NARVAL2
 

Grammaire

 

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On lit, paraît-il, dans le Bulletin, tantôt « des Courbets, des Cézannes, » et un de nos lecteurs blâme ces s ; tantôt « des Courbet, des Cézanne, » et un autre blâme leur absence. Cependant qu’un troisième, soucieux d’unité, nous conjure d’adopter un parti.

La grammaire de Brachet et Dussouchet, après avoir déclaré que les noms de personnes ne prennent pas la marque du pluriel, ajoute :

« Mais ils la prennent :

1° … 2° … 3° Quand on emploie le nom de l’auteur pour désigner ses ouvrages. Ex. : J’ai plusieurs Virgiles dans ma bibliothèque. Ce musée possède des Raphaëls, des Poussins. »

Ainsi le second de nos censeurs est d’accord avec les grammairiens.

Mais le premier a pour lui l’usage, du moins l’usage récent. On constate que la plupart des critiques d’art ou des correcteurs d’imprimerie tiennent pour la forme invariable. Ils se disent peut-être que, si M. Brachet, au lieu d’exemplaires de Virgile, avait eu des exemplaires de Gérard de Nerval, M. Dussouchet lui-même eût hésité à écrire : « Mon collaborateur a plusieurs Nervaux dans sa bibliothèque. »

Dans ces conditions, le Bulletin renonce à avoir une doctrine. Chaque rédacteur orthographiera à sa guise, et nos lecteurs continueront à lire tantôt « des Giottos, des Guardis, » selon le vœu des grammairiens, tantôt, contre leur vœu, « des Manet, des Seurat, des Bonnard. »
 
 

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(in Le Bulletin de la vie artistique, 1er juillet 1922)