Nos pères, qui n’avaient pas comme nous la ressource des journaux et des livres à bon marché, recueillaient et se transmettaient une foule de recettes pour toutes les circonstances de la vie, les unes raisonnables, d’autres bizarres et même extravagantes.

En voici quelques-unes, relatives à la chasse et à la pêche :
 

Moyen simple de prendre les lapins sans furets et sans armes à feu. – Ce moyen consiste à tendre devant chaque terrier un sac, après avoir introduit dans le trou une écrevisse. Cette écrevisse, cheminant sous terre, arrive jusqu’au lapin, qu’elle pique et qui, pour se débarrasser d’un ennemi aussi déconcertant, sort de son terrier et se fait prendre dans le sac. « Il est vrai, disent les auteurs anciens, qu’il faut un peu de patience, car l’écrevisse va fort lentement, mais on n’attend pas en vain. »
 

Moyen pour attirer les lièvres dans un endroit. – Il suffit de prendre et de tuer une hase en feu, de lui couper « la nature, » de la tremper dans l’huile d’aspic, d’en frotter la semelle de ses souliers et de marcher sur l’herbe à l’endroit désiré. Les lièvres y accourent, sans faute.
 

Appât pour attirer les loups et les renards. – Mettez dans un pot de terre un oignon blanc en quartiers, trois cuillerées de saindoux, trois pincées de poudre de fenugrec, autant d’iris de Florence et de seconde écorce de morelle ou réglisse sauvage, gros comme un œuf de galbanum et une pincée de galanga en poudre. On fait cuire le tout 7 à 8 minutes, à petit feu clair, sans fumée. Ensuite, on retire le pot, où l’on verse gros comme une fève de camphre écrasé. On remue et on couvre, puis on filtre à travers un linge. Cet appât est encore meilleur si l’on substitue au galbanum et au galanga une vingtaine de gouttes d’huile de hannetons, ou, à défaut, d’anis. On enduit de cette graisse un corbeau mort ou une autre oiseau, ou « un derrière de renard, » ou des « vidanges de volailles ou de lièvre, » et on les traîne à terre à l’endroit choisi.
 

Secret pour prendre les oiseaux à la main. – Il ne s’agit pas de leur mettre un grain de sel sous la queue, mais de disposer un appât contenant de l’ellébore blanc ; par exemple, du grain trempé dans une décoction de cette plante avec du fiel de bœuf ou encore dans de la lie de vin. Les oiseaux tomberont bientôt tout étourdis et l’on pourra les saisir facilement.
 

Moyen de détruire les renards. – Le chasseur prend une poule, lui met une ficelle à la patte et l’attache à un buisson, tandis qu’il se cache sur un arbre voisin. Les cris de la poule attiront le renard, qu’il est ensuite facile de tuer.
 

Moyen amusant de prendre les geais. – Il faut avoir un geai apprivoisé. Dans un lieu un peu découvert, on le renverse à terre sur le dos, et on l’y fixe en lui maintenant les ailes avec deux petites fourches. Aux cris que poussera cet oiseau, tous ses congénères voleront vers lui et s’en approcheront sans défiance. Mais le geai prisonnier (qui a la tête et les pattes libres), « désespéré de se voir le seul malheureux de sa troupe, ne manquera pas de saisir celui d’entre eux qui passera trop près de lui et ne le lâchera plus. » Le chasseur survient alors et s’empare du second geai. Puis on recommence.
 

Moyen de conserver le gibier frais, depuis le commencement du Carême jusqu’à Pâques. – Il faut ouvrir le gibier, le vider (ôter aux oiseaux leurs jabots), laisser les animaux dans leur poil ou leurs plumes ; les remplir de froment et les enterrer au grenier, dans un tas de ce même blé. D’autres se contentent de vider le gibier et de le suspendre dans un tonneau au fond duquel reste de la lie. Il se conserve ainsi un mois entier.
 

Appât pour faire venir beaucoup de poissons. – On prend un quarteron de vieux fromage de gruyère ou de Hollande, on le broie dans un mortier avec de l’huile d’olive et on y mêle du vin goutte à goutte, jusqu’à obtenir une pâte un peu épaisse. Joignez-y un peu d’eau de rose. On fait avec ce mélange de petites boulettes qu’on jette dans l’eau à l’endroit désiré, douze heures avant l’instant où l’on veut pêcher.
 

Pour conserver le poisson dans les étangs pendant un hiver rigoureux. – Faites un trou dans la glace et y introduisez un tuyau de bois, fer ou plomb, bien entouré d’un matelas de paille longue. Par les petits canaux de la paille, l’air peut parvenir jusqu’à l’eau de l’étang. On doit casser de temps en temps la glace de l’intérieur du tube.
 

Enfin, voici un poison pour faire périr les souris des champs, musaraignes et mulots. – Vous prenez la huitième partie d’un boisseau de farine d’orge, vous y mêlez une livre de racine d’ellébore blanc en poudre, avec quatre onces de staphisagria ou « herbe aux poux » ; passez le tout au tamis et y ajoutez une demi-livre de miel et assez de lait pour réduire le mélange en une pâte qu’on divise en petites boulettes. Dans les années humides, on peut aussi inonder les trous de ces rongeurs avec une infusion d’absinthe où l’on aura fait détremper de la suie.
 

Et voilà comment les gens d’autrefois parvenaient, avec des moyens rudimentaires, à des résultats parfois surprenants.
 
 

 

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(Henri Allorge, in L’Algérie médicale, journal mensuel de vulgarisation scientifique, troisième année, n° 10, mardi 1er octobre 1912 ; « Variétés, » in L’Indépendant de la Charente-Inférieure, journal républicain, soixante-quatorzième année, n° 11351, samedi 3 septembre 1921 ; gravures attribuées à Dominicus Custos, pour les Songes drolatiques allemands, Augsburg, après 1597)