FIEUX6
 
 

Ils n’ont pas d’dab et pas d’dabesse,

Jamais ils ne r’çoiv’nt un’ caresse,

Jamais un baiser sur les yeux,

Les pauv’ p’tits fieux.

 
 

On les voit errer dans les rues,

Le grimpant troué, les fess’ nues,

Couverts de haillons, tout pouilleux,

Les pauv’ p’tits fieux.

 
 

La nuit, ils quitt’nt les plac’s publiques,

Pour n’ pas s’ fair’ coffrer par les fliques ;

Ils n’ roupill’nt jamais dans des pieux,

Les pauv’ p’tits fieux.

 
 

Chaqu’ jour, dans l’ruisseau, sur leur route,

S’ils peuv’nt trouver un’ mauvais’ croûte,

Ils sont triomphants comm’ des dieux,

Les pauv’ p’tits fieux.

 
 

Lorsque leur faim est moins vivace,

Ils vont alors à la Wallace ;

Un bon coup d’ lanc’ les rend joyeux,

Les pauv’ p’tits fieux.

 
 

Mais l’ plus souvent la faim les crève,

C’ n’est pas long, l’agonie est brève ;

Ils doiv’nt aller tout droit aux cieux,

Les pauv’ p’tits fieux.
 
 

Quand ils s’ront grands, ils d’viendront rosses.

Ils commettront des crim’s atroces,

Ils surin’ront les beaux messieurs,

Les pauv’ p’tits fieux.

 
 

Bourgeois, patron, toi, qu’as des sommes,

Pens’ que plus tard ils s’ront des hommes,

Et tâche d’êtr’ miséricordieux

Aux pauv’ p’tits fieux !

 
 
 
 
FIEUX2
 
 

_____

 
 

(Eugène Héros, musique de Paul Marcelles, in La Lanterne, supplément littéraire, neuvième année, n° 629, 22 septembre 1892 ; repris dans Le Gil Blas illustré, avec une lithographie de Théophile-Alexandre Steinlen, dimanche 23 septembre 1894, puis dans Le Supplément, grand journal littéraire illustré, seizième année, n° 1496, 16 mars 1899)

 
 
 
FIEUX
 
 

Lithographie de Steinlen, parue dans Le Gil Blas illustré, dimanche 23 septembre 1894

 
 
 
FIEUX5
 
FIEUX4
 
 

« Les Pauv’ P’tits Fieux. » Dessin préparatoire à la mine de plomb et épreuve sur vélin, rehaussée à l’aquarelle, 1892