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UN HABITANT DE BRIGNOGAN A FAILLI

INCINÉRER LES RESTES D’UN « KORRIGAN »

… DU MOINS, IL LE SUPPOSE

 

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Un vieux Brestois, qui s’intéresse au folklore de Basse-Bretagne, nous fait part d’une découverte qu’il a faite au sujet des Korrigans :

Le Korrigan est un petit être de 25 à 30 centimètres de haut, caché le jour et ne se montrant qu’au clair de lune.

C’est un troglodyte, aimant par conséquent les terrains dans lesquels se trouvent les cavernes. On le rencontre en Bretagne, principalement dans le Finistère. Jusqu’à présent, il n’y avait eu à en voir que les gens de la campagne rentant chez eux au clair de lune, après avoir passé, en général, leur après-midi à l’auberge du village voisin.

Un peu imprégné du « gwin ardant » (eau-de-vie), ils sortaient avec une pression artérielle assez forte, de telle sorte que leur artère rétinienne leur permettait de voir des choses inconnues des autres humains. Fatigués en cours de route, ils s’abritaient à l’abri d’un menhir et (on ne sait pourquoi), tout à coup, tout tournait autour d’eux et ils se trouvaient entourés d’ure ronde endiablée de petits êtres transparents. Tout en dansant, ceux-ci psalmodiaient tous les jours de la semaine : lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, s’arrêtant à dimanche que seul notre homme devait prononcer. Hélas, il n’en avait plus la force, ni la mémoire, car ce mouvement tournant avait jeté son coup de massue par-dessus l’alcool absorbé. Il tombait alors comme une masse au pied de la pierre celtique et ne se réveillait qu’au petit jour, la tête un peu lourde, avec seulement un vague souvenir de fin de soirée.

Chez lui il rentrait et expliquait à sa femme que son retard avait été dû à sa rencontre nocturne dont il retrouvait les détails.

J’estime donc que le Korrigan n’est pas un génie malfaisant, au contraire, car grâce à lui il n’y avait pas de brouille dans le ménage. Un hasard providentiel m’a permis, cette année, de voir un Korrigan.

J’étais à Brignogan chez un membre de ma famille, qui me montra le sujet lignifié dont la photographie est ci-jointe. Je m’écriais aussitôt  :

« Mais c’est un Korrigan ! Comment as-tu pu te le procurer ?

– Tu sais combien le combustible est rare dans la contrée et j’avais besoin d’un peu de bois pour ma cuisine. J’ai pu, par chance, m’en faire livrer par une ferme sise près du menhir tout proche.

C’était le bois d’une racine longeant la pierre celtique, provenant d’un très vieil arbre jeté à bas par la tempête. Le tout, scié en petites bûches par un garçon de la ferme, me fut apporté en vrac dans un grand sac et vidé dans une caisse voisine du foyer.

Il y a quelques jours, ayant besoin d’ajouter un élément dans mon brasier, je saisis, sans faire attention, l’objet que je viens de te montrer quand, me retournant, je m’écriai : « Mais c’est un petit être que j’incinère ! » Aussitôt, je l’ai arraché du feu, un peu carbonisé déjà, mais heureusement suffisamment intact pour que l’on puisse l’étudier. »

Je me le suis fait offrir et, l’ayant emporté, voici le fruit de mes réflexions.

C’est bien un des nains, qui dansaient autrefois autour du menhir.

Il a une forme presque complètement humaine. Il présente une tête en pain de sucre comme un capuchon de capucin, un nez, des yeux, barbe, chevelure et quatre membres : bras et jambes avec pieds et mains à trois doigts, un pouce très large et deux opposants plus petits.

Cet être, quasi humain, devait être du genre des insectes, un peu semblable aux sauterelles, un corps transparent, recouvert d’une carapace translucide analogue aux élytres, et ayant la résistance des matières plastiques actuelles. Cela a permis à la racine envahissante de se modeler dans la carcasse vidée et de lui conserver sa forme.

Peut-être serait-il intéressant, une belle nuit d’été, pour un zoologiste, de se doper sérieusement, pour un soir, avec un gwin ardant de marque et d’aller, au clair de lune, errer autour d’un menhir pour se rendre compte si la race des Korrigans existe encore.

On n’en parle plus depuis bien des années.
 
 

 

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(Tad Kun, in Le Télégramme de Brest et de l’Ouest, journal républicain du matin, n° 2881, mardi 16 mars 1954)