Plusieurs témoins dignes de foi affirment avoir aperçu en Afrique orientale plusieurs énormes animaux, d’aspect nouveau, qui ne peuvent être rattachés scientifiquement qu’à des monstres préhistoriques
 

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Un inconnu vous aborde, avenue de la Grande-Armée, pour vous confier qu’il vient d’apercevoir un loup dans un fourré du bois de Boulogne. Vous haussez les épaules, aussi poliment que possible. Le bonhomme vous apparaît de cette catégorie d’observateurs qui prennent des vessies pour des lanternes et confondraient une levrette avec un terre-neuve.

Mais un garde du Bois vous fait le même récit, et vous lui prêtez une oreille attentive.

Si un deuxième garde, puis un troisième, vous apportent la même nouvelle, votre incrédulité s’ébranle. Recueillie de la bouche de gens avertis, l’information, bien qu’anormale, stupéfiante, vous semble désormais vraisemblable. Vous êtes prêts à la discuter.

Transposons ce raisonnement sur un terrain moins banal. De retour du centre de l’Afrique, un obscur collecteur d’histoire naturelle raconte qu’il a aperçu dans les marais d’une région inexplorée un monstre absolument nouveau pour la science, plus gros qu’un éléphant, avec des formes reptiliennes, son corps colossal entièrement recouvert d’écailles.

Son récit sera accueilli par des rires moqueurs, comme le fut celui de Du Chaillu, au siècle dernier, quand il rapporta du Congo la nouvelle qu’il y avait rencontré des singes plus grands que des hommes, plus féroces que des lions : les gorilles, dont on ignorait l’existence jusqu’à ce que Du Chaillu l’eût révélée.

Deux ans après le retour du pauvre collecteur, des officiers belges reviennent du Congo avec un récit analogue : ils ont vu, vu de leurs yeux, dans une région inexplorée où abondent lacs et lagunes, deux monstrueux animaux dont ils ne sauraient dire si ce sont des mammifères d’une espèce inconnue, ou de gigantesques reptiles.

La science demeure sceptique ; mais le grand public devient attentif. Et la presse, qui a ignoré les « racontars » du collecteur, entrouvre ses colonnes à la relation des officiers.

Un an se passe. La guerre des nations fait rage. Des officiers anglais, qui traversent le Congo pour prendre à revers les Allemands retranchés sur les rives du lac Tanganyika, s’égarent dans une région inexplorée, barrée d’immenses lagunes.

Les récits du collecteur et de leurs collègues belges ne sont jamais venus à leur connaissance. Ils n’ont donc aucune prévention, ni pour ni contre. Cependant, eux aussi, relatent une découverte identique : ils ont aperçu « des animaux monstrueux qui avaient l’air d’être d’un autre âge. »

Ils les ont vus courir dans la brousse, et disparaître au fond d’un lac.

Le monde scientifique commence à s’émouvoir : existerait-il réellement, au centre du Continent Noir, des représentants de la grande faune antédiluvienne ? Et l’on apprend, au début de 1919, que le plus important et le plus richement doté des établissements scientifiques du Nouveau Monde, le « Smithsonian Institute, », prépare à grands frais une expédition chargée d’éclaircir sur place ce passionnant mystère.

Mais le mois de septembre apporte une mauvaise nouvelle : l’expédition a été victime d’un déraillement, tandis que la voie ferrée la transportait dans la direction du lac Tanganyika à travers l’Afrique australe. Plusieurs membres ont été tués. Les survivants ont rebroussé chemin. Le voile restera baissé.

20 décembre 1919. Le voile s’est soulevé. Une dépêche de l’agence Reuter, datée de Bulawayo (Rhodésie septentrionale), transmet le récit que le représentant de l’agence vient de recueillir de la bouche de deux Belges, prospecteurs et chasseurs de grands fauves.

MM. Capelle et Lepage, qui arrivent de l’intérieur du Congo, ont fait sous serment la déclaration suivante. Ils traversaient une région marécageuse, quand ils remarquèrent sur le sol humide des empreintes énormes, d’un aspect étrange.

Ils suivirent la piste à travers brousse et forêts. Après une marche d’une vingtaine de kilomètres, ils distinguèrent soudain une créature qu’ils prirent tout d’abord, à cause de la corne plantée sur son museau, pour un rhinocéros d’une espèce inconnue aux proportions gigantesques.
 
 

 

S’approchant en rampant sur la terre boueuse, ils remarquèrent que le corps monstrueux était entièrement recouvert de grandes écailles, descendant jusque sous le ventre. Une grosse bosse s’arrondissait sur l’échine. Ils remarquèrent encore, et très distinctement, que le monstre était pourvu d’une queue à l’attache massive, rappelant celle d’un kangourou.

Mais ils furent moins affirmatifs sur la couleur. Il leur parut que les flancs étaient tachetés de jaune sur fond gris, coloration qui pouvait être artificielle et n’avoir d’autre cause que la filtration des rayons solaires à travers le feuillage.

Ils s’apprêtaient à ramper de nouveau dans la direction du gigantesque reptile, distant de quatre à cinq cents mètres, quand il éventa leur présence. Et, soudain, la rapide vision s’évanouit.

Dressant sa tête de lézard haut dans l’air, par-dessus les arbustes, il disparut d’un bond dans la brousse, salué par les détonations des deux fusils. Les chasseurs constatèrent ensuite que le mystérieux animal s’était précipité dans un lac, dont la surface conservait encore le sillage causé par sa fuite rapide entre deux eaux.

Dès que la dépêche de Bulawayo eut été publiée par les grands journaux de Londres, les paléontologistes n’hésitèrent pas à reconnaître, dans la description de MM. Capelle et Lepage, le signalement d’un gigantesque reptile, à forme de lézard, dont on a retrouvé de nombreux squelettes dans le terrain jurassique de plusieurs régions du monde, et que l’on a pu aisément reconstituer.

Ce reptile, qui appartient au genre des dinosauriens, a reçu le nom de brontosaure. Sa longueur variait entre quinze et dix-sept mètres. Sa dentition indique un herbivore. Certains détails du squelette semblent prouver qu’il était aussi rapide sur terre que dans l’eau, et qu’il était doué d’un puissant organe vocal, dont les manifestations devaient impressionner ses ennemis, des dinosauriens carnivores de taille très inférieure à la sienne.

D’après les géologues, les couches de terrain où l’on rencontre ses ossements auraient été formées voici 500000 ans, ce qui revient à dire que le cataclysme qui fit disparaître la grande faune reptilienne dont le brontosaure faisait partie, se produisit il y a 5000 siècles. Est-il scientifiquement admissible que des survivants de cette faune soient encore représentés de nos jours par des descendants directs ?

Le « Smithsonian Institute, » qui est dirigé par des savants d’une réputation mondiale, a répondu par l’affirmative, en consacrant une somme considérable (cinq millions de dollars) à l’équipement de l’expédition qui devait retrouver au Congo les brontosaures dont l’existence lui avait été signalée, en 1916, par deux collecteurs d’histoire naturelle.

J’ai pris la liberté de poser la même question au plus clairvoyant, au plus génial de nos géologues, à M. Henri Lenicque, l’auteur de la Géologie Nouvelle, et je transcris ici quelques passages de sa lettre :

« Après tout, il n’y a pas impossibilité scientifique à ce qu’il ait persisté dans la nature des formes animales dont l’existence nous ait échappé, parce qu’il reste encore des coins inexplorés dans notre monde terrestre.

Je ne suis pas absolument incrédule sur la possibilité de la survivance de certaines espèces regardées comme disparues. Qui vivra, verra, si nous possédons encore sur terre des contemporains des grands déluges, qui n’ont pas submergé les terres équatoriales… »
 
 

 

Carl Hagenbeck, le célèbre marchand de fauves de Hambourg, grand expert en zoologie, croyait fermement à l’existence de brontosaures dans le centre de l’Afrique. Deux de ses collecteurs lui en avaient révélé la présence dans la partie du Congo avoisinant le lac Tanganyika. La guerre éclata alors qu’il préparait une expédition qui devait tenter la capture sensationnelle. On se rappellera qu’il mourut en 1917.

Son émule anglais, M. Hamlin, consulté tout récemment par M. Walter Winans, le chasseur et naturaliste bien connu, n’hésite pas à déclarer qu’il croit, lui aussi, à l’existence de ces « rescapés du déluge. »

Quant à M. Winans, il accorde implicitement créance au récit des deux explorateurs belges, regrettant que son âge lui interdise de courir à la recherche de ces monstres. À l’heure où paraîtront ces lignes, un autre chasseur de grands fauves, le capitaine Lester Stevens, sera en route pour le Congo, où il compte bien les retrouver.

À l’intention des sceptiques qui nient par principe la survivance des anciennes formes animales, nous rappellerons les faits que voici. L’exploration des mers profondes a ramené récemment des trilobites vivants, crustacés dont on retrouve les fossiles dans les couches de terrain les plus anciennes et que l’on croyait à jamais disparus depuis des millions d’années.

Indiens et Esquimaux ont décrit fréquemment un animal fantastique qui hanterait l’intérieur de l’Alaska, inexploré jusqu’à ce jour, et dont le signalement correspondrait à celui du mammouth, le gigantesque ancêtre de l’éléphant.

Des Indiens de l’Alaska avaient décrit un ours aux proportions colossales, que l’on ne connaissait que par ses fossiles. En 1910, une expédition rapporta la peau d’un de ces gigantesques plantigrades ; elle mesurait sept mètres de longueur.

Les yeux du monde scientifique suivront avec impatience le capitaine Stevens, dans sa chasse au préhistorique brontosaure.

En somme, tant que notre planète n’aura pas été complètement explorée, bien imprudent et léger serait le naturaliste qui déclarerait que la découverte d’une forme animale encore inconnue est une perspective quasi-chimérique.
 
 

 

L’histoire de l’okapi, mammifère de la taille d’un âne, qui forme à lui seul un genre, sans liaison directe avec d’autres espèces, est faite pour nous rendre prudents.

L’existence de ce grand herbivore était complètement insoupçonnée, voici huit ou dix ans. Des chasseurs indigènes de ce même Congo qu’habiteraient les derniers dinosauriens, avaient bien apporté de temps en temps dans les factoreries belges des peaux qui avaient paru étranges ; mais on les prenait pour des peaux d’antilopes ou de zèbres, en mauvais état ! Il fallut l’exploration de Sir Harry Johnson, gouverneur de l’Ouganda et naturaliste averti, pour révéler au monde scientifique l’existence de ce gracieux animal.

Le distingué savant ne réussit pas, malgré toute l’ardeur qu’il y apporta, à rencontrer un de ces craintifs herbivores dans l’épaisse jungle de l’Itouri, qui est leur habitat.

Cependant, deux de ses chasseurs purent en abattre deux spécimens, dont les peaux furent offertes par l’explorateur au Muséum d’Histoire naturelle de Londres et à celui de Paris.

Et ce ne fut qu’en 1919 que l’on réussit à capturer un okapi, qui, transporté au Jardin zoologique d’Anvers, y vécut pendant quelques semaines.

Ce vaste Congo, qui n’a été encore qu’incomplètement exploré, nous réserve maintes surprises. N’oublions pas que ce fut dans ces mêmes forêts impénétrables de l’Itouri que Sir Harry Johnson découvrit une tribu de nègres nains, les descendants de ces fabuleux pygmées dont l’existence avait été signalée à Hérodote par des prêtres égyptiens.

Pendant des siècles, on se moqua du « Père de l’Histoire, » qui avait accueilli trop complaisamment de pareilles fables. Mais, vers la fin du siècle dernier, le fameux Stanley signala l’existence de tribus de nains dans la région équatoriale, d’après les dires de voyageurs arabes.

Peu à peu, les rapports se firent plus précis. Un explorateur autrichien, puis des voyageurs italiens, aperçurent des spécimens de cette mystérieuse race sur des marchés d’esclaves. Enfin, on découvrit les villages de ces lilliputiens.

Assurément, on constata que l’historien grec avait quelque peu exagéré, en parlant de créatures humaines si mignonnes et si petites qu’une cigogne pouvait s’envoler avec un de ces nains coincé entre ses mandibules !

Mais on ne saurait mettre en doute que ces lilliputiens, dont la taille varie, chez les hommes, entre 1 m. 15 et 1 m. 40, et qui dépasse rarement 1 m. 10 chez les femmes, soient bien la race mystérieuse dont les prêtres égyptiens plaçaient l’habitat dans la région des sources du Nil.

Il est même probable que leur existence n’a pas varié d’un iota depuis les temps les plus reculés. C’est l’humanité la plus primitive qu’on puisse imaginer.

Retrouvera-t-on le brontosaure comme on a retrouvé les Pygmées ?
 
 

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(Victor Forbin,  in Le Miroir, dixième année, n° 319, dimanche 4 janvier 1920)