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Illustration de Helen Jacobs, pour « The Swan of Glasfryn, » in Legend Land: Being a Collection of Some of the Old Tales Told in Those Western Parts of Britain Served by the Great Western Railway, volume 3, 1923
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Illustration de Helen Jacobs, pour « The Swan of Glasfryn, » in Legend Land: Being a Collection of Some of the Old Tales Told in Those Western Parts of Britain Served by the Great Western Railway, volume 3, 1923
J’étais depuis quinze jours à Châteauville, un tout petit hameau normand, étalé dans les pâturages au bord de la Seine indolente.
Comme j’aimais le beau fleuve, la verdure grasse, l’ombre des saules inclinés qui mettent dans ce paysage trop riche un coin de mélancolie, je revenais malgré moi, presque tous les jours à une même petite anse où ma barque de promenade m’attendait. Et toujours, j’y retrouvais une espèce de chaland, transformé en bateau de plaisance, dont la présence m’avait fort surpris.
De gros chevaux de halage l’avaient amené là sans doute, car je n’y voyais aucune apparence de machine à vapeur. Et j’imaginais déjà toute une histoire romanesque, une jeune fille malade, que ses parents, pour la distraire, faisaient voyager ainsi, évitant les cahots et les secousses. Je guettais le moment où je pourrais l’entrevoir, étendue sur le pont, dans un fauteuil, enveloppée et languissante. Le peu de confortable que trahissait l’extérieur du bateau me déconcertait bien, parfois ; mais mon imagination accumulait vite les faciles hypothèses.
Cependant, le va-et-vient discret de trois vieux domestiques, un bruit de voix, une chanson fredonnée un soir dans une langue inconnue, avaient piqué ma curiosité de flâneur en vacances. Aussi, n’ayant rien de mieux à faire, je me plaisais à surveiller de loin les allées et venues des passagers mystérieux. Je m’asseyais sur la berge, devant le chevalet où je barbouillais des études d’amateur novice, ce qui me donnait une contenance ; et ce fut au cours d’une séance de peinture plus ou moins impressionniste, que je vis apparaître à l’arrière du chaland un personnage étrange dont la physionomie demeure nette dans mon souvenir.
Ce n’était point la jeune fille souffrante que je m’étais plu à me figurer, mais un homme de cinquante ans, de corpulence athlétique, dont les traits, la barbe en éventail, la rude chevelure grisonnante, donnaient l’impression de la force primitive et presque sauvage. Homme du nord, assurément, Slave ou Danois, que je me représentais enveloppé de fourrures, coiffé jusqu’aux sourcils d’un bonnet où des pierreries étincellent. Mais, à ma grande surprise, cet hercule n’avait de rude que les formes carrées de son corps et les traits un peu kalmouks du visage. Ses yeux bleus, pâles comme les froides eaux qui reflètent les ciels du Nord, exprimaient à la fois l’ennui, la rêverie, et je ne sais quelle puérile douceur. La flamme de la pensée y vacillait parfois, et l’on eût dit les fenêtres d’une maison vide.
C’était une maison vide, en effet, un corps sans âme, un cerveau sans étincelle que ce Dimitri Ouranoff dont le vieux serviteur me conta l’histoire. Le fidèle Ivan, soupçonneux d’abord, était devenu familier à force de me voir assis devant ma toile ; et certain jour où, sa ligne à la main, il était venu s’installer près de moi, dans les herbes hautes, nous liâmes connaissance. Mon talent très contestable ayant paru l’étonner, puis le ravir, je profitai de la considération qu’il me témoigna pour connaître le mystère qui m’avait intrigué si longtemps.
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Il y a quelque vingt ans, vers l’Oural, au cœur des Steppes, Dimitri Ouranoff était un grand chasseur devant l’Éternel. Comme les boyards, ses ancêtres, dont les portraits faisaient face aux icônes saintes dans la grande salle de son château, il savait manier l’épieu, arme lourde de barbare, et ses chasses au loup étaient célèbres dans le pays ; les cerfs, les sangliers, les renards avaient éprouvé sa force et son adresse ; et quelle que fût l’arme employée, Dimitri Ouranoff, devant la bête acculée et menaçante, n’avait pas trouvé son pareil.
Mais ce n’étaient pas les battues nocturnes, dans les taillis en friche, ce n’était pas l’affût aux loups ou la poursuite des sangliers qui passionnaient le boyard.
La contrée qu’il habitait, remplie de lacs, offrait à certains endroits l’aspect d’un vaste marécage, coupé de sentiers mouvants. Les serfs avaient construit là une sorte de cahute où, dès l’automne, le comte commençait de longs, de solitaires affûts. C’était sa folie, son amour que cet océan de joncs, où luisaient çà et là les plaques argentées d’un étang, les sinuosités de la rivière. Le grand ciel s’étendait, pâle, sur ce désert sans mouvement, sans vie, que le cri des oiseaux sauvages animait à peine. Dimitri Ouranoff se plaisait à guetter le passage des caravanes de grues, les triangles de canards, le vol lourd des poules d’eau, l’apparition des sarcelles dans les roseaux. Souvent, il détachait un canot amarré tout près de là, au bord de la rivière, et il se laissait dériver, pendant des heures, sur cette eau silencieuse qu’il aimait tant.
Car ce n’était pas seulement son instinct de chasseur qui lui faisait chérir cette, solitude… Il avait grandi dans la superstitieuse terreur que les eaux mortes des marécages ont inspirées aux peuples du Nord ; la légende populaire qui l’avait apeuré, puis charmé, enfant, le poursuivait : la nuit, sous le ciel sans lune, les blanches brumes flottantes berçaient son imagination surexcitée par la fièvre, haleine mortelle du marais. Les Elfes et les Kobolds, les filles du roi des Aulnes, les spectres blêmes qu’Achim d’Arnim fait sortir des fleuves, le front ceint d’une couronne d’argent, peuplèrent bientôt ses veilles. Les souffles paludéens l’abattirent sur le lit rustique qu’il s’était fait dresser dans un coin de sa cahute et la folie détraqua son cerveau.
Cependant, il exigeait qu’on le ramenât vers sa chère solitude, où il découvrait d’étranges enchantements. Il entendait parler les joncs, les eaux se plaindre et germer la vie obscure des plantes aquatiques ; les animaux mêmes, que sa terrible carabine ne menaçait plus, lui étaient familiers, car les bêtes ont cet instinct inexpliqué de connaître l’enfance et la folie, qui diminuent d’un degré la distance entre les hommes et leurs frères inférieurs. Les poules d’eau se posaient à portée de sa main et les grands cygnes sauvages, cambrant leur col délicat, les ailes mi-enflées, abordaient du côté de la grossière maison. Il leur jetait du pain ; il leur parlait, imaginant sans doute des génies intermédiaires, des fées secourables sous la gracieuse forme de ces oiseaux blancs.
Et quand la fièvre avait tout à fait ruiné ce colosse devenu débile, quand sa fortune, abandonnée à l’incurie des intendants, s’était effondrée peu à peu, les médecins intervenus avaient ordonné qu’on l’arrachât à cette passion mortelle. Mais la nostalgie des eaux le poursuivait : il était maintenant plus faible qu’une femme.
Alors, trois fidèles serviteurs, ses compagnons d’enfance, avaient imaginé de le satisfaire en l’emmenant, loin des marais funestes, sur les grands fleuves d’Europe qui joignent, à la poésie des ondes et du ciel, le mouvement de la vie active. Ils descendaient la Seine maintenant, jusqu’au Havre, suivis par les deux cygnes familiers du comte Dimitri que j’avais vus souvent rôder autour du bateau, en quête des miettes tombées des doigts du fou.

Comme Ivan achevait de me conter cette histoire, je vis apparaître la haute silhouette du boyard. Il prononça quelques mots en russe, et les cygnes, glissant sur l’eau calme comme des blocs de neige, s’avancèrent majestueusement.
Il leur jeta leur régal accoutumé et parut causer avec eux, tandis que les nobles oiseaux tout frémissants semblaient lui répondre. Le domestique alors prononça, avec un accent de respect craintif :
« Il comprend le langage des bêtes, comme les sorciers ; nous l’appelons le charmeur de cygnes. »
Jamais je n’ai revu le bateau du comte Ouranoff ; et si ce fou singulier et mélancolique n’est plus de ce monde, – comme j’ai tout lieu de le supposer, – il me plaît de croire qu’il ne repose pas dans cette terre qu’il ne voulait plus fouler ; mais dans le linceul magique d’une rivière de légende, dans les vertes eaux du Rhin, gardé par des cygnes-fées comme ceux qui traînaient la nacelle du Lohengrin allemand. Les files de canards sauvages doivent connaître l’endroit où dort à jamais le sorcier : et la voix de Loreley, assise la nuit au bord du fleuve, berce sans doute son éternel sommeil.
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(Louis Castel, in Musée des familles, lectures du soir, soixante-troisième année, 2ème semestre, tome LXXVII, 1896)
Si l’on fabrique à Tananarive des diables qui, tout déchevelés surgissent d’une boîte, ils doivent lui ressembler. Drus, laineux, crespelés, mats, spongieux, les cheveux se hérissent formidablement. L’épiderme tient du cuir de Cordoue non tanné et du pain d’épices mal cuit. La moustache noire et peu fournie tombe ironiquement. Les yeux petits ont un éclat interne extraordinaire. On ne sait si ce sont les yeux d’un philosophe insondable ou ceux d’un fumiste.
Peut-être sont-ce des yeux de fakir. La ride frontale se ramifiant vers les sourcils sans cesse agités dénote le combat des pensées profondes, les incessantes luttes crâniennes, les chocs, les explosions spirituelles. – La ligne qui contourne le nez et vient aboutir aux régions labiales, dit le rire. Dans ce cerveau pandémonium des idées incompatibles, la guerre est éternelle : d’un côté, les idées sombres, de l’autre, les idées irisées. – Voici la chambre d’or cérébrale, où germa le glorieux champignon phonographe. Voici la grande salle de carambolages théologiques et là-bas la galerie rose où, comme autant de petits bolets et de cèpes délectables idoines à l’égaiement des rates, croissent les jolis monologues étincelants. Voilà le jardin de poésie : inextricables lianes, palmes fantastiques, végétation diamantée, irréfragables preuves d’une conception immense. Plus loin, derrière la prison du Doute, les néants grouillent au fond des oubliettes. Bien que sur cette face presque indéchiffrable se moule parfois le masque froid des mélancolies et des dégoûts, le Rire semble y triompher. – Rire atone, hiéroglyphique. – Ces lèvres ne s’esclaffent pas, elles grimacent. Les muscles et les yeux font le reste. De cette étrange tête de bonze ou de prophète est né le Zutisme. C’est une tête de diable exotique qui, après avoir crevé le cerceau des préjugés et des routines, est sortie d’une boîte très bien ouvrée, le coffret de Santal.
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(Georges Auriol, « La Guillotine, » in Le Chat noir, organe des intérêts de Montmartre, deuxième année, n° 95, samedi 3 novembre 1883 ; Cabriol, caricature de Charles Cros, in Les Hydropathes, journal littéraire illustré, première année, n° 5, 20 mars 1879)
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(in Le Chat noir, organe des intérêts de Montmartre, deuxième année, n° 84, samedi 18 août 1883)
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Arnold Böcklin, « Diane endormie épiée par deux faunes, » huile sur toile, 1877-85
Même pour des médisants de petite ville, il eût été impossible de voir en M. Dieudonné de Saint-Ofulhe autre chose qu’un vieux brave homme maniaque et fantasque, d’allures falotes et d’aspect illuminé ; il passait une moitié de son temps à compulser les auteurs grecs et latins de la bibliothèque municipale, et l’autre moitié à marcher dans la campagne en faisant de grands gestes et en parlant à mi-voix pour lui seul. Il vivait, dans une gentilhommière en ruine, d’œufs et de lait, étant très pauvre ; ses habits râpés, ses chapeaux délabrés, ses souliers éculés inspiraient le respect et la pitié tout ensemble. Il plaisait également par la douceur et l’affabilité dont il faisait preuve envers chacun lorsqu’il lui arrivait, par distraction, de regarder autour de lui et de s’apercevoir qu’il n’était pas seul au monde avec ses livres et ses rêves.
La mort d’une parente inconnue et lointaine l’ayant enrichi inopinément de plusieurs millions, tout changea. Quelques cousins des environs qui l’avaient jusque-là tenu en piètre estime apparurent obséquieux, empressés, éblouis par le mirage de l’or ; contre toute attente, ils furent reçus aussi brutalement que possible ; alors, en manière de vengeance, ils chuchotèrent que l’émotion avait fait perdre la raison au bonhomme. On était d’autant plus disposé à les croire que, depuis l’héritage, l’attitude et le langage de M. de Saint-Ofulhe semblaient vraiment par trop singuliers : n’avait-il pas retenu le notaire par la manche durant tout un après-midi pour lui débiter d’une haleine un chant de l’Odyssée et diverses idylles de Théocrite ? N’avait-il pas pris le curé à partie, dans la rue, en lui disant que le Galiléen et ses lieutenants triomphaient, pour l’heure, mais que ses dieux à lui auraient bientôt leur tour ? Enfin, ne l’avait-on pas entendu à plusieurs reprises proférer en public, d’une voix exaltée et désordonnée, des imprécations touchant la laideur et la honte des temps où la destinée l’avait condamné à vivre ?…
Tout à coup, on apprit une grosse nouvelle. Le fou, comme on l’appelait déjà, venait d’acheter Plauzade. C’était, aux portes de la ville, une immense et merveilleuse propriété ; le possesseur actuel l’avait abandonnée depuis quelques années, et, par suite de revers de fortune, ne demandait qu’à s’en défaire ; la municipalité, soucieuse des faveurs populaires, avait promis de la transformer sous peu en jardin public ; mais, déjà, les ouvriers, les employés et les petits bourgeois s’y considéraient comme chez eux, et, chaque dimanche, durant la belle saison, tout ce monde venait prendre ses ébats à Plauzade : on mangeait, on buvait, on dormait dans les prairies, dans les jardins à la française et jusque sur la terrasse seigneuriale du château où de blanches statues, çà et là, figuraient les muses jouant de la flûte ou de la lyre ; les amoureux s’égaraient dans les dédales des bosquets qui embaumaient la mélisse, l’herbe écrasée et la fougère chaude ; au « bon du jour, » quand la fraîcheur tombait, des musiciens juchés sur la balustrade de la terrasse commençaient à racler leurs violons ; un bal s’organisait sur la grande pelouse ; la nuit venait, les silhouettes obscures des musiciens se noyaient dans l’ombre ; seules les blanches statues des muses apparaissaient encore, et c’étaient elles qui, la lyre aux mains ou la double flûte aux lèvres, avaient l’air de faire danser la jeunesse sous les étoiles.
Ce fut un désastre, une calamité publique ; aux yeux de tous, en achetant Plauzade, M. de Saint-Ofulhe parut se rendre coupable d’une confiscation illégitime et indue. Quand il eut décidé d’enclore de hautes murailles tout le domaine, les maçons s’entendirent pour lui refuser leur travail ; bien inutilement, car il appela aussitôt des étrangers qui arrivèrent par bandes et qui, payés grassement, ne partirent pas sans se donner le malin de faire tinter l’or de leurs poches aux oreilles des indigènes.

L’enceinte terminée, M. de Saint-Ofulhe ne sortit plus. Dans le beau parc où avaient jadis retenti les rires et les cris, murmuré les aveux et les baisers, résonné les airs de danse, les passants, aux écoutes, ne percevaient plus que le silence bourdonnant et accablé de l’été. On raconta bientôt que des gens – et on les nommait – s’étant aventurés à regarder par-dessus le mur, avaient vu M. de Saint-Ofulhe en personne bondir vers eux en épaulant un fusil. Et nulle grille à travers laquelle on aurait pu lancer un coup d’œil, de loin ou au passage, nulle clôture à claire-voie, partout le mur inexorable et haut !… À côté d’une monumentale porte de bois et de fer, la tête d’un concierge silencieux, rébarbatif et qui n’était pas du pays, apparaissait parfois derrière un guichet aménagé dans le mur ; les fournisseurs déposaient là leurs paquets et y recevaient l’argent. Ainsi, personne n’avait passé le seuil du parc depuis qu’il avait changé de propriétaire, et c’était un comble, car on aurait voulu du moins voir comment le « fou » vivait là, savoir ce qu’il pensait, ce qu’il disait, ce qu’il faisait…
Le mystère irrita les esprits, augmenta la haine. En même temps, une véritable légende se formait autour de Plauzade et de son hôte. Déjà, on ne côtoyait plus les murs sans une sorte d’appréhension ; pour les bambins de l’époque, ce fut la demeure de Croquemitaine ; on leur racontait qu’il y avait là, depuis des siècles, un homme terrible, vieux comme le monde, et, l’impatience ayant fait paraître plus longs les jours et les mois, il se pouvait, après tout, qu’on eût fini par le croire. M. de Saint-Ofulhe cessa d’être simplement un personnage détestable pour devenir un mauvais génie, une présence occulte et malfaisante qui ensorcelait la contrée. Des vieilles femmes parlèrent de sorcellerie. Un pêcheur, relevant ses nasses au petit jour, avait vu errer sur la berge, puis entrer à Plauzade, trois femmes qui ressemblaient à des fantômes, avec leurs longs voiles blancs. On disait encore que, parfois, en collant son oreille à certains endroits du mur, on pouvait entendre une musique grêle et monotone, pareille à celle des flûtes de Pan que les bergers pyrénéens suspendent à leur cou, lorsqu’ils partent pour leur tour de France, en poussant devant eux leurs troupeaux de chèvres. Enfin, le petit commis d’un boucher faillit tout bonnement mourir de peur, pour avoir vu apparaître dans le cadre du guichet, au lieu de la tête déjà familière du concierge silencieux et rébarbatif, celle de son successeur inattendu, un nègre de taille colossale, aux dents de faïence et au rire de démon.
Sur ces entrefaites, une nommée Ursule Doigtdieu se mit à courir dans la ville, gémissante, affolée, en racontant que le fou avait assassiné son fils. Oui, quelque huit jours plus tôt, son fils – son Jantou, si brave, si bon ! – avait juré d’entrer à Plauzade et de voir ce qui s’y passait, coûte que coûte ! Et voici qu’il n’était pas revenu depuis la veille…
C’était clair : il avait fait comme il avait dit, il avait escaladé le mur, le fou l’avait tué d’un coup de fusil – pan ! pan ! comme un lapin fuyard ! – et l’avait enterré ensuite, pauvre de lui ! ou donné à manger à son nègre. Évidemment, en d’autres circonstances, on eût pensé que Jantou Doigtdieu était un bambocheur accompli et qu’il devait y avoir des chances pour qu’il fût en train de cuver son vin sous une table, dans quelque bouge. Mais alors, la nouvelle commentée, amplifiée, transformée en certitude, se répandit comme les eaux de la rivière crevant les digues aux jours de crue et rendit la fureur populaire irrésistible ; il fallait en finir ; et, sous l’œil des sergents de ville impuissants, indifférents ou complices, il y eut, passé midi, sur la place de l’Église, une multitude hurlante qui, sous la conduite d’Estève Bufferosse, le maître-maçon, s’ébranla et se mit en marche vers Plauzade.
On fit un détour pour ne pas donner l’éveil au gardien, et ce fut du côté des champs qu’Estève et ses acolytes attaquèrent le mur à grands coups de pioches. La brèche ouverte, la foule se tut un instant, comme étonnée de n’apercevoir, au lieu d’un monde de monstres et de prodiges, qu’un paisible sous-bois d’ombre et de fraîcheur. Mais une dizaine de forcenés formèrent une avant-garde et entrèrent ; les autres suivirent à distance, en silence, sur la mousse veloutée qui atténuait le bruit de leurs pas, gênés, peut-être, par un obscur sentiment de profanation tandis qu’ils pénétraient de force dans ces lieux qui semblaient consacrés aux déesses de la solitude. Ainsi, on atteignit l’orée du bosquet et déjà, là-bas, les murs éclatants du château apparaissaient à travers les branches, quand, soudain, les chefs de file s’arrêtèrent, la bouche bée et les yeux arrondis.

Assis sur un banc de gazon, au milieu de la pelouse, M. Dieudonné de Saint-Ofulhe jouait de la flûte, couronné de fleurs et vêtu d’une longue robe de lin blanc. Deux molosses dormaient à ses pieds, un grand bouc maigre broutait l’herbe, et, à quelques pas, trois belles filles dansaient, nues, dorées, éblouissantes, flexibles, pareilles à d’admirables fleurs saupoudrées d’un pollen de cheveux blonds, écloses là, et qu’une insensible brise eût balancées.
Mais, presque aussitôt, une d’elles, ayant aperçu la foule massée entre les fûts des arbres, poussa un cri. M. de Saint-Ofulhe tourna la tête dans la direction qu’indiquait le beau bras nu et tremblant de la jeune fille ; alors, il se leva, lança sa flûte loin de lui, fit trois pas en avant, s’arrêta, le corps secoué d’un frisson tragique, et on l’entendit crier, d’une voix que répercutèrent les échos de la forêt :
« Les Barbares !… Voici les Barbares !… »
Puis, ayant crispé ses poings comme une suprême malédiction, qui ne sortit pas de sa bouche, il chancela et tomba la face contre terre, tandis que les trois nymphes couraient vers le château et que le bouc, affolé, qui fuyait à leur suite, dressé d’instant en instant par le galop sur ses pattes de derrière, évoquait l’image d’un grand satyre grotesque, impudent et solennel.

(Charles Derennes, in Le Journal, seizième année, n° 5431, mercredi 14 août 1914)
Maurice Rollinat naquit à Châteauroux le 29 décembre 1846. Son père, François Rollinat, avocat au barreau de Châteauroux, plus tard député à la Constituante, était l’ami et le conseiller de George Sand. Celle-ci tint le nouveau-né sur les fonts baptismaux.
Maurice Rollinat fit toutes ses études au collège Saint-Pierre de Châteauroux, puis il apprit le notariat. Il fut clerc dans sa ville natale et à Orléans. Mais, sans passion aucune pour le papier timbré, il étudiait la musique et la composition, lisait Baudelaire et Edgar Poe, et faisait plus de vers qu’il ne libellait d’actes. Il demandait avec instances son départ pour Paris, où l’appelait d’ailleurs son illustre marraine.
C’est seulement en 1868, un an après la mort de son père, qu’on le laissa aller. Il entra, comme employé aux décès, à la mairie du VIIIe arrondissement. On le vit bientôt aux Hydropathes et dans les brasseries du quartier latin. Il dit là ses premiers vers et il y chanta ses premières mélodies. L’impression qu’il causa est de celles qu’on ne peut exprimer. Beau d’une beauté extraordinaire qu’il savait rendre satanique, son teint bistré, ses cheveux noirs hérissés et indisciplinables, l’éclat fiévreux de ses yeux bleus, le son strident et la terrible énergie de sa voix de baryton qui allait sans effort du sol au-dessous de la portée jusqu’à l’ut au-dessus, son incomparable diction, ne pouvaient être ni vus ni entendus sans trouble et sans une sorte de terreur. Les femmes surtout en frissonnaient et quelques-unes étaient obligées de sortir. Maurice Donnay, Jean Richepin, Raoul Ponchon, Maurice Bouchor, Charles Bras, Mac-Nab, le tinrent pour un des leurs ; Leconte de Lisle, François Coppée, Alphonse Daudet (celui-ci pour toujours) lui accordèrent leurs sympathies. Et Sarah Bernhardt l’entendant un jour, fut enthousiasmée à ce point, qu’elle s’agenouilla devant le poète, lui offrit un bouquet de roses et le recommanda au chroniqueur Albert Wolff, qui lui consacra, dans le Figaro, un article retentissant.
Ce ne fut plus seulement le succès, mais un vrai triomphe. Les salons se le disputèrent. L’Amérique lui fit d’alléchantes propositions. Il n’avait qu’à se laisser aller pour conquérir la gloire immédiate et délirante. Un jour pourtant, on apprit qu’il venait de fuir Paris, et l’on donna de ce départ précipité les explications les plus diverses. Voici les seules qui soient vraies.
Cette course aux longues veillées à travers les salons, le travail pour produire quand même, les dîners, avaient épuisé sa santé et un médecin de ses amis lui prescrivait de se retirer à la campagne, à moins qu’il voulût mourir phtisique ou fou. Lui, cependant faisait la sourde oreille, et les inquiétudes de sa compagne Cécile – d’ailleurs un peu jalouse de ses succès qui n’étaient pas seulement artistiques – ne l’ébranlaient pas davantage. Il fallut la sottise d’un haut dignitaire de l’État, d’un ministre, assure-t-on, pour le décider brusquement. Rollinat était un sincère. Son art était le produit même de sa nature. Tel il concevait, tel il exprimait ; tel il sentait, tel il faisait sentir ; il était bien réellement visionnaire du diabolique et du macabre, et il ne pouvait supporter qu’on le soupçonnât de cabotinage, de se vouloir ainsi qu’il se montrait. Or la veille de sa fuite, comme il venait de dire ses vers et sa musique avec cette voix prenante qu’on n’oubliait plus jamais, quand on l’avait une fois entendue, l’homme officiel, après les applaudissements, s’avança et lui dit à brûle-pourpoint : « Eh bien ! cher Monsieur, vous devez être content de votre exhibition. » Ce fut pour lui comme un coup de massue. Il ne résista plus dès lors, et écœuré, il partit pour Fresselines, où il resta vingt ans, jusqu’à la mort de Cécile.
Nous ne dirons pas le campagnard et le pêcheur qu’il fut. Il n’est aucun de nos lecteurs qui ne le connaisse sous cet aspect. Pas davantage nous ne parlerons de ses œuvres qui méritent un article à part. Mais nous raconterons sa mort et essaierons de dissiper certaines légendes.

Maurice Rollinat aimait passionnément les bêtes et en était toujours entouré. Quatre chats, trois chiens, étaient l’ordinaire, tous couchant dans sa chambre et rôdant autour de la table aux heures des repas. Son petit cheval même, Flick, était admis dans la salle à manger ou tout au moins à la fenêtre où il passait la tête, quêtant son sucre ou quelque autre friandise toujours accordée.
Or, dans le nombre, était un petit bull-terrier, nommé Thopsey, qui très doux à l’habitude fut pris un jour de fureur vénusiaque (?) et se précipita pendant le dîner, sur le pied de Cécile dont il mordit le sabot (?). Cécile très faible alors, usée, asthmatique et morphinomane, crut son chien enragé, se crut enragée elle-même et Rollinat dut la conduire à Paris où elle mourut bientôt d’épuisement et de morphinisme (1). Cette mort accabla le poète. Déjà malade lui-même, neurasthénique, ne dormant pas, il fut atteint de mélancolie anxieuse ; il se retira à Crozant et ensuite à Limoges, chez un ami ; là, il reçut, pendant deux mois, les soins des docteurs Ballet et Simonin. Mais la terrible maladie résista à tous les soins et à tous les régimes. Elle prit forme de remords constant (2), le poussa, sans résultat grave, à se suicider, par strangulation d’abord avec une serviette, puis avec un revolver. C’est alors qu’il fut conduit à Paris, puis à Ivry, pas fou le moins du monde, très lucide au contraire, quoi qu’on ait prétendu ; mais inconsolable et désespéré ; assoiffé de mourir, et usé jusqu’aux derniers ressorts de l’être. Il s’éteignit, entouré d’amitiés solides, le 26 novembre 1903.

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(1) Il plane un doute sur ce point d’histoire. Il y a de fortes présomptions pour la rage ; Rollinat y croyait, mais les médecins, seuls renseignés, nient ou se taisent.
(2) Il s’accusait de la mort de Cécile, qu’il eût dû, disait-il, faire soigner plus tôt.
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(J. Bhess, « Pages limousines, » in Limoges-illustré, 1er décembre 1905. Photographie d’Eugène Alluaud, « Maurice Rollinat à sa table de travail, 1898 » ; Allan Osterlind, « Maurice Rollinat à la pêche au confluent , » dessin, 1895 ; « Rollinat devant son âtre, » aquarelle, 1889)
Dans le vin qui coulait vit danser son squelette.
C’est à minuit trente précis, au fond du dernier verre – celui, par la Madone, qu’on ne devrait jamais boire – que l’homme, immobile, vit la Bête. Elle le regardait fixement de son œil unique. Bien qu’aucune blessure ne fût apparente sur son corps, ses pattes étaient prises dans un caillot de sang. Mais son corset, d’une couleur qu’on n’eût pu définir, était sec et luisait comme un caillou.
Le premier mouvement de l’homme fut de surprise. Il n’avait jamais vu une bête pareille. Comment était-elle venue là, dans ce petit café, sur cette table, au fond de ce verre ? Quelle main l’y avait jetée ? Ne s’était-elle pas détachée plutôt du plafond, où oscillait déjà une grappe de mouches lourdes et endormies ?
Elle ne bougeait pas plus qu’une bête crevée. Mais elle ne dormait pas. Elle seule ne dormait pas… Car c’était dans son rêve que l’homme, à coup sûr, avait dû la voir, l’avait vue. Il n’était pas possible qu’il fût éveillé. Il lança ses mains au-devant de lui et leurs doigts s’agrippèrent au marbre froid de la table. Son front, brusquement projeté, s’arrêta à deux doigts du verre. Face à face. La Bête n’avait pas fait un mouvement. Son œil plongeait dans l’œil ouvert de l’homme. L’homme ne dormait donc pas. La bête n’était pas une bête de cauchemar. Elle était une bête vivante. Ou peut-être une bête morte chez qui l’œil seul aurait survécu. Car cet œil immobile et clair comme le fond d’un lac vivait pourtant, vivait de mille vies et, minuscule, de la grosseur à peine d’une tête d’épingle, il semblait qu’il eût absorbé l’homme, les tables, le comptoir, le petit café tout entier et qu’il les ruminât sans effort, sans les malaxer, chacun d’eux conservant volume, surface et couleurs propres.
« Tonnerre de Dieu ! » rugit l’homme. Il venait de saisir le verre à pleine main, comme pour le briser sur les carreaux, en l’y jetant. Mais ses doigts ne desserrèrent pas leur étreinte. Au contraire, frénétiquement, ils agitèrent, sans parvenir à la troubler, la Bête, sans même qu’elle daignât, prendre ombrage de cet ouragan soudain déchaîné, tout autour d’elle, et sans que son regard, rivé à celui de l’homme, voulût consentir à le lâcher, fût-ce un centième de seconde.
La pile des soucoupes s’était écroulée dans un bruit de tonnerre. La caissière, à son comptoir, n’arrêta pas un instant le point de sa broderie. Elle connaissait l’homme, le client. Un garçon noir ramassait les débris dans son tablier. Il vit, levant le front pour éviter de le cogner à l’angle de la table, l’homme, comme saisi à la nuque, les yeux taraudés, fixer le verre vide qu’il tenait à dix doigts. Il crut comprendre qu’il voulait encore boire et, arrachant au sol ses pieds ravagés, il se dirigea en geignant vers l’arrière-boutique.
Rien vu, rien entendu. L’homme maintenant tremblait de toute sa carcasse. De ses deux paumes, il avait fait un nid au verre-cage qu’il n’osait plus déposer sur la table. Deux larmes épaisses avaient glissé le long de son nez. Maintenant elles coulaient dans sa moustache déteinte.
Doucement, il berçait la Bête ; il s’efforçait de retrouver au fond de son cerveau pâteux des bribes de berceuse, mais quand il lui semblait qu’il m’eût plus qu’à ouvrir la bouche et à les chanter, il les sentait s’accrocher de toutes leurs forces à l’intérieur de sa tête, y planter leurs griffes, pour demeurer là, où elles nichaient depuis tant d’années, douillettement au chaud.
Une bouteille à la main, le garçon déjà se penchait au-dessus de la table.
Il vit l’homme pleurer et s’approchant de son oreille pour ne pas être entendu de la caissière, il lui dit d’une voix désabusée : « C’est pas sérieux, monsieur Léon, à cette heure-ci… il faudrait régler et rentrer… Mais comme pour se faire pardonner son audace, précipitamment et avant que l’homme eût ouvert la bouche, remué le bras, il avait versé le fond de sa bouteille, dans le verre vide, devant lui.
Noyée la Bête ! L’homme poussa un cri tel que la caissière, cette fois, déposa son ouvrage sur le comptoir encombré. « Monsieur Léon… ça n’est pas sérieux. » Mais le sourire de ses dents en or démentait la sévérité du reproche.
L’homme ne se retourna même pas. Sa bouche s’était ouverte toute grande : trou noir. Un rire monta du fond de sa poitrine et explosa : noyée la Bête, la Bête qui l’avait tenu à sa merci, lui, l’homme, la Bête dont l’œil avait rongé le mœlleux maillot de l’ivresse, autour de lui, et risqué de le jeter nu, sans chaleur d’alcool, au froid de la rue bourrée de brouillard et de pluie… Noyée la bête ! Qu’il boive donc à sa mort. Qu’il boive encore à son triomphe, à lui, l’homme !
Sans que son coude tremblât, il leva le verre plein jusqu’au bord, et en précipita le liquide sauveur, comme un torrent, au fond de son gosier. Ah ! le chaud que ça fait au passage. Mais brusquement, comme s’il eût avalé un os, ses yeux s’étranglèrent entre leurs paupières crispées ; ses bras battirent, autour d’eux, l’air raréfié, et il dut s’accrocher au garçon endolori, pour ne pas tomber à la renverse. L’homme venait de boire la bête, et, au moment même où elle se détachait du fond du verre, attirée par le gouffre, il l’avait vue, vue bien vivante, qui plongeait un œil unique jusqu’au fond de son ventre, où déjà elle avait marqué sa place.
Et qui pleurait !
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(Noël Garnier, « Contes et récits, » in L’Humanité, journal socialiste quotidien, dix-huitième année, n° 6284, mercredi 8 juin 1921 ; illustration d’Odilon Redon)
Gazette du Port au Prince le 26 février 1785
Extrait d’une lettre
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« J’allai à la chasse ces jours derniers accompagné d’un de mes nègres. Je m’écartai de mon habitation d’environ 3 lieues ; je me trouvai à 10 heures du matin sur le sommet d’un morne escarpé au bas duquel était une falaise extrêmement profonde qui me parut impraticable ; en considérant l’étendue et la profondeur, j’apperçus un animal d’une grosseur prodigieuse qui était suivi de trois autres de moindre grosseur ; à en juger par l’éloignement ou je me trouvai alors, j’estimai que cette monstreuse bête pouvait avoir de 9 à 10 pieds de hauteur et environ 15 à 18 de longueur. La couleur dominante de cet animal était rouge foncé paraissant avoir le poil ras sur le dos, le dessous du ventre très blanc avec des marques noir de distance en distance depuis le devant jusqu’au derriere ; ses jambes qui me parurent fort grosses étaient garnis d’un long poil tres noir ayant une longue queu qui trainait jusqu’à terre ; ce qui me surprit davantage de remarquer qu’il portait au centre de son front une longue corne tirant autant que je put juger sur le jaune, elle était placé perpendiculairement et pouvait avoir 5 à 6 pieds de longueur sans courbure quelconque, sur ce que je remarquai que les trois autres qui suivait était de la même couleur ; j’en ai conclu qu’ils etaient les petits de ce surprenant animal ; leurs marches fort lente me donna tout le temps de l’examiner et de les suivres de l’œil, je la vis entrer dans une espece de caverne ou souterrain au bas duquel coulait avec rapidité et un très grand bruit une eau vive et fort limpide ; après avoir resté près de 10 minutes dans le même endroit, je ne vis plus reparaître ces animaux… »
Signé L. Bonnet, habitant aux fond Verettes.
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« Bête de 9 ou 10 pieds de hauteur sur 15 à 18 pieds de longueur vue par un chasseur nommé L. Bonnet, habitant aux fond Verettes, » estampe. Source : Gallica.
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(in Le Point, revue artistique et littéraire, deuxième année, novembre 1937)
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