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(Marcel Sauvage, in Floréal, l’hebdomadaire illustré du monde du travail, deuxième année,
n° 40, 1er octobre 1922)
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(Marcel Sauvage, in Floréal, l’hebdomadaire illustré du monde du travail, deuxième année,
n° 40, 1er octobre 1922)

Le docteur Wassilieff, un Russe, a trouvé le moyen de rendre transparente la matière organique. Il a dans son laboratoire des pièces anatomiques préparées d’une façon telle qu’elles sont pareilles à de la gelée, et que l’on distingue les organes intérieurs, aussi bien que l’on voit les morceaux de foie gras à travers la gelée tremblante des charcutiers. C’est une grande découverte, dont les charcutiers ni les bouchers ne pourront guère faire étal, mais qui rendra des services aux gens bizarres qui s’obstinent, après des déboires sans nombre, à étudier l’anatomie.
Détail horrible ! À Pétrograd, le docteur possède des cadavres entiers transparents. Il ne nous appartient pas de chercher d’où proviennent ces cadavres. La science a ses martyrs et ses héros, comme l’Alpe homicide.
Mais ce qu’il y a de triste, c’est que le docteur, comme la plupart des grands criminels, ne peut exercer ses talents que sur des cadavres. Il a essayé d’opérer sur des animaux vivants, en injectant ses acides et autres préparations à des souris et à des grenouilles vivantes. Le phénomène de transparence commençait à se produire aux extrémités, pattes et queue. Mais aussitôt que l’influence atteignait les organes essentiels, par une sorte de pudeur, l’animal mourait. Nous ne pouvons que déplorer ces inévitables accidents. Mais n’y a-t-il pas une sorte de consolation pour la famille d’une souris, à pouvoir se dire que l’infortunée est morte, il est vrai, mais que sa queue est transparente pour l’éternité ?
Dr SARCOPTE
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( in La Petite Semaine, le seul vrai hebdomadaire du monde, édition du Journal amusant, 29 janvier 1921)
Le 28 septembre 1907, en fin d’après-midi, le peintre Felice Del Santo affirma avoir rencontré une étrange créature, alors qu’il travaillait dans l’enceinte du Castello di San Giorgio. Ce fait-divers fut aussitôt repris par la presse locale, et la Gazette communale de la Spezia promit même une récompense à celui qui capturerait la bête mystérieuse – mais en vain ; l’animal demeura introuvable. Un entrefilet parut à la même époque dans les colonnes du Dix-neuvième Siècle ; il nous a paru intéressant de le reproduire.
MONSIEUR N.
UN ANIMAL BIZARRE
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(De notre correspondant particulier.)
SPEZIA, ler octobre. – En travaillant à la restauration des fresques au vieux château de San Giorgio, le professeur des Beaux-Arts, M. Delsanto [sic] a vu soudainement apparaître devant lui un animal fort étrange dont le corps était long de deux mètres et dont la queue mesurait presque quatre mètres. La tête ressemblait à celle d’un chien. Les jambes de devant étaient relativement très courtes, mais celles de derrière avaient une hauteur d’un mètre.
Malgré la forte impression que l’aspect de la bête lui a faite, le professeur Delsanto s’est mis à en prendre un croquis.
L’animal, à peine le dessin terminé, s’est lancé dans une large ouverture des roches près du château et a disparu. Plusieurs paysans prétendent l’avoir aperçu il y a trois ans.
À en juger le portrait fait par le professeur, il ressemblerait à ces marsupiaux de l’époque préhistorique dont l’image a été reconstituée par plusieurs paléontologues, d’après les restes fossiles trouvés jusqu’ici.
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(in Le Dix-neuvième Siècle, journal quotidien politique et littéraire, n° 13719, jeudi 3 octobre 1907)

Il existe un être hideux,
Infâme, cruel, ridicule,
Teigneux, pouilleux, galeux, miteux,
Qu’aucune honte ne macule.
Ce gueux exerce sans scrupule
L’art de fabriquer des castrats
Et gueule avec sa mandibule :
– Tonds les chiens et coupe les chats !
Son inventeur libidineux,
Monsieur Prud’homme qui copule,
Évitant d’être populeux,
Trouve le chat trop noctambule ;
Pour que sa race ne pullule
Et mettre un frein à ses ébats,
Il le livre à ce barbacule :
– Tonds les chiens et coupe les chats !
L’homme au schako jaune merdeux,
Cloaque où fleurit la pustule,
Ivrogne suinteux et bulbeux,
S’empare de l’animalcule
Et, sans lui dorer la pilule,
Ce plus lâche des scélérats
Le prend, le trousse et l’émascule :
– Tonds les chiens et coupe les chats !
ENVOI
Matou, la moindre particule
Vaut mieux que tous les célibats ;
Détale au cri de la crapule :
– Tonds les chiens et coupe les chats !
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(Raoul Gineste, Chattes et Chats, poésies, Paris : Ernest Flammarion, 1892)
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(in Portraits du prochain siècle, poètes et prosateurs ; précédés d’un argument de P.-N. Roinard, Paris : Edmond Girard, 1894)
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(in Annuaire général des Lettres, Paris, 1932)
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(Abbé Louis Bethleem, in Revue des lectures, XXIe année, n° 9, 15 septembre 1933)
Le préfet de police ayant cru, sur la dénonciation de quelques lecteurs de ce lycanthrope, que son style était capable de communiquer la rage, lui a fait défendre d’écrire dans les temps chauds, et surtout dans la canicule.
En conséquence, pendant trois mois de l’année, de juin à septembre, sa plume reste enchaînée dans son cabinet et gardée à vue par trois gardes municipaux.
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(Fortunatus, Le Rivarol de 1842, dictionnaire satirique des célébrités contemporaines, Paris : Au Bureau du Feuilleton mensuel, 1842)
Le monument que l’on se propose d’élever, au cimetière Montparnasse, sur le tombeau de Baudelaire, donne de l’actualité au divin poète des Fleurs du Mal, contre lequel M. Brunetière vient de partir lourdement en guerre.
Profitons de la circonstance pour éditer une anecdote fort curieuse, dans laquelle l’auteur d’Une Charogne révèle son puéril et étrange penchant à la mystification. Baudelaire était, en effet, un mystificateur à outrance. Il mystifiait tout le monde : amis, voisins et inconnus.
Une nuit, vers deux heures, comme il rentrait chez lui, – il habitait alors une chambre au cinquième étage dans le quartier Latin, – il entendit, dans l’escalier où il montait à tâtons, un bruit bizarre. On eût dit d’une porte que l’on essayait de forcer.
Retenant son souffle et marchant lentement sur la pointe des pieds, Baudelaire gravit l’escalier. Il arriva ainsi sans bruit au cinquième étage. Il distingua alors, dans l’obscurité, un individu qui s’escrimait aussi consciencieusement qu’inutilement contre la serrure de la porte de sa chambre.
Après avoir contemplé son voleur pendant quelques minutes, le traducteur d’Edgar Poe fit un dernier pas, étendit la main et, frappant amicalement deux ou trois coups sur l’épaule du malfaiteur, toujours occupé, lui dit de sa voix lente et solennelle avec afféterie :
« Monsieur, permettez-moi, quoique je n’aie point l’honneur de vous connaître, de vous présenter quelques observations. »
Abasourdi, le voleur se retourna, les yeux écarquillés.
Baudelaire continua : « La pince-monseigneur, vous ne l’ignorez pas, a été donnée au travailleur pour l’aider à réparer les injustices sociales. C’est un don de la Providence, dont vous mésusez singulièrement, monsieur. Aussi j’estime qu’il est de mon devoir de vous donner une leçon de choses. »
De plus en plus hébété, le malfaiteur regardait Baudelaire sans mot dire. Celui-ci lui prit doucement la pince-monseigneur qu’il serrait dans sa main droite ballante.
« Où attaquez-vous la porte ? dit-il en haussant les épaules. Précisément à l’endroit où le maximum d’efforts produit le minimum d’effet. Vous êtes jeune, monsieur, et inexpérimenté. Regardez-moi travailler. »
Avec gravité et doctoralement, pour ainsi dire, Baudelaire s’escrima à son tour contre la porte de sa chambre. Le hasard voulut qu’il l’ouvrît presque aussitôt.
« Ce n’est pas plus difficile que ça ! ajouta-t-il d’un air dégagé, en remettant cérémo-nieusement la pince-monseigneur au voleur, toujours muet. Maintenant, veuillez me permettre de rentrer chez moi prendre de la lumière afin de pouvoir vous reconduire. L’escalier est très difficile. »
L’auteur des Fleurs du Mal pénétra dans sa chambre et y prit une bougie qu’il alluma. Puis, après être passé devant son voleur « stupide, » en lui disant : « Pardon, monsieur, » il descendit gravement l’escalier, éclairant la marche. Bientôt il frappa au carreau de la loge du concierge, qui tira le cordon. Arrivé sur le seuil de la porte donnant dans la rue, il dit au malfaiteur qui continuait à ne pas desserrer les dents : « Maintenant, monsieur, que j’ai le plaisir de vous connaître, vous voudrez bien me permettre de vous adresser un échantillon d’une pince-monseigneur nouvelle que je viens d’avoir la bonne fortune de découvrir. Pour cela, faites-moi, je vous prie, parvenir dès demain votre adresse. J’ai bien l’honneur de vous saluer, monsieur. »
Et, pendant que le voleur, ahuri, détaillait à toutes jambes, le mystificateur remontait à son cinquième étage.
À quelques années de là, Victor Hugo, qui avait peut-être, en matière poétique, presque autant de compétence que M. Ferdinand Brunetière, déclarait que Baudelaire venait, dans ses Fleurs du Mal, de découvrir un « frisson nouveau » – ce qui valait incontestablement mieux qu’une pince-monseigneur nouvelle.
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( Anecdote anonyme rapportée dans Le XIXème Siècle, mardi 20 septembre 1892)
De graves écrivains affirment que le vent produit des poulains et des perdrix. Varron dit qu’en certaines saisons le vent rend fécondes les juments et les poules de Lusitanie. Virgile, Pline, Columelle ont adopté ce ce conte, et le mettent au nombre des faits constamment vrais, quoiqu’on n’en puisse dire la raison.
On a soutenu autrefois beaucoup d’impertinences de ce genre, qui sont aujourd’hui reconnus des erreurs. On a publié un arrêt donné en 1537 par le parlement de Grenoble, qui aurait reconnu la fécondité d’une femme produite par la seule puissance de l’imagination. Cet arrêt supposé n’est qu’une mauvaise plaisanterie.
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(Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, ou Bibliothèque universelle sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commerce de l’enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, etc., Paris : P. Mongie, 1826 [deuxième édition])
« Tous les prophètes de la vie future nous la dépeignent meilleure ou pire que celle-ci ; aucun ne l’annonce semblable. Le pessimisme a ses limites »
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(André Lemoyne, Pensées d’un paysagiste, Paris : G. Charpentier, 1882)