MON POINT DE VUE

 

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La Conquête de la Lune

 
 

Aujourd’hui, 8 juin de l’année 1929, tout le monde peut savoir par les journaux, qu’un savant allemand, du nom de Oberth a trouvé le moyen de filer dans la Lune, ce qui lui vaut le prix du Comité d’ « Astronautique. »

Ce même jour, je viens de terminer la première partie de mon prochain roman : La Conquête de la Lune, et je prends date. Car j’ai idée que la nouvelle découverte ne va pas manquer de faire éclore toute une littérature lunaire.

Certes, la Lune appartient à tout le monde et chacun a le droit de l’assaisonner à sa fantaisie. Mais je tiens à mon titre.

Il faut aussi que je vous dise que ce roman d’anticipation n’a rien de particulièrement fantastique. Mon héros s’attache simplement à prévoir, avec les données qu’il possède, ce qui fatalement se produira le jour où les hommes auront mis les pieds sur le sol sélénite. D’abord, on ne rencontre là-haut rien de sensationnel. La Lune ressemble étrangement à notre terre, sauf qu’elle est à peu près déserte et que des régions entières sont inhabitées.

Par endroits, on découvre des cités plutôt primitives avec des êtres vivants à peu près semblables à ceux de notre planète. Mais je n’entrerai point dans les détails. Ce que je veux marquer, seulement, c’est qu’on ramasse dans la lune, et à profusion, de l’or, du platine, de l’aluminium, du radium, du diamant, plus un métal inconnu et autrement précieux que les cailloux que nous cueillons sur notre misérable planète.

Alors, de formidables sociétés d’exploitation des mines de la Lune se dressent, édifiées sur un capital monstrueux, et des flottilles sont construites qu’on expédie là-bas.

S’embarquent d’abord des cargaisons de prêtres, de moines et de pasteurs qui s’en vont enseigner aux habitants de la Lune les beautés de la religion. Suivent des régiments pourvus de munitions, de canons, de mitrailleuses et de bombes. Ces messieurs ont pour mission de faire entendre raison à quelques tribus de Sélénites qui ont mis à mal les missionnaires.

La conquête s’organise. Les Sélénites sont vivement civilisés. Et, derrière les soldats, s’empressent les colons et les hommes d’affaires. Vous voyez que c’est simple. Mais…

Mais les nations de notre terre ne tardent point à se disputer. Chacune d’elles veut se tailler le plus large domaine dans le fromage lunaire. Et c’est la guerre, une guerre féroce, qui se poursuit jusque dans les coins les plus reculés de l’espace, en dehors de notre atmosphère terrestre. Carnage et destruction. Finalement, la race humaine est aux trois quarts anéantie et ceux qui reviennent de l’astre pâle nous rapportent une singulière maladie. Il n’y a pas que de l’or dans la Lune, et du radium. Il y a aussi de terribles microbes.

Et les premiers Sélénites débarqués sur la Terre contaminent le genre humain.

Et… Mais si vous tenez à savoir la suite, vous n’aurez qu’à lire le bouquin… un de ces jours… si j’ai le courage de le terminer.
 
 

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(Victor Méric, in Le Soir, quarante-quatrième année, n° 159, dimanche 9 juin 1929. On ne peut que regretter que ce roman en préparation de Victor Méric ne soit malheureusement jamais paru… « La Lune rapprochée : départ de la première commission scientifique et colonisatrice, » lithographie d’Albert Robida pour Le Vingtième Siècle, Paris : Georges Decaux, 1883)