STAUB

 

TARTUFFE.

_____

 

 

§ I. – ORGIE.

 

 

Et M. T. se montra entre deux chandelles.

(Le Charivari.)

 

De Calderon, les Saynètes de Clara Gazul, Lopez de Vega, Cervantes, les Romanceros ;

De Corneille, Schiller, Goldoni, Byron, Racine, Aristophane ;

De Molière, Kant, les Mystères, Sophocle, Shakespeare, Ducis ;

De l’Espagne, l’Espagne des Maures, l’Espagne en mosquées et en minarets, en poignards luisants et en figures bronzées ;

Des brumes de la cité, transparentes au soleil comme de la dentelle roussie ;

De l’Alhambra, des féeries de Stamboul, des marécages d’Holy-Rood ;

De la vieille Rome et de la Grèce qui rajeunit ;

D’antiquités, de ruines, d’épidémies, de rêves, de philosophie et d’apparitions fantastiques,

Ils en étaient venus à causer génie, création et beauté parfaite.

Le vin était bu ; les yeux battus, brûlés, fascinés ; les têtes n’y étaient plus, les cervelles étaient parties.

Tout à coup, par une étrange spontanéité dont personne ne put s’expliquer le motif, la conversation s’éteignit, puis se ranima chaude et embrasée, comme si elle eût été entretenue avec un soufflet de forge. Les propos se heurtèrent de nouveau, fous, sombres, brillants, animés, hideux, pleins de grâce. On eût dit un cimetière où l’on trouve tout et rien ; ce qui n’est pas encore la mort et ce qui n’est plus la vie ; ce qui a été et ce qui sera ; ce qui est et ce qui doit être ; la chair d’aujourd’hui et la chair d’hier, la chair qui saigne encore et la chair qui ne saigne plus, la chair qui va pourrir et la chair qui est pourrie…..

Tout un monde de transitions, tout un abîme d’idées…..

« Du punch , messieurs !

– Qui est-ce qui demande du punch ?

– Amis, buvons du punch ! Le punch enivre et n’entête pas. Quand il est allumé, c’est une jeune fille blonde, aux yeux bleus. Je bois à ma fiancée !

– Ma fiancée, à moi, c’est la fiancée du marin ; c’est l’Atlantide, c’est le fond de l’Océan. Je crois à l’Atlantide.

– Moi, je crois au Champagne et à Platon. Je crois au Champagne, quand il y a de la mousse aux bords ; j’aime Platon, lorsque je bois du Champagne.

– Messieurs, une larme pour Byron ! Si Byron vivait, Byron boirait avec nous ; il nous verserait du Porto dans le crâne des femmes qu’il a poignardées…..

– À la mémoire de Byron !

– Amis, qui est-ce qui a radoté qu’inventer c’était trouver ? Condillac ?….. Jetez au vent Condillac. Inventer n’est pas trouver, c’est comprendre. Newton n’a pas trouvé le monde ; il l’a compris.

– Du punch, messieurs, du punch ! Le punch enivre et n’entête pas. Quand il est allumé, c’est une jeune fille blonde aux yeux bleus…. Toujours à ma fiancée !

– Fiancée de l’enfer !….. » hurla une voix qui disparut.

Un sentiment indéfinissable de terreur suivit cette apostrophe imprévue. Les cheveux se hérissèrent à tous les fronts, comme une forêt de baïonnettes ; les yeux étincelèrent considérablement, et toutes les orbites s’agrandirent. En sorte que, si vous fussiez entrés dans la taverne à ce moment-là, vous eussiez cru traverser un cercle du Dante.

 

 

§ II. – LA TAVERNE.

 

 

La taverne du coin, à l’angle des deux rues.

VICTOR HUGO (Cromwell.)

 

 

C’était à la nuit noire, lorsque les étoiles sont rondes sur un ciel rond, et que, vu de la terre, l’horizon ressemble à une cloche sans battant, ou à une coupe renversée. Le vide était partout, mais si sombre, si lourd, si négatif, que vous vous fussiez crus transportés dans un globe tout matière. Le monde était un cadavre où le vent même se taisait. On aurait marché toute cette nuit-là, qu’on n’aurait pas écrasé un phalène.

Pendant que tout dormait, intelligence et beauté, forme et sentiment, amour et force, une parcelle de vie veillait cependant à l’écart, et cette vie, qui circulait avec du sang dans des crânes carrés, véritable pandœmonium de métaphysique allemande, cette vie, souffrante comme toutes les vies, venue un beau jour d’un lieu inconnu pour retourner on ne sait où, enveloppée de chair et d’os pour y subir la fièvre du bien et celle du mal, – se débattait mal à l’aise, luttant par la parole dans un lieu noyé d’ombres et de lumière, sale aux murs, infect d’eau-de-vie et empesté de tabac.

Or, ce lieu n’était ni plus ni moins qu’une taverne. La parcelle de vie qui s’y agitait dans la lutte était une joyeuse réunion de philosophes étrangers, – chauds kantistes et théoriciens littéraires, à la façon de William Schlegel, qui venaient, à de certaines nuits, faire, dans les vapeurs de l’enivrement, de la fantasmagorie d’artistes.

Cette fois-là, après que toutes les renommées connues avaient été épuisées, après que toutes les connaissances humaines avaient été disséquées, après que toutes les rêveries possibles avaient été renouvelées, il y avait eu l’orgie que je vous ai dite, l’effroi que je vous ai conté. Puis, à travers un cataclysme de pensées insaisissables, faute d’une langue assez concentrée pour pouvoir les rendre toutes, il y avait eu les paroles que vous savez, et celles que vous ne savez pas.

 

 

§ III. – LE THÉÂTRE.

 

 

Et le pâle Antony, devant tout un parterre,

Sans classique rideau, consomme un adultère.

Feu BARTHÉLÉMY.

 

 

Le théâtre, avec son grincement de violons et son exhalaison d’huile qui bout, avec ses acteurs en faux cheveux qui hurlent, qui jurent ou qui crient ; avec ses étoffes d’ocre, ses châteaux de céruse, ses forêts d’arsenic ; – le théâtre arrête peut-être de temps en temps votre nonchalance d’homme que l’ennui tue, et peut-être allez-vous quelquefois vous asseoir au milieu d’un parterre de têtes où vous êtes seul.

Nous sommes en juin, et, enveloppés dans un tissu de deux mille hâles croisés qui se heurtent sur vous, derrière vous, autour de vous, par vous et sans vous, vous les respirez tièdes, puis brûlants, par tous vos pores combinés. Bientôt, râlants et suffoqués sous cette surabondance de souffles étouffants, vous les distillez du dedans au dehors en ruisseaux graisseux de sueur, et un moment vient où vous cessez d’être des hommes, pour n’être plus que des alambics.

Enfin, la toile se lève, et quelque chose qui tient de l’homme ou de la femme, quelquefois même de tous les deux, vient sautiller devant vos yeux béants, ou brailler un air dans vos oreilles tendues.

Vous vous penchez à droite, doublant votre corps par les hanches, sûr que vous êtes de son élasticité, et vous demandez le nom du personnage qui court la scène, apparemment parce que vous voulez le savoir.

 

 

§ IV. – PARIS.

 

 

Il est, il est sur terre une infernale cuve.

AUGUSTE BARBIER (Iambes.)

 

 

Cela étant, je vous dirai ce que je ne vous ai pas dit : le nom du principal personnage.

Vous n’êtes pas sans avoir quelquefois couru, par un temps de brouillard, Paris, la sage, la folle, la prévoyante, l’insoucieuse, la docile, l’insolente, la pudique, la débauchée, l’indolente, la laborieuse, la magnifique, la trouée ; – Paris, tout contrastes, tout disparates, tout vertus, tout vices, tout voluptés, tout larmes, tout pureté, tout prostitution.

Encaqué dans un bateau plat, vous avez vu le Pont-Neuf et ses jambes écartées, la cime des Invalides et le minaret du Panthéon ; les Tuileries, vieille édentée qui se regarde couler dans l’eau ; la Seine, large miroir encadré de pierres et de ponts, charriant dans un courant sans fin des nuages, du sable, des maisons, des rues, des cailloux, des étoiles.

Enfin, si, au lieu d’être passé par-dessous le Pont-Neuf, vous êtes passé par-dessus, vous y avez vu un aveugle avec son chien, au temps où il y avait des aveugles.

Or, parmi les gens dont j’ai à vous dire les noms, il y en avait un qui était aveugle.

 

 

§ V. – JULES STAUB.

 

 

Ecce homo !

PILATE.

 

 

Aveugle, non de naissance, mais par un de ces hasards qui font que l’on croit au diable, ou tout au moins que l’on ne croit pas en Dieu, Jules Staub rêvait un jour dans un parc.

Deux fous passèrent, et ne le virent pas.
L’un prit à droite, et l’autre prit à gauche.

Staub ne les aperçut pas.

Ils marchèrent dans les taillis, et causèrent dans les arbres.

Jules ne les entendit pas.

C’est qu’en ce moment il se faisait des mondes, des mondes à lui, et bien à lui ; des mondes d’artistes avec des créations impossibles, des conceptions bizarres, des vies fantasques ; des mondes monstrueux, lourds, plombés, incompréhensibles ; de ces mondes, enfin, que l’on garde en soi pour ne pas épouvanter les autres, au risque d’en avoir le cauchemar.

Pauvre Staub ! deux feux rouges presque jumeaux, deux feux de fusils avec des plombs au bout, partis l’un d’un côté, l’autre de l’autre, vinrent lui enlever, l’un l’œil droit, l’autre l’œil gauche….. et pourtant, des deux jeunes fous qui venaient de le rendre aveugle, aucun des deux n’avait pu voir Jules Staub.

Jules tomba comme une poupée au tir, mais les yeux crevés, et pleurant du sang à vous faire saigner l’âme. Il n’y avait plus dans ses orbites débombées que des chairs ouvertes et des fibres rompus. Plus de parole sous son cil ! plus d’expression ! plus de lumière ! Adieu ! adieu !

Adieu l’âme qui monte aux yeux, le regard qui soupire, tremble, pâlit, va droit à un regard de femme, supplie, et dit :

Je t’aime, moi ! Tu comprends ! Je suis sombre, hagard, vacillant, parce que je t’aime. Oh ! par pitié, un peu d’amour !

Adieu ! adieu !

Adieu tout ! adieu la lumière ! car la lumière, c’est tout.

 

 

§ VI. – UN AVEUGLE.

 

 

Oh ! plaignez-moi, car j’ai perdu le bonheur

de ce monde…..

(Une chanson fort ancienne.)

 

 

Oh ! en vérité, il est bien à plaindre, un aveugle.

Pour lui, fermé à toutes les illusions, plongé tout vivant dans le néant, et traversant une vie de ténèbres au milieu d’êtres inconnus, il n’y a point de terre, point de ciel.

Toute son existence s’écoule comme au fond d’un cachot sans soupirail.

Pauvre création déchue, vivant incomplète au milieu de créations complètes, pour elle tout est ombres, mystère ! le sommeil même n’est pas le sommeil.

Pauvre âme, cloîtrée en elle-même et jetée au milieu du monde dans une enveloppe murée au monde ; tout à la fois habitant au sein de l’humanité et isolée de l’humanité, entendant et ne voyant pas, se perdant à donner une forme au son et une couleur à la parole, sans avoir jamais connu ni la forme ni la couleur ; – pour elle, une femme n’est ni un sourire ni un regard ; c’est tout au plus une tête, une poitrine, un bras, des côtes ou une jambe.

Mon Dieu ! mon Dieu! en vérité, il est bien à plaindre, un aveugle.

 

 

§ VII. – MÉTAMORPHOSE.

 

Et la chatte fut changée en femme.

(Peau d’Âne.)

 

 

Une fois aveugle, Jules Staub, d’être tout perception qu’il était, se changea en un être tout sensations. Ne pouvant plus voir, il se mit à s’envelopper dans ses réflexions, et à se faire un manteau de ses pensées.

Il pensa à tout, disséqua tout, analysa tout et évoqua tout en lui. Il piqua des deux dans le liane de ses idées, et les poussa tour à tour à travers les champs du bizarre, du monstrueux, du fantasque, de l’échevelé, de l’horrible, et, alors, il lui arriva ce qui arrive à tout homme qui a lâché la bride à sa pensée….. Il lui arriva de rapporter sur toutes choses une foule de conceptions étranges, singulières, incompréhensibles, inconnues.

Aussi, il était extraordinaire que, lorsqu’on émettait une opinion quelconque en sa présence, il voulût bien partager cette opinion.

Il était non moins extraordinaire que, sur le même sujet, et à peu de minutes d’intervalle, il se trouvât deux fois du même avis.

 

 

§ VIII. – RETOUR A LA TAVERNE.

 

Et l’on revient toujours

À ses premiers amours.

(Chanson connue.)

 

 

C’était dans un des bourgs de l’Allemagne que se passaient les scènes de taverne décrites aux premiers paragraphes. Le jour des réunions était ordinairement le samedi.

Le nombre des personnages qui composaient la réunion variait ordinairement de dix à seize. C’étaient des philologues, des métaphysiciens, des artistes, des poètes, des grammairiens. Staub assistait à toutes les réunions en sa qualité d’artiste. Au milieu de tous ces hommes de goût, de science et d’érudition, il apportait principalement les trésors de son imagination, qu’il était toujours prêt à mettre en perce.

Cependant, la discussion s’était éteinte, pour faire place à un sentiment de terreur bien naturel chez des hommes avinés, et il y avait un quart d’heure qu’elle était suspendue.

Tout à coup, Staub se leva ; il emprunta une paire de lunettes qu’il appliqua devant ses yeux défoncés, puis, tirant de sa poche un rouleau de papier blanc, il lut tout ce qui suit sur la même page.

 

« Messieurs, dans votre dernière réunion, l’un de vous a parlé de l’existence comme d’un fait absolu, et contre lequel il était impossible de protester. J’ai nié que l’existence fût un fait absolument vrai. J’ai avancé que l’existence était tout à fait relative. J’ai dit que tel homme qui existait aujourd’hui, en ce moment, relativement à quelques individus, n’existait réellement pas relativement à un grand nombre d’autres ; – et je vous ai demandé si vous croyiez que Jules Staub existât aux yeux du Grand-Mogol, ou de l’empereur de la Chine.

C’est ainsi, messieurs, que des fourmilières d’hommes ont passé sur la terre, qui pour nous n’ont jamais existé. C’est encore ainsi que, parmi 16 à 18, 000 millions d’hommes qui vivent en ce moment avec nous, et dont une partie meurt en ce moment, pour nous il y en a tout au plus 2 ou 3 mille qui existent.

J’ai dit encore que, dans le temps où beaucoup d’individus, ayant réellement vécu par rapport à d’autres, n’avaient jamais vécu relativement à nous, il en était d’autres qui, bien que n’ayant jamais eu qu’une vie prêtée, bien que n’ayant jamais logé que dans des corps d’emprunt, n’en vivaient pas moins pour nous depuis des siècles.

À cet égard, je vous ai cité don Juan, Tartuffe, Othello, comme vivant depuis des siècles sur nos théâtres, successivement incarnés en une série de corps qui abdiquent leur propre vie à de certaines heures et à de certains jours, pour vivre successivement d’une multiplicité d’autres vies.

Et comme vous avez vu que je parlais de Tartuffe avec une sorte de religion, vous m’avez demandé ce que je pensais de Tartuffe.

Tartuffe, c’est l’homme que le hasard a mordu au front, que la naissance a couvert de boue ; c’est le gueux que le ciel a lancé, crevant de misère et manquant de tout, dans une société grasse, riche, effrontée, qui habite des chapelets d’appartements, tandis que lui n’a pas de lit ; qui allume des brasiers à échauffer des fournaises, pendant que tout son corps à lui se crevasse dans la rue.

Si ce gueux est un homme ordinaire, il emploiera toute sa vie à se traîner à plat ventre, et à ronger l’os qu’on voudra bien lui jeter. Si c’est un esprit supérieur, il se demandera de quel droit quelques hommes possèdent tout, tandis que lui ne possède rien. Et, quand il aura trouvé la solution de ces terribles questions, le mot de cette énigme effroyable, qui, en temps de révolutions, faute d’être comprise, envoie les classes riches en pâture aux échafauds, alors son âme s’ulcérera, la vengeance couvera dans son sein. Cette femme aux aigrettes de diamants, qui lui a jeté quelques sous avec mépris, il faudra qu’il la viole. Ce fat qui, en piétinant sur son cheval, vient de le tremper d’eau de ruisseau, il ne le tuera pas, mais il lui déchirera l’âme. Cet homme faible et imbécile qui l’a regardé stupidement, puis a éloigné de lui son œil lourd et hébété, il faudra qu’il s’empare de lui, de ses facultés, de son or, de son fils, de sa femme.

Enfin, vous aurez Tartuffe, Tartuffe haineux, lubrique, avide, Tartuffe dépouillant Orgon, caressant Elmire, et déchirant à coups d’épingles le cœur du jeune Damis.

Peut-être, messieurs, n’avez-vous vu jusqu’à présent dans Tartuffe qu’un fourbe ? Moi, je le révère, parce que j’ai salué en lui un homme de génie ; et croyez bien que, pour le relever, lui, homme déchu, des mépris de ce monde qui le ceint de toutes parts, il lui fallait avoir du génie.

Entrez dans la maison d’Orgon, et voyez plutôt.

La première figure qui se présente à vous est celle d’un homme résigné, soumis, humble. Cet homme si résigné commande ; cet homme si soumis se fait obéir de tout le monde. Il n’est arrivé que d’hier, et il est déjà le maître dans la maison.

Or, maintenant, dites-moi si le mendiant, qui a plié sous sa volonté toutes les têtes dorées, n’est pas un homme d’intelligence ?

Va….. Tartuffe….. va. On t’a cru petit, et moi je déclare que tu es grand. Il n’y a de petits que les hommes qui t’entourent, que les circonstances dans lesquelles il t’est permis de te développer. Si tu eusses été jeté dans un conclave, tu eusses fait le tome second de Sixte Quint.

Donc, messieurs, Tartuffe, c’est le mendiant ; c’est le sublime mendiant qui a compris sa position, et qui, dans ce monde d’hypocrisie, s’est mis à être hypocrite ; et, supérieur qu’il est à tout ce monde dont il est environné, il est plus grand qu’eux tous en hypocrisie.

Il a vu que la tromperie régnait dans la société, et il s’est mis à tromper ; il a vu que le mensonge était sur toutes les lèvres, et il s’est mis à mentir ; il a vu que l’injustice régnait partout, et il s’est mis à être injuste.

Et en injustice, en mensonge, en tromperie, il a surpassé tous ceux dont la conduite l’avait enseigné.

Gloire ! trois fois gloire à Tartuffe !

Car, je vous le dis, le moment n’est pas loin où Tartuffe va être réhabilité, où l’on ne verra plus en lui qu’une grande vengeance, la vengeance des classes foulées aux pieds contre les classes privilégiées, vengeance commencée par Tartuffe dans l’intérieur du foyer, et achevée par Robespierre sur la place publique. »

 

 

§ IX. – FIN.

 

Embrassons-nous, et que tout ça finisse.

(L’Auberge des Adrets.)

 

 

Comme Jules Staub était à moitié ivre, et qu’il s’aperçut que ses camarades l’étaient entièrement, il balbutia encore quelques mots, et fut rouler sous la table. La plupart de ses amis y étaient déjà ; en sorte qu’il se trouva avoir pour oreiller un professeur, et pour matelas quatre philosophes ; trois grammairiens, qui roulèrent plus tard sur lui, en travers, vinrent lui servir de couverture.

Jules dormit et sua dans cette agréable position  jusqu’à ce que l’hôtesse et la servante de la taverne, entrant avec précaution, eussent transporté, l’un après l’autre, tous ces messieurs dans des lits un peu plus convenables.

Lorsque Jules s’éveilla le lendemain, il ne se rappela plus ce qui s’était passé la veille. C’est pourquoi il m’en dicta la relation que vous venez d’entendre, avec des noms si étranges, que je les reproduirai peut-être quelque jour.

 

_____

 

(Louis Hyrier, in Revue de Montpellier, Toulouse : Au Bureau central des Revues-Unies, 1837)