CHAPITRE II

 

LES ÉTRANGES VISITEURS

 
 

« Rappelez-vous le 18 du mois passé. Voyons… avez-vous ressenti une secousse sismique ?

– Non ; à ma connaissance, il n’y en a pas eu. »

Il se tut, absorbé dans sa contemplation, puis il reprit :

« Voilà justement ce qui  m’étonne. Vous dites qu’il n’y en a pas eu et les autres l’affirment aussi. Or je sais qu’il s’en est produit une. Disons plutôt qu’il y a eu un ébranlement. J’étais seul ici lorsqu’il s’est produit. Le plus extraordinaire, c’est qu’il ne fut enregistré par aucun instrument.

– Comment expliquez-vous ceci ?

– Au début, je ne pouvait pas l’expliquer. Mais après quelque temps de réflexion, j’en ai trouvé la cause. Vous savez qu’il reste encore des quantités de phénomènes inconnus pour nous.

– C’est-à-dire ?

– Voici ce que cela signifie : nos connaissances sur l’astronomie sont très récentes ; elles datent au plus des Chaldéens et nous n’y avons ajouté que des découvertes fragmentaires. Il se pourrait qu’il surgisse maintenant pour la première fois un événement entièrement nouveau, imprévu depuis le début des siècles ; il pourrait même se produire brusquement à l’insu de tous.

– Mais rien n’est arrivé.

– Oh si !

– Quoi donc ?

– Je vais vous le dire. Je n’ai pas encore une certitude absolue ; aussi vais-je vous demander de garder le secret. Plus tard, nous en informerons le monde. »

Il se dirigea vers la fenêtre. La clarté de la lune pénétrait dans la pièce. Il contempla un moment les étoiles comme s’il voulait leur arracher leur secret, puis il se tourna vers moi.

« Certes, il en est ainsi. J’en suis convaincu, mais j’ose à peine communiquer mes découvertes à la science. Savez-vous, Docteur, que je suis quelque peu désolé pour l’astronomie ? Non ! ne m’interrompez pas. Je veux dire que nous autres astronomes, si modestes que nous soyons, nous sommes trop exaltés. Nous contemplons et calculons les vastes espaces ; ceci étant, nous acceptons inconsciemment une sorte de théorie psychologique à la Ptolémée. Autrement dit, nous les hommes, nous considérons l’Univers comme si nous en étions le centre ; nous mesurons les distances avec notre intelligence et nous nous creusons la cervelle pour résoudre nos problèmes. Après tout, notre système sidéral est très petit.

– Petit ?

– Parfaitement, tout au moins si ce que je vais vous raconter est vrai. D’ailleurs, je le crois vrai, mais cette vérité m’est venue de façon si soudaine, si irrésistible que j’ai eu besoin de tous ces jours derniers pour la comprendre.

– Et vous l’avez découverte dans votre pouce ?

– Patience. J’y arriverai. Attendez que je vous raconte mon histoire.

C’était le 18 du mois dernier. Si vous y pensez, vous vous souviendrez que la nuit était chaude et même exceptionnellement étouffante ; à tel point que mes fenêtres étaient ouvertes, et j’étais en bras de chemise. Sortant de l’observatoire, je venais d’entrer dans cette pièce où nous nous trouvons. J’écrivais pour l’ « Astronomical Review » un article de vulgarisation destiné au grand public. Pour ce genre de lecteurs, j’utilisais des explications claires, me servant de nombreuses comparaisons accessibles même aux profanes. Le sujet était : « Les comètes, leur rôle probable dans la mécanique sidérale. » Comme vous le savez, j’ai toujours professé que notre système sidéral est tout à la fois composite et intégral. Avant de me mettre au travail, je regardai par la fenêtre.

Quelle nuit étouffante ! J’éprouvais même de la difficulté à respirer et je souhaitais un peu d’air frais.

Je ne suis plus jeune et j’ai eu plusieurs crises d’étouffement, surtout par temps chaud. Cette nuit-là, je souffrais d’une forte crise, mais d’une qualité singulière. L’air me paraissait changé ; il prenait une odeur bizarre, lourde et inerte comme l’haleine d’un serpent. Je le sentais chargé d’électricité et j’en eus la preuve en effleurant par hasard un tissu de soie près de la fenêtre ; je fus surpris par la lueur que ce contact provoqua. Je n’avais jamais rien remarqué de ce genre auparavant. Mon cœur me semblait lourd de prémonitions, d’attente. Soudain, je sentis dans mes veines un frémissement, une palpitation. C’était curieux, insolite, surnaturel. Je regardai de nouveau par la fenêtre. Je mis sur le compte de ma mauvaise vue ce que j’aperçus alors. En effet, la montagne me semblait baignée dans une brume formée de millions de points lumineux, tels des myriades de lucioles ou une poussière de lampes minuscules. Je crus à une illusion d’optique, car j’éprouvais dans les yeux la même sensation que celle due à l’éclat direct du soleil sur la rétine. En fait, ces lumières me faisaient mal ; je fermai les yeux.

Quand je les rouvris, les lumières avaient disparu. À part l’odeur, rien d’insolite ne subsistait ; la lune illuminait le bord des montagnes à l’est ; les étoiles étaient toujours là ; là-bas, dans la vallée, les lumières de la ville scintillaient. Il était presque minuit ; la plupart des habitants de notre village dormaient. Je retournai à mon manuscrit. J’étais seul.

À peine m’étais-je assis qu’il se passa quelque chose en tout point semblable à un séisme ; d’abord, un grondement étouffé, puis une secousse, comme si l’Univers serrait ses freins : j’eus ensuite l’impression que la terre était tordue, broyée. Ce fut si violent que ma chaise fut arrachée du sol et projetée dans l’espace. Je fus précipité à terre. La table s’écrasa contre le mur ; les livres jaillirent des étagères. L’espace d’une seconde, je crus que la montagne s’écroulait. Le moment où le séisme atteint son maximum cause une angoisse extrême.

Je me précipitai vers la porte. Il faisait bon dehors. L’air était frais ; l’odeur de serpent, de stagnation, était balayée. Je n’en étais pas à mon premier tremblement de terre et, bien sûr, je n’éprouvais pas de terreur. Néanmoins, étant un peu ému, je respirais avec plaisir l’air doux et calme. Je restai dehors un instant. J’allais retourner à mon bureau, avec l’intention de me rendre de là à l’observatoire, lorsque j’entendis du bruit derrière moi.

Était-ce une respiration ? Je crus reconnaître une voix de femme, douce, musicale, triste. Elle provenait de sous le parapet construit au bord de la montagne, près de l’observatoire. Puis j’entendis une voix d’homme rassurante, pleine de sollicitude. Deux personnes devaient se trouver juste au-dessous de moi ; je m’en étonnai, car il était très tard.

Je me dis qu’après tout cela ne me regardait pas. Des amoureux peut-être ? Ils aiment beaucoup grimper sur les hauteurs et je ne doute pas qu’on fasse sa cour avec plus de ferveur sur les sommets que dans les bas-fonds, ou sinon pourquoi toutes ces ascensions ? Je retournai à mon bureau.

Je venais de prendre une feuille de papier lorsque la porte s’ouvrit et, sans frapper, quelqu’un entra. Je levai la tête.

À la porte se tenaient un jeune homme et une jeune fille ; je puis affirmer que c’étaient les êtres humains les plus beaux, les plus parfaits que j’aie jamais contemplés. L’homme paraissait âgé de vingt-sept ans, la jeune fille de dix huit ou dix-neuf. Elle s’appuyait sur l’homme. Ils étaient l’un et l’autre à peine vêtus. Du moins, c’est ce qui me sembla, car leur accoutrement n’avait aucun rapport avec les modes actuelles.

L’homme portait une tunique, une sorte de manteau court formé de magnifiques plumes pourpres, douces comme le duvet de la poitrine de l’eider ; ses bras et ses jambes étaient nus. Cet homme splendide, bien bâti, paraissait doué d’une force et d’une beauté surnaturelles, le type même de la beauté classique dont rêvent les poètes. N’étaient ses yeux, ce jeune homme aurait pu représenter le modèle de notre conception de la beauté physique.

Je me levai aussitôt, frappé par ces yeux extraordinaires, des yeux tels que je n’en avais jamais vu : profonds, d’un brun sombre et chatoyant, intelligents, pleins d’âme, des yeux de surhomme. Il devait mesurer 1m. 90 et son poids atteignait probablement plus de 100 kilos.

Il soutenait une jeune fille dont la beauté égalait sa propre perfection. Gracieuse comme une nymphe, les cheveux dorés, la poitrine généreuse, elle ressemblait à ces déesses que les Grecs imaginaient sur l’Olympe. À l’instar de l’homme, elle portait une tunique de plumes. Celle-ci, d’une pourpre plus foncée, la couvrait des genoux aux fermes rondeurs de sa poitrine, mais, retombant sous le sein gauche, le découvrait entièrement. Cette splendide créature, douée d’une beauté aussi rare qu’exquise, se parait gaiement d’innocence. Sa tenue, inacceptable dans les rues de nos cités, ne paraissait nullement indécente. Des sandales d’or et d’argent chaussaient ses pieds menus ; elles étaient maintenues par des lanières de cuir souple, brillant comme du daim, qui emprisonnaient ses jambes.

Jamais on n’avait vu un tel couple… Je m’avançai. La jeune fille tourna ses regards vers moi, puis vers son compagnon ; ses yeux merveilleux, bleus comme les mers tropicales, débordaient de lumière, étincelaient de passion et de tendresse. Son expression perplexe laissait entendre que son entourage inconnu lui paraissait incompréhensible. Serrée contre son compagnon, elle recherchait la protection de son bras. Elle regardait autour d’elle, voyant sans doute en moi une créature d’un autre monde et non un vieil astronome desséché, et dans les meubles du bureau autant d’engins mortels. Son appréhension était d’une enfant ; sa confiance dans son protecteur, d’une jeune fille.

L’homme leva la main, désignant un point de l’espace. Son geste s’accompagnait d’une expression pathétique que je ne pus déchiffrer. Voyons, c’étaient un homme et une jeune fille, je le voyais bien, mais je ne comprenais pas les raisons de leur visite. Je m’approchai.

« Excusez-moi, mais – enfin, y a-t-il quelque chose que… souhaitez-vous que je… »

Je m’arrêtai aussitôt, car je vis à leur stupéfaction qu’ils ne me comprenaient pas. Quels qu’ils fussent, ils ne parlaient pas anglais. J’essayai le français, l’allemand, l’italien, le portugais et finalement l’arabe. Depuis mon enfance, je me suis passionné pour l’étude des langues et vous savez que je suis presque aussi bon philologie qu’astronome. Après l’essai d’une ixième langue, je renonçai. Ils étaient probablement tous deux d’origine caucasienne. Ils paraissaient normaux et n’étaient pas sourds. L’expression de leur visage le prouvait… J’ignore qui, de nous trois, était le plus étonné. Nous restâmes tous immobiles un instant. La lune se levait à l’est ; ses rayons éclairaient la pièce ; le disque aux doux contours se dessinait tel une assiette à la surface luisante, posée sur le pourtour de la montagne.

L’homme s’approcha de moi, me prit par l’épaule et répéta son geste ; cette fois, il parla et sa voix puissante résonna, belle, vibrante, virile, chargée d’autorité et de personnalité intuitive. Sa main désignait le sol.

« Roos ? »

Roos. Mot étrange qui éveillait en moi des consonances familières. Je parle tant de langues différentes et je ne comprenais pas la sienne ! Après tous mes essais, il me restait une possibilité : le sanscrit ; mais le mot Roos, que je sache, ne fait pas partie de la langue-mère. Je ne pus que répondre en anglais, montrant le sol : « Terre. »

Le mot ne signifiait rien pour lui. Plus incertain que jamais, il regarda la lune un moment, attendit que le disque se fût détaché de la montagne pour flotter dans le ciel étoilé. La jeune fille, blottie au creux de son bras, attendait et regardait aussi notre satellite. La présence de ces deux êtres aussi beaux que les dieux de l’antique Hellade s’auréolait de mystère. Ils se parlèrent ; l’homme désignait la lune. La jeune fille approuvait de la tête ; son visage s’éclairait, émerveillé, comme à l’apparition d’un spectacle longtemps attendu. La voix de l’homme résonnait, nette et convaincante ; il paraissait certain de ce qu’il affirmait, même s’il ne pouvait pas me comprendre. De nouveau, il désigna la lune et se tourna vers moi : « Mas  ? »

Pendant quelques secondes, mon esprit parcourut la gamme des langues connues de moi. Mas ? Mas ? J’eus soudain un éclair ce compréhension : la lune – le vieux mot sanscrit pour Lune – Mas. Cet homme parlait le sanscrit ! Mon cœur bondit à cette découverte.

« La Lune. Mas ! » J’acquiesçai. C’était mon premier essai de conversation dans une langue presque fossilisée. Stupéfait, je répétai les mots : « Oui – Mas – la Lune. » Il sourit, s’adressa de nouveau à la jeune fille, puis se tourna vers moi et montra la terre :

« Roos ? »

Le même mot de nouveau ; évidemment, il signifiait la Terre ; je répétai donc ma réponse : « la Terre. »

Me sentant de nouveau dans une impasse, je considérai que toute conversation serait impossible si nous n’en sortions pas. Ce couple merveilleux me captivait. Il parlait le sanscrit, une langue morte depuis des milliers d’années ! Qui étaient-ils ? Je ne m’expliquai ni leur arrivée, ni leurs vêtements, ni leur beauté. Bien qu’ils fussent homme et femme, humains comme moi, il existait un abîme entre nous. J’entrevis les espaces du temps et le pont qui les relie.

Mes pensées se bousculaient, mon esprit imaginait des hypothèses que je rejetais les unes après les autres pour des raisons pratiques. L’homme parlait de la Terre, ou de ce qui pour lui avait la même signification. Quant à moi, je raisonnais en astronome et le mot prenait pour moi le sens particulier de planète, ou partie du système solaire. Je pensai à mon globe terrestre et le lui montrai.

Enchanté à cette vue, il se précipita vers l’objet et le fit tourner sur son axe. Dans la même langue, il parla de nouveau à la jeune fille ; mais je ne pus suivre le flot rapide de ses paroles. La jeune fille tomba à genoux et regarda son compagnon suivre du doigt une région de la sphère terrestre. Je remarquai ses efforts pour trouver les endroits cherchés. Il hésitait comme un enfant qui se sert d’une mappemonde pour la première fois. Je fus intrigué de le voir se concentrer sur les pôles. Cependant, je vis à son air étonné qu’il trouvait quelque chose d’incompréhensible sur le globe. Son visage s’éclairait chaque fois que son doigt suivait les contours d’un pays nordique. Enfin, il se tourna vers moi. Il montra la sphère : « Roos. »

Ce n’était plus une question. Il paraissait au moins sûr de cela. Roos était vraiment la Terre.

J’inclinai la tête, puis, poussé par une heureuse inspiration, je mis mon doigt sur la Californie.

Le nom ne signifiait rien pour lui, évidemment ; mais, en suivant mon doigt, il eut un recul. Il me dévisagea, les yeux grands ouverts, presque égarés. Je ne crois pas avoir jamais vu une expression pareille dans les yeux d’un homme : mélange d’incrédulité et de terreur. Il jeta un coup d’œil autour de la pièce, regarda les livres, les instrument, puis il se redressa. La belle jeune fille le regardait avec un étonnement grandissant. Apparemment, elle ne comprenait ni son compagnon ni moi-même. L’homme parla, détachant lentement les mots de la langue-mère pour que je puisse le suivre.

« Vous voulez dire que nous sommes ici en Californie ? et que vous y vivez ? »

Il montrait mon doigt.

« Exactement, répondis-je. Ici, voici la Californie. Nous y sommes en ce moment.

– Impossible !

– Impossible ? Pourquoi ? »

Je ne saisissais pas. Avais-je affaire à des plaisantins en bamboche ? Leur langue et leur sincérité visible me firent immédiatement chasser cette supposition.

« Pourquoi est-ce impossible ? demandai-je. J’habite ici depuis vingt ans.

– C’est impossible, rétorqua-t-il, parce que vous ne pourriez pas vivre ici. Vous seriez brûlé vif. C’est trop au sud.

– Je ne vous comprends pas. Qui êtes-vous ? Vous parlez dans une langue morte ; vous n’êtes ni Anglais, ni Français, ni Allemands, et cependant vous êtes d’origine caucasienne. Comment êtes-vous arrivés ici ? Que voulez-vous dire en affirmant que nous sommes trop au sud ? »

Pour toute réponse, il s’avança vers le globe et plaça un doigt sur la région nord du Grœnland :

« Nous devrions être ici. La vie est impossible en descendant si bas vers le sud. Elle est impossible. »

Bien que passionné par ses allégations, je ne les comprenais pas. Existait-il des êtres humains dans le nord du Grœnland ? Je me dirigeai vers une bergère et pris un livre sur les explorations arctiques. Je l’ouvris à une page où une image typique représentait un champ de glace, une vaste étendue désertique, lugubre, glaciale.

« C’est le Grœnland, » dis-je.

Pour illustrer encore mieux mes paroles, je pris un morceau de glace dans le frigidaire et le lui mis dans la main. Stupéfait, il laissa tomber ses bras. Je sentis que j’avais provoqué une profonde déception. Il s’assit sur une chaise, s’appuya sur la table et, complètement découragé, laissa tomber sa tête sur ses bras. La jeune fille se blottit contre lui, lui entoura le cou de son beau bras et lui caressa le front, repoussant les mèches qui le couvraient.

« Qu’y a-t-il, Alvas ? demanda-t-elle. As-tu fait une erreur ? Les choses doivent être comme tu les as prévues. Tu es si savant. Tout ce que tu as fait ne peut aboutir à une faillite. C’est toi qui dois avoir raison. Tu as tout expliqué… maintenant, tu en arrives aux détails ; tu ne peux pas échouer, toi le plus grand astronome qui aies jamais vécu. »

Un astronome !

« Ainsi, vous êtes un astronome ! » m’exclamai-je.

L’homme leva la tête. Il prit la jeune fille dans ses bras et l’embrassa ; je décelai une certaine angoisse dans ce geste, un peu comme chez un homme qui a tout perdu, qui, au moment suprême, subit l’échec le plus complet.

« Je crains bien cependant que ce ne soit vrai, Sora ; je me suis trompé. J’avais bien pensé à une chose, mais je l’ai oubliée ensuite. J’ai fait une grande erreur. Certaines choses peuvent ou non exister. Il est dans l’ordre que moi, qui ai découvert toutes les sciences, je subisse enfin un échec. C’est la volonté de Dieu. C’est Sa loi que l’Homme se heurte un jour à ses propres limites. J’avais oublié la vibration.

– Que veux-tu dire ?

– Eh bien ! ceci : toi et moi paraissons jeunes. La matière que cet homme a mise dans ma main est de la glace, de l’eau solidifiée que nous ne pouvions obtenir qu’artificiellement. S’il est vrai qu’il en existe des quantités aux pôles, cela ne peut signifier qu’une seule chose : toi et moi, nous sommes très vieux. Vieux !… »

Ses mots résonnèrent, pleins d’un immense désespoir.

« … Notre monde est enterré et oublié depuis des millions d’années. Nous devons être âgés de trente ou peut-être cent millions d’années. 

– Mais… il y a à peine quelques jours…

– Je sais, mais nous avons traversé l’Univers et résolu le problème de l’Infini. Maintenant, nous payons notre rançon. »
 

(À suivre)

 
 

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(Austin Hall, traduit de l’américain par Lola Tranec, in Carrefour, sixième année, n° 250 et 251, mercredis 29 juin et 6 juillet 1949)