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Apparition de l’esprit de Gérard de Nerval en présence de M. Dumont. Photographie spirite de Jean Buguet, au 5 boulevard Montmartre à Paris, c. 1873. La similitude frappante avec le portrait de Nadar n’aura pas échappé aux amateurs…
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Apparition de l’esprit de Gérard de Nerval en présence de M. Dumont. Photographie spirite de Jean Buguet, au 5 boulevard Montmartre à Paris, c. 1873. La similitude frappante avec le portrait de Nadar n’aura pas échappé aux amateurs…
Nous avons déjà eu l’occasion, dans La Porte ouverte, de publier un certain nombre d’anecdotes concernant Gérard de Nerval, plus rarement quelques textes comme « Les Noces du Sire de Gaven, » « La Centauresse, » ou encore « L’Alouette de Rossberg, » dont le poète aurait été, sinon le narrateur, du moins le principal protagoniste. Si les légendes nervaliennes sont légion, il est moins courant de croiser des poèmes qui lui soient attribués ; c’est pourtant le cas d’un curieux sonnet, intitulé « Nox, » qui est paru dans les colonnes du journal satirique La Lune en novembre 1865, une dizaine d’années après la mort de Nerval.
L’emploi de vers hexasyllabiques est peu fréquent chez Nerval et le sonnet peut paraître un peu faible ; quoi qu’il en soit, – véritable inédit, ou simple pastiche et mystification posthume, – il nous a semblé assez intéressant pour le reproduire ici.

Ce poème n’a d’ailleurs pas manqué de retenir l’attention d’un autre poète et fin lettré, François Fertiault. En bibliophile avisé, il l’a inclus dans le troisième article des « Sonnets inattendus, » paru dans La Revue générale littéraire, politique et artistique, huitième année, n° 163, 15 août 1890, avant de le reprendre en volume dans son recueil Drames et cancans du livre : nouvelles et anecdotes, Paris : Alphonse Lemerre, 1900.
« Un autre poète, esprit charmant mais chagrin, et dont la fin lugubre a impressionné tout le monde des lettres, a laissé, dans notre monde favori, une plainte qui ne figure point parmi ses poésies complètes.
La « Lune, » dans son numéro de novembre 1862 (sic), l’imprime en la faisant précéder de ces lignes :
C’est un sonnet !
Oui, mais un bon sonnet inédit, sonnet inconnu de ce fou mélancolique que nous aimions tous, Gérard de Nerval.
Nous vous l’offrons, prêts à vous en montrer l’autographe bien et dûment signé, si, malgré le cachet dont il est empreint, vous doutiez de son authenticité.
Voici la bonne fortune :
NOX
À la vieille paroisse
Minuit vient de sonner ;
J’entends l’air frissonner
Dans les feuilles qu’il froisse.
Il semble qu’aujourd’hui
Le ciel double son voile :
Aucune blonde étoile
N’a, ce soir, encore lui.
Quel temps ! pas une lame
N’éparpille, ce soir,
Son aigrette de flamme…
Mais si l’on pouvait voir
Tout au fond de mon âme,
Il y fait bien plus noir !
GÉRARD DE NERVAL.
Le sonnet est irrégulier ; mais glissons sur la disparité des rimes dans les deux quatrains, et tenons-nous-en seulement à la tristesse exprimée. N’y a-t-il pas là comme un pressentiment du sombre drame qui devait se terminer (1855) aux froids barreaux de la rue de la Lanterne ? »

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(in Catalogue des brevets d’invention pris du 9 octobre 1844 au 31 décembre 1845, dressé par ordre de M. Cunin-Gridaine, ministre de l’agriculture et du commerce, Paris : Imprimerie et librairie de Mme Ve Bouchard-Huzard, 1846)
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(in Journal des débats politiques et littéraires, dimanche 28 janvier 1855)
À l’occasion du vingt-sixième anniversaire de la mort de Nerval, Charles Monselet fit paraître dans L’Événement un article où il revenait sur les circonstances de la mort du poète, retrouvé pendu rue de la Vieille-Lanterne, et réaffirmait sa conviction que Nerval ne s’était pas suicidé, mais qu’il avait été assassiné.
Plusieurs journaux s’en firent écho ; Charles Grenier dans L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux, puis Jules Clarétie dans Le Temps y revinrent longuement. Leurs chroniques donnèrent lieu à une série d’échanges contradictoires sur les derniers moments de Gérard de Nerval ; ce sont ces articles que nous reproduisons ici. Si elle ne permet pas de lever entièrement le voile, cette enquête posthume aura néanmoins eu le mérite de susciter un débat passionnant et de livrer des témoignages restés inédits jusqu’alors.
MONSIEUR N
CHRONIQUE
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La vérité sur la mort de Gérard de Nerval
La fin dramatique de Gérard de Nerval est restée un des points obscurs de l’histoire littéraire contemporaine.
On se rappelle que le poète fut trouvé pendu, un froid matin de janvier 1855 (le 26), à une grille d’une des ruelles les plus lugubrement pittoresques du vieux Paris d’alors, la rue de la Vieille-Lanterne, sentine à deux étages, où deux égouts à claire-voie s’entrecroisaient. Célestin Nanteuil et Gustave Doré ont laissé chacun un souvenir lithographié de ce lieu sinistre, épreuves introuvables aujourd’hui. Nanteuil en fit même un panneau à l’huile, très remarquablement peint, qu’il donna alors à Alexandre Dumas père.
On a examiné plusieurs fois les deux hypothèses : meurtre ou suicide, et, ces jours derniers encore, deux notes successives de M. Charles Monselet et une lettre de M. Ch. Fournier concluaient au meurtre.
La lettre de M. Nadar que nous recevons aujourd’hui nous semble devoir trancher la question. Les preuves que cette lettre apporte, la connaissance parfaite qu’une longue intimité avait donnée à son auteur du caractère et des habitudes de Gérard de Nerval, particulièrement les souvenirs restés précis de ses derniers jours, donnent à cette déposition un caractère qui nous a paru irréfutable :
« Mon cher Monselet,
Je ne sais jusqu’à quel point il importe historiquement d’établir si le cher et doux Gérard de Nerval s’est ou a été pendu. Mais comme il n’est, d’autre part, vérité qui soit indifférente et que tu prends parti pour la seconde hypothèse, je crois que tu fais erreur, et je te soumets ce sur quoi je m’appuie.
Quelques-uns, partisans de la légende suicide – comme je le suis avec certitude absolue – ont mis cette mort sur le compte de la folie. Folie est vite dit. Mais d’abord qui de nous peut dire de son voisin : « Celui-là est fou ? »
D’autres ont cru devoir l’en défendre. Défendre de quoi ? Ne meurt pas fou qui veut, quand cette folie nous a laissé tomber du nuage, dont elle se garda toujours de descendre, l’Œuvre si original, personnel, qui commence par l’exquise églogue de Sylvie pour s’arrêter à l’imbroglio fantastique des Filles de feu.
Enfin, on a parle de la pauvreté de Gérard et de l’unique pièce de dix centimes trouvée sur lui. Le vrai motif n’est pas encore tout à fait là.
Si pauvre que fut en effet Gérard, il était fait à l’habitude de cette pauvreté qui lui tint compagnie fidèle toute sa vie, un jour excepté : fut-ce un jour ou une heure ? Et qui donc, ayant eu la grâce d’entrevoir seulement le charmant rêveur si bienveillant à tous, inoffensif même au mal, âme naïve de petit enfant et pourtant si énergiquement dévoué à ceux qu’il aimait, – qui oserait faire aux amis de Gérard si serrés autour de lui : Gautier, A. Dumas père, l’inépuisable hospitalier, Méry, de Stadler, qui le soigna comme une sœur de charité. Célestin Nanteuil, Hetzel, Bell, Asselineau, A. Houssaye et tant d’autres, l’offense de douter que le poète n’eût pas toujours à choisir entre ceux qui lui offraient la bourse, la table et le toit ?
Mais Gérard refusait toujours, et, vers la fin, plus opiniâtrement que jamais.
Il craignait de ne pas rendre. C’est là, crois-le bien, mon cher Monselet, qu’il faut chercher, parce que c’est là seulement que tu trouves.
Absolument incapable de production suivie et surtout de « fabrication » littéraire, Gérard, ne savait que couver son œuvre jusqu’à ce qu’il la jugeât vaillante pour l’essor, et il n’eût jamais eu à se tenir pour déshonoré d’avoir fait autrement parce que faire autrement lui était physiologiquement impossible. Dans ces conditions, il est plus que difficile au cerveau d’être toujours prêt à servir l’estomac à ses heures. À cette incapacité absolue de la production courante, il faut joindre encore l’innocence antique de Gérard, l’ignorance native et éternelle de ce qu’on nomme « la pratique, » en un mot la plus ferme incapacité devant le Réel, c’est-à-dire devant le combat de la vie moderne au jour le jour, autrement difficile et féroce au boulevard des Italiens et le long d’Oxford street que dans l’île la plus déserte des Feroë. Maintenant, à la fierté du poète, à son respect légitime de lui-même, si tu ajoutes l’insurmontable réserve, les délicatesses ultra-sensitives de l’homme né d’une certaine façon, du « gentleman » (ils sont tout aussi bien de roture), voilà notre Robinson condamné inexorablement à la mort par la faim.
Mais encore, comment ne tiendrions-nous pas compte, spécialement en cette fin finale, de la caractéristique dominante de Gérard de Nerval ? Celui qui fut l’écrivain impeccablement précis, celui qui vigoureusement traduisit à dix-huit ans, le Faust et que Gœthe déjà « respectait, » il était aussi et surtout celui que Janin avait appelé « le rêveur éveillé, » l’esprit flottant éperdument par les sphères du monde hyperphysique, l’illuminé toujours en quête du fantastique et respectueux des nécromanciens, vagabond du nuage, ivre-vivant d’imaginaire, et qui, de la plate-forme de la tour, eût sans hésiter posé le pied sur le vide n’ayant jamais rien soupçonné, ne croyant à rien de ce qui est en bas.
J’arrive aux faits.
Gérard était venu de très bon matin, la veille de sa mort, chez le meilleur de nous, notre regretté Charles Asselineau, alors rue de Savoie, et il lui avait demandé « sept sous » pour se rendre au cabinet de lecture où il avait sa coutume de travail.
Asselineau, voyant, par le froid très rigoureux de ce matin de janvier – 18 degrés, – le pauvre ami vêtu seulement de son petit habit noir et – symptomatique ! – sans le paletot marron qu’il portait en manteau, les manches tombantes, évidemment engagé de la veille, puisque nous le lui voyions l’avant-veille encore, Asselineau lui ouvrit aussitôt sa bourse. Gérard s’obstina à ne prendre que strictement les quelques centimes qu’il avait demandés. Il était visiblement préoccupé, soucieux même, lui, l’immatériel, d’une placidité si imperturbable toujours par sa vie d’insouciance inouïe et de personnel abandon.
Il dit « textuellement » à Charles :
« Je ne sais ce qui va m’arriver, mais je suis inquiet. Depuis plusieurs jours, je ne puis littéralement plus écrire une ligne. Je crains de ne pouvoir plus rien produire… Je veux, encore une fois, essayer aujourd’hui… »
Il alla essayer, en effet, car il resta une grande partie de la journée attablé au cabinet de lecture, et il est à croire que son esprit, frappé de cette préoccupation de stérilité, ne lui fournit cette fois rien encore ; les petits feuillets de copie raturés, qu’on trouva sur lui, avaient été écrits les jours précédents. Alors, insuffisamment vêtu, l’estomac à peu près vide, le cerveau grand ouvert aux chimères, il erra sans doute le soir et pendant cette nuit glaciale, s’exaltant à mesure dans l’isolement et le silence de cette marche au hasard par les ruelles sans nom, de la vieille cité, qu’il savait mieux que personne, voyant plus distinctement à chaque pas, dans la neige épaisse, le menaçant fantôme d’une vie désormais improductive et « sans dignité, » – entendant l’appel, – jusqu’à ce qu’il s’arrêtât court, pour en finir. Et ses doigts engourdis attachèrent le lacet à ce quatrième barreau…
Son corps était tiède encore lorsqu’au petit jour on le découvrit.
Le cordon avec lequel il se pendit était, non, comme tu le dis, un cordon de tablier, mais un bout de lacet de corset, blanc, avec son ferret en cuivre, qu’il nous tirait volontiers de sa poche depuis une huitaine de jours, nous assurant que c’était « la jarretière de Mme de Longueville, » et il nous la développait avec des précautions respectueuses… Ullum magnum ingenium sine mixtura dementiæ : saint Augustin avait peut-être raison ; mais qu’importe !…
Le hasard voulut que ce fût précisément un de nos anciens amis du collège Bourbon, le docteur Pau, mort il y a cinq ans, qui coupa le cordon. Pau se trouvait cette nuit-là chef du poste de la garde nationale à l’Hôtel de Ville. Il essaya, à plusieurs reprises, pendant près d’une heure, de pratiquer l’insufflation, et je n’ai pas été le seul à attribuer à cette tentative, poussée héroïquement à l’excès, l’effroyable ulcère buccal dont le brave Pau souffrit plusieurs années, et qui faillit nous l’enlever avant l’heure : que l’honneur tardif lui soit fait ! – Dans son rapport, le docteur Pau atteste l’absence absolue de toutes violences sur le corps, ecchymoses par contusion ou compression, et il affirme le suicide, indiscutable suivant lui. Nombre de fois, il revint avec moi sur ce triste souvenir, m’établissant à nouveau les gages de sa conviction.
Et qui eût eu intérêt à tuer cet inoffensif par excellence, cet innocent, ce pauvre parmi les pauvres ? Et encore, pour cette besogne par trop vaine, qui eût été précisément rechercher au fond des poches de Gérard la fameuse jarretière de Mme de Longueville ?
L’objection, la seule objection à laquelle peuvent s’attacher quelques esprits, n’est que spécieuse : Gérard avait dû relever les jarrets pour que ses pieds ne portassent plus et ainsi rester suspendu. Mais on sait dans quel nombre de cas la médecine légale a constaté cette même énergie de volonté chez les strangulés volontaires. Et, de fait, était-ce bien à terre que la Mort pouvait saisir cet esprit ailé ?
Aux constats de l’ordre physique affirmés par la science, réunis, mon cher Monselet, les appréciations et déductions morales, – plus motivées encore que, personnellement, il ne m’appartient ici de le dire, – la déposition sincère des deux amis qui eurent le plus de notre Gérard dans ses derniers jours, considère le caractère de l’homme dans sa vie tout entière, et, dans le même pieux souvenir de respect ému et d’infinie compassion, conclus avec nous que Gérard de Nerval s’est tué, et qu’il s’est tué par honneur !
Ne crois-tu pas cette fois la cause entendue ?
Ton
NADAR. »
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(in Le Temps, vingt-et-unième année, n° 7220, jeudi 27 janvier 1881 ; l’article a été repris dans La Justice, deuxième année, n° 380, samedi 29 janvier 1881)
Gérard de Nerval s’est-il suicidé ? (XIV, 72.) – La question a été doublement posée, et pas encore de réponse ! Il est pourtant temps de s’y mettre, comme dit le refrain. Résumons d’abord ici ce que nous apprit, le 26 février dernier, Ch. Monselet, ou plutôt reproduisons l’exposé du dossier fait par l’aimable chroniqueur de l’Événement. Cet exposé est lui-même un résumé :
I. – On se souvient de l’intérêt que nous avons excité en agitant la question de savoir si Gérard de Nerval s’était suicidé ou avait été assassiné. Après vingt-cinq ans, il y eut un redoublement de sympathie pour l’homme et pour l’écrivain, – sympathie qui s’est manifestée par une polémique abondante et passionnée.
On sait que je crois à l’assassinat ; mon opinion est basée sur ce que Gérard de Nerval avait été trouvé dépouillé de son pardessus et de son argent, et, ce qui est moins naturel, couvert de son chapeau. Or, se passer une corde autour du cou, s’accrocher à un barreau, se pendre, tout cela en gardant son chapeau sur la tête, il faut convenir que c’est une besogne assez difficile.
Nadar, qui m’a écrit une longue lettre de réfutation, n’est pas arrêté par cette énigme. Il tient pour le suicide, le suicide quand même. Il est le seul dans l’esprit duquel ne se soit pas glissé le moindre doute. Après Nadar, d’autres lettres sont venues, apportant toutes un indice, un renseignement. En voici une de Mme Person, qui fut une comédienne de mérite et qui a joué avec succès dans les grands drames d’Alexandre Dumas. Mme Person (la sœur de Dumaine) est retirée du théâtre, et elle habite aujourd’hui à Villeuneuve-le-Roi, par Ablon :
« La veille de sa mort, Gérard de Nerval, sorti depuis quelques jours de la maison de santé du docteur Blanche, était venu dîner chez moi et m’avait lu plusieurs scènes du Fils nocturne, que venait de recevoir l’Ambigu et où il me destinait un rôle. Il était accompagné de M. Georges Bell. Il paraissait plus gai que les jours précédents ; son éditeur des Filles du feu lui avait remis quelque argent… Gérard et son ami me quittèrent fort tard. Le lendemain matin, M. Georges Bell arrive, tout ému, m’apprendre la mort de Gérard. Nous sautons dans une voiture, et nous nous rendons à la Morgue, où on avait transporté son cadavre. Nous trouvons là plusieurs de nos amis, parmi lesquels Théophile Gautier et Alexandre Dumas père. On nous fit voir la corde avec laquelle il se serait pendu , c’était un vieux cordon de tablier de cuisine… Quant à l’enquête, elle a été faite avec la plus grande mollesse. Tous, nous sommes restés convaincus que notre pauvre ami était mort assassiné.
BÉATRIX PERSON. »
Le témoignage de Mme Person est précieux, mais il est combattu sur plusieurs points par quelques personnes, principalement par M. Édouard Gorges, collaborateur de Gérard de Nerval pour le Marquis de Fayolle. M. Édouard Gorges prétend avoir quitté Gérard la veille de sa mort, vers neuf heures du soir.
À ce même instant, Gérard était rencontré dans le Palais-Royal par M. Lesage et M. Detoris, pensionnaires de la Comédie-Francaise (qui remarquèrent qu’il avait un paletot). Il n’était donc pas parti de chez Mme Person aussi tard qu’elle croit se le rappeler. – Le soir de ce même jour, on le retrouve encore à la sortie de l’Odéon, en compagnie de Privat d’Anglemont, et d’une autre personne. On entre un moment au Café Belge, puis chez le boulanger Cretaine, rue Dauphine, où chacun mange deux petits pains. Gérard de Nerval a de l’argent, il paie sa consommation. Privat propose d’aller au restaurant Baratte, à la Halle ; Gérard refuse et s’éloigne seul, selon sa coutume. Ici commence le mystère ; ici se forme le drame.
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Et, le surlendemain, Alexandre Dumas écrivit dans son journal le Mousquetaire :
« C’est là que, vendredi matin, à sept heures trois minutes, on a trouvé le corps de Gérard encore chaud et ayant son chapeau sur la tête.
L’agonie a été douce, puisque le chapeau n’est pas tombé.
À moins toutefois que ce que nous croyons un acte de folie ne soit un crime ; que ce prétendu suicide ne soit un véritable assassinat.
Ce lacet blanc, qui semble arraché à un tablier de femme, est étrange.
Ce chapeau, que les tressaillements de l’agonie ne font pas tomber de la tête de l’agonisant, est plus étrange encore.
Le commissaire, M. Blanchet, est un homme d’une grande intelligence, et nous sommes sûr que, d’ici à quelques jours, il pourra répondre à notre question. »
Vous le voyez, le soupçon naît et se forme dès le premier jour. Dès le premier jour, le mot de justice est prononcé.
Mais, hélas ! M. Blanchet n’aboutit pas, ne répond à rien et à personne, pas même à Alexandre Dumas, – et l’enquête s’en va à l’eau.
II. – M. Henri Cherrier, notaire, rue Jean-Jacques Rousseau, me communique à ce sujet une note manuscrite de son père, ainsi conçue :
« Au mois d’avril 1855, je causais avec un ouvrier peintre occupé à peindre les façades de ma maison. Nous parlions de ces affreux quartiers qui avoisinent l’hôtel de ville, et qu’heureusement on est en train de faire disparaître. Cet homme me parlait de la rue de la Vieille-Lanterne et m’apprit que c’était lui-même qui avait dépendu le malheureux Gérard, aidé d’un sergent de ville. On courut chez le commissaire de police, qui ne voulut pas se déranger ; chez un médecin, qui ne vint qu’une heure après… »
Ce commissaire de police était-il le même que M. Blanchet, l’homme d’une grande intelligence ? Je ne m’étonne plus qu’il n’ait rien découvert.
III. – Encore quelques notes cueillies çà et là, dans les livres relatifs à cette tragique aventure :
« Était-il arrivé à ce triste lieu par hasard ? L’avait-il cherché ? La maîtresse d’un logis à la nuit, situé dans la rue, aurait dit, prétend-on, qu’elle avait entendu frapper à sa porte vers les trois heures du matin, et, quoique tous ses lits fussent occupés, qu’elle avait eu comme un regret de n’avoir pas ouvert. Était-ce vrai , était-ce lui ? » (Champfleury, Grandes Figures d’hier et d’aujourd’hui : Balzac, Gérard de Nerval, etc., Paris, 1861)
« C’était là, pendu avec un cordon de tablier dont les deux bouts se rejoignaient sur sa poitrine, les pieds presque touchant terre, qu’un des hôtes du garni, en sortant pour se rendre au travail, l’avait trouvé, lui, l’amant de la reine de Saba ! C’était à n’y pas croire, et cependant cela était ainsi : Gérard de Nerval s’est pendu, ou on l’avait pendu. » (Alfred Delvau, Gérard de Nerval, sa vie et ses œuvres, Paris, 1865)
Partout le même doute ! Partout la même incertitude !
Mais, selon moi, le plus de probabilités est pour le meurtre.
Je sais bien que Gérard de Nerval était fou, mais c’était un fou d’une espèce particulière, raisonnante. Il avait horreur de la mort, je ne saurais trop y insister ; il l’avait toujours eue. Par contre, il s’était fait un cercle de petits bonheurs, de petits voyages, de petites promenades, qui lui suffisaient depuis son retour d’Orient.
Pourquoi se serait-il tué ? Nadar croit en trouver la raison dans un sentiment tout à coup développé de sa dignité. Singulière manière d’affirmer sa dignité, que de la cracher avec sa vie dans une bouche d’égout ! Et du moment que nous reconnaissons en lui un esprit et un cœur tout faits de délicatesse, n’aurait-il pas craint d’affliger jusqu’à l’épouvante ses nombreux camarades ?
N’est-il pas plus sensé d’admettre qu’entré dans un bouge, et déjà sous l’empire de ses hallucinations, Gérard aurait été l’objet d’une chétive convoitise et d’un coup de main facile ?
Que devait peser le doux rêveur, sous l’étreinte d’un malfaiteur ?
À demi étourdi, il aura été transporté et accroché à la grille voisine. Le premier cordon venu (j’admets même qu’il ait été pris dans sa poche) aura fait l’affaire. On lui aura remis son chapeau sur la tête et on l’aura laissé là, où le froid l’aura suffoqué bientôt. De là, cette absence de souffrance sur les traits.
J’aime mieux cette version, pour la mémoire de l’être vagabond et aimant qui pouvait, s’adressant à son âme, dire comme Hégésippe Moreau :
De mes erreurs, toi, colombe endormie,
Tu n’as été complice ni témoin…
CH. MONSELET.
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(in L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux, quatorzième année, n° 319, 25 août 1881. L’article de Monselet est paru dans L’Événement, le 26 février 1881 ; il a été repris au chapitre XXXIX, sous le titre « Le dossier de Gérard de Nerval, » de ses Petits Mémoires littéraires, Paris : G. Charpentier et E. Fasquelle, 1892)
LA VIE À PARIS
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Un autre poète, mort misérablement, et qui produisit, comme Daudet, des œuvres dramatiques, Léo Burckart et une sorte d’épopée fantastique, écrite avec Méry, l’Imagier de Harlem – Gérard de Nerval aurait, à présent, toutes les scènes ouvertes.
Comment est-il mort décidément ? Assassiné ou suicidé ? Ce drame d’il y vingt-cinq ans est aussi poignant, dans son doute, que celui de la mort du général Ney.
Nadar a répondu, dans le Temps, à Monselet que Gérard s’était tué de misère.
M. Arsène Houssaye, chez qui Gérard de Nerval logeait dans les derniers temps de sa vie, croirait à un crime, ou à un accès de folie.
Gérard n’était pas si misérable qu’on a voulu le dire. Il avait, en sa dernière année, touché six mille francs par l’Artiste, l’Illustration, la Revue de Paris et le Théâtre-Français, où M. Houssaye lui fit donner une avance pour la traduction d’une pièce allemande. Il pouvait d’ailleurs, en tout temps, frapper à la porte de Théophile Gautier et du docteur Blanche. Combien d’autres, comme Alexandre Dumas, qui lui eussent donné la meilleure part du foyer ! Et pourtant, au fond, Nadar a raison, c’est la misère, mais une misère née de rêves non réalisés, qui a tué Gérard.
Au reste, sur ce drame lugubre, un des plus sombres épisodes de la vie littéraire moderne, voici une lettre inédite retrouvée que M. Arsène Houssaye, le meilleur des amis, et qui vient de conter une si splendide misère dans son beau livre sur Molière, sa femme et sa fille, écrivait le matin de la mort de Gérard de Nerval à une de ses sœurs, très dévouée au pauvre poète :
« Eh bien ! c’est fini, celui avec qui tu causais des mondes entrevus, y est allé cette nuit par une horrible mort. On l’a trouvé pendu tout à l’heure dans la rue la plus noire de Paris. Nous sommes tous désespérés. Moi, je suis désespéré deux fois, d’abord parce qu’il est mort, ensuite parce qu’il est mort de misère, – de haute misère ! Qu’il se soit pendu lui-même ou qu’il ait été pendu par quelque voleur nocturne, c’est la misère qui l’a conduit là. Ce n’est pourtant pas la faute de ses amis, tu le sais bien, et tu sais bien aussi que, sous sa douceur, c’était l’esprit le plus fier. Il ne voulait rien qui ne lui fût dû.
Tu te rappelles que, dans son pavillon (le petit pavillon dans le jardin de M. Arsène Houssaye), il n’avait jamais l’air d’être chez lui ; il ne voulait pas que l’amitié payât les dettes de l’amitié. Tout à l’heure, devant cette belle figure, si finement sculptée, car sa tête avait la blancheur du marbre, nous nous sommes évertués, avec Théo, Beauvoir et ses plus chers amis, à nous prouver qu’il n’était pas mort de misère. Le Théâtre-Français lui a donné 1,500 fr. il n’y a pas longtemps pour la traduction : Misanthropie et Repentir ; il avait, en outre une mission, il y a six mois, pour aller en Allemagne ; tous les journaux lui étaient ouverts. Qu’est-ce que cela prouve ?
Il travaillait à grand’peine, ayant toujours peur que la folie ne conduisît sa plume. Et d’ailleurs qu’est-ce que cela à son âge ? Ne pas mourir de faim n’est pas vivre !
Je ne l’avais pas vu depuis la mort de ma femme. Tu te souviens de son entrée soudaine, quand nous venions de coucher la chère morte dans le cercueil ; il se jeta à genoux, lui prit la main, éclata en sanglots et s’écria : « Elle est partie ! » Nous avions versé toutes nos larmes, mais nous en retrouvâmes encore à la vue de cette douleur si vraie.
Oui, elle était partie, hélas ! et le voilà parti lui-même. On m’a dit qu’il était venu hier au Théâtre-Français ; par malheur, j’étais chez le ministre ; je ne m’en consolerai pas. Pauvre Gérard ! Il n’est pas venu en plein jour parce qu’il avait vendu son manteau et qu’il neigeait ; il vivait plus caché que jamais dans la peur qu’on ne le reconduisît chez le docteur Blanche, qui pourtant fut toujours un frère pour lui et où il retrouvait dans Antony Deschamps un ami de son cœur et de sa pensée.
Il n’était pas revenu une seule fois au pavillon depuis la mort de ma femme. Nous ne savions plus, ni moi ni Théo, dans quel coin de Montmartre on pouvait frapper à sa porte. Mais il n’a jamais eu de porte, puisqu’il rentrait après minuit et qu’il s’envolait à la pointe du jour ; sa vraie maison, c’était le café. Nul n’avait d’action sur lui, il échappait à l’esprit comme au cœur. Ce sera un vrai deuil dans Paris ; tout le monde se reprochera sa mort. Mais vois-tu, le vrai coupable, c’est le ministre de l’instruction publique à qui j’avais dit : « Donnez la croix à Gérard de Nerval pour le sauver de lui-même ! » Le ministre m’a renvoyé au docteur Blanche, comme l’empereur six mois auparavant, quand je lui avais dit qu’il était fils de Napoléon Ier. Il y a des vérités qui n’ont pas de cours aux Tuileries ni dans les ministères.
Oui, à mes yeux, donner la croix à Gérard, c’était le relever devant lui-même, c’était l’arracher à la misère du lendemain ; mais, quel que soit le gouvernement, les ministres sont toujours des ministres, c’est-à-dire des aveugles.
Ce n’est pourtant pas le ministre qu’on accusera, ce sont ses amis, moi tout le premier, parce que j’ai pignon sur rue. Mais que m’importe, je sens que Gérard ne m’accuse pas !
Adieu, ma sœur bien-aimée ; quand tu vas revenir à Paris, notre première visite sera pour lui.
. . . . . . . . . .
ARSÈNE HOUSSAYE. »
Cette lettre poignante, écrite sous le coup de la douleur avec le jaillissement du sang de la veine crevée, en dit plus long que tout ce qu’on pourrait trouver aujourd’hui. Elle fait honneur au pauvre Gérard, qui était si bien aimé, honneur à celui qui l’écrivait et qui payait, avec Gautier, la pierre du tombeau de ce mort.
Un détail aura, sans doute, surpris. C’est l’allusion d’Arsène Houssaye à une parenté directe de Gérard Labrunie avec Napoléon Ier. Dans le Cénacle de la rue du Doyenné, ce n’était un mystère pour personne que Gérard de Nerval, qui portait le nom de Labrunie, était fils de Napoléon Ier. Petit, gras, pâle, il avait le masque césarien.
« Toi qui es le fils de Napoléon, disait couramment Lassailly – un autre fou – l’auteur de Trialph, – tu devrais bien revenir de l’île d’Elbe, monter sur le trône et me prendre pour premier ministre. »
La mère de Gérard était femme d’un chirurgien-major aux armées. Elle avait suivi son mari – et Napoléon – pendant la campagne de Russie. Le premier poème de Gérard fut un poème en l’honneur de Napoléon.
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Tout cela est loin, n’est-ce pas, et cependant cela est d’hier !… La rue noire de la Vieille-Lanterne où l’on retrouva un matin Gérard, le chapeau sur la tête, étranglé par un cordon sale, ramassé en chemin ou détaché du tablier d’une fille à chourineurs, cette ruelle sinistre, des plus tristes parmi les rues vermiculaires qui avoisinaient la tour Saint-Jacques, a fait place à l’ancien Théâtre-Lyrique, aujourd’hui Théâtre des Nations, et vous ne vous doutiez pas, madame, qui venez d’applaudir la Patti dans la Somnambula, – ou vous qui irez demain écouter Zoé Chien-Chien, – vous ne vous doutiez pas que votre avant-scène ou votre loge donne tout juste peut-être – oui, madame, et je vois à cette idée votre éventail s’agiter un peu plus vite – juste sur le coin de terre où le poète Gérard, l’amoureux de la reine de Saba, le chercheur de sonnets et de papillons, le bon et doux Gérard de Nerval a été trouvé pendu !
JULES CLARÉTIE.
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(in Le Temps, vingt-et-unième année, n° 7260, mardi 8 mars 1881)
CHRONIQUE
Gérard de Nerval et sa mort.
Il y a quelques mois, un intéressant débat a été ouvert, ici même, à propos de Gérard de Nerval, de sa mort ou de son suicide. Nous avons rapporté les opinions des amis de Gérard, Arsène Houssaye, Nadar, Monselet. Depuis, le journal l’Intermédiaire, qui se plaît à élucider ces petits problèmes, toujours attirants pour le public, a remis la question à l’ordre du jour.
J’ai donc plaisir à apporter dans le procès un témoignage tout nouveau, très important, d’un homme qui connut intimement Gérard, le très érudit M. Alfred Busquet, l’auteur du Poème des Heures que Gérard mit en ballet dans l’Imagier de Harlem. C’est mieux qu’une lettre intime que m’écrivait naguère M. Busquet, à la suite d’une causerie sur ce poignant sujet, c’est un véritable et durable chapitre d’histoire littéraire, et les lecteurs du Temps me sauront gré, je pense, de le leur communiquer :
« Cher Monsieur,
Vous faites appel à mon témoignage dans le procès que vous instruisez avec tant de soin sur la mort mystérieuse de Gérard de Nerval, celui que nous nommions tous le bon Gérard. Je vous l’apporte avec empressement, et je crois que vous avez eu raison de le demander. Car les contemporains de ce rare esprit commencent à disparaître, et je sais bien des choses qui, sans nuire à la légende, peuvent porter de redoutables lumières sur la question.
Gérard de Nerval était-il fou ? s’est-il suicidé ou bien a-t-il été victime de quelque abominable guet-apens ?
Fou ? qui l’oserait dire, lorsque, pour l’arracher à ses rêves éveillés, il suffisait de faire seulement appel à son esprit ou à son cœur ! Qu’une question philologique fût posée, qu’un point obscur de l’histoire littéraire fût débattu, qu’une nouvelle à sensation fût racontée, Gérard intervenait avec son bon sourire et son grand sens, trouvait le mot et retournait à son rêve. Chacun de nous respectait cet absentéisme intellectuel, cette fuite à travers les espaces et les temps, et l’on causait de mille choses en attendant qu’il revint.
Comment l’avais-je connu ? Tout simplement par cette pente naturelle de deux cœurs qui vont l’un à l’autre. La sympathie était devenue de l’amitié, fortifiée encore par une grande communauté de mœurs et d’habitudes. J’étais à cette époque un noctambule féroce. Je ne me couchais guère, et Gérard ne se couchait pas. Dans les belles nuits d’été ou par les froidures silencieuses de l’hiver, nous allions à travers la ville, devisant de mille choses, nous enivrant de solitude et de poésie. Je lui récitais mes vers, il me disait ses chansons.
Un jour que les hasards du noctambulisme nous avaient amenés du côté de la place des Victoires, Gérard me dit tout à coup :
« Je vais vous montrer ma bibliothèque. Je veux vous donner mes livres.
– Y songez-vous, mon bon Gérard ? vos livres à moi ! Vous avez donc des livres ! et où logent ces merveilleux bouquins ?
– Apparemment chez moi, dans ma chambre.
– De plus fort en plus fort. Vous, locataire ! vous, bourgeois de Paris !
– Comme vous le dites. Suivez-moi, c’est à deux pas d’ici. »
Et Gérard de hâter le pas. À l’entrée de la rue du Mail, il s’arrête devant la porte d’une maison fort décente, ma foi, et sonne.
On ouvre, nous entrons.
À peine son locataire a-t-il entrouvert la porte de la loge, que la concierge, une vieille à moitié endormie, lui tend son bougeoir sans dire un mot.
Je monte deux étages comme dans un rêve, sur les pas du visiteur inattendu. Il ouvre et nous voici dans une grande pièce dénudée, sans meubles d’aucune sorte. Seulement le long de la muraille, rangés tout au long, se tenaient droits des sacs de meunier, une douzaine environ, et qui paraissaient pleins à n’y pas mettre une poignée de farine en plus.
« Voici ma bibliothèque, me dit Gérard avec un certain orgueil, et voici mon lit.
– Je vois bien l’alcôve et un lit, mais les livres, où sont les livres ?
– Dans ces sacs, tout naturellement. Oh ! il y a des choses très curieuses. Je vous les donne.
– Vous n’y songez pas, mon bon Gérard. Ces livres, vous les avez recueillis de-ci de-là avec amour. Ils vous sont utiles. Je refuse ; qu’en ferais-je, moi ? Je ne suis qu’un pauvre journaliste doublé d’un poète. Pour ma besogne de tous les jours, ces raretés de la typographie seraient inutiles. N’y songeons plus.
– Comme il vous plaira. Seulement, vous me faites de la peine. »
Et nous sortîmes.
Je jetai un dernier regard sur cet intérieur paisible, où Gérard avait recueilli les derniers débris de sa prospérité passée – et que tout le monde ignorait. Il me recommanda le silence et je lui gardai parole jusqu’au dernier jour.
À cette époque, j’habitais rue Neuve-des-Martyrs dans un appartement assez grand. C’était fort gai. On y avait un horizon superbe sur Paris, la vue de quelques grands arbres, une tranquillité absolue. La vie de province. Gérard venait souvent me visiter. J’avais un petit chien noir, épagneul très doux, aux longues soies, avec lequel il aimait jouer.
Un matin, j’étais encore couché, on sonne avec bruit, j’ouvre. Gérard entre, suivi d’un grand chien.
« Vous aimez les chiens, me dit-il ; en voici un d’une espèce très rare et qui se perd. C’est un danois, il a des taches noires comme un léopard. Remarquez qu’il a le double canon du nez. Pour un chasseur, le canon double n’a pas de prix. C’est le signe d’une grande acuité dans le flair.
– Mais, mon bon Gérard, les danois sont des sortes de lévriers. Ils n’ont pas d’odorat et chassent à vue.
– C’est possible, mais ce chien n’en est pas moins rare. Je suis très heureux de vous le donner. »
J’acceptai, non sans pester intérieurement contre le donateur et le don. Mon budget, déjà si maigre, allait-il donc s’alourdir des frais d’un nouveau pensionnaire ?
Le lendemain, au jour levant, nouvelle visite de Gérard, suivi d’un barbet noir.
« Oh ! dit-il, celui-ci c’est le barbet du docteur Faust. Il appartenait à un chiffonnier qui ne me l’a cédé qu’à grand’peine contre 20 francs. Je lui ai fait prendre un bain dans une baignoire. Voyez comme il est propre. Aimez-le. Gœthe vous en sera reconnaissant et votre serviteur aussi. Peut-être vous apprendra-t-il à lire dans le microcosme. »
À quelques jours de là, – au moment que je commençais à m’accoutumer avec mes trois chiens, – le redoutable visiteur me tombe des Halles à l’aube naissante, toujours et nécessairement accompagné d’un chien, – cette fois, un caniche immaculé de blancheur.
« Oh ! dit Gérard, je ne l’ai pas eu sans peine, celui-là. Je l’ai presque volé. Il était tenu en laisse, rue Vanneau, par un grand laquais qui lui faisait faire sa promenade hygiénique. J’ai corrompu le larbin, et vous voici l’heureux propriétaire d’un caniche blanc, doux et laineux comme un mouton. Il hantait le noble faubourg et de beaux yeux de duchesse doivent pleurer à l’heure présente.
– Mais c’est une meute que vous m’imposez, m’écriai-je avec désespoir. Je ne pourrai jamais nourrir tous ces chiens. Voyez, mon appartement n’est plus qu’un chenil. Comment faire ? »
Ému de ces plaintes légitimes, le bon Gérard consentit à une transaction. Il voulut bien me voir mettre en pension quelques-uns de ces chers protégés. Nous délibérâmes.
Le chien danois échut au charcutier du voisinage, à cause de la zébrure de son pelage qui rappelait assez bien les truffes de la galantine. Nous recommandâmes chaudement le précieux animal à son nouveau propriétaire, qui ne parut pas apprécier comme moi la beauté du double canon.
Le barbet fut attribué au savetier du coin, dût l’ombre de Gœthe en gémir, – et quant au caniche, il devint le commensal d’un marchand de vins bon enfant, qui voulut arroser le marché, et à qui cette adoption coûta plus d’une bouteille. Car nous allâmes bien des fois prendre des nouvelles de nos pensionnaires, auxquels Gérard ne cessa de porter une tendre sollicitude.
Les années heureuses de ma liaison avec Gérard s’écoulent et nous arrivons aux heures troublées où la belle intelligence du poète menace de s’abîmer dans les profondeurs d’un rêve de plus en plus dangereux. Hélas ! la raison humaine est guettée comme une proie par plus d’un ennemi acharné à sa perte. Celui-ci voit s’entrouvrir sous ses pieds le gouffre de Pascal. C’est la foi qui souffre, c’est la science qui fait éclater la machine trop surchauffée. Cet autre a vu passer dans son rêve les lentes théories des prêtresses d’Adonaï, les mystères de la bonne déesse. Ce dernier, comme Eugène Forcade, succombe aux tentations de la manie ambitieuse, – et c’était le plus modeste des hommes, en apparence du moins.
Gérard donnait depuis plusieurs mois à ses amis les plus cruelles inquiétudes. Eugène de Stadler, Gautier, Houssaye, Asselineau, Nadar, Méry, tant d’autres et moi le dernier, nous en étions à surveiller ses paroles, ses démarches, sa vie entière. On s’interrogeait tous les soirs. « Avez-vous des nouvelles de Gérard ? que fait-il ? que dit-il ? On l’a vu hier chez Janin auquel il portait un perroquet et une médaille de son ancêtre, de l’empereur Nerva. Il a déjeuné chez Méry. Est-il allé toucher à la Comédie-Française le louis qu’Arsène Houssaye met à sa disposition chaque jour ? »
Et l’on se rassurait un peu, et le docteur Vidal de Cassis secouait mélancoliquement la tête. Hélas ! nos appréhensions n’étaient que trop sérieuses. À la suite d’une visite chez Théophile, qu’il avait fort effrayé, il avait fallu interner le pauvre poète chez le docteur Blanche. Là, du moins, il était en sûreté.
Huit jours s’étaient à peine écoulés. Je vois arriver chez moi, à quatre heures de l’après-midi, le pauvre Gérard, un peu défait, un peu pâli, avec une figure boursouflée et les paupières plus battues que d’habitude. Je n’osais l’interroger. Il a l’obligeance de me parler du Poème des Heures, dont il avait revu le travail avec le plus grand soin. Puis, tout à coup, il éclate :
« Ah ! me dit-il c’est trop horrible. Ils m’ont bien fait souffrir ! Voyez mes poignets ? ils sont meurtris… voyez mes pieds ? les chevilles sont ankylosées. Si Blanche le savait. On m’a torturé !… Je me suis enfui. »
Et de grosses larmes coulaient sur sa bonne face et les pleurs aveuglaient ma vue. Nous demeurâmes longtemps silencieux et consternés. Cette situation intolérable ne pouvait se prolonger longtemps. Je craignais quelques complications.
« Sortons, allons dîner, lui dis-je… Ce soir, nous aviserons ; on ne vous tourmentera pas davantage, je vous le jure. »
Tandis que je me préparais à sortir, Gérard s’était penché sur l’appui de la croisée, et regardait dans le gouffre avec une fixité qui me faisait frissonner. Je me rapprochai vivement, et lui touchant le bras :
« Venez, lui dis-je. À quoi songez-vous ?
– Je songeais, me dit-il, que, de votre sixième étage, la mort serait prompte en arrivant en bas. L’idée m’est venue plusieurs fois de me jeter par votre fenêtre. »
Je ne relevai pas le mot, sachant qu’il ne faut pas contredire aux esprits malades ; mais, en m’adressant au concierge :
« Ne donnez jamais, lui dis-je, la clef à M. Gérard ; ne le laissez monter que quand je serai chez moi. »
Nous passâmes la soirée le plus gaiement du monde avec nos amis du divan Le Peletier, et chacun fut heureux de revoir Gérard, sans que personne fit la moindre allusion à l’absence forcée qu’il venait de faire.
Le lendemain, dès le matin, je me rendis dans les bureaux d’une banque bien connue des gens de lettres, la Banque des Chemins de fer que dirigeaient Mirès et Millaud.
J’avais l’espoir d’y trouver ce dernier seul et je connaissais assez mon homme pour savoir qu’il ne serait pas difficile de toucher son cœur et de forcer sa caisse. Il se trouvait seul, en effet, et je n’eus aucune peine à lui emprunter 500 francs, remboursables par Gérard en copie. C’était la première mise de fonds d’un second voyage en Orient, – et comme tout chemin mène à Rome et même au Caire, je fis comprendre à cet excellent Millaud que Gérard devrait d’abord S’arrêter à Strasbourg. Là, il se reposerait, mettrait de l’ordre dans ses idées et, reprenant goût au travail, pourrait non seulement s’acquitter, mais encore accumuler assez de besogne pour réaliser son rêve : retourner en Orient, revivre sa jeunesse, voyager !
J’avais à peine remis les 500 francs à Gérard, tout joyeux de cette aubaine, que, sur les instances de notre ami commun, Auguste de Belloy, je retournais rue Richelieu à la source du Pactole, pour redemander 500 autres francs à Millaud. Il s’agissait cette fois de sauver la vie au poète Brizeux que dévorait un noir chagrin et qui se proposait d’explorer le pays de Galles pour y trouver de nouvelles inspirations, un autre poème de Marie peut-être.
Je revis Millaud, j’eus le bonheur de le trouver seul, et déjà les bienheureux 500 francs m’étaient tendus sous la forme d’un billet de banque, lorsque la porte s’ouvre et que paraît le terrible associé Mirès en personne. Il eut bientôt compris le motif de ma présence, et je vis le précieux chiffon retourner au fond du tiroir d’où je l’avais arraché par mes prières. Tel Orphée perdit son Eurydice.
Ce qu’il y a de plus triste à dire, c’est que quelques jours après, le poète Brizeux mourait subitement.
Gérard du moins était sauvé !
Il partit, ou plutôt il s’évada. Avec quelle joie d’enfant, on le devine. Quelques jours après son départ, je recevais la lettre suivante, datée de Strasbourg, 30 mai 1854 :
« Mon cher Busquet,
Pardon de ne vous être pas allé dire adieu et je souffre même de ne vous avoir pas assez témoigné ma reconnaissance pour votre amitié si chaude si dévouée, si effective. Dieu merci, je me sens bien et je ne suis plus l’être aplati que vous avez vu dernièrement Le voyage et l’air de la montagne m’ont transformé. Je travaille, je fais de jolies choses, nous ferons honneur à nos engagements. J’ai tout un plan de voyages et de travaux parfait. Voyez donc Millaud (mais je lui écrirai) et Cohen. Dites que je réponds de leur être agréable et de leur faire quelque chose de bien. Peut être y arrivera-t-on à me renvoyer quelque chose de la somme rendue qui prouve du moins ma loyauté. Car vous savez que ce qui y manque a servi à payer des dettes passées, comme : 100 francs dus à Méry, un billet de libraire remboursé, 40 francs, plus les trente francs que je vous ai laissés pour Villedeuil. Aussi, je ne suis-pas un pierrot… à propos de ces trente francs, s’il est vrai qu’on ne puisse les rendre tout de suite et que vous les ayez encore, savez-vous ce qu’il y a à faire ? Passez chez un changeur, prenez la somme en papier d’Autriche et envoyez-moi cela à Strasbourg, Hôtel de la Fleur, tout de suite. Cela m’arrangera, et travaillant bien comme je fais depuis trois jours, je les rendrai bien vite ; du reste, si vous aviez l’adresse de Villedeuil, M. Blanche pourrait les donner sur ce qu’il a encore à moi. Mais avec cela je m’achèterai un manteau, chose très nécessaire. Adieu, mon bon ami, vous m’avez vu très embarrassé, très penaud. Croyez que me voilà remonté pour longtemps, disposé à bien faire et à vous aimer plus que je n’ai fait encore. Car je vous connais à présent.
Votre ami,
GÉRARD DE NERVAL.
P.-S. Dites à Du Camp que son affaire va crânement bien. J’enverrai les premiers articles au Pays d’ici à peu de jours. »
Quelques éclaircissements sont nécessaires pour bien comprendre cette lettre.
On voit sa dette qui préoccupait fortement notre ami et quelle était la délicatesse de ses sentiments. Il ne voulait pas avant tout passer pour un pierrot ! Il y a surtout les 30 fr., chose importante, dus et non remboursés au comte de Villedeuil. Il faut savoir qu’à cette époque, ledit Villedeuil était en train de manger une fortune énorme en extravagances de toute sorte.. Quelle brèche devaient faire ces 30 fr. dans un budget pareil ! Aussi quelques jours après la missive de Gérard, j’en recevais une seconde, datée d’Ems ou de Wiesbaden, dans laquelle il m’engageait à solder vivement cette dette cruelle avec les fonds qu’il avait laissés entre mes mains :
« Décidément, mon bon ami, m’écrivait-il, je n’ai pas besoin de manteau. Je m’étais figuré que l’air du Taunus était vif et qu’un vêtement chaud me serait nécessaire dans la montagne. Je vois que je puis m’en passer. Il vaut mieux payer Villedeuil. »
Je payai Villedeuil, – qui ne se savait pas créancier du poète, – et qui ne comprit pas un traître mot à cette affaire.
Gérard revint d’Allemagne et Paris le reprit bien vivant pour nous le rendre, cadavre. Laissons passer quelques mois encore et arrivons au terme fatal. C’est la question, dit Hamlet.
Quand l’ami Georges Bell m’apprit au matin l’affreuse vérité, comment on avait trouvé Gérard pendu, rue de la Vieille-Lanterne, à la grille d’un égout, comme quoi il y avait, à dix centimètres de ses pieds, une pierre qu’il avait dû repousser pour choir, qu’il avait les genoux ployés et contractés par un grand effort intentionnel afin de ne pas toucher terre, qu’il avait été accroché ou décroché nu-tête, sans manteau – tous ces horribles détails que chacun sait,
« Ah ! m’écriai-je, ils l’ont assassiné ! »
Et je courus rue de la Vieille-Lanterne, en compagnie d’un camarade ; ils étaient tous là, les amis du bon Gérard, et tous pleuraient.
Le corps avait été porté, chaud encore, à la Morgue pour les constatations légales. La pierre était près ; nous mesurâmes, avec Roger de Beauvoir, les impossibilités d’une mort volontaire dans les circonstances présentes. Quoi, personne ne l’avait entendu aller, venir, se préparer à sa dernière besogne ? Il y avait, au-dessous de l’escalier de pierre qui descendait à la rue, puis à l’égout voisin, une boutique de charbonnier. Nous interrogeâmes l’honnête Auvergnat et son épouse, fort occupés dans cette bagarre à faire rentrer au logis un corbeau qui servait de jouet à ses enfants. Ils n’avaient rien vu, rien entendu.
En face, aucun des locataires de la maison borgne d’où le corps, mort ou vivant, avait dû être porté sous la bouche d’égout et accroché comme on accroche un chapeau à une patère, sans plus de cérémonie ni de contestation, personne ne s’était douté de rien. Au vis-à-vis de la porte, à deux mètres de distance, ces dormeurs, si vite éveillés, ces pantes toujours inquiets, ces filles toujours au guet pour leurs amants, personne n’avait rien vu.
La police dormait donc aussi ! – Aussi les gagne-petit de l’heure matinale, les concierges, les ouvrières pressées par l’heure, les travailleurs nocturnes, les visiteurs inattendus, ces témoins que la Providence tient toujours en réserve dans les cas ordinaires, pour les moindres délits, pour de simples contraventions.
Et sans plus s’informer, sans plus se gêner, comme s’il se fût agi d’un mort vulgaire, d’un suicidé de rencontre, on avait porté le poète à la Morgue.
Roger de Beauvoir et moi, hochant de la tête, nous sommes demeurés les derniers à croire à une mort volontaire.
Deux jours après, un service solennel à Notre-Dame réunissait tout Paris. Un long cortège d’amis se déroulait à travers le faubourg Saint-Antoine et les bonnes femmes se demandaient avec étonnement quel pouvaient être ce mort, ce corbillard de pauvre, que tant de gens décorés, en habits noirs, accompagnaient tête nue, malgré la neige qui tombait, au Père-Lachaise. La Société des gens de lettres avait acheté une concession perpétuelle en belle place découverte et des mains pieuses firent retomber la terre sur le cercueil du pauvre poète afin que celle-ci du moins lui fût légère.
Les doutes de Roger de Beauvoir et les miens propres reçurent, quelque temps après, une confirmation singulière de la bouche d’un de ces amis que le noctambulisme jetait à la rencontre de Gérard de Nerval, et que je connaissais moi-même par hasard. Il se nommait Louis Legrand et demeurait passage Véro-Dodat, où il exerçait la profession de commissionnaire pour l’exportation. Il avait des frères au Japon, qu’il est allé rejoindre et, s’il vit encore, il est négociant à Shanghaï.
Voici ce qu’il me raconta :
« À l’époque de sa mort, Gérard de Nerval travaillait pour l’Illustration à un Paris la nuit, que lui avait commandé M. Paulin. C’était un sujet d’étude qu’il avait pris à cœur parce qu’il le connaissait merveilleusement et qu’il se sentait porté à le bien faire ; ce travail, nous le lui connaissions tous. On en parlait souvent au Divan. Le Peletier et chacun de nous lui donnait quelques renseignements particuliers, quelque note inédite et curieuse. Gérard était devenu rare, comme on dit entre camarades. Il se consacrait tout entier à son travail, rôdait la nuit au milieu des Halles, fréquentant Paul Niquet et ses habitués, couchant à la corde pour mieux étudier son sujet. Ces pérégrinations nocturnes n’étaient ni sans inconvénients ni sans dangers. Plusieurs fois, Gérard avait été ramassé dans une razzia nocturne avec le menu fretin des vagabonds et des rôdeurs, gens de sac et de corde, bien étonnés de voir le commissaire de police parler à leur compagnon avec politesse et lui rendre la liberté. Un matin cependant, Gérard comprit que sa position de récidiviste incorrigible devenait grave et allait peut-être le conduire droit au dépôt. Il se fit réclamer par son ami Legrand. L’honnête négociant était accoutumé à ce dérangement. Il se rendit au bureau de police : le bon Gérard était calme au milieu de ses amis devenus défiants à son égard. Il passait décidément pour un faux frère, pour un mouton, chargé d’un service spécial de la rousse. De certains regards haineux lui avaient été décrochés, des propos malveillants s’étaient fait entendre. Ils redoublèrent quand le magistrat fit avancer Gérard.
« C’est encore vous, monsieur, lui dit le commissaire, que je retrouve au milieu de ces coquins. N’avez-vous pas honte de votre conduite – et me faudra-t-il user de sévérité à votre égard ? »
Le poète allégua la nature de son travail, mais la patience du magistrat était à bout. Louis Legrand comprit que la véracité de son ami était mise en doute. Il obtint cependant que Gérard lui fût remis, et ce fut au milieu des menaces les plus directes des camarades détenus prisonniers qu’il s’éloigna du bureau de police.
Deux jours après cette scène, Gérard alla probablement passer la nuit dans cette maison borgne de la rue de la Vieille-Lanterne. Il y fut reconnu, chouriné et accroché haut et court comme un chat galeux dont on veut se débarrasser. Un ruban graisseux de cuisinière fit l’affaire du pauvre innocent. La légende y vit la jarretière de la princesse de Trébizonde, que Gérard portait toujours dans sa poche. Mais encore une fois qu’étaient devenus son couvre-chef et son manteau, ce manteau que tout Paris connaissait et qui n’était rien de moins qu’un burnous arabe en poil de chameau ?
Jamais personne ne s’est avisé de le demander. La police eut bientôt clos son enquête. Un poète de plus ou de moins, fut-ce l’auteur de Léo Burckart, du Chariot d’Enfant et de l’Imagier de Harlem, qu’importe ! chose légère et sans valeur. Il y a des ténèbres dans lesquelles toute lumière s’éteint. Seront-elles un jour sondées ?
ALFRED BUSQUET. »
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(in Le Temps, vingt-et-unième année, n° 7414, mercredi 10 août 1881)
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(in Le Rappel, n° 5, samedi 8 mai 1869)
QUELQUES DÉTAILS SUR LA MORT DE GÉRARD DE NERVAL ET SUR LA PLACE OÙ L’ON A RETROUVÉ SON CORPS
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Si par hasard, vous qui lisez ces lignes, vous vouliez faire un funèbre pèlerinage au lieu où a été retrouvé le corps de notre pauvre ami Gérard de Nerval, vous n’auriez, pèlerin de deuil, qu’à suivre l’étrange itinéraire que nous allons tracer.
Arrêtez-vous d’abord à la place du Châlelet.
En face d’un des côtés de la colonne élevée à Desaix, à main gauche de la statue de la Victoire qui la surmonte, vous verrez une rue qui s’appelle la rue de la Tuerie.
Vous entrerez dans cette rue, laissant un magasin d’épicerie à gauche, une boutique de marchand de vin à droite.
Cette rue est elle-même coupée transversalement par deux autres rues.
À gauche, par la rue de la Vieille-Tannerie.
À droite, par la rue Saint-Jérôme.
Alors la rue se rétrécit.
On lit en grosses lettres sur un mur qui fait face :
BAINS DE GÈVRES.
Et au-dessous :
BOUDET,
ENTREPRENEUR DE SERRURERIE.
Au pied du mur sur lequel sont inscrites ces deux affiches commence un escalier avec une rampe de fer.
Escalier étroit, visqueux, sinistre.
D’un côté, à droite, les marches touchent au mur.
De l’autre côté, un prolongement de la rue, large d’un mètre, conduit à la boutique d’un serrurier, qui a pour enseigne une grosse clef peinte en jaune.
Devant la porte, sautille un corbeau, qui, de temps en temps, fait entendre un sifflement aigu.
L’escalier et la boutique du forgeron font déjà partie d’une autre rue :
La rue de la Vieille-Lanterne.
Remarquez-vous l’étrange coïncidence de ces deux noms :
Rue de la Tuerie, rue de la Vieille-Lanterne ?
On descend dans cette dernière, qui n’est qu’une ruelle profonde qui semble s’enfoncer sous la place du Châtelet, par l’escalier que nous avons dit.
On craint à la fois de poser le pied sur ces marches glissantes, la main sur cette rampe rouillée.
Vous descendez sept marches, et vous vous trouvez sur un petit palier.
Eu face de vous, à la hauteur de votre tête, ce prolongement qui conduit chez le forgeron fait voûte.
Dans l’obscurité, au fond de cette voûte, vous découvrez une fenêtre cintrée avec des barreaux de fer pareils à ceux qui grillent les fenêtres des prisons.
Descendez cinq marches, arrêtez-vous sur la dernière, levez le bras jusqu’au croisillon de fer.
Vous y êtes : c’est à ce croisillon que le lacet était attaché.
Un lacet blanc, comme ceux dont on fait des cordons de tablier.
En face est un égout à ciel ouvert, fermé par une grille de fer.
L’endroit, je vous l’ai dit, est sinistre.
En face de vous, s’étend la ruelle de la Vieille-Lanterne, qui remonte vers la rue Saint-Martin.
Dans cette rue, à droite, un garni, quelque chose d’immonde, qu’il faut voir pour s’en faire une idée, avec une lanterne, sur le verre de laquelle est écrit :
On loge à la nuit.
Café à l’eau.
En face de ce garni, des écuries qui, pendant ces longues nuits de glace que nous venons de traverser, sont restées ouvertes afin de donner un refuge aux malheureux trop pauvres même pour demander à loger dans ce garni.
Vous êtes resté sur la dernière marche, n’est-ce pas ?
Eh bien, c’est là, les pieds distants de cette marche de deux pouces à peine, que, vendredi matin, à sept heures trois minutes, on a trouvé le corps de Gérard encore chaud, et ayant son chapeau sur la tête.
L’agonie a été douce, puisque le chapeau n’est pas tombé.
À moins toutefois que ce que nous croyons un acte de folie ne soit un crime ; que ce prétendu suicide ne soit un véritable assassinat.
Nous reviendrons là-dessus tout à l’heure.
On courut au corps-de-garde, on détacha le corps, on appela un médecin.
Le médecin pratiqua une saignée.
Le sang vint, mais inutilement. Gérard ne rouvrit pas les yeux, ne poussa pas un soupir.
Il était mort !
Nous sommes entré dans le garni, nous avons interrogé la femme qui le tient.
Elle n’avait pas vu Gérard jusqu’au moment où l’on vint lui dire qu’il y avait un homme pendu à vingt pas de sa maison.
« On avait cru d’abord que cet homme était gelé, » nous dit-elle.
Il semblait dormir, appuyé à la muraille.
À une heure du matin, elle se rappelle avoir entendu frapper à sa porte.
Sa maison était pleine, elle n’a pas ouvert.
Était-ce lui ?
Ses amis ont perdu de vue Gérard lundi dernier ; celui à qui il a parlé après tous les autres est Georges Bell, notre ancien collaborateur.
Il l’aurait quitté mardi vers onze heures.
Mercredi à midi, il était dans un corps-de-garde, aux environs de la Halle, et se réclamait de M. Millot, rue de Richelieu, 41.
M. Millot se rendit à sa réclamation.
Nous n’avons pas vu M. Millot, mais voilà ce que l’on nous rapporte :
Il aurait trouvé en effet Gérard dans un corps-de-garde où il aurait été conduit dans la nuit.
M. Millot lui aurait demandé s’il avait besoin de quelque chose, et lui aurait offert sa bourse.
Gérard n’aurait pris que cinq francs.
Depuis mercredi, une heure de l’après-midi, jusqu’à vendredi, sept heures du matin, on ignore ce qu’il a fait, ce qu’il est devenu, où il a été.
Maintenant, nous répéterons cette question déjà hasardée :
Gérard s’est-il suicidé dans un moment de folie ?
Gérard a-t-il été assassiné ?
Ce lacet blanc, qui semble arraché à un tablier de femme, est étrange.
Ce chapeau, que les tressaillements de l’agonie ne font pas tomber de la tête de l’agonisant, est plus étrange encore.
Le Commissaire, M. Blanchet, est un homme d’une grande intelligence, et nous sommes sûr que d’ici à quelques jours il pourra répondre à notre question.
Nus croyons que c’est demain mardi que les obsèques de Gérard de Nerval auront lieu à Notre-Dame.
Les journaux du soir renseigneront ses nombreux amis sur l’heure du convoi, sur l’église où il aura lieu, et sur le cimetière où le corps sera conduit.
ALEX. DUMAS.
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(in Le Mousquetaire, journal de M. Alexandre Dumas, troisième année, n° 30, mardi 30 janvier 1855)
Peut-être ne sommes-nous pas encore trop loin du jour où ce douloureux débat sur la mort de Gérard de Nerval occupa si passionnément la presse parisienne, Et qui donc aurait le courage de nous reprocher de trop parler de cet esprit charmant, de cette âme délicate, exquise, un honneur et un bonheur pour notre littérature ? C’est aujourd’hui surtout qu’il n’est pas inutile de revenir sur sa mémoire ; c’est aujourd’hui qu’il nous convient de respirer ce nom de peintre, de poète et d’écrivain consommé comme on respire une fleur, et, ne fût-ce que pour protester contre les malsaines exhalaisons et les pestilences qui se dégagent des Élisas et des Nanas modernes, d’évoquer la délicieuse silhouette de cette Sylvie, et les foins nouvellement coupés où elle s’en va pieds nus, chantant comme un linot, la joue toute rosée sous son grand chapeau de paille, l’œil avivé de toutes les splendeurs de la nature qui rayonnent et ruissellent autour de sa pure jeunesse.
D’ailleurs, ce n’est pas moi qui parle ici, c’est un de mes amis, un grand enfant rêveur qui dort aujourd’hui sous les herbes maigres du cimetière de Saint-Ouen. Quand il vivait, on le nommait Henri Cantel. La mort l’a cueilli un beau jour dans je ne sais quel obscur grenier des Batignolles, au milieu d’une petite famille composée d’une femme héroïquement dévouée à ses dernières souffrances et d’un bel enfant, la joie du foyer souvent sans feu et le ravageur terrible de la table où il n’y avait parfois du pain que pour lui. La chronique du jour l’a enterré sous quelques lignes indifférentes ; un ami à court de copie a bien voulu se souvenir qu’il avait publié deux volumes qui supporteraient sans faiblir le parallèle avec tout ce que l’on publie de nos jours, puis l’oubli a scellé la tombe et dévoré le nom. Qu’est devenue la femme ? Qu’est devenu l’enfant ? Pendant qu’ils marchaient côte à côte tous les trois dans la vie, la femme et l’enfant participaient au peu de lumière qu’une demi-réputation jetait à l’entour du père ; lui disparu, l’ombre épaisse s’est étendue sur ceux qui sont restés, et le grand remous parisien les triture silencieusement dans quelque abîme de misère et de lutte désespérée.
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Je le revois encore avec sa tête penchée sur l’épaule, sa longue barbe noire, ses yeux où les angoisses dévorées et vivement senties allumaient une fièvre intense, son nez droit et fin dont il était très fier, sa main aux doigts effilés, aux ongles longs et pointus, taillés avec dilettantisme. Cette main avait une réelle distinction, et comme une poésie sui generis quand elle soutenait le long tuyau d’une pipe toujours admirablement culottée. Il y avait en Cantet beaucoup de l’Oriental. Il avait couru l’Asie, pendant quelques années, et nul poète n’a, que je sache, mieux chanté que lui la formidable beauté du Stromboli et les suaves indolences de cette reine du Caucase que l’on appelle Tiflis.
Nous aimions à causer ensemble, moi, frais émoulu de ma province, lui déjà rompu à l’existence parisienne ; nous aimions à causer des écrivains vers lesquels nous entraînait la sympathie de nos caractères. Il parlait, et j’écoutais, n’osant contredire, heureux et avide d’entendre cette parole pittoresque dont les finesses, cherchées peut-être, mais trouvées sans effort, me ravissaient confusément. Musset, il en était enthousiaste. Le poète de Namouna, auquel il avait dédié dans ses Poèmes et Visions une pièce délicieuse, lui avait répondu en vers. Et quand je lui demandais l’inestimable faveur de contempler cet autographe sacré, il ne manquait pas de me raconter l’histoire d’une belle dame russe qui le lui avait acheté… un baiser. Pour Musset, il avouait une admiration quasi-fraternelle ; pour Gérard de Nerval, qu’il appelait tout simplement Gérard, il professait une vénération absolue : « Celui-là, disait-il, a été frappé ; il voit plus haut et plus loin que nous. Ce n’est pas un homme, c’est une âme. » Et alors, il se recueillait.
« Je n’ai pas, reprenait-il, de notions certaines sur sa mort, et personne ne peut se vanter d’en avoir. A-t-il été assassiné dans ce bouge où il a été retrouvé le lendemain ? S’est-il pendu ? Quelques jours auparavant, il avait été conduit au poste, et voici, à ce propos, ce que m’a raconté quelqu’un qui le connaissait beaucoup. Si je donne cette légende pour ce qu’elle vaut, je n’en suis pas moins tout disposé à lui accorder une pleine créance. En supposant qu’elle ne soit pas consignée en d’affreux procès-verbaux qui en feraient de l’histoire, elle me paraît cadrer à merveille avec les tendances connues de l’homme, le mysticisme de ses œuvres et la singulière immatérialité de toute sa vie, immatérialité dont il est facile de se faire une idée d’après ses amours avec Jenny Colomb et le tour d’Europe qu’il fit à la recherche de ce fameux lit de reine où il voulait, avec la femme qu’il aurait épousée, célébrer sa première nuit de noces.
Il est vrai que le lit fut trouvé, ou pour mieux dire, découvert et acheté en Allemagne ; mais, quand le poète triomphant rentra dans la capitale avec son trophée, enivré d’avance du bonheur qu’il allait donner comme de celui qu’il recevrait, il apprit que l’objet de sa passion avait très prosaïquement épousé un des plus pacifiques bourgeois de la rue Greneta. Oui, pendant que Gérard fouillait le monde entier et, de la Seine à la Volga, mettait sur les dents tous les marchands d’antiquités, celle qui hantait son âme et remplissait sa vie, celle qui était la joie de son souvenir et la lumière dans laquelle il marchait comme dans une perpétuelle apothéose ; celle qu’il croyait et voulait sienne se donnait tout bêtement à un autre. Le poète n’avait oublié qu’une chose, c’était, avant de partir, d’avouer son amour et de s’informer s’il était partagé.
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Le coup fut rude, et le pauvre voyageur en resta abasourdi. Il n’en fallait d’ailleurs pas tant pour sa raison déjà vacillante. Hanté d’incessantes hallucinations et nourri des légendes de toutes les anciennes cosmogonies, rien ne lui fut plus facile (et ce fut là un souverain dérivatif pour une douleur qui l’eût peut-être tué à force d’intensité), que de transformer la créature aimée en une chose intangible, immatérielle, dont il pourrait de ses yeux mortels contempler la forme en attendant que, esprit lui-même, il pût en embrasser l’esprit. Ce fut d’abord la nuée qui passe et qu’il suivit dans sa course vagabonde ; ce fut le rayon de lune qui glisse entre les branches ; les vapeurs confuses qui rampent et bleuissent dans l’air ; puis ce fut l’étoile scintillante, œil d’or ouvert dans le silence des nuits sur le poète aimé. Et le voilà courant par les nuits sombres, bousculant les passants, bousculé par eux, hagard, tantôt se heurtant à un trottoir et s’esclaffant dans la boue, tantôt cinglé par le fouet d’un charretier, tantôt assis sur une borne, tantôt accroupi dans un angle noir, regardant, regardant toujours, d’un œil fixe, d’un œil de visionnaire, cette étoile vers laquelle il tend les bras et qu’il appelle jusqu’à ce que, épuisé de fatigue, il s’endorme pour recommencer le lendemain.
On comprend qu’une pareille folie et un pareil cerveau devaient déterminer une crise. La crise vint un soir, après minuit. Le brouillard emplissait les rues, et, sous la brume frissonnante, Gérard allait, en proie à son extase. Tout à coup, il s’arrête, un sourire radieux sur les lèvres. Il est au coin de la rue Madame et de la rue de Vaugirard. Ses bras, comme toujours, s’élèvent suppliants. L’étoile est comme tombée de sa voûte ; elle est près de lui. Il n’a qu’à se lever sur la pointe du pied. Non, il ne peut encore l’atteindre. Est-ce que l’étoile ne descendra pas jusqu’à lui ? Ce serait peut-être déshonorant pour une étoile, qui ne doit pas se mêler de trop près à nos fanges. D’ailleurs, elle a fait assez de chemin, montré pour son poète assez de condescendance ; c’est à lui maintenant de tenter un effort surhumain pour opérer le mystique rapprochement. Gérard fait un bond prodigieux et retombe sur le sol. Il se relève sans penser à ses meurtrissures, toujours ayant aux lèvres ce sourire particulier aux martyrs de la pensée, cette bête fauve. De nouveau, il s’élance et retombe encore. Quoi donc ? Quel est l’irritant obstacle qui se dresse ?
C’est la matière, l’épaisse et l’absurde matière qui le retient. Est-ce que, lourds comme nous sommes, nous pouvons aller, nous, avec nos grossières chaussures et nos manteaux baroques, à ces astres légers faits de lumière et de chaleur ? Et le voilà, arrachant, de ses mains que crispe l’impatience, ses habits qu’il jette avec colère, un à un, derrière lui. Il est nu maintenant, plus près du monde qui naît et du monde qui meurt, comme on est quand on sort de l’éternité, comme on est quand on y rentre. La distance n’est-elle pas franchie ? Et il bondit, il bondit encore, pendant que l’ironique étoile brille avec placidité au-dessus de sa tête. Le sang coule de ses mains et de ses genoux, car il essaie de grimper au mur et s’y brise les ongles, comme il s’y serait peut-être brisé la tête, si le brouillard ne l’avait saisi de son étreinte glaciale et couché à terre où le ramassèrent tout bleui, inanimé, des agents qui passaient par là.
Conduit ou plutôt transporté au poste de la place Saint-Sulpice, Gérard n’en sortit que pour rentrer chez le docteur Blanche, son ami intermittent, comme il disait lui-même avec cette pointe d’humour qui, chez lui, n’arriva jamais à la méchanceté. Après une pareille histoire, terminait Cantel, on ne conclut pas, on rêve. »
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(‘Tobic’, in Le Gaulois, treizième année, deuxième série, n° 527, lundi 21 février 1881 ; gravure de Georges Lorin, « L’inspiration, » 1904)
Né le 21 mai 1708 [sic, pour 1808], dans la rue feu Pierre Lescot, qui, avant son événement, avoisinait le Palais-Royal, Gérard de Nerval connut à peine le baiser maternel et fut élevé par un de ses oncles dans la patrie de l’herbier du vieux Jean-Jacques.
Il allait ne pas connaître son père, quand, un beau jour d’avril, au seuil de la maison de son oncle, son auteur, homme à la figure hâlée par les combats de Montmirail, s’arrêta devant lui, jeta le manteau sous lequel se cachait son uniforme et lui dit en ouvrant les bras :
« Me reconnais-tu ?
– Oui, tu dois être mon père, bien que je ne t’aie jamais vu ! La nature a de ces révélations soudaines, et les battements de mon cœur devancent tous les discours que tu es en droit d’attendre d’un enfant de dix-huit mois ; embrasse -moi ; tu es mon père, puisque tu es officier et décoré de la légion des braves : tu sers dans les guides, sois celui de mon enfance. »
Tant de précocité chez un enfant qui n’avait jamais assisté aux représentations du Cirque-Olympique, faisait présager une intelligence supérieure qui ne s’est jamais démentie.
« À propos, et ma mère ? balbutia-t-il, où est ma mère ? Je n’ai jamais vu sa binette. »
L’officier, sans répondre, l’étreignit plus fortement contre son cœur et le plaça sur-le-champ au collège Charlemagne.
Il y obtint toujours les premières places en version et les dernières en thème, signe caractéristique d’un esprit supérieur, comme dit Eugène de Mirecourt.
La version vient du génie, le thème ne demande que de la patience. Il tâtonne et rétrograde quand sa compagne audacieuse va de l’avant. Celle-ci est l’image du progrès, elle marche de conquête en conquête, tandis que le thème ne quitte jamais son ornière. La version fait les grands hommes, le thème fait les rois citoyens, les députés du centre et les bonnetiers. Charles X était fort en thème ; Napoléon était fort en versions et en conversions. Voilà la différence.
Gérard de Nerval passait toutes ses vacances chez son oncle ; il invitait à danser les jeunes paysannes aux fêtes d’Ermenonville, sur une grande pelouse verte, encadrée d’ormes et de tilleuls.
Il y a autant de danger à danser sur une grande pelouse verte, cachée par des tilleuls, avec une paysanne d’Ermenonville, qu’à cueillir la fraise dans le bois de Boulogne avec une jeune péri de Saint-Georges-Square.
Gérard raconte dans Sylvie ses premières amours et cette danse sur la pelouse d’Ermenonville, où il vit bondir son âme et chanceler sa vertu. – Il eut son Adrienne Lecouvreur. Cette Adrienne ressemblait à la Béatrix du Dante, qui sourit au poète errant sur la lisière des Saintes Demeures.
Ainsi chantait ce jeune homme en vacances de rhétorique, qui délaissait Sylvie pour une belle Adrienne aux cheveux d’or.
Celui de Gérard pour la blanche colombe d’Ermenonville badina, badina bien souvent dans son âme et dans ses plus beaux rêves pendant l’année scolaire, jusqu’aux vacances suivantes. – Mais hélas ! il badina impunément, comme dit Piron ; la blanche colombe allait prendre le voile.
Et son amour badinait, badinait toujours.
Le jeune homme, qui voyait s’envoler tous ses beaux rêves, ses joies et son amour, se réfugia dans l’étude pour échapper au désespoir. – Il alla cuver son amour ailleurs !
Il visita l’île de France,
Il visita l’île d’Amour,
et but l’Hippocrène. – L’ivresse chasse l’ivresse qui étourdit le cœur : hélas ! le cœur du pauvre Gérard titubait, titubait toujours. – Adrienne n’eût-elle pas mieux fait de prendre ce cœur que le voile, en voyant Gérard si malheureux ? mais les femmes sont impitoyables – quand le sang des Valois coule dans leurs veines !…
Gérard se vengea bien noblement de cet amour dédaigné en traduisant, malgré ses dix-huit ans, le Faust de Gœthe, qui prédit que le traducteur deviendrait l’un des plus purs et des plus élégants écrivains de France. – Si cet éloge de l’illustre écrivain a franchi les grilles de votre couvent, Adrienne, dites-nous que vous vous repentez de n’avoir point aimé le pauvre Gérard, et nous vous pardonnons le mal que vous lui avez fait !
Cet homme de tant de verve et de mélancolie se livre à la culture des vers et fait paraître successivement deux ouvrages, l’un intitulé : Souvenirs de nos gloires, et l’autre : Élégies nationales. Il passe dans le monde littéraire pour coloriste à outrance. Le bibliophile Jacob, qui dirigeait alors le Mercure de France, l’engagea en qualité de traducteur-solo d’ouvrages allemands.
Il se lie très intimement avec toute la bande des littérateurs insurgés contre l’école classique ; on lui fourbit des armes pour se joindre à l’insurrection.
Gérard de Nerval forme le cercle des rugisseurs ; Victor Hugo est nommé généralissime et distribue les massues aux conjurés. Viennet perd la tête et Arbogaste dans la mêlée, qui devient terrible.
Ce bon Gérard, doux comme un agneau, timide comme une jeune fille, se croit le plus humble et le dernier des combattants dans cette grande arène des lettres, où tant de gens se posent en matamores ; il souffre parfois de cette guerre d’extermination ; car au fond il n’en veut pas au classique, qui ne lui a rien fait. Il profite d’un armistice pour glisser çà et là quelques pièces au théâtre. Il y fait jouer une charmante comédie en trois actes sous le titre : Tartufe chez Molière. Gérard faisait partie, sans s’en douter le moins du monde, de ces crapauds du Parnasse qui coassent, suivant la noble expression du nez de M. Bocage, alors directeur de l’Odéon. Gérard nage en plein journalisme ; il y fait sa planche, et obtient l’approbation de tous les maîtres nageurs de la littérature. Jules Janin ne le désavouerait pas.
Mais il n’a jamais oublié sa jolie danseuse d’Ermenonville, et s’il a beaucoup aimé ce sexe à qui il doit sa mère, soyez sûr qu’il aime encore la vierge de ses saintes amours.
Le fond est agité, mais la mer est tranquille !
Quoi qu’il fasse, Gérard l’aimera toujours !!
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(in Les Binettes contemporaines, par Joseph Citrouillard, revues par Commerson, pour faire concurrence à celle d’Eugène (de Mirecourt, – Vosges), quatrième volume, Paris : Gustave Havard, [sd] ; portrait de Nadar)
Le pauvre être douloureux et charmant qui fut Gérard de Nerval ne connaîtra point la gloire bruyante, mais il sera toujours aimé fidèlement. Son souvenir a fait naître parmi l’élite de notre jeunesse de belles dévotions. Hier, c’était M. Édouard Champion qui constituait pieusement le dossier de ses aventures. Aujourd’hui, M. Jules Marsan édite cette correspondance, jusqu’ici dispersée, où nous pouvons surprendre en son intimité l’âme ingénue du poète. Pouvons-nous penser désormais que quelque chose nous est dévoilé du mystère dont s’enveloppa cette destinée ?
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Non. Aujourd’hui comme hier, l’énigme subsiste dans sa cruauté. Il n’est que trop certain, Gérard était fou, au sens strict et médical du mot. Lorsqu’on découvrit, un matin de l’hiver de 1855, son lamentable cadavre pendu à la grille d’un bouge, depuis quinze ans la conscience du visionnaire s’enfonçait dans la nuit. Suicide ou crime ? Saura-t-on jamais ? Le noctambule, hôte innocent des pires coupe-gorges, fut-il la victime d’ignobles rôdeurs ? Ou plutôt l’âme exilée conçut-elle, par une lucidité suprême, le désir effréné du retour au monde de son rêve ? À quels moments Gérard de Nerval était-il en démence ? Et quand raisonnable ? Que faut-il admirer le mieux en lui, ses orgueilleux délires, ou sa jolie sagesse du matin ?
Supposons que nous ne sachions rien de lui, pas même son nom, et que quelqu’un, hier, sans nous avoir rien dit d’avance, nous ait fait lire Sylvie. Avec une bonne larme au coin de l’œil, nous avons fermé le doux livre. Ah ! penserions-nous, qui que tu sois, poète des pudiques confidences, que tu étais donc bien de notre race ! À quelle époque supposer ton chef-d’œuvre ? C’est du français moyen délicieux, celui que parlèrent La Fontaine et le gentil Perrault de la Mère l’Oie ; pourtant, les fièvres de Jean-Jacques ont passé par là. Oui, si le problème se posait ainsi, l’on pourrait défier le plus pénétrant des psychologues d’aller découvrir ce trésor de candeur au grenier des friperies romantiques. C’est là pourtant, parmi les truculences, que ce bleu pur a rayonné et dans un vacarme de ménagerie qu’a murmuré cette voix fragile.
Que diable le timide Gérard Labrunie allait-il faire dans la galère capitane où ramaient quatre-vingts Petrus Borel, avec Gautier pour lieutenant ? Il pensa, sans doute, ce passionné d’indépendance, que ce n’était point s’enrégimenter que s’affilier à une confrérie de révoltés. Ses jeunes compagnons, toujours le mot de liberté sur les lèvres, faisaient un bruit de fierté qui l’attira. Il se crut naïvement des leurs ; pour se déguiser à leur mode, il changea de nom et consentit à s’appeler « de Nerval, » comme Maquet s’appelait Mac-Keat. Mais ce fut tout. Il n’arbora ni crinière léonine, ni rouge gilet ; avec quelques touffes dorées sur le crâne et la redingote de n’importe qui, et pour vocabulaire celui de tout le monde, ce bizarre invité prit place à l’orgie romantique, près de la porte, pour mieux s’en aller quand il en aurait envie. Et c’est toutes les fois qu’il sortit de table que Gérard Labrunie, dit de Nerval, rencontra sa Muse familière.
Les tapageurs magnanimes de l’impasse du Doyenné adoptèrent cette innocence ; ces bruns ténébreux se prirent de tendresse pour ce blondin. Il est admirable que Gérard ait été chéri à ce point par Théophile Gautier, alors rugissant, par le bruyant et piaffant Dumas. Il y avait alors entre Jeunes-France une solidarité de caste, dont bénéficiait toute créature pensante qui exorcisait M. Viennet ; en dépit de sa naturelle mansuétude, Gérard méprisait l’Institut, c’était l’essentiel. On lui pardonna tout, même d’user timidement des adjectifs et de s’habiller comme un bourgeois. Lorsqu’on allait, chez les brocanteurs du Carrousel, chasser aux exotiques merveilles, Gérard, lui, achetait des Fragonards. Mais il avait fourni pour les accessoires du sabbat le crâne d’un tambour-major tué au passage de la Bérésina, ce crâne, auquel Gautier, pour en faire la coupe de fraternité, avait scellé une poignée de commode. Le soir du grand bal démoniaque, resté légendaire, il fut distribué un programme qui représentait un moine lisant la Bible sur la hanche nue d’une femme ; c’était l’œuvre d’Auguste de Châtillon, du Châtillon de la Grand’Pinte, que nous avons entendu sur le tard bégayer, au dessert, la Levrette en paletot. Gérard gambada, vociféra comme les camarades, mais le plus pur de sa rêverie s’envolait au loin, pour s’arrêter sur une pelouse du Valois, où tournait une ronde villageoise. Là, à l’orée d’un bois, près d’un étang aux fées, dans le frisson des peupliers, au bruit des danses, le songeur retrouvait sa patrie d’élection.
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Le baptême de poésie, Gérard Labrunie l’avait reçu, enfant encore, à la fête patronale de Montagny. L’Inspiratrice lui était apparue sous les traits de Sylvie, sa petite compagne de contredanse, une brunette hâlée, aux yeux souriants, avec deux nattes sur la guimpe, vivante fleurette de la France rustique, malice et tendresse, du soupir et de la chanson, la paix et la gaieté dans l’amour. Le traditionnel qu’était Gérard aspirait, par toute une moitié de son être, à ce bonheur tranquille. Mais, lisez ceci : « À peine avais-je remarqué dans la ronde où nous dansions une blonde, grande et belle, qu’on appelait Adrienne. Tout d’un coup, suivant les règles de la danse, Adrienne se trouva placée, seule avec moi, au milieu du, cercle. Nos tailles étaient pareilles. On nous dit de nous embrasser, et la danse et le chœur tournaient plus vivement que jamais. En lui donnant ce baiser, je ne pus m’empêcher de lui presser la main. Les longs anneaux roulés de ses cheveux d’or effleuraient mes joues. De ce moment un trouble inconnu s’empara de moi. » Trouble funeste, trouble meurtrier, qui désormais ne sortira plus de l’âme dont il a fait sa proie. Adrienne, c’est l’ensorceleuse qui changera le campagnard en vagabond, qui l’amènera, d’espoirs en espoirs, de douleurs en douleurs, jusqu’à l’immérité et ignominieux martyre. Gérard a vécu une destinée de souffrances pour avoir quitté un moment la main de Sylvie.
Sylvie, c’était Sylvie, tout simplement, l’humble génie de la terre natale, une femme et voilà tout. Adrienne s’est appelée de mille noms. C’était elle l’inaccessible, l’insaisissable, que Gérard cherchait partout, au pays du romantisme où il s’égarait, en Orient, au Caire, à Constantinople, dans les mirages du Paris nocturne. Chercheur candide, il a cru un moment que l’Idéal s’appelait Mlle Jenny Colon, de l’Opéra-Comique et des Variétés. Certains ont voulu expliquer le mystère de sa vie et de sa mort par une déception d’alcôve. Alors, il eût suffi des dédains d’une petite chanteuse pour tant de douleur ? Ce serait humain, trop humain. Gérard a dit un jour un mot profond qui refoulait Mlle Jenny en pleine chimère. Des amis, entre autres le bon Dumas que l’Éros immortel n’intimidait guère, méditaient la solution de la sagesse : faire souper la jolie comédienne avec le poète et laisser faire au dieu. Peut-être même cette cure fut-elle essayée. « Mais, répondait Gérard, c’est une image que je poursuis ! » Il s’agissait bien d’une aventure de coulisses. Les Jenny Colon, cela se soigne, et l’on en guérit. D’Adrienne, on meurt.
Il en est mort. Pendant la dernière crise, celle où s’abîma sa chancelante raison, Adrienne s’appelait Aurélie. Sous ce masque, elle dictait les extraordinaires analyses auxquelles le dément lucide soumettait son cœur. Ce combat tragique entre le clair génie natif de Gérard et son double, ce terrifiant dualisme, nous le retrouvons dans la Correspondance. Sur quel fond généreux de bon sens, en quel riche terroir nourricier s’était venue planter cette intruse, la Folie ? Toutes les pages de Gérard de Nerval qui méritent de survivre sont antérieures à sa première crise de 1840, ou bien écrites depuis, dans l’intervalle des affreux accès. Rendu à lui-même, il parlait de ses geôles et de la camisole de force, avec détachement, élégance, le sourire aux lèvres, comme un enfant raconte sa dernière maladie dorlotée. Et quelle inépuisable miséricorde ! Les amis de Gérard de Nerval, ceux qui durent se cotiser pour qu’il fût enseveli décemment, nous ont légué leurs colères contre le docteur Labrunie. Triste père que ce chirurgien de la grande armée, qui n’avait rapporté de l’épopée qu’une sottise hargneuse, avare comme on l’est dans les bas-fonds de Balzac, et se chauffant les jambes pendant que son fils grelottait au coin de la borne. Jamais petit enfant d’un jour de Noël n’écrivit des lettres plus humbles, plus soumises, plus tendrement et discrètement filiales ; on ne connaît cette nature adorablement puérile de Gérard qu’après avoir lu ces tremblantes suppliques, griffonnées à tous les bouts du monde, datées à toutes les heures de l’inlassable espérance. Le chef-d’œuvre de cette Correspondance, un joyau, un diamant pur, c’est la lettre que Gérard adressa à Mme de Solms, dont les dix-sept ans ravissaient les poètes, pour lui signaler l’occasion d’une belle aumône. Hymne de galanterie et de charité, le plus noble, le plus caressant madrigal qu’une femme heureuse et belle ait reçu jamais. « Il était beaucoup plus français qu’aucun de nous, » a dit Gautier. Voilà la parole définitive.
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Pourquoi alors revenait-il à l’Allemagne, toutes les fois qu’il avait besoin de remettre un peu d’ordre dans sa pensée ? C’est que le Rhin roulait alors dans ses flots toutes les consolantes chimères. Ils étaient tous plus ou moins en folie, là-bas, au pays des Illuminés, dans les beuveries du Tugendbund. Loin des enfants terribles du romantisme et des philistins, Gérard trouvait là des camarades de songe. Il disait dans son ingénuité : « Ce que c’est que de changer de latitude ! En Allemagne, nul ne songe à me trouver fou. » Cette illusion d’une Germanie enchantée suffirait à faire de Gérard une créature de légende. Il arrivait toujours apaisé de ses excursions au-delà du Rhin ; plus d’une fois, on surprend dans sa fantaisie comme un écho de Henri Heine, des bouffées d’ironie lyrique, une bonhomie railleuse, des gaietés candides baignées dans un clair de lune de Schumann. Mais que ce soit dans la Forêt-Noire, ou au Hartz de Faust, ou au Caire, ou dans les bazars de Stamboul, ou dans la ruelle hideuse de la Vieille-Lanterne, ce Gérard du vagabondage, c’est l’Autre, celui qui poursuivait Adrienne. Le nôtre, le vrai, le Gérard de Sylvie, qu’on pleurera toujours, ne voyageait point. Il revient, les soirs de bal champêtre, pour voir danser les fillettes d’Ermenonville qui chantent des romances de chez nous.
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(Henry Roujon, in Le Figaro, journal non politique, cinquante-huitième année, troisième série, n° 12, vendredi 12 janvier 1912)
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Illustration de Helen Jacobs, pour « The Swan of Glasfryn, » in Legend Land: Being a Collection of Some of the Old Tales Told in Those Western Parts of Britain Served by the Great Western Railway, volume 3, 1923
On lisait la semaine dernière dans les grands journaux :
« La rue de la Vieille-Lanterne n’existe plus ; le Bulletin de Paris dit qu’un Anglais a acheté 2000 fr. la grille en fer où s’est pendu Gérard de Nerval. »
La plume nerveuse et mordante d’un homme de cœur, qu’on retrouve toujours pour se moquer des ridicules et flageller les vices, s’est chargée de rappeler au sentiment du devoir les auteurs et les imitateurs de ce « plat et inepte canard. »
Une rectification a eu lieu, motivée par une lettre du propriétaire de la maison de la rue de la Vieille-Lanterne.
« Il ne faut pas réveiller de tristes souvenirs, ajoute notre confrère : les amis de Gérard de Nerval ont probablement assez de peine à les oublier. »
FRONTIN,
Premier valet de chambre du TINTAMARRE.
Pour copie conforme,
Ch. Joliet.
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(in Le Tintamarre, dimanche 10 juin 1855)