MOZARTIMAGE

 

– Encore la maison de Mozart. – On lit dans la Semaine universelle :

« J’ai vu, il y a deux jours, un travail fort curieux de M. Sardou (Victorien).

Il ne s’agit de rien moins que de la maison de Mozart dans la planète de Saturne.

Le dessin, qui peut avoir trente centimètres de hauteur et quarante ou cinquante de largeur, représente un palais en forme de temple, qui ne peut guère servir d’habitacle qu’à un musicien. L’ensemble est composé de notes, de croches, de portées, de clefs, etc., dont l’aspect chatoie et miroite sous les yeux au point de ne laisser apercevoir qu’un chaos indéchiffrable. Puis la vue se remet, et peu à peu les détails prennent leur place. La façade, composée de harpes, de lyres, de portées, le fronton soutenu par des colonnes, de notes autour desquelles s’enroulent des croches, des soupirs et des clefs, puis toute une forêt de colonnettes élégantes, de clochetons, de tourelles, etc. Le dessin est signé Victorien Sardou. Or, Victorien Sardou jure, à qui veut l’entendre, qu’il n’a jamais su se servir d’un crayon. II est vrai que le dessin est fait à la plume, et l’on sait avec quelle finesse V. Sardou a dessiné ses Ganaches et d’autres portraits.

Voici donc comment ce dessin s’est exécuté :

M. V. Sardou s’est enfermé pendant deux heures avec un encrier, des plumes, une feuille de papier blanc, et sa faculté de médium. Au bout de deux heures, il sortait, laissant ce dessin. »

 

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S’il y a quelque réalité dans ce récit fantastique, il faut en déduire que le mauvais goût n’est pas un apanage exclusif des habitants de notre monde sublunaire, et que les architectes de Saturne construisent là-bas de bien pitoyables édifices.

Si j’ai bonne mémoire, MM. les spirites plaçaient la résidence de Mozart dans la planète de Jupiter, où il habitait avec Bernard de Palissy. Celle dont il s’agit est peut-être sa maison de campagne.

 

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(in L’Univers musical, journal littéraire et artistique, n° 18, jeudi 30 avril 1863)