain, le consommé me recouvre complètement et je sens que la chaleur augmente sans cesse.
Maintenant, je brûle.
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La fillette nue à cheval me dit d’aller sur la place.
Je m’y rendis. Je vis les gens jouer avec des boules qu’ils lançaient et rattrapaient grâce à un gros élastique. Lorsque je traversai la place, tous cessèrent de jouer et ils me montrèrent du doigt en riant. Alors, je me mis à courir et ils me jetèrent des boules qui roulaient à terre près de moi sans m’atteindre : Elles étaient en fer.
Je me précipitai aveuglément dans la première rue que je rencontrai. Je compris, après, que je m’étais engagé dans une impasse. Je revins vers la place.
Un cheval se lança à ma poursuite ; je me cachai derrière un arbre à plusieurs troncs pour lui échapper. Le cheval se jeta sur moi mais il resta prisonnier de l’arbre dont les branches se resserrèrent sur lui. Je levais les yeux et je vis la fillette nue.
J’essayai de délivrer le cheval ; il me mordit la main, m’arrachant une partie du poignet. Il hennit et sembla rire. Les gens se mirent à me jeter des boules de fer et la fillette nue sur le cheval cachait son visage pour ne pas laisser voir qu’elle s’esclaffait.
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« Mon enfant, mon enfant. »
Enfin, elle alluma une lampe minuscule et je pus voir son corps, mais non son visage plongé dans l’obscurité.
Je lui dis : « Maman. »
Elle me demanda de la prendre dans mes bras. Je la pris dans mes bras et je sentis ses ongles s’enfoncer dans mes épaules : bientôt, le sang jaillit, humide.
Elle me dit : « Mon enfant, mon enfant, embrasse-moi. »
Je m’approchai et l’embrassai, et je sentis ses dents s’enfoncer dans mon cou et le sang couler.
Alors, je m’aperçus qu’elle portait, pendue à sa ceinture, une petite cage avec un moineau à l’intérieur. Il était blessé mais il chantait : son sang était mon sang.
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Elle m’a donné un bouquet de fleurs, m’a mis une veste rouge et m’a fait grimper sur ses épaules. Elle disait : « Comme c’est un nain, il a un complexe d’infériorité fou » et les gens riaient.
Elle marchait très vite et je me tenais avec force à son front pour ne pas tomber. Autour de nous, il y avait beaucoup d’enfants et j’avais beau être grimpé sur elle, j’arrivais à peine à la hauteur de leurs genoux.
Quand je me sentis fatigué, elle me donna à boire une coupe remplie d’un liquide rouge qui avait un goût de coca-cola. Dès que j’eus fini, elle se remit à courir. Et les gens riaient ; on aurait dit qu’ils caquetaient. Elle leur demanda de ne plus rire parce que j’étais très susceptible. Et les gens rirent aux éclats.
Elle courait de plus en plus vite et je voyais ses seins dénudés et sa chemise qui flottait au vent. Les gens riaient de plus belle.
Enfin, elle me déposa à terre et disparut. Un groupe d’énormes poules rouges s’approcha de moi en caquetant. Je n’étais pas plus grand que les becs qui s’approchaient pour me picorer.

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(Arrabal, in La Brèche, action surréaliste, n° 3, septembre 1962. Anonyme, « Het snijden van de kei » [Extraction de la pierre de folie], huile sur panneau, seconde moitié du XVIIe siècle ; l’illustration de Mimi Parent est extraite de la parution originale)
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