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Épreuve de Martin van Maele pour illustrer L’Œuvre poétique de Charles Baudelaire :
Les Fleurs du Mal

[introduction et notes de Guillaume Apollinaire ; ouvrage orné d’un portrait hors texte et de douze eaux-fortes originales de Martin van Maele, Paris : J. Chevrel, 1917.]

La suite des 12 eaux-fortes de van Maele fit l’objet d’un tiré à part en feuilles, s.l.n.d.
 
 
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LXXXVII
 
LES MÉTAMORPHOSES DU VAMPIRE
 
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La femme cependant de sa bouche de fraise,

En se tordant ainsi qu’un serpent sur la braise,

Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,

Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc :

— « Moi, j’ai la lèvre humide, et je sais la science

De perdre au fond d’un lit l’antique conscience.

Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants

Et fais rire les vieux du rire des enfants.

Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,

La lune, le soleil, le ciel et les étoiles !

Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,

Lorsque j’étouffe un homme en mes bras veloutés,

Ou lorsque j’abandonne aux morsures mon buste,

Timide et libertine, et fragile et robuste ,

Que sur ces matelas qui se pâment d’émoi

Les Anges impuissants se damneraient pour moi ! »
 

Quand elle eut de mes os sucé toute la mœlle,

Et que languissamment je me tournai vers elle

Pour lui rendre un baiser d’amour, je ne vis plus

Qu’une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus !

Je fermai les deux yeux dans ma froide épouvante,

Et, quand je les rouvris à la clarté vivante,

À mes côtés, au lieu du mannequin puissant,

Qui semblait avoir fait provision de sang,

Tremblaient confusément des débris de squelette,

Qui d’eux-mêmes rendaient le cri d’une girouette

Ou d’une enseigne, au bout d’une tringle de fer,

Que balance le vent pendant les nuits d’hiver.
 
 

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(Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Paris, Poulet-Malassis & De Broise, 1857)