reve_androgyne
 

Je ne crois pas que les écrivains aient jamais inventé les récits qu’ils font. Ce qu’on appelle chez eux l’imagination n’est, en vérité, qu’une forme ignorée de leur seule mémoire. Ils restituent, en les parant de leur mieux, des histoires vraies que leur confièrent les lèvres initiées des esprits penchés sur nos rêves.

Lèvres pourprées et lèvres blêmes, lèvres ironiques et lèvres souriantes, lèvres sur lesquelles s’évaporent des baisers, lèvres voilées d’énigmes, lèvres troussées d’amertume, lèvres d’amour ou lèvres de sang, toutes se sont entrouvertes, « comme les roses au souffle de la nuit, » pour nous conter le secret de leurs idylles, de leurs mensonges et de leurs crimes passés.

Puis, les fantômes s’en sont discrètement allés, en effaçant leur image de notre souvenir, afin de nous garder l’illusion d’être des créateurs quand nous ne fûmes que des confidents.
 

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(Henry Kistemæckers, Les Mystérieuses, Paris ; Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fasquelle, 1907)