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 On pila et on fit détremper du sikhane dans un verre d’eau, puis on lui fit ingurgiter ce breuvage qui l’endormit profondément. Pendant ce sommeil, le caïd s’agenouilla près de Cornaillou. Il tira son coutelas et lui fendit doucement la peau du ventre sans trouer les intestins. Cornaillou était si profondément assoupi qu’il ne sentait aucun mal. Le caïd continua son travail de bourreau en prenant garde de ne pas couper les entrailles, afin de ne pas le tuer. Une bave de sang courait de la plaie béante. Les boyaux à nu et roulés en boudin palpitaient hideusement en se gonflant et se dégonflant à chaque respiration de la victime inerte.

Bakaru, son compagnon et le caïd mirent chacun une poignée de cailloux dans ce ventre entrouvert et fumant.

Chacun blasphéma à son tour :

« Qu’il soit maudit.

– Qu’il soit damné.

– Qu’il soit le plus damné et le plus maudit des damnés et des maudits. »

Ensuite, le caïd se mit à recoudre la blessure avec une aiguille à raccommoder les outres en continuant de jurer.

À peine cette opération finie, on coupa les amarres qui tenaient Cornaillou attaché par les membres. La fermentation de la douleur le secoua bientôt de sa léthargie. Il s’éveilla. Il ouvrit des yeux égarés en poussant un hurlement épouvantable.

Le malheureux se tordait sur le sable comme un serpent à qui l’on a cassé les reins. Il faisait des efforts désespérés comme pour s’arracher de quelque part. Il retombait de spasmes en convulsions, se rejetait de convulsions en crispations. Ses poings, ses bras, ses jambes, ses pieds, sa figure, tout se remuait dans une tourmente effrénée. Ses cris étaient saccadés par ses grincement de dents. Tandis que Cornaillou se tordait ainsi de douleur, ses trois bourreaux le regardaient faire en se tordant de rire. Ces misérables frémissaient, mais frémissaient de joie en voyant écumer cette agonie de démon.

Cornaillou, violenté par toutes ses fibres agacées, essaya de se relever. Il eut la force de se mettre debout et de faire quelques pas. Il chancelait comme un homme ivre.
 

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(Louis Thiabaud, Les Miracles de Cornaillou, Mâcon : Imprimerie de Romand frères, [1877])